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Auteur Sujet :

Ecrire un livre : vos romans amateurs (Màj du 1er post)

n°24828375
cappa
Posté le 06-12-2010 à 20:26:14  profilanswer
 

Reprise du message précédent :

Progenik a écrit :

Bonjour,
Je me suis mis en quête d'écrire une petite nouvelle sans prétentions.
-->

Citation :

Episode Pilote : Le Bruit
 
Une journée semblable à toutes les autres prenait fin. Sous un ciel plus que menaçant, il avançait d’un pas serein et décidé, essayant tant bien que mal de filer entre les gouttes. Il n’avait pas cessé de pleuvoir trois jours durant. De grosses gouttes parvenaient tout de même à s’écraser sur le sommet de son crâne, pour finir par ruisseler sur son visage. Il connaissait le chemin tellement bien qu’il pourrait l’emprunter les yeux fermés si les rues n’étaient pas aussi fréquentées. D’ailleurs, ce soir là, elles ne l’étaient pas autant qu’à l’ordinaire. Mais le jeune homme n’y prêta aucune sorte d’intention, déterminé à arriver à destination dans les temps.
 
La pluie s’intensifia, si bien qu’il ne distinguait pratiquement rien à plus de vingt mètres devant lui. Le bonhomme passa au vert lorsque le jeune adulte se présenta face à lui, il traversa l’avenue sans ralentir le pas. Une fois qu’il eut franchi le passage, la pluie se fit d’un coup plus calme. Il leva brièvement les yeux au ciel, ralentissant légèrement sa marche. Puis il reprit son rythme confiant et résolu en tournant à droite le long du lounge bar du coin. La rue montait légèrement, ce qui permettait d’en voir l’autre bout, malgré ses 300 mètres de distance. Étrangement, aucun véhicule ne parcourait cette rue habituellement chargée aux heures de pointes. Seuls quelques passants parsemaient les trottoirs. Mais encore une fois, il n’y fit guère attention.
 
Soudain, alors qu’il se trouvait à mi-chemin, le Bruit résonna au loin. Les sourcils froncés, il ne diminua pas pour autant son allure pensant qu’il s’agissait simplement du fruit de son imagination. Mais une dizaine de secondes plus tard, le Bruit retentit de nouveau, bien plus fort que la première fois. Cette fois le son semblait même provenir directement de l’intérieur de son crâne.  Il stoppa net. Les yeux écarquillés, la respiration bloquée, tous les sens en alerte, le jeune homme resta figé au milieu du trottoir. Lorsque le Bruit se fit entendre une troisième fois, le temps sembla ralentir inexorablement, un peu à la façon des grosses productions hollywoodiennes. Il sentit son cœur expulser le sang dans ses artères. L’instant d’après il pouvait sentir le mélange de plasma et de globule rouge, le parcourir de part en part, repasser dans ses poumons toujours bloqués, et revenir au cœur toujours au ralenti. Le temps revint progressivement à sa vitesse initiale alors qu’un second cycle cardiaque s’achevait et qu’il retrouvait son souffle. Le Bruit éclata une fois de plus, toujours plus intense que la fois précédente et tout s’accéléra. Plus de doute possible, il l’avait bien entendu. Le Bruit était atroce, il vibrait jusqu’à l’intérieur de son cerveau, de ses muscles et de ses os. Sa sérénité laissa place à une panique tétanisante. La pluie s’était arrêtée, mais le Bruit, lui, frappait toujours à intervalle régulier.
 
Il fallait faire vite, il ne pouvait pas rester au beau milieu de cette rue, désormais complètement déserte. Mais quelle direction prendre ? Le Bruit  résonnait tellement fort dans sa tête qu’il lui était impossible de savoir d’où il provenait. Tant pis, il devait atteindre sa destination première. Il reprit alors sa route en courant au beau milieu de la voie.
 
Alors qu’il arrivait à l’entrée pont qui prolongeait la rue, il s’arrêta d’un coup. Posant les mains sur ses genoux pour tenter de reprendre son souffle, il tendit l’oreille à nouveau. Le Bruit semblait s’être évanoui et la pluie avait repris aussi bien qu’elle s’était arrêtée. Une voiture klaxonna en manquant de le renverser. Il se rendit compte en tournant sur lui-même que le trafic avait prit une allure bien plus habituelle. Le jeune homme encore essoufflé rejoignit le trottoir d’un pas hésitant, alors que les gouttes recommençaient à tomber de son nez et le long de ses joues. Il n’y avait aucun doute, il l’avait entendu, mais il semblait avoir disparu aussi vite qu’il était apparu.
 
Une seule personne pouvait l’aider à comprendre ce qui venait de se passer. Mais lorsqu’il saisit son cellulaire, ce dernier n’eut aucune réaction. La batterie était probablement vide. Il n’avait que d’autre choix que de se remettre en route…



 
Pour que je puisse étudier ton personnage je rappatrie ton épisode par ici. Je vais lire tout ça à tête reposée. D'autres peuvent aussi te donner des conseils de style entre temps bien-sûr .


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mood
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Posté le 06-12-2010 à 20:26:14  profilanswer
 

n°24829722
cappa
Posté le 06-12-2010 à 22:28:43  profilanswer
 


J'essayais de rédiger un résumé de la vie que vit Brajan dans ton intro, mais je me suis rendu compte que je me fatiguais pour rien, la trame du résumé est obtenue en juxtaposant les modes sous lesquels Brajan apparaît. A partir de là je peux me permettre une critique qui je l'espère t'intéressera. Mais d'abord , j'avertis bien :  
 

  • je ne critique pas l'histoire en elle-même, ni le style grammatical, ni le même le thème (fantasy).
  • je critique les postures de Brajan de ce récit introductif .


Je poste le résumé formel et je te donne cette critique en quelques mots en dessous.

Citation :

MODES DE BRAJAN DANS L'INTRODUCTION DU ROMAN
 
/sans rapport - fatigue casuelle du personnage//ou bien mode dominé, fatigue subie -->  
/Intentions - entourage brimatoire/  
/Interactions ascendant intentions (entourage "écœurant" )/  
/Intentions/  
/Intentions : la pluie reflète son impression (humeur maussade)/    
/Intention (symbole "la pluie" ) généralisées aux alliés/  
/Intention réflective (une nouvelle fois) - et hypothèse de conspiration (souligné plus haut) /  
/Action/  
/Interactions ascendant intentions (entourage qui "ne semblait pas connaître l’utilisation du savon" )/  
/Interactions - mode négociant/  
/Interactions - mode négociant/

/Interactions ascendant intentions ("des promesses de neige" )/  
/Interactions ascendant intentions (sans efforts de sa part il verrait "l’insigne de son ordre souillé" - croit-il)/  
/Interactions ascendant intentions partiellement réflectives("il devrait se mettre en colère"/  
/sans rapport - autre personnage/  
/Intentions si le narrateur est Brajan/    
/Interactions - mode négociant/  
/Interactions - mode négociant/  
/Interactions - mode négociant/

/sans rapport - autre personnage/  
/Intentions si le narrateur est Brajan/    
/Intentions réflectives - par exemple "ces maudits nuages..." est un symbole neutre si non mis en évidence par Brajan comme casualité inquiétante/    
/Interactions - mode négociant/
/Intentions réflectives - "on faisait avec ce que l’on pouvait"/  
/Intentions - intentions menaçante de "Teklan"/    
/Action ascendant négociation - manipulations d'objets du décor/ ou négociation pure, les objets agissant réciproquement "la chaleur de l’alcool se répandant en lui"/  
/Intentions réflectives - "L’ennui, c’est qu’il était aussi complètement fou ..." -> menace/

 
note : les interactions en mode négociant semblent mal groupées pour une introduction


 
Critique :
 
Voilà, cette introduction commence bien par un Brajan dominé, ce qui signifie aussi beaucoup d'impressions, beaucoup de description du décor. Pour une introduction c'est important, ça fixe le décor.
 
Quelques actions introduisent aussi le personnage, sinon il ne ferait que penser ou bien serait complétement passif, ce serait un récit lent et pesant à la longue.
 
Mais, il y a trop de négociations ! Elles arrivent trop tôt , en ordre dispersé, n'étant pas regroupées à la fin. Je dirais qu'on est pas encore assez habitué au monde de Brajan qu'il est déjà chambardé. Tu n'as pas eu la patience de reporter les dialogues et autres interactions importantes au 1er chapitre (après l'intro). Je pense que c'est une erreur. Tu pourrais renforcer ton intro en étayant d'avantage les descriptions, et les actions qui montrent l'arrivée de Brajan dans son repère. Le second personnage du messager pourrait être alors introduit à la fin, et annoncer un 1er chapitre qui tient le lecteur en haleine.
 
Quelqu'un de plus littéraire que moi aurait peut-être pu te dire ça sans faire l'analyse  de ton personnage, mais je trouve que cette méthode (fastidieuse un peu...) me permet d'y voir bien clair sans compétence excessive ; et je me hasarderai même à une hypothèse :
 

  • dans une introduction les modes du héros doivent être le mode dominé, ou l'action. Et la négociation (sauf dialogues d'ambiance) doit faire l'objet d'un tir groupé à la fin, dans le but d'annoncer le 1er chapitre (la négociation laisse la place au suspense).


 :jap:


Message édité par cappa le 06-12-2010 à 22:40:59

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n°24833665
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 07-12-2010 à 13:08:35  profilanswer
 

Je vois ce que tu veux dire (même si je n'y adhère pas forcément :D).
 
Le souci principal concernant les introductions est toujours le même: si les dix premières phrases ne suscitent pas l'adhésion, beaucoup de gens laissent tomber (surtout sur internet où on s'abîme les yeux sur les écrans).
 
C'est une stratégie intéressante de faire une intro lente pour mettre les choses en place et un premier chapitre coup-de-poing, mais si personne n'arrive au premier chapitre, ça complique les choses :D


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Ma chaîne YouTube d'écrivain qui déchire son père en pointillés - Ma page d'écrivain qui déchire sa mère en diagonale
n°24838002
cappa
Posté le 07-12-2010 à 19:37:33  profilanswer
 

Grenouille Bleue a écrit :

Je vois ce que tu veux dire (même si je n'y adhère pas forcément :D).
 
Le souci principal concernant les introductions est toujours le même: si les dix premières phrases ne suscitent pas l'adhésion, beaucoup de gens laissent tomber (surtout sur internet où on s'abîme les yeux sur les écrans).
 
C'est une stratégie intéressante de faire une intro lente pour mettre les choses en place et un premier chapitre coup-de-poing, mais si personne n'arrive au premier chapitre, ça complique les choses :D


Mais tu as aussi le risque que le lecteur voit trop tôt l'intrigue et qu'il se dise que c'est déjà vu, qu'il connaît d'avance les 100 prochaines pages.  
Sinon l'autre tactique en introduction c'est de commencer par une scène de dialogues, puis de couper pour dire comment on est arrivé à ce dialogue quelques jours plus tôt, puis de revenir au présent pour poursuivre. Ca marche pas mal aussi en intro.
 
Dans la quote ci-dessous, ton intro est découpée en 3 blocs pour mettre la rencontre avec le messager au tout début. Évidemment il y a des raccords à faire, mais voilà ce qu'on obtient :

Citation :


Organisation originale :
█ Début
█ Milieu
█ Fin
 
Nouvelle organisation :
█ Milieu
█ Début
█ Fin
 

Brajan eut un frisson et resserra sa cape blanche contre lui. Blanche, immaculée, comme il l’aimait tant. Même s’il ne pouvait se permettre de gaspiller une parcelle de ses Pouvoirs pour imperméabiliser ses chausses, il ne laisserait jamais l’insigne de son ordre souillé. Et la cape restait blanche, la poussière et l’eau miraculeusement arrêtés à un pouce d’elle. De la neige. Ce ne serait pas une mauvaise nouvelle, finalement.  
 
- La neige est blanche, elle aussi, murmura Brajan en regardant d’un air morne ses papiers épars, souillés de boue.  
Quelque chose lui disait qu’il devrait se mettre en colère, mais il n’en avait ni le courage, ni l’envie. Il plongea dans les Couleurs et paralysa d’un geste l’intrus qui avait osé rentrer. Un nouveau tueur ? Il avait l’air bien jeune. Le mage prit le temps de l’examiner de la tête aux pieds.  
 
Il était jeune, probablement pas plus de dix-huit ans, mais ses yeux étaient creusés par la souffrance. La pluie gouttait de ses longs cheveux sur son visage blême, avant de couler sur son armure. De toute évidence, il avait connu des heures violentes. Sa cuirasse, frappée aux armes de Ghodan, était cabossée et de nombreux endroits et il lui manquait une épaulière. Les mailles qui recouvraient ses bras et jambes n’étaient pas dans un meilleur état. La boue et le sang séché maculaient son tabard, et son fourreau était vide. Il portait en main une épée tout aussi fatiguée, une vieille lame informe ébréchée et malodorante. S’il ressentait le moindre inconfort à se voir ainsi paralysé, il ne le montrait pas. Au contraire, son regard était défiant et refusait de se soumettre.  
Un fanatique, peut-être.
   
 Une tête embarrassée se profila à travers l’ouverture, puis une autre. Les gardes hésitèrent un instant avant de pénétrer dans la tente. Brajan haussa un sourcil en voyant leurs pieds bottés projeter encore plus de boue sur ses papiers épars.  
 - Vous êtes un peu lents, observa-t-il.  
 - On ne pensait pas qu’il poserait problème, Maître. Il a bousculé Jeb, il l’a fait tomber, comme ça, et il est rentré. Mais on est là maintenant. On va le prendre et le donner au sergent. C’est pas la première fois, mais là il est allé trop loin. Il ne vous ennuiera plus.  
 Les gardes s’avancèrent et ôtèrent l’épée des doigts sans force du jeune homme.  
 - Attendez, fit Brajan, levant une main impérieuse. Vous êtes en train de me dire que vous l’avez déjà vu ?  
 - Oui, Maître. Il s’est déjà présenté trois fois aujourd’hui. Mais vous avez dit que vous ne vouliez pas être dérangé. Il refusait de comprendre.  
 Le mage se massa les tempes avec lassitude.  
 - Reprenez votre poste et laissez-moi lui parler.  
 - Mais…  
 - Vous pensez vraiment qu’il présente un danger ?  
   
 Les deux gardes levèrent les yeux vers le jeune homme désarmé, paralysé, flottant à un pied au-dessus du sol. Ils reculèrent sans un autre mot pour reprendre leur place. Bande d’incapables. Brajan n’avait jamais pris la peine d’apprendre leur nom, et c’était aussi bien comme ça. Demain, il les remplacerait.  
 
 D’un geste, il libéra l’intrus et le laissa tomber au sol. Le soldat trébucha mais ne tomba pas. Bien, très bien. Il avait de l’équilibre.  
 - Eh bien, mon garçon. J’espère que tu as une bonne raison de forcer ma porte. Je n’ai jamais été connu comme quelqu’un de patient.  
 Le jeune homme s’inclina en une courbette protocolaire. Il alla pour poser sa main sur le pommeau de son épée mais, trouvant le fourreau vide, opta pour la mettre à sa ceinture. Il ne paraissait pas plus affecté que cela par sa capture. Si c’était un assassin, il cachait bien son jeu.  
 - Avec votre permission, Maître Brajan De’Stil, j’apporte des nouvelles importantes. Je fais partie du régiment de Meteshayan d’Az, et vos gardes m’empêchent de vous approcher depuis des heures.  
 - Avec raison. Voyez un commandant pour cela. Je n’ai pas le temps. En ce moment, je ne m’occupe que de ce qui a trait à la magie.  
 - Justement, Maître De’Stil. Seule la magie peut nous aider. Nous avons été attaqués par quelque chose de surnaturel. D’incompréhensible. Je suis un des seuls survivants.  
 
 Brajan eut un rire sans joie. Sa tente était dépourvue du moindre ornement, à l’exception d’un vieux coffre placé à la tête de son lit. La plupart des gens partaient du principe qu’il contenait ses vêtements. Ceux, plus au fait des choses imaginaient une réserve d’artefacts magiques de grand pouvoir. La réalité était plus prosaïque : c’était sa réserve d’alcool. D’un pas lourd, Brajan se dirigea vers le seul réconfort qu’il pouvait espérer en ces temps troublés.  
- Parle, grogna-t-il, faisant jouer l’épais loquet de bois.  
   
Il savait d’expérience que les gens ne se sentaient pas à l’aise sous le poids déconcertant de son regard. Ses yeux vairons, une particularité intéressante, figeaient d’effroi ceux qu’il regardait avec colère – mais ils troublaient également ceux à qui il ne voulait nul mal. Il tourna donc délibérément le dos au garçon, qui s’éclaircit la gorge et commença enfin son récit. Plus il parlait, plus le visage de Brajan se fermait. Il se versa un verre de vin, un bon petit vignoble près de Te’ssari et plongea son regard dans le liquide ambré.  
   
- ... des défections de ces trois régiments. Nous sommes de bons guerriers, mais ces bêtes d’ombre sont beaucoup trop étranges pour nous. Nos armes ne leur font rien, et elles se reproduisent à la lumière des torches au lieu de fuir comme nous le pensions. On murmure...  
   
On murmure beaucoup, lorsque l’on fait partie d’une armée qui se fait décimer. Décimer par des êtres sans chair et sans substance, pures ombres, cauchemars se nourrissant des peurs latentes des belligérants. Un champ de bataille était un endroit idéal pour ces créatures, car les angoisses n’étaient jamais aussi réelles qu’à l’approche de la mort. La crainte du lendemain ne faisait que les renforcer.  
   
Brajan avait prévu cette intervention des Ombres, bien entendu, mais l’avoir prévu ne rendait pas la parade plus évidente. La lumière de la lune pourrait leur être fatale, mais il y avait ces nuages, ces maudits nuages... il grimaça puis se retourna, son verre à la main.

 
Brajan était fatigué. Il n’aimait ni l’endroit, ni les circonstances, ni le temps qu’il faisait. Il n’aimait pas la violence, il n’aimait pas la guerre. Il n’aimait pas les odeurs pestilentielles qui se dégageaient des latrines à ciel ouvert. Et par-dessus tout, il n’aimait pas ses chausses.  
 
Les bottes en cuir de buffle s’enfonçaient dans la boue à chaque pas, et en ressortaient avec un bruit de succion écoeurant alors qu’il allait et venait dans sa tente. L’eau croupie ne cessait de clapoter contre ses orteils et commençait à lui engourdir le pied. Il avait payé ces bottes dix-neuf sequins d’argent chez un marchand arédinien ; le gros homme lui avait vanté leur étanchéité parfaite et leur robustesse inaltérable.
   
- Un Arédinien sincère est un Arédinien qui dort, grommela Brajan, désabusé.    
Le proverbe avait vieilli, mais il n’y avait pas de fumée sans feu. Tous des coquins et des escrocs.  
   
 Cela faisait bien trois jours qu’il pleuvait des cordes. Le temps n’allait pas en s’améliorant, et son humeur non plus.  
 
Les planifications se faisaient sous la pluie, les stratégies se décidaient sous la pluie, et les batailles se livraient sous la pluie. Les Neuf Nations pataugeaient dans la boue jusqu’à mi-mollets et le Conseil des Mages... eh bien, songea-t-il en regardant ses bottes d’un air morne, le Conseil des Mages prenait l’eau. Quelque chose lui murmurait que tout cela n’aurait pas dû se passer ainsi. Il avait imaginé une victoire rapide et éclatante, une parade à cheval sous un ciel lumineux, avec des habitants comblés leur lançant des pétales de rose et de jasmin. Son nez se plissa. L’odeur qui lui arrivait aux narines ressemblait à tout sauf du jasmin.
   
Il s’empara de sa plume, mais il n’avait pas /sitôt/ écrit une ligne qu’il la reposa. Ça criait et ça se disputait devant sa chambre. Il avait spécifiquement demandé à être au calme.    
 - Laissez-moi passer ! Par le sang et les tripes, laissez-moi passer !  
   
 Deux soldats gardaient en permanence l’entrée de ses quartiers, une précaution rendue nécessaire par les nombreux assassins envoyés contre lui. Il se rappelait la première fois, et la surprise qu’il avait ressentie lorsqu’un homme avait fait irruption dans sa tente en hurlant à pleins poumons, l’épée au clair. Les assassins n’étaient-ils pas censés faire preuve de discrétion et de subtilité ? Il s’était débarrassé de cet homme, bien sûr, comme il avait survécu aux deux tentatives suivantes, mais de telles distractions lui prenaient du temps et l’exaspéraient. Il avait fini par céder et accepter ces gardes. Mais avaient-ils besoin de prendre leur mission tellement au sérieux et d’être toujours là, tout le temps ? Ils allaient même jusqu’à goûter sa nourriture ! Brajan ne supportait pas de boire sa soupe après que quelqu’un d’autre ait trempé ses lèvres dedans – surtout lorsque le quelqu’un portait une barbe mal rasée et ne semblait pas connaître l’utilisation du savon.  
   
 Cependant, ils avaient leur utilité. Comme de tenir à distance les inévitables solliciteurs qui venaient chercher conseil ou assistance. Que les autres membres du conseil règlent ces problèmes – pour sa part, il avait des cartes à étudier. Il attendit donc patiemment que la commotion cesse, comme d’habitude.  
   
 - Je vous jure que si vous ne reculez pas tout de suite, je vous passe cette épée au travers du corps !  
 Le bruit de l’acier grinçant doucement sur le cuir : une lame quittait son fourreau. Voilà qui était nouveau. Mais rien que sa garde ne puisse gérer. Après tout, c’était son travail. Quant à lui, il allait_ /?/  
   
 Des gants sales écartèrent les pans de la tente, et le vent de la nuit s’engouffra à l’intérieur. Les innombrables parchemins qui parsemaient la grande table en chêne s’agitèrent en tous sens ; l’encrier que le mage avait fort judicieusement placé sur une carte pour l’immobiliser tomba à terre. C’était un vent humide et mordant, un vent venu des montagnes qui charriait, en même temps que l’odeur fétides des morts et du tombeau, des promesses de neige.

 
Quel est ton nom ? fit-il, la voix douce.  
Le soldat s’arrêta en plein milieu de son exposé, alors qu’il narrait d’une voix monocorde la déroute de son propre bataillon. Il ne parvint à soutenir le regard du Maître mage qu’un instant. Ses mains se posèrent involontairement sur son fourreau vide, avant de s’en éloigner comme s’il s’était agi d’une vipère. Il déglutit.  
- Baeron Morvan, de la cité libre d’Az, maître.    
- Mais tu m’as l’air d’un garçon fort capable. Tu as eu raison de bousculer mes gardes et de venir me voir. Même si je n’apprécie pas le procédé, ces nouvelles étaient importantes. Alors écoute-moi. J’ai besoin de gens comme toi, prêts à franchir tous les barrages pour délivrer les messages que l’on te confie. Alors stoppe ici ton compte-rendu, j’en ai assez entendu. Les ombres, la peur, les massacres... Va me chercher Teklan. Quoi qu’il fasse, dis-lui de venir immédiatement. Il risque de mal réagir, mais j’ai besoin de ses... lumières.  
   
Il grimaça devant la pauvreté de son jeu de mots, mais on faisait avec ce que l’on pouvait. Le soldat hésita un instant, puis exécuta un salut maladroit et recula hors de la tente avec un air méfiant. Il devait se demander ce qui l’attendait, désormais. Eh bien, pas grand-chose. Le mage n’avait pas l’intention de le punir pour sa conduite.  
   
Teklan, par contre… c’était une autre histoire. Brajan n’aurait pas aimé être dans les bottes du jeune garçon. Il grimaça. Même si elles étaient sans doute plus étanches que les siennes.
   
Finalement seul, il leva son verre dans un salut amer puis le vida d’un trait. Il avait besoin d’avoir les idées claires pour ce qui allait suivre, mais un petit peu de vin ne lui ferait pas de mal. Il ressentit le picotement familier, la chaleur de l’alcool se répandant en lui, et entreprit finalement de ramasser ses papiers épars. Il réfléchissait à ce qu’il allait devoir demander à Teklan. Orgueilleux, brûlant Teklan, comme les flammes auxquelles il commandait. Le Mage Orange était habituellement capable de réchauffer les corps et les coeurs par sa seule présence, de dissiper les nuages et l’obscurité, de brûler les Ombres et dissiper la nuit. L’ennui, c’est qu’il était aussi complètement fou et que cette attente interminable n’avait pas dû améliorer son humeur. Pourtant, ils n’avaient pas le choix.



Message édité par cappa le 07-12-2010 à 20:51:16

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n°24838789
cappa
Posté le 07-12-2010 à 21:01:47  profilanswer
 

Progenik a écrit :

Bonjour,
Je me suis mis en quête d'écrire une petite nouvelle sans prétentions.
Je ne suis pas sur que ce soit le topic adéquat mais j'aimerais avoir quelques retours sur le style, etc.


Y quelques fautes, mais déjà comme je cherchais le personnage , je trouve que tu devrais le spécifier dés le départ. Le problème c'est que tantôt il pleut, et tantôt il est le personnage. Et pourquoi un jeune homme? on dirait que c'est évident. Autant dire au départ : un jeune homme marchait ... et enchaîner en faisant attention avec la pluie sinon on se noie sous les "il" :)

Citation :

Une journée semblable à toutes les autres prenait fin. Sous un ciel plus que menaçant, il avançait d’un pas serein et décidé, essayant tant bien que mal de filer entre les gouttes. Il n’avait pas cessé de pleuvoir trois jours durant. De grosses gouttes parvenaient tout de même à s’écraser sur le sommet de son crâne, pour finir par ruisseler sur son visage. Il connaissait le chemin tellement bien qu’il pourrvait l’emprunter les yeux fermés siquand les rues n’étaient pas aussi fréquentées. D’ailleurs, ce soir là, celles-ci ne l’étaient pas autant qu’à l’ordinaire. Mais le jeune homme n’y prêta aucune sorte d’intention?, déterminé à arriver à destination dans les temps.


 
J'arrête pour l'instant les corrections, sauf si tu demandes une version corrigée, mais forcément ça crée des changements et tu as peut-être de bonnes raisons pour les choix que tu as fait. On en reparlera si tu le souhaites.
 
Je poste l'analyse de ton personnage pour les 3 modes. Par facilité j'ai renoncé aux nuances comme le mode "dominé" ascendant "négociant" - par exemple, mais plusieurs fois ça aurait été bien utile. Par contre j'ai analysé phrase par phrase (en surlignant) au lieu de chercher à repérer des passages entiers. Et enfin j'ai fait ça sous openoffice (par facilité aussi pour surligner), du coup j'ai exporté l'image du texte. Avantage, c'est en couleur et donc très explicite :

Analyse du personnage "Il"
:
http://hfr-rehost.net/self/pic/83d304f1ad9df8b55be6da5db0d771182e8ce10d.gifhttp://hfr-rehost.net/self/pic/f33a455e324bceba6de78e16068cb9455ece65d9.png
 
Conclusions :
Ton introduction est intéressante. On sent un personnage assez borné, habitué à ignorer tout simplement ce qu'il ne peut pas vraiment négocier - comme la pluie. Mais il trouve plus fort que lui, et il va tenter des négociations pour comprendre dans un premier temps.  
 
Et la question qui se pose pour la psychologie du personnage, c'est jusqu' où cette épreuve d'un bruit qu'il subit sans pouvoir l'ignorer va l'obliger enfin à s'ouvrir au monde ?  
 
Normalement, la fin de ta nouvelle devrait être toute verte une fois analysée. Mais il y a d'autres pistes évidemment. A toi de voir .
 [:djswad]

Message cité 1 fois
Message édité par cappa le 08-12-2010 à 03:00:07

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n°24847641
Mellodya
Posté le 08-12-2010 à 18:34:31  profilanswer
 

Salut !
 
Je vais peut être poser une question HS  :sweat:  mais j'ai besoin d'un avis.
 
J'ai beaucoup écrit par le passé : de manière manuscrite pendant deux ans et informatique pendant quatre ans. J'ai arrêté pour des raisons personnelles (j'écris beaucoup selon mon état d'esprit d'où un arrêt brutal). J'ai toujours pris l'habitude de laisser 2 à 3 lignes sur mes manuscrits main ou ordi pour corriger et garder les anciennes versions au besoin :)
 
Je compte m'y remettre mais j'hésite à repartir à la main ou au clavier. Pourquoi ?
 
Au clavier : On a une grande aisance sur la gestion des fichiers, chapitres, modifications. On peut s'aider de correcteurs etc...
 
Au stylo : On sent le papier sous son stylo et on peut déverser son émotion, ses sensations... dans les mots et j'adore.... par contre il faut retaper à la main, et quand on est pris de folie, les pages défilent ! Dans ce cas un logiciel OCR pourrait être utile pour gagner du temps mais faudrait t'il savoir lequel.
 
Qu'en pensez vous ?

n°24847779
cappa
Posté le 08-12-2010 à 18:49:12  profilanswer
 

Mellodya a écrit :

Salut !
 
Qu'en pensez vous ?


 
Moi je te conseillerais d'écrire sur papier ce qui est beaucoup moins abrutissant. Ensuite , tu as le choix entre les OCR, qui ma foi marchent pas trop mal mais vont quand même demander un travail pour récupérer les zones irrécupérables, ce qui est une perte de temps calamiteuse.  
 
Si tu as les moyens , le mieux pour toi c'est un logiciel qui tape ce que tu prononces oralement. Ca existe sur iphone alors sur PC aussi bien-sûr. Le hic c'est que sur PC je ne connais pas les prix mais comme c'est destiné aux médecins ou à de rares professionnels , il se peut que ce soit hors de prix, bien que ça ne le mérite pas (la technologie a plus de 20 ans).
 
Si j'avais les moyens moi, j'opterais pour texte manuel + transcription après lecture orale. Sans compter les avantages de la lecture à voix haute.
 
Voilà. Si tu testes des logiciels gratuits , n'hésite pas à donner un retour.
 
Sur Iphone :

Citation :

Description
Dragon Dictation est une application conviviale qui utilise le moteur de reconnaissance vocale Dragon® NaturallySpeaking®, pour transcrire instantanément un texte ou message que vous lui dictez. Le résultat peut être très simplement renvoyé comme un SMS ou email. La rentrée de texte est en ainsi jusqu'a cinq (5) fois plus rapide


Message édité par cappa le 08-12-2010 à 18:54:18

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Tester le 1er multisondage HFR ---> MULTISONDAGE.
n°24847842
Mellodya
Posté le 08-12-2010 à 18:56:38  profilanswer
 

- En OCR je m'y connais rien donc je ne peux pas te dire quels sont les bons.
 
- Pour les logiciels à l'oral, y'a en effet ceux qui qu'on utilise à l'hôpital pour notre métier et qui n'ont pas les possibilités de s'associer à word par exemple. De plus je trouve que cela ne change pas grand chose au fait de taper au clavier dans le cas de l'écriture.
 
-Je n'ai pas compris : texte manuel + transcription après lecture orale, tu penses aux logiciels type Dragon naturally ou autre qui écrit ce que tu lis ? Cela me paraît en effet une très bonne idée.
 
Edit par rapport à ton edit : à tester sur mon Iphone même si ca allonge la chaine en passant par une de mes boites mails puis par word. Mais Dragon® NaturallySpeaking® en tous cas est cher à mon goût pour un achat à la "va vite".


Message édité par Mellodya le 08-12-2010 à 19:00:27
n°24847982
Mellodya
Posté le 08-12-2010 à 19:11:42  profilanswer
 

En fait j'ai rien dit y'a plusieurs Dragon® NaturallySpeaking® pas si chers mais alors savoir si la version home suffit à bien s'intégrer à word et répondre au doigt et à l'oeil :/ Des idées?

n°24847984
Progenik
Shark'N'Roll
Posté le 08-12-2010 à 19:11:56  profilanswer
 


Merci beaucoup pour cette analyse détaillée, je n'ai que parcouru rapidement pour le moment, il faudra que je m'y remette a tête reposé
J'aime bien ta façon d'analyser le personnage et je pense que tu as tout à fait raison pour la suite...
 
Rien à ajouter sur le "Bruit" ? Je pensais le traiter comme un personnage à part entière, vu qu'on ne sait pas bien pour le moment de quoi il s'agit...

mood
Publicité
Posté le 08-12-2010 à 19:11:56  profilanswer
 

n°24848763
cappa
Posté le 08-12-2010 à 20:33:36  profilanswer
 

Mellodya a écrit :

En fait j'ai rien dit y'a plusieurs Dragon® NaturallySpeaking® pas si chers mais alors savoir si la version home suffit à bien s'intégrer à word et répondre au doigt et à l'oeil :/ Des idées?


Qui marcherait avec word, j'avoue que je ne connais pas assez bien ces soft. Mais il y a peut-être moyen de trouver des infos sur wikipedia. En général il y a des liens à la fin des articles, vers les logiciels.

Progenik a écrit :


Merci beaucoup pour cette analyse détaillée, je n'ai que parcouru rapidement pour le moment, il faudra que je m'y remette a tête reposé
J'aime bien ta façon d'analyser le personnage et je pense que tu as tout à fait raison pour la suite...
 
Rien à ajouter sur le "Bruit" ? Je pensais le traiter comme un personnage à part entière, vu qu'on ne sait pas bien pour le moment de quoi il s'agit...


En tous cas sur les bases que tu as, ça peut donner une nouvelle SF très copieuse. Pour les fautes à corriger, je pense que ça se fera en relisant. Poste la suite à l'occasion.


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Tester le 1er multisondage HFR ---> MULTISONDAGE.
n°24849412
Mellodya
Posté le 08-12-2010 à 21:21:46  profilanswer
 

Ok merci cappa je vais me renseigner et demain faire un tour à ma librairie, j'aurai besoin d'un papier avec un bon grain (type lettre) d'autant plus que j'ai besoin d'écrire des lettres prochainement sur un beau papier :p
 
Dès que j'aurai repris un peu je soumettrai un court extrait d'une de mes nouvelles d'il y'a quelques années pour savoir ce que vous en pensez.  
 
Je vois par ailleurs cappa que tu analyses de manière très pointilleuse ce qu'on te propose et ca m'intéresserait :)

n°24850389
Progenik
Shark'N'Roll
Posté le 08-12-2010 à 22:25:04  profilanswer
 

cappa a écrit :


En tous cas sur les bases que tu as, ça peut donner une nouvelle SF très copieuse. Pour les fautes à corriger, je pense que ça se fera en relisant. Poste la suite à l'occasion.


En effet dans ma tête ça serait plutôt orienté SF, et pour les fautes pas de souci j'ai pas encore pris le temps de corriger.

n°24854363
Profil sup​primé
Posté le 09-12-2010 à 11:52:19  answer
 

Yop, ça fait un petit moment que je lurke ce topic et que je lis les productions de chacun.
 
En fait depuis quelques mois, j'ai une idée que me trotte dans la tête d'écrire un bouquin. Je sais pas trop pourquoi.
En arrivant à un certain âge, dirons nous de sagesse :o, on se dit peut être qu'on doit laisser une trace de son passage sur terre. C'est con et pompeux d'écrire ça, mais voilà, on dit qu'il faut faire un enfant, planter un arbre et écrire un bouquin pour avoir une vie accomplie.
En gros, me manquerait plus que le bouquin. pas pour l'humanité, mais pour moi, je veux écrire un truc à moi, qui m'appartient, qui me correspondrait, pour sortir un peu les choses qui sont au dedans de mon moi :o
 
Donc, je viens sur ce topic pour apprendre essentiellement comment on écrit. Je pense avoir quelques notions mais je suis conscient que c'est, en tout cas, pour moi, une grosse part de pratique et d'entrainement. Il va falloir que je noircisse quelques euphémisantes pages avant de me sentir près à faire quelque chose de concret.
 
J'ai donc décidé de m'entraîner en commençant déjà par écrire une nouvelle. Je la soumet à tous les spécialistes et sommités du topic et aussi aux autres en fait.  
 
Merci de me dire ce que vous en pensez, de me conseiller sur les tournures, le style...etc, sans compter les très certainement nombreuses fautes que j'ai fait.
 
Je ne vous demanderais pas d'etre tolérant et indulgent, vous pouvez me défoncer la gueule dans vos critiques, c'est comme ça que j'apprend le mieux en général. Pour m'attendrir, faut me taper dessus, comme le poulpe. [:beleg]
 
Merci d'avance.
 
et vlà le morceau, bonne lecture pour les plus courageux.
 
 

Citation :

Le cœur d'un système déprimogène.
 
Peu de personnes peuvent se vanter aujourd'hui d'être assez cyniques, abjectes et obsédées pour nommer et définir elle-même leurs propres déviances et leurs propres crimes. Un tueur en série ne se définit pas lui-même comme "l'amputeur du Bronx" ou "le collectionneur de foie". Rarement il admettra être un fêlé de la plus belle espèce, ce que les médecins appellent de manière pudibonde "psychopathologie " et la sagesse populaire "putain de gros taré".  
 
Ce n'est que la conséquence des gestes du déséquilibré qui va donner naissance à son patronyme. Il se peut qu'il vienne à apprécier un surnom ou telle et telle dénomination, se complaisant à jouir alors d'une célébrité malsaine, mais jamais il ne poussera le vice jusqu'à l'écrire sur une carte de visite, avec en dessous, ses coordonnées téléphonique, son adresse mail, celle de son siège social et une mention discrète mais ferme indiquant que le papier ayant servi à fabriquer la carte provient d'un foret gérée équitablement.  
 
Il est pourtant une personne  qui ne connaît pas ce genre de scrupules ni cette barrière à la typologie, et à l'auto-détermination. Elle fait exister les choses les plus immondes en les nommant le plus simplement et froidement du monde. On a coutume de la définir comme une personne morale, comble de la sémantique, puisque son immoralité reconnue fait chaque jour débat dans l'ensemble des médias, ce sur de nombreux sujets. Nous parlons ici de l'entreprise.
 
Une entreprise, une société qui fonctionne, c'est une société en mouvement. Dans l'entreprenariat, on ne se satisfait pas de l'immobilisme. L'adage est connu. On marche ou on crève. Et si on marche, il faut aussi, tant qu'à faire, qu'on le fasse en posant ses pieds sur la tête d'un autre. Si on crève, l'important étant qu'on n'entraîne dans sa chute que ceux qui étaient, paradoxalement, le plus en bas dans  l'échelle des aspirations sociales.
Quand vous voulez faire passer un cap difficile à une société ou plus simplement la confronter à un problème qu'elle ignorait avoir, afin d'amener le changement paraît-il nécessaire à sa survie, il faut lui donner le vocabulaire qui correspond afin qu'elle puisse mettre un nom sur cette difficulté et ainsi se l'approprier.  
 
S'il n'y a pas de nom, il n'y a pas de problème, pas de prise de conscience. S'il n'y a pas de prise de conscience, pas de suggestion d'un drame à venir, alors la manipulation est impossible. Un démon existe et n'est vaincu que parce qu'on lui  a donné un nom.
Le principe est simple. On invente donc un nom, un concept et toute l'iconographie qui va avec, un vocabulaire, un champ lexical, une base intellectuelle et légale qui permettra d'expliquer le nom et de dire pourquoi ce problème devient le problème de l'ensemble. Dans ce domaine, les années passées ont révélé leurs modes, leurs tendances. Le courant actuel consiste à choisir un mot "positif" et lui adjoindre un préfixe déprimogène et négatif. Alea jacta est. Le "dé-" est jeté.  
 
Ainsi La régulation devient dérégulation, la croissance, décroissance, construire devient déconstruire. On déstocke, on dégrève, on décentralise, on dérationnalise, on délocalise.  On ne reçoit plus, on déçoit. On préfère dénoncer des contrats plus que les annoncer. On ne suit pas l'axe, on désaxe, on dérégule. On ne marche pas, on démarche. On dérange ce qu'on rangeait la veille. On ne fait plus de tests, on déteste. Nous ne sommes plus portés par un système, mais déportés, dématérialisés. On ne passe plus, on dépasse ou on court le risque d'être dépassé. On ne s'engage plus, on dégage, que ce soit de la marge, des dividendes ou tout simplement de la boîte. L'humain ne prime plus, dès lors il déprime.
La déréalisation, le désamour, la déshumanisation, la dévalorisation.  Jamais si banal préfixe déprimant n'a eu autant droit de Cité. Déraisonnable.
Vient donc le règne de l'anti-action, de la désaction. Le fait de ne pas faire, de démonter les mécanismes sociaux, culturels et économiques dressés jusqu'à alors, devient, de manière totalement paradoxale, une action en soi, valorisée, reconnue, encouragée par un système au delà de tous les cynismes.
 
Au cœur d'un système n'en ayant paradoxalement aucun subexiste l'Homme. Mais L'activité se déshumanise. L'homme n'est plus une force, c'est un frein dans l'entreprise. Une entité qu'il faut combattre. Le mot que l'entreprise invente alors signifie tout simplement l'antithèse du recrutement, l'acte inverse  de l'engagement d'un nouvel employé dans sa société, le  décrutement; Le processus qui va permettre de mener aussi calmement et méthodiquement qu'une embauche au renvoi pur et simple d'un individu sur le marché du travail. On n'intègre plus, on désintègre.
 
Notons également l'erreur sémantique récurrente quand on parle de travail et d'emploi, deux choses rigoureusement différentes. Le marché du travail, c'est le marché de ceux qui proposent leur service. Le marché de l'emploi, celui de ceux qui propose une activité à accomplir en échange d'une rémunération. Quand on vous dit que le marché du travail se porte bien, la seule conclusion logique que l'on peut tirer de cette information est que nous devons avoir beaucoup de chômeurs.
 
Passons cette digression et revenons à notre méthode simple, équation basique; les variables sont toujours les mêmes.  
M. X est un cadre haut placé, il travaille dans une société Y. La société Y veut se séparer de M. X. Elle contacte la société Z dont le décrutement est une spécialité officieuse. La société Z contacte ouvertement M. X. Elle fait des avances, courtise, séduit, débauche. Dans le même temps Y fait comprendre à X qu'il a tout à y gagner, un salaire plus enviable, un poste plus intéressant, un plus grand bureau, et une secrétaire à plus gros potentiel et nichons.  
 
Tous les arguments sont bons. Une telle promotion de carrière ne se refusant pas, elle propose un arrangement amiable pour faciliter la sortie de M. X. Une démission sans indemnité en échange d'une suppression de préavis. M. X plonge avec délectation sa main dans l'engrenage.  Il signe son contrat d'embauche chez Z. Mais Z n'a aucune intention de conserver X, il sera purement licencié sans frais ni indemnité dans le courant de sa période d'essai dans les conditions prévues par la Loi sur le travail. L'idéal étant d'arriver à faire que M. X cesse de lui même la période d'essai. Pression de travail, horaires insoutenables, ordres et contrordre, objectifs flous, cahier des charges indéfinissable, humiliation collective, brimades répétées et sans objet, harcèlement moral…quelqu'un des outils nécessaires à la pratique de l'art.
 
Passons à l'étude de cas. Sammy en était un, un beau, un démonstratif.  
 
12ème étage. Un vertige, un basculement. Il avait fait le grand saut. Sammy avait quitté le giron d'une grande entreprise de stature internationale, pour venir travailler dans une de ses nombreuses sociétés à l'activité aussi ambiguë que le nom et les aspirations. Financial consulting, team-building, benchmarking, human resourcing, et encore d'autres activités en ing moins ronronnantes mais tout aussi absconses. C'était une putain de promotion en tout cas, Sammy l'avait vite compris. Et personne n'avait fait de difficulté. C'était du win-win à 200%. Ça puait le bon coup, quoi.  
Le siège de sa nouvelle boîte se situait dans un quartier proche de la Défense, se répandant, dégoulinant sur les 12 étages d'un immeuble sans cachet, sans reflet. Sa façade de verre matte ouvertement impénétrable,  sciemment opaque, laissait entrevoir une chose. Dans un tel lieu, on n'était visiblement pas là pour la gaudriole mais pour marner. Les levers de soleil sur la brume matinale, on laissait ça aux travailleurs de plein air et aux gauchos. Le printemps n'avait jamais été fait pour les taupes.
 
9ème étage, service des ressources humaines. Là où il avait signé son bail depuis maintenant  un peu plus d'un mois à la GEDEM. "GEstion DÉcentralisée", ça il l'avait intégré. Il avait renoncé à comprendre ce qui signifiait le M final, après avoir demandé plusieurs fois et obtenu systématiquement une réponse différente, un regard amusé ou une remarque évasive sur l'activité sans cesse changeante de la boite. Il s'était fait une raison. En arrivant ce jour là, il était bien décidé à obtenir enfin la charge d'un dossier. Il y a cinq semaines  on l'avait baladé dans la boite, présenté à tous les chefs de service, d'unité et de bureau, aux sous-chefs d'officine, aux assistants de chef, et même parfois aux assistants d'assistant les plus voyants. Les assistants les plus méritants se voyaient parfois confiés, plutôt que des promotions, des assistants à eux, qu'ils pouvaient ainsi à leur tour rendre corvéable à loisir et traiter comme de la merde. L'ascenseur social se révélait toujours incapable de monter, mais on lui permettait cependant d'augmenter sa contenance,  en renforçant les câbles qui le maintenait suspendus dans sa cage.
En matière de politesse et de saluts aux condamnés, on ne descendait pas plus bas que le cadre junior dans la hiérarchie quand il s'agissait de serrer les mains. Plus profond eut été considéré comme un acte impie, aussi insalubre que d'ouvrir un charnier bosniaque frais de quelques semaines sans avoir au préalable vérifié que le costume Armani, dotation habituelle des dignitaires onusien, était bien protégé par une combinaison étanche et des gants en caoutchouc arborant le bleu turquoise ral 5012 "Forpronu".
 
Les autres, Le reste des mortels arpentant les lieux n'était vraisemblablement pas suffisamment du domaine du vivant pour espérer être traité en tant qu'individu à part entière, un bref salut de la tête et un vague signe de la main pouvait être toutefois toléré à condition qu'il soit totalement dénué d'une quelconque volonté amicale ou empathique.
 
D'autres êtres existaient pourtant encore, aux confins du spectre du visible. A peine réels, vivants entre les corps flottants du vitré de l'œil. On les confondait avec le néant.
Sammy les voyait encore, mais lui, il avait un regard neuf, les autres avaient de longtemps perdu l'acuité visuelle nécessaire pour les distinguer correctement du mobilier de bureau.  Il s'agissait souvent d'agents de sécurité à la mine aussi sombre que la pigmentation ou de quelques femmes de service invariablement portugaises et qui inlassablement poussaient des tuyaux d'aspirateurs sans fin apparente, dans des dédales de couloirs borgnes aux moquettes unies. Ces gens là avaient eux même aussi perdu l'habitude d'exister. Ils se choquaient et se formalisaient bien plus qu'on leur adressât un bonjour plutôt qu'on les ignore. On était dans le domaine de l'astrophysique. Deux nébuleuses se croisaient, se percutaient, se mélangeait intimement dans cet univers, mais sans jamais se toucher, ni se voir, ni se ressentir. Le seul lien entre les deux mondes étaient les factures annuelles de prestation des sociétés de nettoyage et de gardiennage qui échouaient invariablement sur un des bureaux de la compta.
 
8ème étage. Impression agréable de flottement mêlée d'impuissance. Installé dans un bureau mal exposé, on avait dit à Sammy que ce serait provisoire. Mais les jours avaient passé et…rien. Son ordinateur ne parvenait pas à se connecter au réseau de la société. "Soucis de serveur, le help desk est dessus, mais tu connais les help desk, hein ?"
 
Depuis, on ne l'avait pas consulté, pas appelé, pas faxé, pas invité ni à un brainstorm, ni un lunch, ni à une formation, ni mailé, briffé, bippé, checké, forwardé…sur rien. On ne lui avait pas donné de travail important ou correspondant à ses fonctions et aspirations. Quelques mémos à rédiger, des notes de service à destination de lointaines et obscures filiales de province, concernant notamment la gestion des accès ou la sécurité dans les locaux. Tout contrevenant serait sévèrement sanctionné. Simplement on ne savait pas trop à quoi il fallait éviter de contrevenir. Les sanctions, elles, ne laissaient jamais de place au doute. On était carré à la GEDEM, géométriquement en tout cas.
 
Le souffle de l'air autour du visage. Il essayait de tenir ses yeux grands ouverts, pour ne rien rater de cette sensation. Le froid les lui fit fermer instinctivement, dans un souci naturel de protection de la cornée. Peut-être aussi la peur.  Au 7ème étage,  Sammy s'emmerdait. C'était habituel. A part régler la soufflerie de la clim de la salle de réunion désespérément vide, rien à faire qui collait, même de loin, à son statut et son expérience. On le laissait "découvrir la société", "prendre ses marques" et quand il demandait à Max, son supérieur, de participer, quand il demandait à être associé à un projet, aux "processus opérationnels" les réponses fusaient "on en cause", "on se voit semaine prochaine, on est charrette en ce moment, met toi à l'aise, prend tes repères, ça viendra".  
 
Face au besoin de s'intégrer de Sammy se heurtait l'étrange bienveillance de son boss.  Un clin d'œil, une tape amicale, et en guise de réponse "T'en fais pas, on va s'occuper de ton cas" avait répondu Max. C'est comme ça qu'il voulait qu'on l'appelle, Max. Maximilien Dupertuis de son vrai nom, parce que Max, il donne le max !…Rire convenu, jeu de mot facile, management pour les triso, à la page deux. Et puis, sur un ton plus sérieux, il avait ajouté qu'on n'allait pas se donner du monsieur entre nous, n'est ce pas ?  
Max, il avait ajouté "Moi je te tutoie, mais toi, tu me vouvoies par le prénom, c'est comme ça que ça marche, tu comprends ? Question de standing. Faut pas perdre de vue qu'on est une équipe et qu'une équipe c'est un chef et c'est du respect."  
 
Ok Max, comme vous voulez.
 
Il y a deux semaines, il avait tiqué quand, lors d'une séance,  où il avait été convié pour une fois, Max lui avait demandé de "faire un effort d'intégration". Il s'était mis à sourire poliment croyant à un bon mot sur sa situation un peu délicate et sur la conversation qu'ils avaient eu entre deux portes à ce sujet, sur les besoins qu'éprouvaient Sammy de faire ses preuves. "Ca te fait marrer ?" avait lâché Max, en arborant l'air du gars qui vient de se rendre compte en arrivant au check-in qu'il avait laissé son passeport dans la poche de l'autre veste.  
 
Sammy avait baissé les yeux. C'était peut être pas le jour pour contrarier Max.  
 
A la pause café qui avait suivi, personne ne lui avait parlé. Il avait essayé de lancer plusieurs fois la conversation mais ça ne prenait pas. Le foot, ils s'en foutaient. Les nanas baisables de la boite   "Tu nous a pris pour qui ? On est mariés".  Ce qui n'empêchait vraisemblablement pas les collègues d'enchainer quelques blagues grasses sur le cul d'une quelconque assistante administrative qui passait à portée de discrimination.  
Le double discours, Sammy commençait à mal l'encaisser. Décaisser, il fallait que ça sorte. Y'avait un truc qui tournait pas. Au moment de l'entretien, ils lui avaient fait comprendre qu'il était l'élu, le futur de la boite. Mais plus le temps passait, plus il avait l'impression qu'on le mettait à l'écart et que le futur se conditionnait en une espèce de temps batard, qui se conjuguait certes, mais dans une autre dimension, dans laquelle il n'était pas, de toute évidence.
 
Il avait du mal à comprendre ce qui se passait. En rentrant dans son bureau. Il vit que la poussière n'était pas faite. Non pas qu'il était un maniaque de l'ordre et de l'hygiène mais il avait l'impression que toutes les peaux mortes et particules des alentours s'étaient données rendez vous dans son alcôve pour y faire en quelque sorte une teuf de la peuf. Il n'eut même pas le temps de s'en émouvoir que son téléphone sonnait. Ce n'était pas si coutumier alors il se laissa aller à la surprise.
 
Max, au bout de l'onde. Les fils étaient révolus dans cet univers high tech. Tout se négociait en onde, Wifi, bluetooth. Max était donc au bout de l'onde et vraisemblablement au sommet de la crête. "Mon bureau, tout de suite". Le "OK, j'arrive" de Sammy répondit à la tonalité de ligne occupée du téléphone. Max, lui, avait raccroché depuis déjà de nombreuses millisecondes.
 
En rentrant dans le bureau, Sammy compris que c'était sérieux. Max ne leva même pas les yeux.  
 
- Assieds-toi…non ! Asseyez-vous !
 
Sammy s'exécuta.
 
- On en est où là ? Entre vous et moi ? ça fait quoi, un mois et demi ? Faut faire un bilan, comme vous vous situez ?
- Ben, vous savez, Max…
- Non, pour vous, à partir de maintenant ce sera M. Dupertuis. On va cesser les enfantillages. On vous a donné votre chance. Pourquoi vous ne faites pas d'effort ?
- Je vous demande pardon ?
- Ce n'est pas suffisant. Et je ne veux pas de votre demande de pardon. Ça fait plus d'un mois que vous vous trainez lamentablement sans en ramer une.
- Quoi ? Mais enfin, c'est vous qui ne…
- Bien sûr, c'est de notre faute si on vous a embauché, si on vous a fais confiance, nous n'aurions pas du, c'est ça ?
 
ça ressemblait à un putain de scénario de mauvais film, un procès d'intention ignoble et injuste. L'injustice c'était toujours un truc poignant dans les films, dans les bouquins.  On avait toujours envie de prendre fait et cause pour celui qui en était la victime. On voulait se battre avec lui. Vieux truc d'auteur, il flatte l'ego du lecteur, du spectateur, il le brosse dans le sens des écailles, le poisson. Mais là, il n'y aurait pas de happy end hollywoodien, de Deus ex machina bien huilé, savamment orchestré et surgissant dans un concert d'orage pour faire passer la pilule, ni roulement de tambour, ni coup de cymbale pour souligner le gag, pour dénoncer la farce. Sammy savait que ce n'était pas du chiqué. On n'était pas dans un roman à la con. C'était du vécu. Ça avait le gout poignant de la vérité. Et il y avait cette impression détestable dans son cerveau, comme à chaque fois de sa vie où il avait dut affronter des contrariétés fortes au niveau émotionnel, une sensation de chaleur brulante et étouffante lui caressant le cortex.
 
Sammy était KO debout, il était dans les cordes et avait perdu le match au premier round. Ses compétences en boxe flirtaient avec le niveau du parquet ciré, mais d'un autre coté, un vrai boxeur, même un tocard, aurait eu un avantage décisif sur Sammy, parce qu'un boxeur sait en général quand il vient de monter sur un ring.
 
- Réagissez Sammy, on doit vous courir après pour vous donner du boulot. Vos collègues ne mâchent pas leur mot, je ne devrais pas vous le dire, mais…ils se plaignent de votre travail, de vôtre absence de travail. Vous êtes une couleuvre, insaisissable.
- Mais enfin quel travail ? depuis que je suis là, je n'ai rien pu faire, on ne m'a rien laissé…
- C'est bien ce qu'on vous reproche mon vieux…si ça devait continuer. Je crois malheureusement que nous n'allons pas avoir le choix avec vous.
- Mais qu'est ce que c'est que ce délire ? Qu'est ce que vous voulez dire ?
- Ressaisissez-vous, avant que l'on vous…déssaisisse. Il n'y aura pas d'autres chances.
 
Un round, Ko. Sammy comptait les dents virtuelles qu'ils venaient de laisser dans le bureau de son supérieur.  
 
Il aurait voulu s'arrêter un bref instant, quelque part vers le 5ème étage. La cafétéria, le seul endroit où on trouvait parfois bien caché entre deux colonnades design et quelques plantes exotiques, un sourire ou deux. Espace de détente. Quand l'humain mange, ce sont ses besoins naturels qui le mènent. Notre part animal qui ressurgit et laisse pour un temps le masque humain au sol. C'étaient les rares occasions de regarder sous le fard du mensonge et de la comédie pour apercevoir quelques signes distinctifs d'authenticité.  Sammy aurait voulu s'arrêter ici. Pour y souffler un coup, pour mieux anticiper la suite. Mais il ne pouvait pas. Il était trop tard pour réfléchir, il n'en valait pas la peine, il dévalait, dévaluait.
Escaliers, ascenseurs. Paliers, dehors, clopes, clopes et clopes et clopes et clopes sur clopes. Cata, clope, un vrai canasson. Et café aussi. Les drogues légales autorisées, conseillées. Et puis le boulot. Jette-toi dedans à corps perdu. Ça ne fait pas de mal à l'extérieur, ça ne laisse pas de trace, pas comme les coups de fouet autopunitifs des hommes encagoulés de San Vincente du Rioja.
Les brimades continuèrent. Bien entendu. Et si je ne détaille plus les jours et les semaines qui passent, si il n'y a plus de repère temporel, c'est parce que le temps n'est plus d'aucune importance dans ce procédé. Une variable négligeable. Le plan était carré, convenu, lissé. Et on avait de l'expérience pour traiter ce genre de cas à la GeDeM. Tout un univers de manipulation mentale se mettait en place autour de Sammy, oserions nous dire, avec tendresse et compréhension. De la même manière que la Charia garantit à la condamnée à la lapidation qu'elle sera traitée avec le maximum d'humanité, de compréhension et de douceur, afin d'anéantir toute idée ingénue de rébellion, de colère, de haine et de rejet. On amenait les gens à non seulement ne pas refuser l'idée de leur peine mais à l'accepter pleinement, à la tutoyer et à l'embrasser, à se confronter à elle et à la regarder dans les yeux sans peur ni dégout.
 
Il était au 3ème, Sammy, en face du bureau Export et foreign business quand il prit conscience que la fin était proche. Pour la énième fois, il avait été convoqué par Max. Depuis bien longtemps, son nom n'était plus cité lors de leurs échanges à sens unique. Max donnait, Sammy prenait. En pleine gueule. Peu importe les raisons, les arguments, les commentaires. Tout était faux ou vrai, ce qui n'avait de toute façon aucune espèce d'importance. Sammy était devenu la description qu'on faisait de lui. Il était devenu un cas, le cas. Le cancer de la boîte, la vérole sur le visage amer de la déception, le ver dans le fruit. Il n'avait pas compris comment s'était fait le glissement. Comment il avait pu en arriver là ? Il se souvenait vaguement d'un Sammy triomphant qui arpentait les couloirs de son ancienne boîte avec une suite de mange-merde à ses trousses, auquel il dispensait rhétorique de marketing et phrases toutes faites à usage unique. "work hard-play hard" ça il l'avait entendu un jour à la télé. Ça lui plaisait bien. Il n'avait pas compris tout ce que sous-entendait ce genre de maximes, en termes de renoncement de soi et de sacrifice de la vie privée. Un idéal de vie ascétique qui ferait bander le bénédictin le plus dogmatique.  
 
C'était un autre lui-même qui agissait désormais sous ses traits, parce que ce Sammy là, beau et pédant, était mort depuis longtemps. Ne restait que l'enveloppe creuse d'un type qui fut autrefois brillant, un grand requin aux dents blanches dont la gueule ouverte cachait les yeux. Quand les proies se débattent, elles peuvent toujours vous blesser si vous n'y prenez pas garde et vous crever un œil sans l'espérer. Les requins ont cet ingénieux dispositif de protection. Quand ils ouvrent en grand leur gueule abominable, ils deviennent aveugle l'espace d'un instant, leur regard protégé par un morceau de cartilage fixé sur la mâchoire qui vient se glisser sur la surface de l'œil. Le requin peut alors, en toute moralité, fermer les yeux sur les malheurs qu'ils provoquent, sur la souffrance qu'il inflige, sur la mort et la destruction qu'il répand.
Qu'on en finisse. Sammy n'en pouvait plus de cette chute sans fin. 1er étage.  A l'accueil du bâtiment, le seul endroit où on semblait ignorer qu'il était un pestiféré. Sammy était assis là sur un des ces bancs d'accueil qui ont vocation d'être aussi esthétiques qu'inconfortables. Un café chaud dans un gobelet en carton, tenu des deux mains. Sammy comptait sous ses pieds les rides d'un carreau de terre cuite bouffi d'orgueil qui tentait vainement et désespérément de se faire passer pour un marbre italien.  
 
Un décrutement, c'est un deuil. Le deuil a une logique, un parcours, des phases. On prend connaissance de son propre décès, on affronte successivement le refus de comprendre, le déni. Puis la résistance à nos sens, on lutte contre une évidence et une fatalité. Suit alors l'abattement le plus complet, le renoncement de soi le plus total et désespéré. Nous sommes alors dans un pic de négativité, de haine et de mort. Vient ensuite la résignation. L'individu accepte sa mort. Enfin l'intégration, le sujet a accepté pleinement son état, il prend alors les dispositions qui s'imposent à l'évidence. Quand l'âme est morte, le corps doit suivre, simple question de bon sens. Aussi ce deuil se suit, après une ascension psychologique vers un nouvel état de calme et d'apaisement, par l'ascension physique qui mènera à l'apaisement des tourments du corps.
 
La porte du toit n'opposa que peu de résistance. Un cul d'extincteur déterminé eu raison du verrou simple qui séparait Sammy de sa Passion. Le gravier qui parsemait la toiture du bâtiment crissait sous les pas résolus de ce qui avait été autrefois un jeune cadre dynamique haï autant qu'adulé. Le regretté Sammy ne l'entendait pas, son esprit était loin au dessus du vide, de la colère et de l'étroitesse des portes, couloirs, bureau et esprits qu'il avait arpenté jusqu'alors. Il n'y eu pas de regard, pas de confrontation avec le vide comme la coutume cinématographique voudrait dans ces moments là. Il couru, simplement, et puis il sauta et ses pieds ne touchèrent plus rien d'autre que le vide. Alors il s'autorisa à hurler.
 
Douze, neuf, huit, sept, cinq, trois, premier étage, et pour finir, on s'en doute, une rencontre douloureuse autant que furtive avec le rez-de-chaussée. Sammy était mort six mois plus tôt de toute façon. La nature n'a fait que reprendre ses droits. Si vous vouliez du cliché, on aurait pu dire que le corps de Sammy était allé violemment s'écraser contre le pare-brise de la Porsche Carrera de Max, douze étages plus bas, défonçant au passage le hard top. Work hard, fall hard. Manière habile de faire passer une morale à deux sous, de dire que tout se paye et de faire un pied de nez à la fatalité. Se dire que Max aurait fait un drôle de tête en voyant celle de Sammy entrouverte sous le choc, un œil éjecté de son orbite pendant mollement sur le tableau de bord en ronce de son bolide adoré. L'image aurait été esthétique, sang, tripe, et gerbe.
 
Mais voilà, Sammy, il n'a pas eu le crâne éclaté, pas eu l'œil éjecté de l'orbite. De loin, on aurait même pu le prendre pour un poivrot endormi au milieu de la chaussée, mais les poivrots, même furieusement imbibés, dorment rarement les yeux ouverts. Sa course, Sammy, sa parabole, il l'a finit comme je finis la mienne, sur le trottoir, d'une part parce que celui-ci est extrêmement large et qu'il aurait fallu une constitution athlétique à notre golden-boy en bronze pour pouvoir espérer atteindre les places de parkings situés en bordure de l'avenue. Mais même en admettant que cela eut  été possible, Max, il n'a de toute façon pas de Porsche Carrera. Pour venir à son travail, il utilise un vélo. Max, c'est un adepte de la décroissance dans le privé. "Question d'éthique" comme il dit.
 
 
Faman
 

Message cité 3 fois
Message édité par Profil supprimé le 09-12-2010 à 11:57:21
n°24854510
Profil sup​primé
Posté le 09-12-2010 à 12:05:37  answer
 

:jap:
 
alors le coup de la triple descente, ouais, je voulais en faire la colonne vertébrale mais j'avais peur justement que ce soit trop voyant, et que du coup ça fasse lourd si j'insistais trop là dessus. Si tu penses que c'est acceptable, je vais retravailler cet aspect.

n°24854967
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 09-12-2010 à 12:56:38  profilanswer
 

J'aime bien.
 
Par contre, j'ai l'impression qu'il y a une rupture de style entre ta première partie et le zoom sur la situation de Sammy. C'est peut etre volontaire mais il m'a fallu quelques lignes pour m'adapter à la modification.
 
La fin est excellente.


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Ma chaîne YouTube d'écrivain qui déchire son père en pointillés - Ma page d'écrivain qui déchire sa mère en diagonale
n°24855931
Merome
Chef des blorks
Posté le 09-12-2010 à 14:15:48  profilanswer
 

J'ai pas tout lu, mais le début me fait plus penser à un article de blog qu'à une nouvelle.


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Ceci n'est pas une démocratie
n°24856400
Profil sup​primé
Posté le 09-12-2010 à 14:49:18  answer
 

Grenouille Bleue a écrit :

J'aime bien.
 
Par contre, j'ai l'impression qu'il y a une rupture de style entre ta première partie et le zoom sur la situation de Sammy. C'est peut etre volontaire mais il m'a fallu quelques lignes pour m'adapter à la modification.
 
La fin est excellente.


 
Oui et la transition pue du cul. Je trouve aussi.

n°24862540
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 10-12-2010 à 09:04:54  profilanswer
 

Au fait, je n'ai pas eu l'occasion de remercier Cappa pour son étude détaillée du texte. Tes conclusions sont intéressantes, mais cela fait justement partie du style de modifier l'ordre et bouleverser les conventions.
 
Je ne dis pas que c'est une bonne idée, mais je préfère ma version originale à celle qui suivrait le schema que tu prônes :D


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Ma chaîne YouTube d'écrivain qui déchire son père en pointillés - Ma page d'écrivain qui déchire sa mère en diagonale
n°24924991
Arwen Etoi​le du Soir
Posté le 16-12-2010 à 14:16:46  profilanswer
 

Bonjour à tous, ou re bonjour s'il reste des survivants, j'avais envie de revenir sur le topic après des mois d'absence et j'ai pu voir une volonté de classement sur le premier post à laquelle j'adhère (ça devenait un peu le foutoir, pardonnez l'expression, donc je tire mon chapeau car je pense qu'il a fallu pas mal de patience; et ce même si j'aurais préféré ne pas voir de liens vers mes extraits (ouais pas super fière quand même) parce qu'il doit bien y avoir des extraits mille fois plus intéressants et moins "flamboyants" (dans le sens très péjoratif du terme)).  
 
Bien, bien, commençons.
 
 
 Ah ça tombe bien, je trouve toujours plus difficile de peser mes mots quand j'essaie déjà, avec plus ou moins de succès, de faire une critique constructive. Et puis je marche pareil, une belle baffe dans ta face, y a que comme ça que ça rentre.
 Ce que j'en pense?
 
J'aime beaucoup le style.  :jap: Il y a de l'humour (essentiel, sinon j'avoue que je n'aurais pas lu jusqu'au bout) avec une critique acérée (comme aiment à les faire et les lire les français (et d'autres sans doute)) du monde de l'entreprise. Le tout est très fluide donc je vois pas trop l'utilité de m'étendre sur la "surface" de la nouvelle.
 
Voyons maintenant en "profondeur" (si je suis vraiment capable de creuser). J'avoue qu'au début, et même carrément jusqu'au milieu compte tenu de la longueur de "l'intro", je ne voyais pas en quoi il s'agissait là d'une nouvelle. Pas de personnages, des généralités, un type qui critique pour le plaisir comme ça... mouais bon. C'est là que je dis que sans l'humour... je me serais barrée. Y a que l'humour qui supporte le tout pour le moment mais, bien manié c'est toujours distrayant. Surtout lorsqu'il s'agit de critiquer. Breffons.  
 
Contrairement à d'autres, la transition ne m'a pas trop dérangée. Je me suis plutôt dit "ouf, voilà où il veut en venir". Mais c'est vrai qu'on perd de cet humour. Dommage. Donc, le début, je crois, est un peu long si on considère qu'il s'agit là d'une nouvelle. Et peut-être n'as-tu pas besoin de t'étendre autant puisque viendra ensuite "l'étude de cas".  
 
Et quelle étude de cas.
Il y a une chose qui me paraît étrange. On ne sait pas pourquoi l'ex entreprise de notre héros a voulu se débarrasser de Sammy alors qu'il avait l'air de gérer à son poste. Elle avait plutôt intérêt à le garder non?
Ah, et la porte non fermée: je m'attendais à ce qu'on nous révèle la signification du M de Cedem à un moment ou à un autre mais non.
 
Ces détails mis à part, tu nous décris un lieu où il n'y a pas de sentiment. Parmi tous ces gens, en oubliant tout ceux que le travail a complètement abruti et apparemment il y en a pas mal, personne ne semble avoir ne serait-ce qu'un regard de pitié pour le pauvre Sammy, à moins que personne ne sache vraiment ce qu'il se passe dans cette grosse boîte (nous non plus d'ailleurs). Est-ce que d'autres sont dans le même cas que notre héros? En tout cas, on les voit pas (peut-être que le héros se regarde le nombril, je n'en sais rien).  
 
Autre chose. C'est vrai qu'on est très proche du personnage comme le dit paydaybear, mais du coup on ne voit de l'entreprise que Max le méchant et des fantômes autour (ah si, vaguement présents lorsqu'on se fiche de Sammy qui s'interroge sur la signification du "M" ). Bon, mais de cette absence totale d'humanité, à part que c'est absolument déprimant, je ne sais pas trop quoi en penser. A méditer donc.
 
Déprimant également, c'est la fin. On est à peine surpris qu'il finisse par se fracasser sur le macadam quoique on se demande si l'auteur n'a pas juste voulu faire preuve d'une cruauté gratuite. Et puis, la fin déplorable du mec qui depuis le début s'enfonce toujours plus dans la misère et qui n'est même pas parvenu à emmerder Max dans sa chute pathétique, bref cette fin est tout aussi clichée que l'autre que tu évoques à la fin. Après tout pourquoi pas, mais dans ce cas, n'évoque pas les clichés en disant "regardez, ce n'en n'est pas un, c'est beaucoup plus véridique et moins hollywoodien, tadam, je vous ai eu".  :sleep: Hmm? Vaguement.
 
Je trouve trop fastidieux de relever les fautes d'orthographes donc je le fais rarement. Et puis, je suis pas une référence, rien que dans cette critique je suis sûre qu'il y a un tas de fautes (de frappe ou autre).  
 
Pour résumer, tout tient au style je crois. Le personnage, on ne s'y attache pas du tout. Il pourrait s'appeler Pierre Yves, avoir 35 ans et vivre à Auckland que ce serait pareil. Je dis pas qu'il faut absolument qu'on sache où il était à midi 32 le 5 septembre 2006 (surtout qu'il s'agit d'une nouvelle donc on n'a pas que ça à faire) mais un "truc" en plus ne serait pas de trop parce que sinon, comme c'est le cas, on s'en fout royalement de ce qui lui arrive. Tu nous "démontres" (quoique) "qu'on ne peut rien faire contre ce système diabolique", alors il est important que tu nous montres un peu autre chose qu'un navet de Sammy, sinon on se dit que c'est juste un nul (bon j'exagère) bon à se suicider. Ah oui tiens ça me fait penser à un truc. L'auteur nous dit que ce Sammy était super balèze dans la boîte où qu'il était. Oui, on le croit, pourquoi pas puisqu'il le dit. Mais alors, si tu veux que la déchéance du type soit crédible, et non pas qu'elle paraisse surfaite (l'auteur manipule ses marionnettes de personnages comme il l'entend après tout, Sammy et Max et la mouche plus qu'énervante du bureau A43 se plient à sa volonté, un astéroïde et hop Max meurt écrabouillé et hop la morale de l'histoire change, et hop "faut pas être vilain dans la vie car on le paye après" ), donc, faudrait qu'on sente un petit peu la balèze attitude du Sammy. Le simple fait de dire qu'il était doué ne suffit pas, ce sont ses actes qu'on veut, ses réactions, son attitude. Le blabla c'est juste du vent.  :D Ce long monologue pour simplement dire que je le trouve encore trop passif pour être "vrai". Par contre, ah ah attention, je pense que son absence de réaction au début est un peu normale, il vient d'arriver le pauvre et il ne sait pas encore dans quoi il est tombé, alors il va pas l'ouvrir devant son cher supérieur. C'est au bout d'un moment, ou en tout cas entre le moment de déprime et celui où il saute (unique réaction d'ailleurs) qu'il manque quelque chose.
 
Donc pour résumer (pour de vrai cette fois), j'aime bien le style mais pas franchement le reste. Ce n'est qu'un avis, pas très objectif en plus car le monde l'entreprise ne me fait pas palpiter des masses. Mais j'espère éclairer ta lanterne.
 
(Cet avis peut paraître très arrêté, mais en fait non, je n'attends qu'une chose, c'est qu'on rebondisse et qu'on me dise "mais non, cet angle de vue est un parti pris pour démontrer tatata et la blablabla renforce l'idée que blablabla...". Voilà.)
 
ça va, je crois que je n'y suis pas allée de main morte, comme il faut  :D .

Message cité 1 fois
Message édité par Arwen Etoile du Soir le 16-12-2010 à 14:28:42
n°24925471
Profil sup​primé
Posté le 16-12-2010 à 15:00:27  answer
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :

Bonjour à tous, ou re bonjour s'il reste des survivants, j'avais envie de revenir sur le topic après des mois d'absence et j'ai pu voir une volonté de classement sur le premier post à laquelle j'adhère (ça devenait un peu le foutoir, pardonnez l'expression, donc je tire mon chapeau car je pense qu'il a fallu pas mal de patience; et ce même si j'aurais préféré ne pas voir de liens vers mes extraits (ouais pas super fière quand même) parce qu'il doit bien y avoir des extraits mille fois plus intéressants et moins "flamboyants" (dans le sens très péjoratif du terme)).  
 
Bien, bien, commençons.
 


 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


 Ah ça tombe bien, je trouve toujours plus difficile de peser mes mots quand j'essaie déjà, avec plus ou moins de succès, de faire une critique constructive. Et puis je marche pareil, une belle baffe dans ta face, y a que comme ça que ça rentre.
 Ce que j'en pense?
 
J'aime beaucoup le style.  :jap: Il y a de l'humour (essentiel, sinon j'avoue que je n'aurais pas lu jusqu'au bout) avec une critique acérée (comme aiment à les faire et les lire les français (et d'autres sans doute)) du monde de l'entreprise. Le tout est très fluide donc je vois pas trop l'utilité de m'étendre sur la "surface" de la nouvelle.
 
Voyons maintenant en "profondeur" (si je suis vraiment capable de creuser). J'avoue qu'au début, et même carrément jusqu'au milieu compte tenu de la longueur de "l'intro", je ne voyais pas en quoi il s'agissait là d'une nouvelle. Pas de personnages, des généralités, un type qui critique pour le plaisir comme ça... mouais bon. C'est là que je dis que sans l'humour... je me serais barrée. Y a que l'humour qui supporte le tout pour le moment mais, bien manié c'est toujours distrayant. Surtout lorsqu'il s'agit de critiquer. Breffons.  
 
Contrairement à d'autres, la transition ne m'a pas trop dérangée. Je me suis plutôt dit "ouf, voilà où il veut en venir". Mais c'est vrai qu'on perd de cet humour. Dommage. Donc, le début, je crois, est un peu long si on considère qu'il s'agit là d'une nouvelle. Et peut-être n'as-tu pas besoin de t'étendre autant puisque viendra ensuite "l'étude de cas".  
 
Et quelle étude de cas.
Il y a une chose qui me paraît étrange. On ne sait pas pourquoi l'ex entreprise de notre héros a voulu se débarrasser de Sammy alors qu'il avait l'air de gérer à son poste. Elle avait plutôt intérêt à le garder non?


 
Ouais, c'est bizarre ça, je suis d'accord avec toi. Même si une boite peut aussi avoir des raisons qui dépassent le commun des mortels. Bien souvent ce n'est pas une question de compétence mais de relation. Si Sammy est tellement fort qu'il fait de l'ombre a quelqu'un ou agace prodigieusement un directeur quelconque par son tempérament, cela peut tout à fait justifier le fait qu'on le débarque. Faut vraiment pas chercher de la logique dans ce genre de truc.
Mais je suis d'accord avec toi. Dans le cas du récit, Sammy n'est peut etre pas aussi parfait que je l'écris. ça me pose problème.
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


Ah, et la porte non fermée: je m'attendais à ce qu'on nous révèle la signification du M de Cedem à un moment ou à un autre mais non.


 
alors là, j'en sais rien moi-même, mais c'est une bonne idée, tiens, je vais me renseigner :D
 
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


Ces détails mis à part, tu nous décris un lieu où il n'y a pas de sentiment. Parmi tous ces gens, en oubliant tout ceux que le travail a complètement abruti et apparemment il y en a pas mal, personne ne semble avoir ne serait-ce qu'un regard de pitié pour le pauvre Sammy, à moins que personne ne sache vraiment ce qu'il se passe dans cette grosse boîte (nous non plus d'ailleurs). Est-ce que d'autres sont dans le même cas que notre héros? En tout cas, on les voit pas (peut-être que le héros se regarde le nombril, je n'en sais rien).


 
il devrait effectivement logiquement y en avoir. J'ai peut etre trop forçé le trait.
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


Autre chose. C'est vrai qu'on est très proche du personnage comme le dit paydaybear, mais du coup on ne voit de l'entreprise que Max le méchant et des fantômes autour (ah si, vaguement présents lorsqu'on se fiche de Sammy qui s'interroge sur la signification du "M" ). Bon, mais de cette absence totale d'humanité, à part que c'est absolument déprimant, je ne sais pas trop quoi en penser. A méditer donc.


 
ben le coté totalement désincarné du système, c'était un peu le but, je voulais que ça apparaisse comme une entreprise (entreprise dans le sens action/machination ) totalement dénuée de sentiment, et il faut qu'elle le soit pour réaliser des trucs pareils. Je précise quand meme que ce sont des procédés qui existent réellement.
Recemment, vous avez tous vu l'histoire concernant France Telecom. C'est édifiant de voir comment des gens ont été traités dans cette boite. Mais vous ne trouverez aucun "coupable". Que des gens qui "obéissaient aux ordres" quoi, des lampistes manipulés qui avaient trop peur que leur propre poste soit menacé pour oser se rebeller.
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


Déprimant également, c'est la fin. On est à peine surpris qu'il finisse par se fracasser sur le macadam quoique on se demande si l'auteur n'a pas juste voulu faire preuve d'une cruauté gratuite. Et puis, la fin déplorable du mec qui depuis le début s'enfonce toujours plus dans la misère et qui n'est même pas parvenu à emmerder Max dans sa chute pathétique,

lol, ouais, c'est pathétique, hein, même limite il aura pu finir avec un caca de chien dans la bouche  :lol:  
mais la fin pathos, j'y tenais vraiment :D
pour la cruauté gratuite, je dis non, ce n'est qu'une affaire de gravité. La cruauté va peut etre dans le fait que je vais jusqu'au moment où il s'écrase proprement dit ? C'était à mon sens necessaire. Je ne voulais pas me satisfaire d'une ellipse genre "il sauta dans la vide, la gravité fit le reste..."
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


bref cette fin est tout aussi clichée que l'autre que tu évoques à la fin. Après tout pourquoi pas, mais dans ce cas, n'évoque pas les clichés en disant "regardez, ce n'en n'est pas un, c'est beaucoup plus véridique et moins hollywoodien, tadam, je vous ai eu".  :sleep: Hmm? Vaguement.

Oui, c'est vrai que c'est aussi cliché. Faut peut etre juste que j'évite de dire que ça l'est pas.
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


Je trouve trop fastidieux de relever les fautes d'orthographes donc je le fais rarement. Et puis, je suis pas une référence, rien que dans cette critique je suis sûre qu'il y a un tas de fautes (de frappe ou autre).  
 
Pour résumer, tout tient au style je crois. Le personnage, on ne s'y attache pas du tout. Il pourrait s'appeler Pierre Yves, avoir 35 ans et vivre à Auckland que ce serait pareil. Je dis pas qu'il faut absolument qu'on sache où il était à midi 32 le 5 septembre 2006 (surtout qu'il s'agit d'une nouvelle donc on n'a pas que ça à faire) mais un "truc" en plus ne serait pas de trop parce que sinon, comme c'est le cas, on s'en fout royalement de ce qui lui arrive.


d'accord, Sammy pourrai etre plus charismatique, mais j'ai une question. C'est vraiment important que l'on doive s'y attacher au personnage ? parce qu'à vrai dire, Sammy est une victime et Max un salaud mais si on avait échangé les rôles, moi je crois que rien n'aurait changé. Et Max serait allé se fracasser sur le skate-board de sammy garé en double file.
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


Tu nous "démontres" (quoique) "qu'on ne peut rien faire contre ce système diabolique", alors il est important que tu nous montres un peu autre chose qu'un navet de Sammy, sinon on se dit que c'est juste un nul (bon j'exagère) bon à se suicider. Ah oui tiens ça me fait penser à un truc. L'auteur nous dit que ce Sammy était super balèze dans la boîte où qu'il était. Oui, on le croit, pourquoi pas puisqu'il le dit. Mais alors, si tu veux que la déchéance du type soit crédible, et non pas qu'elle paraisse surfaite (l'auteur manipule ses marionnettes de personnages comme il l'entend après tout, Sammy et Max et la mouche plus qu'énervante du bureau A43 se plient à sa volonté, un astéroïde et hop Max meurt écrabouillé et hop la morale de l'histoire change, et hop "faut pas être vilain dans la vie car on le paye après" ), donc, faudrait qu'on sente un petit peu la balèze attitude du Sammy. Le simple fait de dire qu'il était doué ne suffit pas, ce sont ses actes qu'on veut, ses réactions, son attitude. Le blabla c'est juste du vent.  :D Ce long monologue pour simplement dire que je le trouve encore trop passif pour être "vrai".


 
Tu as raison mais je ferais certainement la démarche inverse, je crois que Sammy est un nul, c'est à dire au moment où il y vit. Il est fini. Maintenant, la aussi, je m'en remet à la réalité. Les winners les plus hard core, des putains de yuppies aux dent de requins ont pu sombrer dans de profondes depression et se retrouver réellement à ne pas valoir mieux que leur fond de slip après un bon harcèelement moral dans les règles.
 

Arwen Etoile du Soir a écrit :


Par contre, ah ah attention, je pense que son absence de réaction au début est un peu normale, il vient d'arriver le pauvre et il ne sait pas encore dans quoi il est tombé, alors il va pas l'ouvrir devant son cher supérieur. C'est au bout d'un moment, ou en tout cas entre le moment de déprime et celui où il saute (unique réaction d'ailleurs) qu'il manque quelque chose.
 
Donc pour résumer (pour de vrai cette fois), j'aime bien le style mais pas franchement le reste. Ce n'est qu'un avis, pas très objectif en plus car le monde l'entreprise ne me fait pas palpiter des masses. Mais j'espère éclairer ta lanterne.
 
(Cet avis peut paraître très arrêté, mais en fait non, je n'attends qu'une chose, c'est qu'on rebondisse et qu'on me dise "mais non, cet angle de vue est un parti pris pour démontrer tatata et la blablabla renforce l'idée que blablabla...". Voilà.)
 
ça va, je crois que je n'y suis pas allée de main morte, comme il faut  :D .


 
merci, c'était super, vraiment :)

Message cité 1 fois
Message édité par Profil supprimé le 16-12-2010 à 15:01:38
n°24926028
Arwen Etoi​le du Soir
Posté le 16-12-2010 à 16:00:12  profilanswer
 

Ah ah ah, je me marre encore. C'est agréable de pouvoir discuter d'un texte sans se prendre le chou, je dis cela parce que je viens d'arpenter un peu les dernières pages, histoire de voir comment le topic évoluait et j'ai envie de me flinguer quand je vois le nombre de post consacré à s'en envoyer dans la *bip*.  
 
 
 
Je vis dans une grotte  :D .
 
J'avais saisi la volonté de montrer le côté désincarné, et puis ça ne m'étonne pas que ça existe. C'est un peu pour ça que j'évoquais un vague sourire de pitié. Je relevais un point à méditer et je reviens dessus parce que je pense que même en voulant appuyer certains aspects on n'est pas toujours obligés d'aller dans les extrêmes (même si la réalité les vérifient). Mais on peut, c'est un choix.
 
 
ç'aurait été drôle. Non bien sûr, pas terrible. Pour la cruauté t'aurais même pu le faire se dévorer par des abeilles au passage  :D . Je trouve cruel de ta part le simple fait de le tuer ( "allez Roger, saute, t'es foutu de toute façon" ) sans que tu ne lui offres la possibilité de faire autrement (sombrer dans l'alcool et la drogue c'est pas mal non plus et tu peux jouir tout aussi bien de sa déchéance, allez je charrie un peu). ça rejoint le manque de réactivité je crois.
 
 
 
Ouais, bien sûr ç'aurait été pareil. Mon avis est très subjectif comme je le disais, je sais pas faire autrement, mais je crois quand même que le lecteur a besoin d'une histoire un peu personnalisée, je dirais même que sans la dimension humaine, l'authenticité de chaque individu ben les histoires ne nous passionneraient pas. Allez hop, foutez moi au feu ces bouquins sans âme. On est humain, on veut de la chair et du sang et des sentiments sinon moi je passe mon chemin. Une victime pour une victime, bof. Zapper le personnage c'est zapper une dimension de l'histoire. J'avais trouvé des conseils comme ça, faut que je m'en souvienne puisqu'ils ont disparu dans mon bazar. L'éditeur disait comme ça, qu'il y avait plusieurs dimensions à une histoire. Il y a l'intrigue, le style, les personnages et puis peut-être bien autre chose genre l'atmosphère mais je m'en souviens plus trop. Ne pas trop s'intéresser à l'une de ces dimensions c'est rendre l'histoire plus quelconque. Si l'intrigue n'est pas bouleversante (et elle ne peut pas franchement l'être avec tous les bouquins parus, c'est dans les détails qu'on se distingue aujourd'hui je crois), si les personnages ne sont pas attachants (attachant veut pas forcément dire charismatique, on aime bien les vilains pas beaux parfois un peu bêtes) c'est le style et l'atmosphère qui doivent soutenir toute l'histoire, c'est un peu maigre. Alors à part avoir un style renversant... hein, voilà ce que j'en pense. C'est se priver d'une dimension intéressante que d'amputer une des facettes qui fait la magie de la fiction. On peut forcer une des dimensions et être moins intéressé par les autres mais les virer sans sommation, c'est un peu risqué. J'ajouterai qu'il me semble que les personnages intéressent beaucoup les lecteurs (ce sont nous les personnages, il faut que tu nous parles de nous puisqu'on se fout du reste (ou presque), et là, le message passe encore mieux, comme une lettre à la poste). Les humains sont des êtres faibles, il se font si aisément avoir par les sentiments, gnark gnark. Manipule-nous. C'est là que ça devient drôle.
 
Je ne pouvais pas ne pas défendre ce que j'aime dans les histoires: la dimension humaine. Ce qui fait qu'on est capable de vouloir balancer le bouquin à travers la pièce parce que le héros est trop con. Ce truc qui m'est complètement insondable, bien que je m'applique à toujours le sonder sans baisser les bras.
 
A force de voguer sur le topic je vais perdre ma journée (tout ça parce que je cherchais l'inspiration pour donner des noms à mes personnages ah la la). Allez bon courage.
 

n°24977780
Bloompott
Posté le 21-12-2010 à 19:30:34  profilanswer
 

hide a écrit :

lis "ecriture", de stephen king, y'a de bons (je trouve) conseils dedans, pour pas cher, et en plus quelques pages sur sa vie [:dawa]


 
Salut à tous, :hello:  
 
nouveau sur ce forum, je rebondis sur le message de hide. "Ecritures" est le livre à posséder pour qui veut se plonger dans la création de roman. Donc, avant toute chose, achetez-le, lisez-le et, après cela, vous aurez déjà une petite boite à outil.
Je peux vous conseiller aussi un petit bouquin "Je suis un écrivain" de Gilbert Gallerne, c'est aussi un bon petit guide.
 
pour ma part, je me présente : je suis éditeur et je suis spécialisé dans le roman et le livre jeunesse. Si je peux vous donner quelques conseils, n'hésitez pas. Je ne recherche pas forcément de nouveaux talents (quoique, on ne sait jamais), mais si je peux aider, ce sera avec joie.

n°25051483
multivitam​ine
Marchande avec cela.
Posté le 30-12-2010 à 18:18:29  profilanswer
 

Drap  [:shigeru24]


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Si tu n'essaies pas d’être meilleur t'as déjà arrêté d’être bon. Pour gagner une lan dans ton équipe il te faut: un gros, un chinois et un gaucher.
n°25126361
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 07-01-2011 à 08:55:50  profilanswer
 

ça tombe bien, je suis en train d'écrire un roman pour la jeunesse :
"Marlou les doigts d'or" (du suspense, de l'action et de la réflexion philosophique) :

 

http://forum.hardware.fr/hfr/Discu [...] 6587_1.htm

 

Extrait numéro 4 :

 

A l'aube de ses soixante quinze ans, Germaine Matos-Goudmatos  se posait beaucoup de questions, car il se passait dans sa vie des évènements vraiment ahurissants. En effet, des choses extraordinaires bouleversaient de façon inattendue son premier trimestre. Sa belle-fille, par exemple, venait de perdre deux kilos en trois mois et Germaine avait par miracle réussi à se débarrasser des options imposées par son opérateur téléphonique. Mais la plus étrange affaire restait qu’elle se trouvait probablement enceinte de Kiki, son Yorkshire caramel. Bien sûr, elle pouvait incriminer les oeuvres de son jardinier ou de son chauffeur très particulier, voire du plombier, du facteur ou du laveur de vitre, mais elle était intimement certaine d’être grosse de Kiki, lequel se trouvait bien le seul à lui procurer trois orgasmes consécutifs. Elle avait du mal à comprendre comment une telle mésaventure avait bien pu lui arriver, puisque son stérilet était signé Pierre Cardin, gage de luxueuse fiabilité. Pourtant elle gerbait tous les matins du bon Dieu depuis cinq jours, tout en ayant une envie constante de cassoulet froid.
 Kiki avait plus mal pris la chose que les hanches de Germaine. Celle-ci, tenant à préserver la réflexion, le débat et la proposition au sein de sa famille, s'était évertuée à privilégier la pédagogie et la concertation. Pour tout résultat, Kiki s'était envolé comme un lâche à destination d'Amsterdam, en emportant avec lui les rêves de stabilité de la pauvre Germaine. Cette dernière, qui avait collé sur la tronche de son chien une juteuse assurance-vie, en plus d'une concession perpétuelle au cimetière des clébards de Neuilly, avait décidé d'envoyer ce maudit Yorkshire en enfer. Elle avait facilement corrompu le commandant de bord, dont Germaine ne pensait pas néanmoins qu'il fut le père de son mioche. Le pilote avait ensuite endossé sans difficulté à son insu la dimension sacrale de sa charge, cent kilos de TNT, faisant sauter l'avion en plein viol de l'hôtesse, contre l'avis du co-pilote. Réticence bien légitime. La déflagration avait envoyé les pilotes et leurs passagers dans l'hémisphère austral, mais Kiki, équipé par méfiance d'un parachute caché dans un sac de croquettes au lapin, fut par conséquent le seul survivant du terrible attentat, avant d'atterrir comme par miracle dans les rues enneigées d'Amsterdam. Au milieu de ce tourbillon d'émotions, Germaine continua sérieusement à s'interroger sur l'amabilité commerciale de son opérateur téléphonique et l'efficacité du régime alimentaire de sa belle-doche. Elle rajusta pensivement ses cuissardes à boucles Toscanes et se livra corps sans âme à son styliste personnel et son garde du corps à l'hygiène douteuse, mais monté comme un skateboard. Elle tira les rideaux, sachant bien qu'on juge une fille à l'état de sa chambre. Au milieu des objets de piété, elle attendit patiemment que les anges la visitent.
- Bordel, tu m'as niqué un ongle !, hurla-t-elle à l'adresse de son concierge, tout en repoussant les draps sur le livreur de pizza.
 En guise de réponse, Marcelius Caïus enlaça tendrement le jeune livreur bronzé, tout en le repeignant de la mèche rebelle qu'il avait sur le genou.
 Germaine se leva pour fermer un à un les énormes crochets de sa gaine-culotte couleur chair et se dirigea dans le salon. Jouant de sa pantoufle avec la poubelle des déchets verts qui serait à mettre sur le trottoir le lendemain, elle composa nerveusement le numéro de l'inspecteur Marlou.


Message édité par talbazar le 07-01-2011 à 10:22:52
n°25137181
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 08-01-2011 à 09:08:55  profilanswer
 

Extrait numéro 5 :

 

L'inspecteur Marlou écoutait distraitement la manucure chinoise lui avouer qu'avec lui, elle n'avait jamais aussi bien limé. Alors qu'elle s'emparait d'un nouvel outil pour effectuer un dernier soin, Marlou s'aperçut qu'un micro se cachait dans son téléphone portable. Il composa le numéro de Germaine qui décrocha aussitôt, malgré une forte dépendance à la cigarette :
- Parlez bas, Germaine, c'est Marlou, est-ce que vous m'entendez ?
- Oui inspecteur. Du nouveau sur Kiki ?
- Non rien, je vous rappellerai.
 Le doute n'était plus permis. Il venait de parler à Germaine, et elle lui avait répondu ; il y avait donc bien un micro dans son mobile. Sous le regard interrogateur de la manucure, Marlou projeta avec rage son téléphone dans l’aquarium du salon de beauté, où évoluaient en ronds menaçants une trentaine de piranhas aussi brésiliens que les travelots du bois de Boulogne. Décidément, pensa Marlou, je dois me méfier de tout, ces forces du mâle sont très obstinées à ma perte ! Rapidement, il étrangla la manucure de ses belles mains fraîchement crémées pour effacer le moindre témoignage, puis il quitta la pièce, rassuré par le fait que les murs semblaient aveugles. Par prudence, il vida quand même son chargeur sur le système de ventilation. Fier d’une nouvelle intimité méritée, il apprécia la convivialité de la douche où il rangea le cadavre impeccablement coiffé de la manucure. La nuit tomba sur l’asphalte de Singapour comme un manifestant Iranien. Flânant dans les rues de l’ancien quartier chinois qui canalisaient mal une démographie délirante, Marlou constata que le Turc n’était pas la langue maternelle de ces gens. Les bandits avaient sans doute rempli la ville d’habitants pour éviter de se faire repérer. Malgré tout, Marlou ne pouvait tuer tout le monde sans créer aussitôt une terrible alerte sanitaire, aux conséquences dramatiques dans ce climat chaud et humide. Cette réflexion lui rappela Germaine, pour qui il augmenterait bientôt ses honoraires.
 Le contact qui devait le mettre sur la trace des ravisseurs de la princesse se trouvait à présent assis devant une immonde saloperie de lait de soja avec paille et ne l’aperçut pas immédiatement. Il s’agissait d’un gros Malais père de famille, turfiste du samedi et probablement cannibale. Tout en s’asseyant en face de lui, Marlou caressa dans sa poche l’acier froid de son révolver. Il se caressait encore lorsque la serveuse avenante vint prendre sa commande avec un air absent, sans apercevoir la bosse du canon à travers le pantalon de Marlou. Ce dernier vit que le gros Malais n’en menait pas large et semblait se méfier de la clientèle babillarde. Le chinois qui babille produit un bruit d’aspirateur bouché, et le Malais aussi, comme s’en rendit compte l’inspecteur au moment où son vis à vis prit la parole. Deux lentilles intraoculaires modifiaient prudemment la teinte de ses yeux, par ailleurs aussi débridés que son scooter :
- J’ai misé gros sur Perle de Lait, à dix contre un.


Message édité par talbazar le 11-01-2011 à 18:21:28
n°25160692
cappa
Posté le 10-01-2011 à 19:00:32  profilanswer
 

La bien bonne année msieurs dames  :o
 Bien bien :)


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Tester le 1er multisondage HFR ---> MULTISONDAGE.
n°25172038
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 11-01-2011 à 18:08:45  profilanswer
 

Extrait numéro 6 :

 

Kiki mordilla par jeu les portes-jartelles de Babe, pendant qu'elle refaisait le joli noeud en soie rose que le Yorkshire portait entre les oreilles. Cette adorable fanfreluche constituait le dernier cadeau de Noël de Germaine à son Pépère. Kiki stoppa le geste tendre de Babe et arracha rageusement le ruban pour chasser dans ses pensées le moindre souvenir de son ancienne maîtresse. Babe reposa son fume-cigarette et fixa Kiki dans les yeux, mais parla à son cul, c'est l'inconvénient des Yorkshire :
- Je vais te conduire chez Sergio, un as du poker.
- Merci Babe. Nous devrions parler mariage tous les deux ...
- Pour obtenir la nationalité Canadienne ? Ah mais j'aurais préféré que tu me parles d'amour ! Enfin, on verra ça plus tard, sale cabot.
- Habille toi pour sortir, chérie, il fait plutôt froid dehors, répondit le derrière de Kiki.
 Toujours vêtue de sa seule bonne volonté, Babe acquiesça du menton et se couvrit d’un unique serre-tête léopard qu’elle passa dans sa chevelure aussi noire qu’un poumon de fumeur. Quand ils arrivèrent chez Sergio, Babe avait le teint livide, les lèvres gercées, la langue bleue et les yeux dangereusement fixes. Avant de la décongeler au sèche-cheveux, Sergio prit trois glaçons entre ses seins admirables, puis ils plaça les cubes dans un grand verre de bourbon tranche qu’il servit à Kiki. Pendant que ce faisant il lui tournait le dos, le corps divin de Babe tomba sur le sol aussi raide qu’un manche de pelle. Kiki tira longuement sur le cigare Cubain que Sergio venait de lui offrir :
- J’ai besoin d’un faux carnet de vaccination anti-rabique, Sergio, je pars en Roumanie.
- Tu ne préférerais pas la Hongrie ? Les Roumains ne sont pas tendres avec les Yorkshire clandestins. Enfin c’est comme tu veux. Je te présenterais un gars doué, un artiste que l’on appelle dans le milieu « Queue de velours ». Il crèche à Rotterdam, mais ça va te coûter cher.
- Ca m’arrangerai que tu parles à mes yeux, Sergio.
- Pardon Kiki, c’est vrai que la conversation avec les Huskies c’est nettement plus facile.
- A propos, je vais épouser Babe, et après on monte un pressing à Montréal tous les deux.
 Sergio lâcha lentement vers le plafond quelques ronds de fumée. Il allait proposer à Kiki une partie de poker lorsque Babe sembla émerger de sa banquise intérieure :
- Hé bande de cons, une couverture ne serait pas du luxe !
- Avec ta manie de te balader à poil par tous les temps, tu finiras par chopper une pneumonie, Babe.
- Avec des fesses comme les miennes, il serait regrettable de les garder dans l’emballage.
- C’est pas faux, renchérit Kiki en coupant le jeu que lui tendait Sergio.
 ils commencèrent à prendre de l'altitude en direction de l'Est, semblait-il ; après quoi, cela s'obscurcit et ils se trouvèrent en pleine tempête, la pluie tellement drue qu'on eût cru voler à travers une cascade, et puis ils en sortirent et Compie tourna la tête et sourit en montrant quelque chose du doigt et là, devant eux, tout ce qu'il pouvait voir, vaste comme le monde, immense, haut et incroyablement blanc dans le soleil, c'était le sommet carré du Kilimandjaro. Et alors il comprit que c'était là qu'il allait.

    


Message édité par talbazar le 16-01-2011 à 17:43:16
n°25200752
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 14-01-2011 à 11:00:14  profilanswer
 

Extrait numéro 7 :

 

Imitant la cuisante vélocité d'un suppositoire s'engageant dans le fondement d'un grand brûlé, le jet supersonique pénétra dans l'atmosphère, porté par la puissance de ses réacteurs surchauffés. Assis dans le cockpit de l'appareil, Number One, agent secret des forces spéciales du Gurukislapet, tripota son GPS pour programmer les coordonnées de Shapang Road, à Singapour. Il régla sa radio sur "Rires et Chansons" et pris un long virage sur l'aile gauche, après avoir voté à droite pendant des années. Il espérait ne pas avoir à larguer son ogive nucléaire de 600 kilos-tonnes de plutonium appauvri par la crise. La radio du bord grésilla comme un cafard solitaire visitant le cerveau d'un sèche-linge :
- Foxtrot bravo à Number One, ici Fleur de Mai, je répète, ici Fleur de Mai, n'essayez pas de poser votre engin sur le toit de l'immeuble, ce n'est pas un hélicoptère.
- Number One à Fleur de Mai, bien reçu. Vous me prenez pour un con ? Terminé, à vous.
- Fleur de Mai à Number One, affirmatif, c'est même pour ça que l'on vous a confié la périlleuse mission de ramener à son père la rondelle sacrée de notre princesse.
- Number One à Fleur de Mai, bien reçu dans ma face. J'arrive sur l'objectif, terminé.
 Number One pesta à haute voix et coupa le micro. Il y aurait des coups de boules en rentrant à la base. Déjà qu'il n'était pas en CDI aux forces spéciales, mais seulement en CDD de huit jours... Certes, auparavant il vendait en grande précarité des oignons dans la rue, mais quand même ! Il chassa de ses pensées les tubercules pour se concentrer sur la rondelle sacrée qu'il devait impérativement retrouver. Parvenu à l'aplomb de Shapang Road, il déclencha son siège éjectable et laissa son jet s'écraser sur l'Indonésie pour former un splendide champignon nucléaire au milieu des pagodes et les rizières inondées. Parachute déployé, il descendit lentement sur le toit du gratte-ciel où se tenaient, selon ses informations, les ravisseurs de la princesse Ewij Nikasek. Il savait qu'un privé français, l'inspecteur Marlou, devait déjà se trouver sur le bon coup. Pourtant Number One avait un trop grand respect du service public pour s'abaisser à travailler aux ordres du privé. Il plia soigneusement son parachute, se repeigna et sorti la mallette contenant son kit d'agent en territoire hostile. Il polymérisa rapidement un peu de styrène, puis cracha de la vapeur d'eau dans ses chaussures, afin de dilater le pentane, ensuite il repensa à Ginette Tarbouif, pour provoquer une expansion de 30 fois le volume initial de son bazar et obtenir la maturation de ses billes. Il se cacha plusieurs heures dans le local-poubelle pour attendre le séchage. Pour finir, Number One introduisit son machin dans les moules les plus proches afin d'obtenir un emballage satisfaisant. Les silencieuses semelles en polystyrène expansé ainsi obtenues devaient lui permettre une progression parfaitement inaudible dans l'antre de l'ennemi, ce qui ne garantissait aucune protection contre les mauvaises odeurs dues sans doute à la mauvaise qualité des moules. Il en serait quitte de plusieurs rapports une fois parvenu au QG.

 

Extrait numéro 8 :

 

Germaine s’extirpa de l’inspecteur des impôts venu lui régler son compte, car contrairement à son habitude, elle avait besoin de réfléchir. Elle s’allongea sur la table de la cuisine où traînaient quelques vieux pop-corn et quelques restes de maquillage. Kiki n’avait donc pas crevé dans le crash de son avion, elle en détenait à présent la preuve, d’une part, et les mains moites, de l’autre. L’autre  type du fisc avait les mains moites, cela rompait avec ses habituelles certitudes. Soudain, le vent fraîchissant se mit à raser les façades décrépites et souffler bruyamment au travers des persiennes en tuant les chats dans la rue. Emporté par une violente rafale pour une fois vengeresse, un scooter conduit par un crétin d’adolescent irresponsable dérapa pour venir s’encastrer dans la vitrine d’un fleuriste. De son côté, Germaine se luxa l’épaule en essayant d’atteindre les derniers pop-corn, puis elle fit un petit signe à l’inspecteur des impôts qui la quittait à présent, tout en fredonnant un chant Grégorien sur le pas de la porte. Restée seule au milieu du vide cosmique de sa cuisine, Germaine entreprit de relire la dernière lettre de l’inspecteur Marlou, laquelle l’informait de la survie impensable de Kiki, ainsi que de sa fuite méprisable en Hollande au bras d’une canadienne deux-places, voir trois en serrant bien.
 Ah oui, pensa Germaine tout en chassant les miettes de mascara de la nappe ; ce petit salaud de Yorkshire se la coule douce avec sa pute au pays des tulipes, pendant que j’appréhende toute seule les affres de la péridurale. Il va falloir jouer serré et s’il le faut, j’irai jusque là-bas ! Elle se demandait en revanche ce que foutait Marlou à Singapour, d’où la lettre avait été postée. Paradoxalement, le vent tomba tout d’un coup sur la ville en même temps que la grêle, dont les glaçons achevèrent de ruiner l’étalage du fleuriste. Dans sa jolie cage dorée recouverte de soie naturelle, le petit serin de Germaine se mit à roucouler, car c’était pour lui venue l’heure de son instant d’amour. On sonna à la porte. Germaine ajusta son peignoir rose pour laisser le passage au chauffagiste venu ramoner ses tuyaux. Dans le salon le serin jaune claqua du bec sur une moue rageuse. L’homme des chaudières s’engagea dans le peignoir de Germaine en regardant sa montre :
- Faut que je sois à Amsterdam avant cinq heures ce soir.
- Formidable, je ne vous lâche plus, je suis la reine de la blanquette de veau, je pars avec vous.
 Le serin énervé par ce plouc se projeta violemment contre les barreaux de sa cage et mourut sur le coup.


Message édité par talbazar le 16-01-2011 à 17:40:22
n°25248447
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 18-01-2011 à 18:58:30  profilanswer
 

Extrait numéro 9 :

 

Fièrement Campé debout sur le toit de l’immeuble, Number One laissa son âme intrépide s’imprégner des féeries de la nuit qui allumaient Singapour de ses milliers de feux. L’agent secret observait avec une fascination d’enfant les petites lucioles scintillantes décorant les buildings, formées par la lumière tremblotante de tous les mégots de cigarette attachés aux lèvres des locataires. Il fit le vide dans son esprit déjà peu encombré, puis il se prépara à descendre au 70 ème étage. Pour gagner du temps et surprendre l’adversaire, lequel devait surveiller les allées et venues de l’ascenseur, Number One se plaça à califourchon sur la rampe d’escalier, où il glissa à une vitesse vertigineuse en se massacrant les roupettes à l’arrivée. Pour réprimer son cri de douleur, il s’enfonça une chaussette dans la bouche, avant de sortir son kit médical d’urgence d’agent des forces spéciales du Gurukislapet en zone ennemie. Après un bref check-up, il fut rassuré de constater que son testicule droit ne cohabitait pas avec son amygdale gauche. Il lui restait donc une bonne chance de procréer un Number One junior. Par ailleurs, sa tension restait bonne et rigide.
  Une fois branchée sur le secteur une perceuse électrique de la sous-marque « White et Molle », il péta les plombs et enfonça l’immeuble tout entier dans le grand noir. Equipé de sa lampe frontale qu’il alluma aussitôt, il tint fermement son bazooka à rétro-action, pour parer un possible trou de balle. Suivant les consignes rigoureuses de son entraînement commando, il fit également sa prière, ce qui lui épargnerait toute initiative hasardeuse. En descendant les dernières marches, il se savait instinctivement à deux secondes de son objectif.  Il buta dans l’obscurité sur le corps étendu de la femme de chambre précédemment occise par Marlou. Cependant elle n’était pas morte, et lâcha même par le trou de son front quelques platitudes, concernant ses difficultés de surendettement, sa pension d’invalidité et quelques factures impayées. Number One fut hélas obligé de la bazooquer à bout portant pour la faire taire, mais l’énorme bruit de la détonation alerta Test qui changeait l’eau des fleurs dans l’appartement, pendant que Sté s’apprêtait à injecter dans les veines de Marlou un poison violent. Les cris de la princesse s’entendaient jusqu’en Thaïlande, bouleversant un temps les donnes de la géopolitique locale. Froidement réaliste, Number One frappa à la porte mais n’obtint aucune réponse. Marlou eut de la chance, car Sté, agacé par toute cette agitation soudaine, se trompa d’ampoule et injecta à Marlou un produit qui fait rire. Lassé d’attendre, Number One tourna les talons, espérant ne pas avoir été trahi par l’odeur de ses pieds et la vie repris, presque normale.

 


Message édité par talbazar le 18-01-2011 à 18:59:21
n°25261035
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 19-01-2011 à 18:09:19  profilanswer
 

J'avais écrit une nouvelle en décembre pour répondre à une maison d'éditions qui disait ne prendre que des anthologies, ils l'ont lue et m'ont donné une réponse positive [:volta]


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Ma chaîne YouTube d'écrivain qui déchire son père en pointillés - Ma page d'écrivain qui déchire sa mère en diagonale
n°25277796
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 21-01-2011 à 09:25:55  profilanswer
 

Extrait numéro 10 :

 

Enfermée dans un gros fût de vaseline, la princesse Ewij se morfondait, voyant qu’elle n’aurait plus la chance de pratiquer les soldes. Elle avait pourtant repéré une adorable nuisette en coton non-équitable, ce qui la ravissait autant que ses kidnappeurs, ayant toujours adoré niquer les pays émergents. Princesse d’un pays corrompu, Ewij n’était bonne à rien, c’est pourquoi elle espérait bien épouser avant sa ménopause un président de la république Française. Les quatre forces du mâle l’avaient flanqué clandestinement dans la soute d’un cargo en partance pour l’Albanie. Eux-mêmes s’étaient déguisé en mécaniciens diésélistes et surveillaient distraitement dans la cale du super-tanker les glissements réguliers de leurs énormes pistons. La longue traversée s’annonçait par beau temps.
 De son côté, Number One avait escaladé à mains nues la façade du building de Shapang road, matant au passage par les fenêtres des scènes inavouables. Dans l’appartement, il avait découvert l’inspecteur Marlou assis sur une chaise et les mains entravées, lequel avait éclaté de rire en le voyant surgir tout équipé par le balcon :
- C’est une blonde qui a les cheveux mouillés tous les matins, parce qu’elle fait la bise à son poisson rouge avant de partir au boulot.
- Number One, agent des forces spéciales du Gurukislapet.
- Inspecteur Marlou, détective privé spécialisé dans la recherche des chiens perdus.
 Marlou se mit à rire de plus belle et Number One se demandait s’il n’allait pas le bazooquer, avant de le laisser pourrir au fond d’un trou dans la forêt, mais il se ravisa en libérant Marlou de ses entraves :  
- Agissons en binôme, cela augmentera nos chances de remettre la main sur la rondelle sacrée.
- C’est une nana restée vierge après vingt ans de mariage avec un inspecteur du fisc, parce que lui, il fallait toujours qu’il l’enc…
- Ta gueule Marlou, tu as été drogué.
- J’ai découvert les tentacules de l’organisation, pour finir ma phrase.
 Soudain Marlou se figea comme la victime d’une erreur médicale. Sur le sol, il souleva le tapis, puis une lourde interrogation concernant la longue traînée de vaseline ruinant la moquette, mais qu’il suffirait de suivre pour retrouver la princesse.
 La trace les mena sur les quais, alors que l’effet du produit injecté à Marlou se dissipait dans les brumes matinales. Confiant dans sa mission d’infiltration, couvé par sa mère et ses dix sœurs, resté un combattant au plus profond de son être, Number One comprit que les bandits avaient envoyé Ewij en Albanie, son nouveau pays d‘accueil. Il louèrent aussitôt une limousine, s’estimant enfin prêts à noyauter la secte, avant que les portes du couvent ne se referment définitivement sur la pauvre enfant.

 


Extrait numéro 11 :

 

Roulé en boule, Kiki Yorkshire regardait pensivement les centaines de mouches collées au plafond sans parvenir à trouver le sommeil. A ses côtés, Babe remua doucement les lèvres, puis elle laissa échapper un meuglement d’alerte, avant de reprendre ses droits légitimes sur la moitié du lit. Ce dernier restera toujours le pire gouffre d’incompréhension au sein des couples, passant bien avant les grossesses malvenues. A ce propos, Kiki fut content d’avoir évité Germaine, qu’il avait aperçu sur les trottoirs défoncés d’Amsterdam. Il s’était rapidement glissé sous une voiture pour la voir passer devant lui alors qu’elle arpentait la rue, probablement à sa recherche, tenant par le bras un chauffagiste, pauvre bougre prolongement naturel de son salon. A présent, Kiki se cachait avec Babe dans une chambre du « Bidet Joyeux » un hôtel de la capitale Albanaise qui alignait par ailleurs sur son livre d’or les signatures chics. N’ayant pu gagner la Roumanie, et encore moins la Hongrie, c’est en Albanie qu’il fuyait Germaine, la sachant naturellement peu encline au pardon. Babe justifia un nouveau virage sur l’oreiller en lui balançant un grand coup de coude dans les côtes.
 Mimant un mécanicien à la retraite,  Kiki se leva pour descendre la dernière bière du frigo, avant que sa relation avec Babe ne s’envenime. Dans la nuit aussi noire qu’une carie dentaire, un remue-ménage dans la cour attira son attention, une livraison somme toute très suspecte à une heure aussi tardive. Soulevant discrètement le rideau à la propreté relative, il entrevit quatre hommes déplacer à grande peine un lourd baril de vaseline vers l’entrée de l’hôtel. Distinctement, Kiki Yorkshire entendit les faibles cris que la princesse poussait par le trou de son fût.
- Babe, aboya Kiki, réveille toi, j’ai l’impression qu’il se passe un truc dehors !
- Si tu peux éviter de me roter ta bière dans la tronche, j’en serais ravie.
 Kiki laboura de ses griffes les mollets de Babe en aboyant de plus belle. Mais le silence était à nouveau  revenu dans la cour. La conscience de soi exclue la confiance dans l’autre. Kiki laissa donc Babe aller se toucher dans la salle de bain pour aller visiter la cave feutrée de l’hôtel, histoire de chopper un millésimé, vu qu’il venait de finir la dernière bière. Une suite de mouvements anguleux l’amena près de la réception où se trouvaient en grand conciliabule Test, Tost, Sté et Ron. En les voyant dévoiler devant lui leurs sombres manigances, Kiki sut que le lourd marteau du destin venait de s’abattre sur l’enclume de ses possibles et en chia brusquement d‘effroi près du comptoir. Oui, voilà bien la fragilité des êtres, qui ne peuvent lutter contre une cigarette après leur dîner. Ron imagina quelques mots avant de les prononcer et ordonna aux autres de capturer Kiki, puisqu’il venait de découvrir leur terrible secret. On le poussa sans ménagement dans la cave aux côtés d’Ewij, attablée devant un plateau de fruits de mer et un vin blanc français. Arrêtant de mastiquer ses joues creusées par son infortune, elle l’invita à partager ses huîtres qui regorgeaient sans doute des germes d‘une probable dysenterie.


Message édité par talbazar le 23-01-2011 à 18:26:21
n°25289515
tfo
Posté le 22-01-2011 à 12:41:49  profilanswer
 


 
Bonjour à tous,
bon, voilà mon opinion sur ta nouvelle Faman. Je vais répéter pas mal de trucs que les autres ont dit, mais j'y vois deux gros défauts :  
1. L'absence totale d'empathie entre le lecteur et le personnage. Sammy, je le "connais" pas, je ne suis pas attaché à lui et du coup, j'en ai rien à foutre de ses malheurs. Du fait que tu te places en position de narrateur omniscient, le lecteur est en surplomb par rapport au personnage et du coup, ça limite les possibilités de sympathie.
2. La prévisibilité de la nouvelle. A cause du prologue, on sait qu'on va assister à un harcélement en entreprise. Du coup, il n'y a plus rien d'inattendu pour le lecteur, les étapes se déroulent de manière hyper linéaire et on devine la chute (ha ha) dès le début.
Mes solutions : virer purement et simplement le prologue. C'est radical mais nécessaire. Ne pas annoncer dès le début que la nouvelle va parler du harcélement en entreprise, mais au contraire, insister sur le bonheur de Sammy dans sa nouvelle boîte. C'est bien connu, plus le bonheur est grand, plus la chute est cruelle. Raconter l'histoire du point de vue de Sammy. Ne pas être trop prévisible dans le déroulement de la descente aux enfers, donner de faux espoirs à Sammy et du coup au lecteur. Le but, c'est que les illusions de Sammy deviennent nos illusions, ses espoirs nos espoirs et ses déceptions nos déceptions, en bref que l'auteur joue avec le lecteur comme Max avec Sammy. Il faut qu'on aie envie d'y croire, qu'on espère avec lui pour mieux être déçu. Bien sûr, il y a une limite et il arrivera un moment où le lecteur comprendra de quoi il en retourne, mais au moins tu auras réussi à l'accrocher.
 
Voilà, bon courage.  
 

n°25345720
Profil sup​primé
Posté le 27-01-2011 à 17:33:35  answer
 

tfo a écrit :


 
Bonjour à tous,
bon, voilà mon opinion sur ta nouvelle Faman. Je vais répéter pas mal de trucs que les autres ont dit, mais j'y vois deux gros défauts :  
1. L'absence totale d'empathie entre le lecteur et le personnage. Sammy, je le "connais" pas, je ne suis pas attaché à lui et du coup, j'en ai rien à foutre de ses malheurs. Du fait que tu te places en position de narrateur omniscient, le lecteur est en surplomb par rapport au personnage et du coup, ça limite les possibilités de sympathie.
2. La prévisibilité de la nouvelle. A cause du prologue, on sait qu'on va assister à un harcélement en entreprise. Du coup, il n'y a plus rien d'inattendu pour le lecteur, les étapes se déroulent de manière hyper linéaire et on devine la chute (ha ha) dès le début.
Mes solutions : virer purement et simplement le prologue. C'est radical mais nécessaire. Ne pas annoncer dès le début que la nouvelle va parler du harcélement en entreprise, mais au contraire, insister sur le bonheur de Sammy dans sa nouvelle boîte. C'est bien connu, plus le bonheur est grand, plus la chute est cruelle. Raconter l'histoire du point de vue de Sammy. Ne pas être trop prévisible dans le déroulement de la descente aux enfers, donner de faux espoirs à Sammy et du coup au lecteur. Le but, c'est que les illusions de Sammy deviennent nos illusions, ses espoirs nos espoirs et ses déceptions nos déceptions, en bref que l'auteur joue avec le lecteur comme Max avec Sammy. Il faut qu'on aie envie d'y croire, qu'on espère avec lui pour mieux être déçu. Bien sûr, il y a une limite et il arrivera un moment où le lecteur comprendra de quoi il en retourne, mais au moins tu auras réussi à l'accrocher.
 
Voilà, bon courage.  
 


 
Hello, merci pour tes critiques.  :)  
Je me pose toujours la question de savoir si vraiment le lecteur doit "se mettre dans la peau" de Sammy pour mieux comprendre ses malheurs. Est ce qu'on n'arrive pas à etre que spectateur ?
bon, après je comprend aussi qu'il faut interesser le lecteur. Peut etre que ça je le perdais de vue, parce qu'en fait, je ne sais pas faire finalement. Je ne sais pas comment on interesse le lecteur, comment on l'accroche, comment on le pousse à poursuivre la lecture. Juste, j'arrive et je dis ce que j'ai envie de dire, j'ai pas encore pris conscience du "lectorat", je crois bien.  :D  
Sinon, je pense qu'il fallait effectivement ne pas mettre le prologue. Tu as sans doute raison.
 
 
 
Sinon, j'ai fait un autre truc recemment, une nouvelle qu'on m'a "commandé" sur le thème de l'amour. Alors, j'ai fait ça, écrit en 2 fois, j'en ai fait une moitié d'un trait...et puis l'autres quelques temps plus tard. Je sais pas si ça parle vraiment d'amour. Mais je vous soumet quand même le truc.
Comme d'hab, vous pouvez vous lacher sur la critique.  :)  
 
Bonne lecture.  :sleep:  
Y'a un peu du cul dedans, si ça peut vous motiver.  :o  
La nouvelle n'a pas de titre, j'ai pas d'idée à ce sujet.
je crois qu'il y a pas mal de problèmes de concordance de temps. Vous pouvez me les signaler aussi.
 
 
 
 
 
 
 
 
Sur un affiche défraichie, et partiellement déchirée, qui pointait au sommet de la couche de plusieurs dizaines de ses consoeurs, donnant à l'ensemble du panneau l'apparence d'un mille feuille parfum  publicité, on arrivait à distinguer une fin de phrase, trois mots exactement : "fait avec amour". Les colleurs d'affiches à la sauvette se donnaient rarement la peine d'enlever les précédentes pour encoller les leurs. Sauf quand il s'agissait d'afficher sa couleur politique préférée, et là, en général, les têtes des candidats de partis qui ne revenaient pas aux colleurs, finissaient invariablement rageusement arrachées et parfois même piétinées au sol pour les moins chanceuses.
 
Jonas était assis sur le banc de l'abribus, il regardait le panneau qui lui faisait face de l'autre coté de la route. Il ne savait pas précisément ce qui était fait avec amour, mais sur le restant de l'affiche, on apercevait encore entière une main de femme, une main gauche, ouverte, paume vers le haut. Une main jeune aux longs doigts effilés et ongles manucurés.
Ce qui avait été fait avec amour, l'avait vraisemblablement été par cette main là. C'est ce que l'image suggérait. Nous avions à faire à une main faite pour créer et donner de l'affection, de la tendresse et du désir. Et on ne pouvait pas en douter parce que c'était vraiment une belle main.
 
Le bus vint lui barrer le champ de vision et le chuintement bref caractéristique des vérins d'ouverture de la porte automatique le coupa là dans le fil de ses pensées esthétiques.  Machinalement, il entra dans le véhicule, et s'assis à sa place habituelle, immédiatement à droite de la double porte, tournant le dos au sens de la marche.
 
Elle était là. Comme chaque jour, et à la même place elle aussi. Située sur le fauteuil de gauche placé juste avant le soufflet central. Et comme chaque jour, son regard était perdu dans la contemplation du monde extérieur qui défilait dans la baie vitrée.  
 
Elle était là et elle était belle. Bien sûr. Evidemment.  Jonas, c'était la plus belle femme qu'il ait jamais vu. Et pourtant, il en avait vu pas mal des jolies filles. Ça faisait longtemps qu'il habitait en ville, longtemps qu'il partageait sa vie, sa ville, son air, ses trottoirs, ses passages cloutés, ses restaus, ses cinoches, ses quartiers d'affaire, avec des milliers, des dizaines de milliers d'autres personnes, dont la moitié au moins présentait un caractère sexuel primaire différent du sien, et dont au moins le quart de la moitié était digne d'un regard plus appuyé que le traditionnel coup d'œil informatif destiné à n'importe quelle chose de ce monde.
 
Les jolies filles étaient toujours en ville, c'est à dire que, dans la couche de banalité esthétique des cohortes d'anonyme qui peuplaient l'espace visuel de Jonas depuis toujours, les gens beaux apparaissaient comme autant de phares scintillants au milieu d'océan de brume. Cette fille là, elle scintillait encore plus que les autres. Elle était belle, alors on ne pouvait pas la décrire. Elle était belle comme vous même vous imaginez à quel point une femme peut-être belle.  Ce que Jonas voyait en elle, c'est ce que l'idée même d'homme voit en l'idée même de la femme. Une perfection. Un chef d'œuvre, un concept. Un symbole.
 
Inconsciemment, et comme a son habitude maintenant, il fut soulagé de la voir. Chaque fois, avant de monter, il se demandait furtivement si elle serait là, à la même place. Il en éprouvait toujours une petite angoisse. Et son premier regard était systématiquement adressé à l'endroit précis où elle venait poser son séant.
 
Il avait eu une peur panique il y a de cela plusieurs mois en arrière, quand pendant plus de quatre semaines, il ne l'avait pas vu.  
Il avait imaginé les pires choses.  
Quatre semaines, c'est long, plus long qu'un format standard de vacances. Elle était jeune, en début de carrière, elle ne pouvait certainement pas se permettre des vacances de plus d'un mois. Elle tenait un 35 heures dans le quartier des banques, probablement assistante administrative ou attachée commerciale.  
Elle n'avait pas de petit copain à sa connaissance. Jonas avait noté que les quelques appels téléphoniques qu'elle recevait durant les trajets n'était que rarement le fait de mecs. Et quand c'était des mecs, on ne percevait aucune émotion dans sa voix dépassant le stade de l'amusement poli, de la nervosité professionnelle, de l'agacement feint, ou de l'ennui à peine masqué.
Alors, c'était vraiment curieux qu'elle disparaisse ainsi de la circulation pendant plus de quatres longues semaines. Ce n'était tout simplement pas son genre.
 
Il n'y avait pas eu de disparition signalée. Pas eu de meurtre crapuleux, d'attentat, de tragique accident de la circulation ayant coutée la vie à la plus belle femme du monde. La radio en aurait parlé. Et du reste elle prenait le bus, elle n'avait donc pas de voiture, c'était une source de stress en moins.  
 
Elle pouvait être partout. Clouée chez elle au lit avec la malaria; ou pire; après avoir été violée et torturée par quelques pervers en maraude, elle était prostrée quelque part dans le coin d'une pièce aux murs blancs au fond d'un asile psychiatrique. Ou alors, elle avait été kidnappée et envoyé dans un réseau de traite des blanches, et elle se tenait aujourd'hui sur un tabouret de bar dans une vitrine cerclée de néons rosés, donnant sur une rue sordide d'Amsterdam, une rue aux trottoirs humides et dégueulasses où viendrait bientôt ramper de sombres individus au regard torve, sentant la crasse et la sueur, les mains enfouies au fond de leurs poches. Elle se tenait droite et fière pourtant, vendant son cul du mieux qu'elle pouvait, pour espérer tirer de son mac sa dose quotidienne de crack et si possible qu'il ne la cogne pas trop fort cette fois-ci parce qu'avec un cocard et des dents en moins, c'était toujours plus dur de faire envie aux clients. Quoique ça devait aussi certainement plaire à deux ou trois dégénérés.
 
Ou peut être cent fois pire encore que tout ça, elle avait déménagée et il ne l'a verrait plus jamais.
 
Cette idée était insupportable à Jonas, mais il s'était pourtant repassé ce scénario de cauchemar en boucle dans la tète pendant des jours. Il l'a voyait, fredonnant, préparant ses cartons qui allait l'emmener, elle et ses bibelots, dans un ailleurs magnifique, dans un mas provençal joliment exposé, bien loin de Jonas, et de leur bus. Bien loin de cette ville où les murs et le ciel jouaient perpétuellement à celui des deux qui serait le plus gris et moche. Il l'imaginait, Il l'entendait même, ses éclats de voix, ses rire, et ceux de ses amis quand ils se moquaient gentiment d'elle, exhibant un de ses strings sorti au hasard d'un carton mal fermé.  
Et ça le mettait en colère, parce qu'elle n'avait pas le droit de rire avec les autres. Elle n'avait pas le droit d'être heureuse et insouciante, même en rêve, alors que d'autres crevaient du simple fait de ne plus pouvoir la regarder. Juste la regarder, ils ne demandaient rien de plus les autres. Juste ça. Elle n'avait pas le droit de rendre les gens malheureux comme cela, juste en cessant d'exister, en sortant de leur vie sans y avoir été autorisé, sans avoir eu la délicatesse de demander si ça n'allait pas leur faire mal et foutre leur vie en l'air.  
Jonas avait été le type le plus exécrable du monde pendant ces quatre semaines. Il ne parlait plus à personne, et personne ne comprenait non plus ce qui lui arrivait. Au bureau, c'était une tombe, déjà qu'il n'était pas loquace d'ordinaire. Les jours passaient, il assistait impuissant à l'enterrement de son cœur, qu'on avait négligemment jeté dans son caveau. Jonas attendait juste l'âme charitable qui viendrait basculer la lourde plaque de marbre sur la sépulture. Prêt à l'oraison funèbre, il n'attendait plus que ce qu'on foute la paix à son cœur pour l'éternité. Ci-git mon cœur, dont personne ne voulut jamais. Quelques plaques et couronne mortuaires ironiques en sus peut-être pour parfaire le tableau "Tu vas nous manquer…nan, on déconne ! N'oublie pas de tirer la chasse en partant. "
 
Et puis, soudain, l'organe se remis à battre. Jonas s'était calmé quand ce jour béni de mai, il l'avait vu de nouveau, dans le même bus, à la même heure, et à la même place qu'auparavant comme si rien n'avait changé.
 
Ce jour là, quand il l'avait aperçu. il avait voulu rire, très fort, se mettre à parler tout haut pour ne rien dire, se taper la poitrine en contractant impulsivement ses muscles. Comme un babouin ou un gorille. C'est dans l'inconscient collectif, les grands singes, ils se tapent le torse. C'était idiot. Mais il avait eu une envie animale et irraisonnée de contracter le moindre muscle de son corps, comme si cela allait provoquer on ne sait quel étrange attirance chez les femelles alentours, une émission de phéromone ou autre. Il n'était pas bien épais Jonas mais l'image aurait pu être amusante, au moins.
 
Il voulait montrer qu'il était heureux. Il ne savait pas comment l'exprimer autrement qu'avec des mots. Mais parler tout seul, c'était généralement assez mal vu dans les transports en commun.  
Et puis il voulu pleurer aussi parce que c'était du soulagement. Et enfin il voulu aller lui parler, l'engueuler. Lui dire que ça avait été une vraie belle salope et une sale pute, rien qu'une sale pute de ne pas donner de nouvelle pendant tout ce temps, qu'elle aurait pu au moins prendre le bus une fois, ou faire passer un message, coller un post it sur son siège avec la mention "de retour dans quelques semaines" juste pour montrer qu'il ne lui était rien arrivé de grave et que les gens ne se fassent pas de souci inutilement. Sale pute.
 
Et puis, il avait renoncé. Il avait remballé sa haine, sa frustration, sa joie, tout cet imbroglio de sentiments contradictoires qui cherchaient tous à sortir en même temps de sa  tête, de son cœur, de sa gorge.
Parce que ça impliquait deux choses au dessus de ses forces. D'abord, s'autoriser à passer aux yeux de la collectivité en général et de la belle en particulier pour un gros débile, voir une espèce de détraqué de la pire espèce et ensuite. Ensuite, ça impliquait de se lever, de se présenter devant la demoiselle et de lui adresser la parole.
 
S'il voulait à la rigueur bien admettre que c'était idiot d'aller engueuler une femme dont vous ne pouviez vous targuer que d'être un simple co-usager du même bus, lui parler, ça, c'était tout simplement inimaginable, au dessus de tout ce qu'il pouvait entreprendre. C'était impossible. Et encore, même l'impossible paraissait encore relativement faisable à coté de ça.
 
En tout ca, il avait été vraiment en colère, il s'était assis rageusement sur son fauteuil et il avait espéré que ça se lisait bien dans ses yeux, cette colère. Et si jamais elle lui demandait ce qui n'allait pas, il ne valait mieux pas qu'elle espère une réponse courtoise de sa part, cette connasse.
Mais elle ne lui parlait pas, elle ne le regardait pas. Comme chaque jour, elle continuait inlassablement à regarder à travers la vitre le monde qui défilait sans but de l'autre coté du verre dégueulasse.
 
Alors Jonas lui pardonnait tout, et lui disait mentalement que ce n'était pas si grave, qu'il avait tendance à se faire du souci pour rien et que finalement il serait bien content qu'ils puissent reprendre leur relation là où ils l'avaient laissé quand elle avait désertée le bus conjugal sans prévenir.
 
Durant ces centaines de trajets qu'ils avaient passé ensemble et durant lequel plus rien n'existait d'autres pour Jonas que la jeune fille et qu'il s'abîmait dans sa contemplation, il avait eu le temps de bien s'imprégner d'elle. Le monde moderne et la promiscuité qui le caractérise permet cette communication silencieuse entre les individus.  On en apprend beaucoup, des choses, simplement en regardant les gens, en les écoutants. En essayant de les comprendre. De comprendre ce qu'est leur vie, ce qu'ils sont.
 
Ainsi, Jonas avait lentement et inexorablement accumulé des connaissances sur la fille. Tel un limier, un détective, chaque information, chaque geste, chaque soupir ou éternuement contenu était une information à classer dans l'énorme base de données qu'il se constituait au fil des mois.
Il avait même été jusqu'à tenté de reconnaître son parfum. Ce n'était pas son préféré d'ailleurs. Trop sucré, trop épicé, et toujours ce problème qu'ont les gens avec leur parfum favori. A force d'en mettre, leur nez s'habitue et ils finissent par ne plus le sentir. Ils  sont donc obligés de forcer les doses pour être capable d'en humer encore un peu le caractère. Evidemment, les autres en profitent alors largement, pas toujours avec bonheur.
 
Il avait passé de longues heures à hanter une boutique de parfum à la recherche de la fragrance de sa dulcinée, mais sans succès. Le souvenir olfactif qu'il gardait de ses brèves rencontres n'était visiblement pas assez fort pour ne pas en perdre la véritable essence sitôt qu'il agitait sous son nez myriades de petites languettes imprégnées de diverses senteurs musquées ou vanillées.  
Nez, c'est un métier et ce n'était pas celui de Jonas. Il n'avait pas de prédisposition particulière à ça.
 
Les vendeuses avaient fini par le trouver incommodant et un vigile était venu lui demander soit d'acheter quelque chose, soit de sortir. Il avait opté pour une laque en spray spéciale cheveux abimés dont il s'était aussitôt délesté dans la poubelle la plus proche en sortant du magasin.
"Dommage, s'était il dit. Trouver son parfum aurait vraiment pu être intéressant" Mais au pire, il pouvait toujours s'en remettre à la chance. Jonas imaginait la scène :
 
Soudain, un inconnu vous offre une eau de toilette dans le bus ! C'est l'effet magique "Eau d'Amour".
Et alors la belle tomberait dans les bras de Jonas en se pâmant :
- Mais ? C'est mon parfum préféré ! Oh, mais comment avez vous deviné ? Oh si vous saviez, Jonas, j'attendais ce moment depuis si longtemps !
- Hahaha, mais comment connais tu mon nom, petite effrontée ?
- Oh ne m'en veuillez pas…Je l'ai lu sur votre carte orange, celle que vous avez déjà fait tomber exprès au moins trois fois devant moi dans l'espoir idiot que je la ramasse et que je lise dessus votre nom inepte et votre prénom méprisable, Jonaze ! En plus, franchement, vous faites une drôle de tête sur la photo. On dirait que vous sortez de prison.
 
 
Jonas se renfrogna un peu plus. Si même vos fantasmes vous trahissaient au meilleur moment, mieux valait éviter de penser à quoi que ce soit. Et puis honnêtement, c'était complètement con.  Lui offrir du parfum…Et pourquoi pas une botte de poireau ?
 
Comment aborder la fille était un fichier X, une affaire non-résolue, à ranger au rayon des mystères insolubles comme l'étrange longévité télévisuelle de Michel Drucker, alors que selon toute logique physiologique, il devrait être cliniquement mort depuis au moins trente ans, où de savoir qui de l'œuf en chocolat ou du Lapin de Pâques était le premier.
 
Jonas voulu mener une expérience un soir et tester la platonicité de son idylle. Il s'était demandé s'il pouvait éventuellement conclure virtuellement avec la fille en se proposant en imagination une fantaisie sexuelle avec elle.  
Un soir, chez lui, il s'était mis en condition, nu, allongé sur son lit, papier absorbant et lubrifiant "à effet chauffant" à portée de main. Il avait d'abord commencé par des pensées habituelles et éprouvés pour se mettre en ordre de bataille, pilum à la main.  
Mais ça ne venait pas. Visiblement c'était jour de perm au régiment et personne n'avait écopé des tours de garde réglementaires.  Il se sentait fatigué, ça pouvait parfois jouer sur la libido. Il avait alors imaginé, faut du secours de ses succubes habituelles, qu'Elle se tenait là, et que c'était Elle qui allait s'occuper de le faire se tenir droit.
Elle vint à lui dans le plus simple appareil, c'est à dire à poil. Non, pas entièrement en fait. Avec juste une paire de bas quand même, parce que le fond de l'air était frais. Et qu'il ne voulait pas qu'elle attrape froid. Une paire de bas couleur chaire. Jonas avait toujours aimé les bas couleur chaire. C'était plus sexy que les bas noirs encore. Mais pas les bas résille; ça faisait filet à saucisson et il n'aimait pas le saucisson.  
 
Si, il aimait le saucisson, mais voilà, sur une fille, il avait toujours trouvé que ça faisait charcuterie les bas résille, et la charcuterie, ça lui faisait penser à la mine rougeaude et débonnaire du boucher-traiteur du bas de la rue et ça non plus c'était vraiment pas terrible pour obtenir une érection digne de ce nom. D'autant que le souvenir du bœuf au champignon qui marinait dans sa sauce figée dans la vitrine lui rappelait qu'il n'avait pas encore mangé et que le frigo était vide, et qu'il faudrait certainement ressortir pour acheter une pizza au kebab du coin, ou l'inverse.
 
Jonas n'arrivait pas à se concentrer et la fille poireautait dans le vestibule de son esprit : "Youhou, Jojo, je suis sur le palier, je suis à poil et j'ai froid, on passe à l'action ?"
Il chassa ses pensées de kebab mariné et s'en remis à son fantasme. Parcourant sans relâche son sexe d'un geste mécanique pourtant parfaitement exécuté, avec toute la maestria requise, dans la quintessence d'un savoir faire hérité de longues années de pratique solitaire, dans la perfection sublime de la pratique d'un art vieux comme le monde, dans ce combat déloyal à cinq contre un de la chair contre la chair, Jonas ne parvenait pourtant à obtenir aucun résultat probant, et sa bite demeurait désespérément flasque.  Le grand borgne restait sourd à toute velléité érectile. Diantre.
 
Il insista ainsi une bonne partie de la soirée. Mais la belle, bien que seulement fantasme, avait une vertu. Elle n'était pas de celles qui couchent le premier soir, ne serait ce même qu'en rêve. Elle ne céda pas aux caprices de Jonas et lui interdit obstinément de prendre tout plaisir ce soir là.
 
Frustré et déçu, il passa une mauvaise nuit qui ne fut même pas troublée par un rêve érotique, sauf si on considère que déambuler en string et bas résille en trempant des petits bâtonnets dans des ragout de bœuf  pour les humer, pendant qu'un boucher débonnaire vous tend votre carte de bus en vous faisant un sourire enjôleur est un rêve érotique. Chacun son truc.
 
Alors Jonas continua à faire ce qu'il savait le mieux faire, vivre un quotidien tout entier voué à rencontrer chaque matin l'objet de son désir et le quitter quelques minutes plus tard.
C'est un désir qui ne s'exprimait pas par la sexualité. Cette femme était d'une beauté qu'aucune relation charnelle n'aurait pu toucher ou transcender. Elle était l'idée même de la femme et au dessus de toute considération corporelle. Et Jonas en devenait fou.
C'était un grand bonheur de la voir, mais plus le temps passait et plus Jonas souffrait d'être confronté à elle et de ne pouvoir l'aborder, la toucher, lui parler. Comme des millions d'être humains le font pourtant tout simplement de la personne qu'ils aiment et qu'ils chérissent par dessus tout.
Tant de chose qu'il avait vécu pour elle, tant de sentiment, tant de bonheur, le simple bonheur de la voir, putain. Rien que cela.
 
Et il ne pouvait pas lui dire. Il était prisonnier de sa propre passion. Avec quelque part, l'impression d'en avoir trop fait, d'être déjà lui même allé trop loin dans cette relation à sens unique, Icare insignifiant, bientôt mort d'avoir fondu la cire de ses ailes à la chaleur d'un soleil qui ne soupçonnait même pas son existence.
Il avait déjà tellement d'avance sur elle dans ses sentiments, que même en admettant qu'il puisse y avoir une réciprocité un jour, une réponse à ses attentes, le trop grand déséquilibre émotionnel induit aurait alors immédiatement raison de cette éventuelle idylle. Comme une supernova avalant soudain les planètes orbitant autour d'elle après les avoir simplement éclairés et réchauffées pendant des millions d'années.
 
Il était tard pour Jonas. Comment, après tant de jour à avoir rêvé cette femme, à avoir imaginer une aventure avec elle, à l'avoir modelé à l'image de ce qu'il en attendait, à en connaître autant sur elle sans qu'elle le sache, comment lui était il possible d'imaginer la conquérir une fois, une seule fois pour de vrai ? Cette bataille contre elle, contre lui-même, il l'avait mené mille fois. Et perdue mille fois. Et chaque défaite étant plus cuisante et cinglante que celle qui précédait.
Chaque matin à la rencontrer, à l'approcher, à tenter vainement et désespérément de croiser son regard, tout en sachant qu'il était incapable de le soutenir, n'avait fait que lui jeter à chaque fois au visage sa propre incapacité à séduire, à attirer à lui le regard des autres, des gens beaux. Personne ne le regardait jamais. Même pas les chiens. Jonas en était à chaque fois quitte pour une nouvelle journée socialement nulle. Chaque jour était plus gris et plus lourd que le précédent et malgré tout son seul plaisir résidait dans la vision de la fille, seul moment de joie intense dans une vie qui s'était sclérosée tout autour de ces instant fugace de bonheur entre 08h12 et 08h34 tous les matins du lundi au vendredi.
 
Jonas savait aussi que c'était stupide, idiot, puéril. Comment aimer une personne dont on ne connaissait rien ? Cette fille était peut être la dernière des garces, des idiotes ou des salopes.  Peut être qu'elle votait Front National ou même communiste ou même pire que tout peut être qu'elle ne votait pas, pas par conviction mais parce qu'eu à chaqueu fois elle oubliait cong hihi ou peut-être qu'elle confondait sa droite et sa gauche. Va savoir ? Comment savoir ?
Peut être qu'elle était lesbienne.
A la limite. Jonas aurait préféré ça, l'idée qu'un autre homme que lui puisse toucher ce corps qui lui était interdit, lui était proprement insupportable.
 
Voilà que Jonas devenait jaloux, jaloux d'une femme qu'il ne posséderait jamais, qui ne le posséderait jamais. Sa passion le consumait et lui donnait, un échange de cette flamme qui brulait en lui, une entropie aspirant tout énergie vitale, et générant rancœur, tristesse infinie et ce désespoir glacé que l'on ressent à l'idée de vivre une vie seule, pour toujours, sans amour, sans aucun autre sentiment que les vôtres propres. Avoir tout à donner mais personne pour qui s'offrir entièrement.
 
Seul avec soi même et notre propre haine dirigée contre nous jusqu'à la fin. Et aucune médaille pour ce sacrifice, aucune épitaphe ne sera gravée sur notre tombe, aucun honneur ne nous sera rendu pour avoir endurée une vie pathétique et méprisable passée à maudire les destins que l'on n'a pas eu, à haïr les occasions que l'on n'a pas saisi, A vénérer nos actes si sophistiquement manqués qu'ils en deviennent des œuvres d'art dédiées à la gloire de l'absurdité cosmique qu'est la Vie.
 
Voilà ce qu'est la passion amoureuse quand elle ne trouve aucun écho, aucune écoute autre qu'une indifférence muette, sans aucune compassion, aucune compréhension, pas même le moindre regard de tendresse, ou de pitié. L'esclave sinistrement amoureux du fouet qui lui entaille les chairs.  
 
Une meurtrissure si profonde de l'âme qui pousse à haïr, se haïr si intensément, que l'on en ressent physiquement la douleur, comme un acide coulant dans les veines, détruisant tout de l'intérieur, et ironiquement propulsé vers nos organes vitaux par notre cœur lui-même, celui là même qui nous trahit, nous met la tête sous l'eau, nous la ressort juste avant que l'on ne suffoque, pour l'y replonger aussitôt sans même laisser le temps à nos poumons d'aspirer un peu d'air. Une petit mort, la mort de l'âme, la mort de l'amour.
 
Celait faisait longtemps maintenant que le panneau aux affiches avait disparu. Les travaux sur la façade du pont qui le supportait avaient emporté ce dernier souvenir dans l'esprit de Jonas. Fini les affiches collées les unes par dessus les autres. Fini de toute façon de regarder devant soi. L'avenir était au ras du béton. Jonas ne regardait plus grand chose que ses pieds et le sol tristement inexpressif qui le précédait partout ou il allait. Il lui semblait que le sol était son avenir maintenant.
La fille avait disparu pour de bon il y a un peu plus de six mois maintenant. Changement de carrière ? Un quelconque heureux événement dont Jonas n'avait pas eu préscience ? Le fameux déménagement provençal abhorré ? Femme à Grasse ? Consultant à New-York ? Pute à Francfort ? Saucisse à Strasbourg ?
 
A quoi bon se torturer encore avec ceci ? La vie était finie, il avait eu son heure, sa chance. Il n'avait rien fait, rien dit, il ne pouvait que se maudire de sa médiocrité et aller de l'avant dans sa déchéance.
Plus bas, toujours plus bas. Faster, harder, deeper.
 
Il avait hésité à sombrer dans l'oubli et le détachement salutaire sur toute chose que procure l'alcoolisme. Devenir accroc au whisky, au bourbon, à la margarita, au gin fizz, comme ces auteurs ou peintres américains, sempiternels écorchés de l'existence, vivre jeune, mourir vite, se bruler au feu d'une vie de bohème, à s'en calciner la chair. Sniffer la coke à même les protubérances mammaires de pétasses botoxée. Se faire tatouer un taureau sur l'avant bras, et jouer au picador d'interieur…
 
Ironiquement, ces maigres moyens financiers ne lui permettaient pas le luxe d'une vie de junky.  Et on ne s'improvisait pas James Dean ou Iggy Pop en ayant vécu comme un moine l'essentiel de sa vie.
En terme de budget, ne lui restait donc que le vin bas de gamme ou la bière de chantier en format familial pour entrevoir des ailleurs un peu plus souriants, mais il ne s'imaginait pas devenir un poivrot à la française. Se mettre rond au carré de vigne, ça n'avait aucune gueule, c'était désespérément convenu et populaire. Même au fond du gouffre, Jonas méritait mieux que ça
Il avait aussi pensé à en finir avec ses jours mais l'idée de suicide l'embêtait sur un aspect, c'est qu'il ne serait plus là pour entendre éventuellement quelqu'un se plaindre de sa mort. Et il aurait aimé être quand même au moins fixé sur ce point. Savoir si quelqu'un un jour aurait pu exprimer des regrets de le voir froid, et Jonas n'aimait pas partir sur un doute. Il était pragmatique.
On n'a pas idée non plus des démarches à entreprendre pour acheter une arme à feu de nos jours. De quoi faire renoncer le plus motivé des maniacodepressifs. Les poisons étaient paraît-il douloureux, la pendaison terriblement barbare, quand à la noyade, profondément angoissante. Et puis Jonas était bon nageur, il faudrait certainement en plus faire preuve de volonté pour ne pas tenter de s'en sortir. Rien n'était assez radical.
 
Jonas releva la tête l'espace d'un instant. Un coup de frein prononcé du chauffeur l'avait fait dévier de la propre trajectoire de ses pensées. Il regarda pour la première fois depuis de longs mois autour de lui. Son regard navigua alors sur les flots des voyageurs qui montaient et descendaient du bus. Le monde continuait de tourner même sans son concours. Jonas l'avait oublié.  
Certains visages lui étaient familiers, d'autres non. Dans la seconde partie du bus, deux rangs après le soufflet, il croisa un regard. Ses yeux tombèrent dans les yeux d'une autre personne, il ne l'avait jamais vu auparavant. Cette rencontre ne dura que l'espace d'un instant. Jonas continua à scruter l'environnement quelques secondes, puis réalisa ce qui venait de se produire.  
Un frisson lui parcouru la nuque. Il replongea son regard dans les yeux. Ceux-ci continuaient de le dévisager, sans peur, sans gêne, sans agressivité. Zoom arrière, un regard, une femme. Elle le regardait. Il regardait une femme. Dans les yeux.
Il était plongé dans ses yeux, et il ne pouvait plus rien faire d'autre que de s'y noyer. Parce qu'ils étaient beaux, parce qu'elle était belle. C'était une femme et elle était belle, comme Jonas trouvait les femmes belles. Elle était belle, alors on ne pouvait pas la décrire. Vous même, vous imaginez à quel point une femme peut-être belle ? Et bien elle était encore plus belle que ça.
Elle lui sourit. Un simple et délicat mouvement de bouche, une légère contraction des lèvres se mouvant en une moue agréable, elle baissa légèrement la tête, tout en soutenant le regard incrédule de Jonas et en maintenant ce petit sourire doux et espiègle.
 
Deux battements sourds et profonds résonnèrent dans sa poitrine. Ce fut un choc. Deux autres suivirent puis encore deux autres et alors ces battements ne s'arrêtèrent plus. Ils ébranlaient son corps tout entier, tapant comme un coucou fou voulant sortir de son horloge alors même que ce n'est pas l'heure pile. Dans sa cage thoracique, son cœur s'était remit à battre. A tout rompre.
 
Avant même qu'il ne se rende compte, Jonas s'était levé, il avait franchi l'espace incommensurable entre lui et la fille, il avait enjambé un univers de solitude et laissé pour toujours l'ombre derrière lui. Tout son esprit pourtant lui hurlait de ne rien faire, de s'asseoir, de se taire, de se jeter par la fenêtre, de rester comme avant à parler avec lui-même des choses noires, sombres et dégueulasses et tortueuses, à parler des choses qui vivent sous la pluie, la neige, le froid et la mort, des choses derrières les choses, rances, qui puent, ces choses fétides qui vivent dans la fange, et qui sentent la noirceur et l'amertume de toute une vie dédier à souffir et à se detester.  Son esprit se lamentait, se griffait le visage, il pleurait, il hurlait sa haine et son désespoir, il conjurait Jonas de ne pas se jeter la dedans, que la souffrance les tuerait tous les deux. Mais tout cela brulait maintenant, d'un grand feu purificateur. Cette déraison noire et sinistre se consumait maintenant au feu d'une passion retrouvée, en se tortillant en tout sens comme un ver tranché en deux.
 
Jonas n'écoutait plus son esprit, en l'espace d'une seconde, la vie et l'espoir avait repris le contrôle de son être. Son cœur lui indiquait le prochain pas à faire.
Alors il s'était approché il avait parlé. Oh, il n'avait pas dit de grandes choses, profondes et belles, pas une déclaration d'amour comme on entend dans les films. Il n'avait pas rivalisé de drôlerie et d'à propos. Il avait simplement dit "Bonjour" et encore plus simplement, la jeune fille lui avait répondu "Bonjour" d'une voix amusée, et avait souri un peu plus, laissant entrevoir entre ces fines lèvres l'émail de dents qui semblaient parfaites.
Alors Jonas lui rendit son sourire. Et il fut le plus heureux des hommes.

n°25390992
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 01-02-2011 à 11:06:19  profilanswer
 
n°25488638
cappa
Posté le 10-02-2011 à 19:43:28  profilanswer
 

Up  :o  
A suivre tout ça  :ouch:  


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Tester le 1er multisondage HFR ---> MULTISONDAGE.
n°25590998
Nao-san
Posté le 21-02-2011 à 00:51:49  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
J'ai participé à un exercice d'écriture au mois de novembre dernier qui consistait à écrire un roman de 50 000 mots en 30 jours. J'ai ensuite laissé reposer mon roman pendant 2 mois et j'essaie maintenant de le retravailler (parce qu'il faut être lucide, 50 000 en 30 jours, il s'agit surtout d'un premier jet.)
Donc, j'essaie de retravailler mon texte, mais non seulement c'est très difficile, mais en plus, je trouve mon roman vraiment moche (je ne pensais pas écrire ce genre de roman en partant, mais les choses ont tournées ainsi).
 
Je me disais donc que ça pourrait m'aider d'avoir des critiques sur mon romans, ça me ferait progresser (je prends très bien les critiques tant que c'est constructif, donc il ne faut pas hésiter).
 
Ce que vous devez savoir avant: Les temps de verbes sont vraiment laids (je n'y ai pas fait attention lors de l'écriture parce que j'étais indécise), c'est un premier jet, il y a des incohérences, je sais, je veux que mon roman soit réaliste au possible (même dans le cadre de ce genre d'histoire) et qu'il soit axé sur la difficulté du rôle du personnage principal, entre autre.
 
Je n'ai pas de site Internet, je vais donc mettre des extraits ici (il fait quand même 97 pages Word).
 
Extrait 1
 
Le zéphyr soufflait et Zéphyr sifflait. Zéphyr la perruche, pas le vent. Pour Marie, c’était un son très réconfortant. Autant le vent que le sifflement du petit animal. Elle avait tellement besoin de réconfort en ce moment, et le sifflement de l’oiseau l’apaisait et faisait flotter un sourire sur son visage.  
Sa vie avait prit une drôle de tournure depuis quelques jours et ce moment de détente était le bienvenue.  C’est que Marie n’était pas quelqu’un d’ordinaire. Enfin, plus maintenant. Voici quelques jours, elle n’était qu’une jeune fille, un peu en mal de vivre, soit, mais une jeune fille simple et normale. Aujourd’hui, elle était une jeune fille qui détenait la vie de plusieurs personnes entre ses mains. Comment est-ce que la situation a pu changer à ce point en si peu de temps? Eh bien, en partie parce que Marie a découvert des secrets qui auraient mieux fait de rester cacher au fond des souvenirs de ceux qui lui ont révélé, mais aussi parce que ces évènements étaient déjà plus ou moins prévu. Elle n’aurait pas pu échapper à ce qui lui arrivait.
- Meilbe, vous devez vous préparer maintenant, il est presque l’heure.
Ah oui, Marie a également découvert qu’elle ne s’appelait pas Marie, mais Meilbe. Il ne s’est passé que quelques jours depuis qu’elle l’a appris et ne s’est pas encore faite à l’idée. De toute façon, elle n’était pas très attachée à son prénom; Marie, c’est tellement commun en occident. Maintenant, elle a un nom très particulier pour une occidentale; Meilbe. Sauf que Marie…pardon, Meilbe, n’est plus en occident. Elle n’est même plus sur Terre, là où elle a grandi. Elle est désormais dans l’univers de Dasan, l’univers 1. Un monde bien plus ancien que celui qu’elle vient de quitter et qui existe en parallèle avec son ancien univers. Ou plutôt, c’est le contraire, puisque Dasan est tellement ancien que les savants de ce monde se souviennent de la naissance de l’univers de Marie (l’univers de Marie, oui, ça sonne bien comme nom pour l’endroit où elle a grandit et où elle habitait toujours il y a à peine quelques jours), ou davantage connu sous le nom scientifique dasan d’univers 9 (dont les habitants sont des Neuviens et des Neuviennes)
En effet, Dasan étant très avancé technologiquement parlant ainsi que très ancien, les scientifiques dasanais ont assisté à plusieurs naissances d’univers parallèles. Toutefois, Meilbe n’est pas très au courant des faits scientifiques dasans, elle ne sait que ce qui faisait partie du topo qu’on lui a fait pour la mettre au courant de la situation générale. De toute façon, ça ne l’intéresse pas tellement non plus. Là-dessus, elle se laisse replonger dans ses pensées, envoûtée par les sifflements de Zéphyr et du vent, oubliant totalement le nouvel arrivant venu lui annoncer qu’il était temps qu’elle se prépare. Il s’en est aperçu et lui signale de nouveau sa présence par un toussotement discret. Ce toussotement eu l’effet escompté; sortir Meilbe de sa torpeur pour la faire revenir aux obligations du moment.
- Oui, je vais me préparer, Cita, aussitôt que je saurai ce que je dois mettre et comment je dois m’arranger. Vous savez, je ne connais encore rien à vos coutumes.
Puis, après un temps de réflexion, elle se corrige :
- Nos coutumes.
Cita lui sourit de façon indulgente. Bien sûr qu’elle ne connait encore rien aux coutumes de Dasan et de Verdia, elle n’est dans cet univers que depuis quelques jours et malgré les nombreux topos sur tous les sujets possibles et imaginables, à moins d’avoir une mémoire phénoménale, elle ne pouvait se souvenir de tout.
- Tout est déjà prêt, Meilbe. Une servante vous attend dans la pièce réservée à l’habillement, attenante à votre chambre, pour vous aider à vous préparer. Il ne faudrait pas faire attendre le peuple plus longtemps qu’il n’a déjà attendu. Maintenant que vous êtes revenue à votre juste place, nous devons reprendre les choses en mains le plus vite possible. Ce n’est qu’ainsi que tous, y compris vous et moi, pourront retrouver rapidement paix et tranquillité.  
- Bien sûr, Cita. Je sais tout ça. C’est au moins une chose que j’aurai retenu, même si je trouve encore la situation complètement aberrante.
Meilbe décroche péniblement son regard de Zéphyr et entre dans sa chambre à la recherche de la « pièce réservée à l’habillement » afin de se faire habiller et coiffer comme il le sied aux habitants de Verdia. Aux habitants de Verdia et, plus particulièrement, à la future reine de Verdia. Elle trouve finalement la pièce parmi les nombreuses portes qui se trouve dans sa chambre et réalise que cette fameuse pièce est en fait un immense walk-in et qu’une femme l’attend, des vêtements plein les bras. En jetant un coup d’œil rapide, Meilbe s’aperçoit que ces vêtements ne correspondent pas du tout à la dernière mode en vogue chez elle, mais plutôt au style de vêtements local. Logique. Elle sourit à la femme (surement la servante dont parlait Cita) et pénètre dans son superbe walk-in, garni comme il le sied à une reine. Logique, sourit-elle encore.
Pendant son essayage de vêtement, l’esprit de Meilbe reparti vers les différences propres à son nouveau monde. En effet, elle avait également retenu que, contrairement à l’univers 9, l’univers de Dasan n’était pas divisé en de nombreux pays, ayant tous une culture et des coutumes propres. Dans cet univers, plus précisément sur la planète où elle se trouvait (y en avait-il d’autres d’habité? Contrairement à l’univers 9 où on ne trouvait des humains que sur Terre), il n’y avait que quelques pays, qui se comptent sur les doigts des mains, mais là s’arrête ce qu’elle sait de ces pays. En effet, le choc du changement d’univers, sans parler de découvrir que ça existait et que c’était possible, en plus d’apprendre la vérité sur son passé et ce qu’on attendait désormais d’elle, l’avait empêché de bien écouter tous les topos. Elle devra lire les dossiers…aussitôt qu’elle aura appris à lire l’écriture locale.  Elle soupire. Encore une chose à ajouter sur la liste des nombreuses (immensément nombreuses) choses à apprendre et à faire pour bien tenir sont rôle de citoyenne et de reine de Verdia, son nouveau pays.

n°25592451
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 21-02-2011 à 09:29:32  profilanswer
 

Le style est intéressant, il y a du potentiel.
Attention à ne pas condenser trop d'informations en trop peu d'espace. En quelques lignes, tu nous présentes ton héroine, ses changements et le monde. Ca en devient indigeste.


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Ma chaîne YouTube d'écrivain qui déchire son père en pointillés - Ma page d'écrivain qui déchire sa mère en diagonale
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Posté le   profilanswer
 

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