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Durant cet assaut meurtrier, Obama est resté silencieux, n’émettant que quelques platitudes, au motif, disait-il, qu’il n’y aurait eu qu’un seul président des Etats-Unis - alors que cela ne l’avait jamais incité à se taire sur bien d’autres questions. Sa campagne, en revanche, avait lourdement insisté sur cette déclaration du même Obama : « Si des roquettes tombaient là où mes deux filles dorment, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour arrêter ça ! ». Il faisait allusion aux enfants israéliens (est-il besoin de le préciser ?), et non aux centaines d’enfants palestiniens en train d’être massacrés par des armes de fabrication américaine, dont, évidemment, il ne pouvait pas parler, puisque - combien de fois faudra-t-il vous le répéter ? - il n’y avait qu’un seul président qui fût en mesure de le faire (mais qui n’en avait nulle envie) ?!
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« L’initiative de paix arabe », a dit Obama, « comporte des éléments constructifs qui pourraient contribuer à faire progresser ces efforts. Le temps est venu, pour les pays arabes, d’agir selon la promesse de cette initiative en soutenant le gouvernement palestinien sous la direction du président Abbas et du Premier ministre Fayyad, en allant de l’avant dans la normalisation de leurs relations avec Israël et en luttant contre l’extrémisme qui nous menace tous. »
Obama, on le voit, ne falsifie pas tout de go la proposition de la Ligue arabe, mais son entourloupe, soigneusement, ciselée est hautement instructive.
La proposition de paix de la Ligue arabe appelle effectivement à une normalisation des relations avec Israël - dans le contexte - je répète : dans le contexte - d’un solution à deux Etats dans les termes du consensus international réuni de longue date, que les Etats-Unis et Israël bloquent depuis plus de trente ans, dans un isolement international total, chose qu’ils continuent à faire aujourd’hui. Le noyau de la proposition de la Ligue arabe, comme Obama est ses conseillers ès-Moyen-Orient le savent parfaitement, c’est son appel à un règlement politique pacifique dans ces termes, bien connus désormais, dont il est reconnu qu’ils sont la seule base possible pour le règlement pacifique auquel Obama professe être attaché.
L’omission de ce fait crucial ne saurait être purement accidentelle : elle signale de manière très claire qu’Obama n’envisage nullement de se départir du rejectionnisme américain. L’appel qu’il lance aux pays arabes, les exhortant à mettre en actes un corollaire de leur proposition, tandis que les Etats-Unis continuent à ignorer jusqu’à l’existence de son contenu fondamental, qui bien entendu pré-conditionne le corollaire, dépasse les bornes du cynisme.
Les actes les plus significatifs de nature à saper tout règlement pacifique sont les agissements quotidiens soutenus par les Etats-Unis dans les territoires occupés, tous reconnus comme des agissements criminels : confiscations de terres arables et de ressources et construction de ce que l’architecte-en-chef du plan, Ariel Sharon, appelait des « bantoustans » pour Palestiniens - ce qui était d’ailleurs une comparaison injuste, car les bantoustans sud-africains étaient autrement plus viables que les fragments de la Palestine concédés aux Palestiniens dans la conception sharonienne des choses, en train de se réaliser sur le terrain.
Mais les Etats-Unis et Israël vont même jusqu’à continuer à refuser un règlement politique en pures paroles verbales, encore tout récemment, en décembre 2008, les Etats-Unis et Israël (ah, j’allais oublier... ainsi que quelques minuscules îles du Pacifique) ayant voté contre une résolution de l’Onu soutenant « le droit du peuple palestinien à l’autodétermination » (votée à 173 voix pour, 5 contre, et le véto des Etats-Unis-Israël, sous des prétextes évasifs).
Obama n’a pas eu un seul mot au sujet des constructions de colonies et d’infrastructures (réservées aux colons) en Cisjordanie, ni des mesures complexes visant à contrôler l’existence des Palestiniens et conçues de manière à saper les perspectives de toute solution pacifique à deux Etats. Son silence est une réfutation sinistre de ses envolées lyriques sur la manière dont il va « entretenir un engagement actif à rechercher deux Etats vivant côte-à-côte, dans la paix et la sécurité ».
Il n’a pas mentionné, non plus, l’utilisation d’armes américaines à Gaza, en violation non seulement du droit international, mais aussi de la loi américaine. Ni l’expédition de nouvelles armes américaines par Washington à Israël, au plus fort de l’agression américano-israélienne, chose que n’ignoraient certainement pas les conseillers es-questions moyen-orientales d’Obama.
Sur un point, toutefois, Obama s’est montré intraitable : la contrebande d’armes à destination de Gaza doit être stoppée... L’insistance mise par Obama à ne jurer que par les seuls Abbas et Fayyad ne fait que confirmer le mépris constant de l’Occident pour la démocratie, dès lors que celle-ci échappe à son contrôle.
Obama a fourni les raisons habituelles « justifiant » qu’on ignore le gouvernement élu dirigé par le Hamas. « Pour être un authentique partenaire de paix », a ainsi déclaré Obama, « le quartette [Etats-Unis, Union européenne, Russie et Onu] a fait savoir très clairement que le Hamas doit répondre à des conditions très précises : reconnaître le droit à l’existence d’Israël ; renoncer à la violence ; respecter les accords déjà conclus. » Passé sous silence, comme d’habitude, le fait gênant que les Etats-Unis et Israël rejettent fermement la totalité de ces trois conditions.
Seuls dans le monde, ils empêchent un règlement à deux Etats, dont un Etat palestinien ; bien entendu, ils ne renoncent pas à la violence ; et ils rejettent la proposition centrale du Quartette, à savoir la « feuille de route ». Israël l’a certes acceptée, pour la forme, mais accompagnée de quatorze réserves qui, de fait, en éliminent le contenu (en cela, Israël était soutenu, tactiquement, par les Etats-Unis). C’est le grand mérite de l’ouvrage de Jimmy Carter, Palestine : la paix, pas l’apartheid !, d’avoir porté ces faits à la connaissance de l’opinion publique pour la première fois - et à celle de l’opinion politiquement correcte, consensuelle, « mainstream », pour la seule et unique fois...
Par un raisonnement élémentaire, il s’ensuit que ni les Etats-Unis, ni Israël ne sont des « partenaires de paix sincères ». Mais ça, il ne le dira jamais. Cette phrase ne doit même pas exister, en anglais !
Il est peut-être injuste de critiquer Obama pour cette quintessence de cynisme, car elle est quasi universelle, à la différence de son éviscération méticuleuse de la composante centrale de la proposition de la Ligue arabe, qui est vraiment un apport innovateur qui lui revient en propre et qu’on ne saurait lui contester...
Quasi-universelles, elles aussi, ces références convenues au Hamas : organisation terroriste, vouée à la destruction d’Israël (à moins que ce ne soit à celle de tous les juifs ?). Sont omis les faits gênants (sans doute) que les Etats-Unis-Israël non seulement sont voués à la destruction de toute forme viable d’Etat palestinien, mais ne cessent de mener des politiques allant dans ce sens. Ou encore celui que, contrairement aux deux Etats réjectionnistes, le Hamas a appelé à une solution à deux Etats, dans les termes du consensus international : publiquement, explicitement et de manière répétée.
Obama a introduit ses observations ainsi : « Permettez-moi d’être clair : l’Amérique est garante de la sécurité d’Israël. Et nous soutiendrons toujours le droit qu’a Israël de se défendre contre des menaces illégitimes. »
Au sujet du droit des Palestiniens à se défendre contre des menaces bien plus extrêmes, comme celles qui se produisent quotidiennement, avec le soutien des Etats-Unis, dans les territoires occupés : rien ! Nada ! Mais, là encore, c’est la norme à laquelle nous sommes « habitués »...
Normale, là encore, l’énonciation du principe selon lequel Israël a le droit de se défendre. C’est correct. Mais c’est vide : se défendre, dans l’absolu, tout le monde en a le droit ! Mais dans son contexte, ce cliché est pire que vide : c’est une tromperie cynique supplémentaire.
La question n’est pas de savoir si Israël a le droit de se défendre, comme n’importe qui d’autre, mais s’il a le droit de le faire par la force. Personne, y compris Obama, ne pense qu’un pays puisse jouir d’un droit de valeur générale à se défendre par la force : tout d’abord, il est nécessaire de démontrer qu’il n’existe aucune alternative pacifique, que l’on pourrait expérimenter. Dans le cas qui nous occupe, il y a des alternatives, assurément.
Une alternative étriquée consisterait, pour Israël, à respecter un cessez-le-feu, comme, par exemple, le cessez-le-feu proposé par le chef politique du Hamas Khaled Meshaal quelques jours avant qu’Israël ne lance son agression, le 27 décembre. Meshaal a appelé à réinstaurer l’accord de 2005 ; cet accord préconisait une fin des violences et une ouverture permanente des frontières, accompagnées d’une garantie, par Israël, que les biens et les personnes pourraient circuler librement entre les deux parties de la Palestine occupée, à savoir la Cisjordanie et la bande de Gaza. Cet accord avait été rejeté au bout de quelques mois par les Etats-Unis et Israël, après que les élections libres de janvier 2006 eurent « mal tourné ». Les autres cas, tout aussi hautement significatifs, abondent.
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On notera aussi l’absence totale de réaction à l’annonce par Israël de son rejet de l’accord de cessez-le-feu, rendant du même coup toute perspective que ledit accord soit « de longue durée » inutile. Comme cela a été immédiatement rapporté par la presse, « le Ministre israélien Binyamin Ben-Eliezer, qui assiste aux délibérations du Conseil des ministres en matière sécuritaire, a déclaré à la Radio de l’Armée, mercredi, qu’Israël ne laisserait pas les points de passage vers Gaza rouvrir sans qu’ait été au préalable conclu un marché en vue de la libération de Gilad Shalit, ce soldat israélien prisonnier du groupe islamiste depuis 2006 (Financial Times, 23 janvier).
« En début de semaine, la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a déclaré que des progrès en matière de libération du caporal Shalit seraient un préalable à l’ouverture des postes frontière restés fermés, la plupart du temps, depuis que le Hamas avait arraché le contrôle de la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne, en 2007 » (Christian Science Monitor, 23 janvier) ; « un responsable israélien a déclaré que des conditions très dures seraient mises à toute levée du blocus, qu’il a conditionnée elle-même à la libération de Gilad Shalit » [Financial Times, 23 janvier]. ; entre bien d’autres éléments.
La captivité de Shalit est une question prééminente en Occident : c’est là une énième « preuve » du caractère criminel du Hamas. Quoi que l’on puisse en penser, il est incontestable que la capture d’un militaire d’une année d’agression est un crime bien moindre que la capture de civils telle que la pratiquait exactement la veille l’armée israélienne, qui avait fait prisonniers deux frères qu’elle avait ensuite exfiltrés à travers la frontière, après quoi ils avaient disparu dans un camp d’emprisonnement israélien.
Contrairement au cas beaucoup moins grave de Shalit, ce crime a pratiquement été passé sous silence, et il a fini par être oublié, en même temps que la pratique sur une base régulière, par Israël, depuis des décennies, du kidnapping de civils au Liban et en haute mer, suivie de leur dispersion dans diverses prisons israéliennes, où ils sont bien souvent maintenus prisonniers durant des années, en tant qu’otages. Mais la capture de Shalit, elle, c’est autre chose : elle interdit la conclusion d’un cessez-le-feu !
Le discours d’Obama, au département d’Etat, consacré au Moyen-Orient, se poursuivit avec « la situation en train de se dégrader en Afghanistan et au Pakistan... (deux pays qui sont) le front central de notre lutte constante contre le terrorisme et l’extrémisme ». Quelques heures plus tard, des avions de guerre américains attaquaient un hameau principalement peuplé de bergers. Des femmes et des enfants figurent parmi les vingt-deux tués, ont-ils indiqué, d’après Hamididan Abdul Rahmazai, le chef du conseil provincial. » (Los Angeles Times, 24 janvier).
Le premier message qu’adressa Karzai, le président afghan, à Obama, après son élection, en novembre, fut une exhortation à arrêter les bombardements contre des civils afghans, une exhortation qu’il réitéra quelques heures avant qu’Obama ne prête serment. Cela fut considéré comme un appel significatif de Karzai au départ [de l’Afghanistan] des forces américaines et des autres forces armées étrangères. Les riches et les puissants ont leurs « responsabilités ». Parmi celles-ci, a écrit le New York Times, il y a celle d’ « assurer la sécurité » dans le sud de l’Afghanistan, un pays où « les insurgés sont formés sur place et auto-entretenus ». Air connu. Cela ressemble mot pour mot à ce que l’on pouvait lire dans la Pravda, dans les années 1980. Par exemple...
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