Hello,
Après avoir passé un certain temps dans les arcanes de ce forum, y ayant trouvé nombre d’informations utiles, et n’étant désormais plus en process de recrutement, voilà aujourd’hui ma contribution, pas d’insider mais de candidat qui vient de passer en tout 7 tours d’entretiens dans les cabinets de conseil en stratégie. Pour info, cela ne s’est pas conclu par des offres dans mon cas (cf conclusion).
Je vais donc tâcher de partager mon expérience des entretiens, de la collecte d’infos etc. – pardonnez d’avance mon ton qui pourra certainement être didactique parfois, sans compter que cette contribution répètera certainement d’autres des 186 pages précédentes. Elle comprendra certainement aussi quelques conseils de base propres à n’importe quelle recherche (je me disais que ça ne serait pas complètement inutile). Only pick the parts you’re interested in, if any of course.
Allez, allons-y : j’ai été reçu dans 3 des 4 plus grands cabinets, en tous cas en termes de taille (Mck / B / BCG / RB) ainsi que dans une boutique, et dans un autre cabinet ayant une forte expertise sectorielle. Je ne viens pas d’une école du groupe A entendu comme « septuo » et postulais pour des postes de jeune diplômé. Si j’avais à donner des conseils pour:
1. Passer l’étape du CV, venant d’une école groupe B+ / A – (ce qui est mon cas) :
a. En savoir plus sur le métier / « se faire connaître » (bien pompeux certes, mais bon) :
i. Aller chercher des insiders des cabinets-cibles, et aussi des individus ayant été insiders et désormais « alumn », dans son réseau (y compris annuaire des anciens, même si quand on est groupe B, le panel est tout de suite (très) restreint), dans le but d’organiser des rendez-vous téléphoniques et des déjeuners / rendez-vous. Ces personnes pourront peut-être faire circuler votre CV, en particulier si elles ont travaillé avec vous – en revanche, ne jamais balancer son CV direct. Dire que l’on veut des renseignements et pourquoi pas tendre une perche : « selon vous, quelle est la meilleure manière de postuler ? » ;
ii. Potasser ce forum et d’autres sources (notamment, se procurer le guide Wetfeet « careers in management consulting », pour se détendre et rigoler un peu il y a http://mcearney.canalblog.com/ et http://www.gettingdrunkinfirstclass.com/)
iii. Il n’est à mon avis jamais mauvais, une fois le CV / LM prêt, d’appeler les RH en laissant clairement et poliment son nom, en demandant si ils recrutent (même si tout le monde sait que oui, et tout au long de l’année) et en leur demandant si ils veulent qu’on l’envoie directement ou online (cela diffère selon les cabinets : de mon expérience, McK= par email ; Bain= apply online ; etc.). En profiter aussi pour demander le nom du ou de la RH qui étudiera votre candidature (utile pour la LM) et l’envoyer juste après ;
b. Optimiser son CV / LM :
i. Premier présupposé : avoir déjà réfléchi en profondeur sur les expériences pro qu’on a pu avoir, ce qu’on en a retiré, et surtout en quoi on avait laissé notre trace et compris ce que nos n+1 / n+2 voulaient / faisaient – en gros, en quoi nos expériences & qualités correspondent à celles du consultant ;
ii. CV :
-Rester très factuel et très précis sur les tâches accomplies. Se limiter strictement à ce que l’on a fait, pas au travail d’autres ;
- Utiliser des « bullet points » et des verbes d’action ;
- Préciser les résultats obtenus par / grâce à votre contribution (ex. imaginaire, « suivi du lancement et des moyens moteurs d’un nouveau string léopard » : quels résultats imputables à votre travail ? Combien de « incremental » string vendus ?). Inutile d’être obsédé par les chiffres non plus ;
- Demander un maximum de « CV reviews » auprès d’insiders et aussi de professionnels du recrutement de votre entourage, ne pas hésiter à mon sens à le faire au moins 5 fois, au-delà de 7/8 ça devient inutile (vaut aussi pour la lettre de motivation). Travaillez-le réellement au tiret / mot près.
iii. LM :
- Comme me le conseillait un insider, une RH McK voit passer tellement de profils extraordinaires qu’il est inutile d’essayer, en jeune diplômé, de se la ramener en disant « je peux vous apporter mon expertise sectorielle sur le secteur X » (sauf si vous voulez faire rire un « practice leader » un moment). Il vaut mieux suivre une logique chronologique (vs. anti chronologique comme pour le CV) pour se présenter, en expliquant très clairement la logique derrière vos choix successifs. Ne pas reprendre trop le CV non plus ; dire humblement ce qu’on a retiré des expériences A, B et C ;
- Ne pas dire direct « je suis chaud comme une baraque à frites pour en découdre dans le cabinet XYZ » (quoique, ne pas le dire du tout, en fait). Expliquer clairement, et en premier lieu, en quoi le métier de consultant en stratégie vous intéresse et ensuite pourquoi chez XYZ (même si ça parait totalement évident en fait) ;
- Faire une lettre courte. Personnellement j’avais grosso modo 4 paragraphes, 20 lignes en police 11 sans compter les espaces entre paragraphes ;
- Conseil de base : toujours se démerder pour avoir le nom du recruteur / du lecteur final. (cf. plus haut) ;
- Faire relire la LM (cf. CV), l’imprimer et la lire à voix haute, oublier un mot / un détail est (très) vite arrivé.
Pour conclure sur la partie CV/LM, ne pas s’étonner d’un temps de latence long entre l’envoi du CV et les 1ers retours positifs, en particulier pour les grands cabinets (les gros m’ont laissé minimum 3 semaines de délai). Profiter du délai d’attente pour préparer les entretiens et… les études de cas, bien sûr. En gros j’ai converti 40% de mes 1ers tours en 2èmes tour et 0% de mes 2èmes tour en dernier tour. J’avais postulé en tout à 12 cabinets, avec la répartition suivante : 5 convocations en 1er tour, 4 cabinets qui n’ont même pas pris la peine de me répondre (sans commentaires) et 3 vents sur CV.
2. Les entretiens et les études de cas :
a. Les entretiens de personnalité / motivation
Ils occupent typiquement 10 minutes d’un entretien de 1er round d’une heure, le reste étant consacré à tâcher de « nail these cases ». De mon expérience, en 2ème tour, la partie personnalité / fit occupe à peu près 30 à 40% des entretiens. Can’t tell for the last round . Je n’ai que peu de conseils à donner sur l’entretien de personnalité et de motivation, qui est personnel comme son nom l’indique. Je pense néanmoins qu’il est essentiel :
i. d’avoir un fort degré de compréhension des responsabilités et du « day-to-day » d’un jeune diplômé ;
ii. de ne pas avoir l’air arrogant tout en se montrant capable (probablement le juste milieu le plus important et le plus difficile à trouver) ;
iii. de ne pas se dire, si on vient d’une école B, « L’Ecole A / B / C n’est pas une école cible, y a que des X-Mines, ils ne me prendront jamais en fin de compte». Je pense que le temps des consultants est suffisamment précieux pour qu’ils ne s’encombrent d’entretiens inutiles. Si vous êtes en entretien, c’est que votre CV est bon et que vous êtes embauchable jusqu’à preuve du contraire.
b. Les études de cas – « practice makes perfect ».
i. Essayer de se faire la main avec des cabinets moins côtés / moins important pour vous. C’est certes cynique ; en fait, même les RH des cabinets me l’ont recommandé explicitement dans certains cas ;
ii. Se procurer les Wetfeet « Ace the case » : « business strategy questions » « market sizing questions » et évidemment éplucher les cas online des cabinets ;
iii. Faire des entretiens blancs avec des potes dans le secteur ou des gens qui sont passés par là ;
iv. Prendre un temps de réflexion au début du cas (quelques secondes / dizaines de secondes max) ;
v. Enoncer le plan d’approche clairement ;
vi. Raisonner à voix haute et laisser l’interviewer comprendre votre façon de penser…
vii. … Mais ne jamais utiliser de « framework » à voix haute (pas de « pour comprendre ce problème plus en détail, nous allons suivre la méthodologie de Porter / des 3C / 4P etc. »), même si il est je pense indispensable d’avoir des réflexes frameworks pendant le temps de réflexion ;
viii. Rester structuré, factuel, non intuitif ;
ix. Faire un brouillon propre et précis, avec des « decision trees » / des schémas si possible ;
x. Prendre le temps de poser les calculs au moins dans sa tête ;
xi. Ecouter le plus attentivement possible ce que vous dit votre interviewer.
xii. Dernier conseil : en faire, en refaire, quand on en a refait, en refaire encore (j’exagère)
Voilà en gros ce que je répondrais si on me posait la question de comment mettre toutes les chances de son côté pour les process des cabinets de strat. Ces conseils sont naturellement à relativiser, puisque, n’étant pas embauché in fine, quelque chose n’a pas marché dans mon cas. Sur mes 14 cas passés en tout, il y n’en a que 2 pour lesquels on m’a dit explicitement lors du debrief que je n’avais pas été assez structuré / à l’écoute, en gros que ces cas précis m’avaient valu le carton rouge. On m’a en fait la plupart du temps avancé des raisons non liées au cas directement, car plus comportementales. Enfin, on m’avait aussi dit, explicitement, de source sûre et 2 semaines avant le début de mes 1ers tours, que les budgets de recrutement étaient bouclés pour l’un des McK / RB / B / BCG, et j’ai cru comprendre par d’autres sources que ce n’était pas la fête du recrutement en ce moment chez les autres (il n’est cela dit pas surprenant que le mois de juillet ne soit pas le plus prolifique)
Je pense en fait qu’à la fin de la journée le « fit » / non-verbal dans une certaine mesure joue beaucoup, même si il n’est pas explicitement testé dans les premiers rounds et même si vous pouvez sur le papier et de par votre performance en entretien montrer que votre skillset colle avec les attentes. Et dans mon cas, ce fit n’y était pas… No offense.
J’espère que cela pourra être utile à certains et répondra à certaines questions des outsiders qui écument ces pages en lisant les échanges des insiders si actifs – et que ces mêmes outsiders n’en seront plus dans quelques temps.
- Zee