Profil supprimé | Bon, du coup je risque de partir sur un petit pavé, sachant qu'on va parler beaucoup du caractère humain et du fonctionnement de tout ce service. Ce ne sera pas basé que sur Air France mais vous allez vite voir pourquoi.
Alors tout d'abord ça va en surprendre certains et peut-être pas d'autres, mais effectivement, quand on prend des appels pour une compagnie, on est rarement de la compagnie. A vrai dire, je ne vais pas donner le nom de la boîte directement mais je travaille pour une société qui est née grâce à Air France mais qui n'a plus énormément de liens directs avec eux. En Europe on s'occupe de pas mal de choses :
- Air France sur le marché français, allemand, italien et une partie de l'Europe centrale
- KLM marché france (D'ailleurs ils sont tout gentils et ils sont très peu)
- Delta Airline. D'ailleurs c'est très particulier. Ils ne décrochent pas en disant "Bienvenue chez Delta" mais en mettant en avant "Bienvenue chez Air France pour Delta"
- Hop, dont votre serviteur fait partie pour 10% de son affectation. D'ailleurs rien que ça permettrait à quelqu'un de me retrouver tellement on est peu à le faire (Don't gib chômage plz, j'explique le métier)
- Transavia, notamment grâce à nos collègues de Prague
- Les parties de remboursement de certains marchés ainsi que les réseaux sociaux
- Devialet. Dont l'ambiance est d'ailleurs assez folle, ils ont toujours de la musique à leur étage, sont sympas et sont les seuls à avoir des casques Bluetooth de toute la boîte (On est passés à Windows 10 y'a 6 mois, avant on était sur XP)
- Dior à Paris
C'est ce qui fait que l'on est attaché à notre service, dont on bouge assez peu. Par contre c'est aussi ce qui fait que, par extension, bah quand on nous dit qu'on va plus voyager avec la compagnie, on s'en fout un peu, on est pas concernés Théoriquement nous on est payés, enfin le centre car moi j'ai un salaire fixe + des primes, à l'appel et donc avec un forfait qui est facturé à chaque compagnie aérienne. C'est ce fonctionnement par centres qui fait que, par moments, c'est difficile de retracer un dossier ou un appel. Par exemple certains dossiers dépendent directement de Air France pour les remboursements, et on n'y a pas accès. De l'autre côté, certains centres d'une autre société prennent aussi des appels pour Air France sur le marché français, et on ne peut pas avoir accès à leurs enregistrements, ce qui donne souvent des appels irritants.
Une journée typique d'un conseiller est routinière, on ne va pas se mentir. On arrive (Ou on allume son PC quand on est en télétravail comme moi), on se connecte, on pointe sur un logiciel spécifique, on prend nos appels et en fin de journée on pointe et on remballe. C'est rébarbatif par moments, problématique par d'autres car mentalement ça peut être très dur. Derrière chaque journée on peut avoir des statistiques ressorties à la seconde près. On est chronométré pour chaque demande que l'on reçoit, écrite ou en appel, chaque moment de pause, chaque temps de mise en attente pour un passager etc. J'ai déjà eu un moment où j'ai lâché mentalement justement car on avait plusieurs remontées pour une seconde à justifier par-ci par-là presque chaque jour, et ça peut devenir très lourd. On a environ 7 à 8 minutes pour prendre un appel avec un objectif "minimum" de 42 à 49 appels par jour et par personne. Ce sont des objectifs qui sont presque imposés, que ce soit par la hiérarchie, mais aussi par le flux d'appels en lui-même. Cette semaine par exemple, j'ai eu une journée où j'ai eu 1h30 d'expert produit, donc retiré des appels, mais avec les 5h30 restantes, j'ai pris 59 appels. Petite parenthèse avant de parler des différents logiciels. Généralement on entend, par les passagers ou les gens autour de nous, que comme on est en centre d'appels, on se retrouve à être "bas de plafond". Bah en fait c'est très faux. J'ai jamais vu autant de monde d'horizons différents. Dans mon service plusieurs ont des Master intéressants, j'ai moi-même une licence, beaucoup ont des DUT et s'ouvrent au monde. Certains ont eu des parcours à tomber le cul par terre, je pense notamment à une collègue qui fait ce travail juste pour valider les dernières années jusqu'à sa retraite française. Italienne d'origine, elle a travaillé dans le monde de la chimie en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis et en France. Rien que sur mon site ça peut parler une vingtaine de langues différentes et c'est très intéressant de voir autant de gens pareils. C'est riche et ça contrebalance sûrement tout les défauts du métier.
Passons aux logiciels. On dispose d'une base qui ne bouge pas :
- Oscar, le logiciel de base qui nous permet d'aller sur les différentes réservations et y toucher, que ce soit avec des lignes de commandes, la technique "criptique", ou grâce à des fenêtres un peu à la Windows, le "guidé". A savoir que chaque chose que l'on fait sur Oscar est refacturé d'une manière ou d'une autre au niveau d'Air France. Par exemple revalider un billet simplement coûte peu cher, en créer un autre entraîne forcément un surcoût à la compagnie.
- Notre logiciel pour pointer. C'est très précis, à la minute près et on ne doit pas se planter
- Ce qui s'appelle notre "bandeau agent". C'est lui qui permet de faire la passerelle entre le téléphone et notre ordinateur. Il enregistre tout, les dossiers ouverts, la moindre seconde à flâner, où l'on a renvoyé un appel, si le passager a raccroché ou nous-même etc.
- Comme je suis en télétravail, j'ai un téléphone intégré au PC
- Synergik. C'est une base de travail où tous les dossiers, téléphoniques ou écrits, rentrent et que l'on doit valider à chaque fois. On a plusieurs "statuts" à utiliser pour chaque chose. "Disponible pour tout" qui nous permet d'être en appel, "Training/Coaching out" qui nous permet de nous couper des appels pour des formations, "Management Meeting" pour être avec un supérieur, ou comme actuellement pour moi "Travail/Expert out" qui est reconnu comme étant un statut pour faire du "diplomate", en gros de l'expert produit qui m'est rémunéré.
Pour le déroulement d'un appel c'est très simple en réalité. L'appel rentre et nous est signifié directement sur Synergik et on a une sorte de bip dans le casque pour nous dire que l'appel a commencé. De là on peut déjà avoir les informations de la carte Flying Blue qui s'affichent ou, le cas échéant, on attend sur Oscar que la personne nous donne ses références de résa. On regarde avec elle pas à pas ce qu'elle veut, sachant que tout est en ligne de code, donc beaucoup moins clair que sur internet, et qu'il y a souvent des lenteurs. Après le traitement, on doit mettre la référence de réservation sous Synergik qui va nous dire si, sur le marché français et notre société, il y a déjà eu un appel. Sachant que l'on peut traiter plusieurs types de lignes différentes, allant de la ligne de société jusqu'à la ligne d'aide à l'aéroport en passant par les Premiums, et que chaque société a un peu de tout ça, je pense que vous comprenez que par moments, on fait pas exprès, on a juste pas les moyens de voir
Pour les informations de la manière de traiter chaque dossier, on a des envois de mails, hebdomadaires souvent mais pouvant être quotidiens, sur la marche à suivre de chaque procédure, quoi faire dans quelle situation, et tout ça directement par chaque compagnie. A ça s'ajoute des liens qui peuvent être faits à la demande, mais avec parcimonie, notamment pour des situations particulières et qui doivent avoir l'aval d'Air France. Puis y'a votre serviteur aussi qui s'acharne à faire des fiches sur chaque procédure pour le moindre âne du service puisse l'appliquer
Vous me direz que des situations particulières, doit y en avoir peu, mais en fait y'en a énormément On est 200 à 300 par centre et les appels arrivent en masse. Dans des situations personnelles d'appels très particuliers qui m'ont marqué, y'en a certains qui peuvent être horribles et d'autres qui m'ont rendus heureux toute la journée :
- Le premier j'étais dans ma période d'essai, j'avais jamais pris d'appel. Une personne m'appelle du marché finlandais me disant qu'il faut absolument que je modifie son billet. J'étais qu'en vente, que sur le marché français. Je la redirige vers le marché finlandais mais elle m'insulte. J'ai sorti machinalement un "Vous allez vous taire?" ... Devant la personne qui devait me valider ou non ma période d'essai
- Le second c'est une maman qui m'appelait de l'hôpital pour décaler son vol, elle était au chevet de son bébé qui allait mourir d'ici peu. C'était très très dur moralement
- Le troisième c'était un monsieur qui avait fait un AVC à l'aéroport et qui n'avait pas pu prendre son vol ... qui était passé en non-modifiable car no-show. J'ai bataillé toute la journée pour que AF fasse un geste et modifie le billet.
- Le quatrième et dernier c'était lors de l'annulation d'un groupe d'appareils en Corse. Les gens étaient renvoyés vers nous car l'aéroport avait un souci logiciel. Les gens ont tous été adorables, certains ont attendus des heures pour nous avoir. J'ai pris 80 appels ce jour-là mais je suis sorti du bureau avec le plus gros sourire de ma vie. Certains ont même envoyé des cadeaux au centre par la suite.
Voilà voilà, je ne sais pas trop quoi dire de plus. Si vous avez des questions sur un aspect spécifique, je me ferais une joie d'y répondre. C'est un peu le bordel comme post et (très très) long, mais j'espère que ça vous aura montré un peu la facette humaine derrière les compagnies que vous appelez. |