dorinou a écrit :
Je me suis déjà exprimer sur le sujet, mais je vais te raconter ma jeunesse, tu jugeras.
Lorsque mes parents sont devenu témoins de Jéhovah, j'avais 7 ans. J'ai un petit frère de 4 ans mon cadet. Mon père a toujours tout fait pour que sa famille ait tout ce qu'il faut, il a même reprit ses études adulte pour ne pas être ouvrier toute sa vie, et a réussi à devenir cadre supérieur, à force de cours du soir en plus de son travail. Ma mère, elle, n'avait pas une famille super, elle s'est forgée un caractère de battante, s'est toujours débrouillée seule dans sa jeunesse, et était très militante pour son syndicat, présente aux manif'... Bref, deux personnalités mes parents.
Mon père avait un collègue témoin de Jéhovah. Cet homme était très calme, doux, et sympatique, malgrès les railleries qui allait bon train sur son compte. Mon père était parfois d'accord avec les autres, mais ne se moquait pas de lui. Un jour, un drame survint dans la vie de ce collègue, sa fille de 4 ans décèda d'un arrêt cardiaque brutal. Mon père était alors très choqué et triste pour son ami, il alla à l'enterrement de la petite fille par sympathie pour lui.
C'était une cérémonie assurée par des témoins de Jéhovah, et mon père fut étonné que le frère qui pria, dit simplement le "notre père", prière plutôt catholique selon lui. Il posa alors beaucoup de question à son ami, et devint très vite, ainsi que ma mère qui le suivi dans sa démarche, TJ bâptisé.
Dès le départ, pour mon frère et moi, pas de grandes explications parentales (on était petit il faut dire), mais réunions bibliques 3 fois par semaine. Notre famille (oncles, tantes, cousins ...), s'éloigna de nous, parce que mon père parlait de Jéhovah dès que l'occasion se présentait, ce qui les a vite énnervés. Déjà qu'on ne faisait plus les fêtes, alors ...
Pour moi et mon frère, fini d'aller dormir chez nos cousins, fini le nouvel an à 30 autour de la table chez notre grand mère. Fini le déguisement que ma mère confectionnait pour le carnaval de l'école (je gagnais toujours un prix, elle est très douée). Et bien sûr les maîtresses d'école s'interrogent, pourquoi je ne participe plus aux fêtes, pourquoi j'ai cet air triste, pourquoi je me fait charier par les autres dans la cour. Tout le monde savait que mes parents étaient TJ, car ma mère n'ayant pas le permis, elle prêchait beaucoup dans notre patellin. Donc, les parents parlaient, entre eux et devant les enfants. A la maison, obligation de faire la prière avant chaque repas, étude du texte du jour avant cela. Nous préparions nos réunions bibliques, et faisions l'études de la Tour de Garde en famille, avant de la faire à la Salle du Royaume avec notre congrégation.
Nous avions également chacun (moi et mon frère) une étude biblique adaptée pour les enfants et ce, jusqu'à notre bâptème.
Je n'osais pas tout dire à mes parents, concernant l'école, mais lorsque je leur en touchait 2 mots, ils ne se doutaient pas que c'était du sérieux, il fallait que je donne un bon témoignage, et mon père disait que les vrais disciples du Christ n'étaient pas apprécié (selon je ne sais quel verset) et que çà n'était pas étonnant (et ce discours collait assez bien avec ce que j'entendais aux réunions).
J'avais quelques amis dans la congrégation, mais ma plus ancienne amie, une voisine de maison, n'était pas TJ. Mes parents connaissaient les siens depuis pas mal d'années, un jour ils decidèrent de les inviter à prendre un repas chez nous, et leur on parlé de "la vérité". 2 ans après, le père de mon amie se fit bâptiser, et quelques mois après sa mère. J'étais contente que ma copine soit TJ aussi, et on était encore plus proche.
Puis vint l'adolescence. Les copains d'écoles ayant un peu mûris, fini les crachats dans la figures (çà n'est pas une métaphore), les bastons et les insultes de tous ces gamins qui m'avaient suivis jusqu'au collège. Mais j'étais très mal dans ma peau (l'adolescence, c'est dur pour tout le monde me direz vous, soit ...).
Je disais parfois à mes parents que les réunions me pesaient, que le lendemain, j'étais fatiguée en cours. Mon père étant ancien, il avait des réunions spéciales encore en plus, ce qui nous faisait souvent partir à 22h passé. Par contre pas de télé le soir, et le week end, fallait pas regarder un truc violent, ou avec des scènes de roulage de pelle, ou que sais-je. Y a plein de grand classiques que j'ai jamais vu , ou depuis peu (genre le Père Noël est une ordure, ...) Par contre je connais tous les De Funès par coeur .
Parallèlement, je me suis faite bâptisée à 15 ans, pour faire comme les autres je pense, et puis çà ferai plaisir à mes parents. Les seules personnes que je fréquentais étaient TJ. Je n'avais pas le droit de voir les copines d'écoles en dehors des cours. Donc les petites fêtes d'ados tout çà, pas pour moi.
On faisait des fêtes avec des TJ, j'en ai de bon souvenir aussi (faut pas croire).
Et puis, en grandissant, je ne voulais plus être TJ. Je fumais (pas que des clopes d'ailleurs), je mentais, mais était obligée d'aller aux réunions, de prêcher ... Mon père voyait bien que moi et mon frère (qui lui se savait homosexuel), n'étions pas des foudres de guerre, mais tant que nous étions sous son toit, c'était TJ ou rien. Pour lui, aucun salut possible dans ce monde que j'avais tellement envie de découvrir. Satan ceci, harmaggédon cela ... çà en saoulerait plus d'un, moi j'en pouvais plus.
Un jour, en rentrant chez moi en bus, je me suis dit que la seule façon de faire comprendre à tout le monde que j'en avais ma claque, était de mourir. Je me suis dis, maintenant ou plus tard, quelle différence ?
Je suis rentrée, mes parents ne m'avaient pas attendu pour la réunion (exeptionellement, étant en stage), et j'ai pris 2 ou 3 boîtes de somnifères. Par miracle, mon frère était là, je n'avais même pas vu, et il m'a sauvé en appelent le SAMU.
Ensuite, mes parents ont compris, ils m'ont fichu la paix. Je suis partie de chez eux avec boulot et appart', et ai fait ma lettre de démission sur la demande de mon père. Il pleurait tellement lorsque je lui ai donné, que j'ai vraiment eu beaucoup de peine de lui faire çà. Aujourd'hui, n'étant plus dans le carcan rigide de l'organisation TJ, je ne crois plus en tout ce bourrage de crâne. Avec du recul, je pense que les TJ sont des illuminés renfermés dans leur foi biblique, mais çà ne veux pas dire que cette religion n'est pas sectaire. Elle m'a coupé du monde pendant des années et m'a forgé un caractère difficile et instable. Mais bon, comme on dit j'en suis pas morte (finalement).
Voilà, désolé c'est long (comme ce topic), mais c'est ultra résumé quand même. Et pour répondre à M Windu, il y a des jours ou je trouvais çà horrible, oui, pis d'autres moins. Mais jamais je n'imposerais une telle chose à mes enfants. La liberté de penser, y a que çà de vrai.
|