CR MARATHON DE PARIS 2024
CONTEXTE
Il y a deux ans, un soir d’été sur la plage, en plein restaurant, on parle CaP avec un pote. Je viens de me remettre au sport et plus particulièrement à la CaP. Il m’a chauffé pour le marathon pour tous et du coup on parle un peu de la distance. Je lui annonce que je tenterai bien d’en faire un marathon mais uniquement si je passe sous la barre des 3H. Il trouve que c’est un peu ambitieux mais de mon côté, je trouve que 4’15’’/km ce n’est pas si rapide que ça
Deux ans plus tard, je suis passé d’un entrainement en autodidacte à un entrainement avec coaching depuis Octobre 2023. Entrainement hors métropole jusqu’en Février 2024, peu de travail qualitatif à cause des conditions climatiques. Au retour en France, il me reste 2 semaines pour faire de l’entrainement spécifique pour le Semi-Marathon de Paris.
Sur ce dernier, amélioration du RP de de presque 7min : 1H26 > 1H19
Reprise de l’entrainement, axé cette fois sur l’objectif marathon. C’est mon 1er, je vise un conservateur « sub 3H » malgré le bon résultat sur semi. Globalement il reste un mois sachant que :
- Je n’ai pas encore commencé de travail d’AS42.
- Je n’ai pas encore commencé à faire des SL.
- Il me manque clairement du volume, sachant que je suis entre 60/65km hebdo.
Bref, on commence le programme avec le coach. Je n’ai pas trop de soucis avec l’AS42 à 4’15’’/km mais j’ai un peu plus de mal au moral sur les SL, surtout avec des gros blocs d’AS42.
Je pense que je paye ensuite un combo de : augmentation trop rapide de la charge d’entrainement, manque de récupération (sommeil). Je me blesse mi-Mars : je rattrape une séance que je n’avais pas faite le week-end et je garde le programme de la semaine du coach. Après une séance de 1H10’ avec de accélérations, je sens que ça tire au tendon d’Achille du pied droit
Repos, protocole Stannish. Je fais sauter les séances restantes de la semaine. Je reprends que en milieu de semaine suivante et je recule le plus possible la SL. Ce, malgré l’avertissement du coach qui me disait que si je sautais la séance, l’objectif marathon serait compliqué à tenir. J’en suis conscient mais en même temps, je sais que si je force, ce sera la vraie blessure et un DNS, pour moi, c’est inenvisageable. Je me motive, j’y vais et je passe 2H15 avec 2*45’@AS42.
Je reprends le programme. Malgré les douleurs au tendon, je suis le protocole Stannish et ça passe.
Semaine suivante, celle avant la compétition, c’est l’autre pied qui décide de défaillir. Début d’inflammation de l’aponévrose plantaire après l’EF du Lundi. Quand le sort s’acharne, il n’y a rien à faire. Là encore, du repos, je fais sauter les séances restantes
Je tente la séance d’activation la veille de la course. Je renonce après même pas 15min de course à pied, tellement j’ai les mollets qui tirent. Du coup j’arrive au marathon avec une confiance en moi toute relative…
Et en plus de tout ça, je me coltine un petit rhume qui ne veut pas partir. C’est vraiment top !
Niveau kilométrage, ça donne 779km sur les 3 derniers mois : 256km en Janvier ; 259 en Février ; 264 en Mars. Je garde le même volume que les mois précédents avec 1 semaine d’entrainement en moins… Erreur fatale !
J-2
Cette fois je ne me fais pas avoir pour la récupération du dossard. J’étais en déplacement pro sur Paris et le Vendredi midi, je fais un saut par le parc des Expos. J’ai récupéré le dossard en 5min, pas de queue. Le plus long a été de traverser le salon et de sortir !
J’ai regardé les trucs assez rapidement, j’avais pas prévu d’acheter des choses mais je pense que l’année prochaine je mettrai un peu d’argent de côté pour me faire plaisir.
J’ai vu une des mes idoles, Tristan Pawlak, de IronUman mais comme il était en pleine conversation à son stand (Campus), j’ai pas osé le déranger.
JOUR J
Réveil 4H50, pour me laisser le temps de prendre le petit déjeuner et de faire la pause technique.
On ne change pas une équipe qui gagne, expresso, demi-baguette confiture, un verre d’eau et un anti-inflammatoire.
Départ 6H50 de l’appart. Sur l’itinéraire je devais faire ligne 13 – 1. En arrivant à Champs Élysées Clémenceau il y avait tellement de monde que je décide de faire le reste à pied. Je me change, laisse les affaires à ma copine (encore une fois) et je vais « m’échauffer »… C’est exactement comme la veille. Les mollets tirent méchamment. Je stoppe l’échauffement après 1.5km, je m’étire et je vais attendre l’ouverture du sas. Le peu de confiance que j’avais en moi est à 0. Je m’attends à devoir DNF si les mollets ne vont pas mieux en course.
Avant d’aborder le départ et la course, je vais un petit aparté sur la partie fuelling – équipement. Je fais assez peu varier la tenue du semi. Je suis avec un débardeur et un split short Nike, des vaporfly avec mes magnifiques chaussettes licorne Sporcks. J’ai pris ma paire de Oakley Sutro et pour éviter de trop transpirer au niveau de la tête, j’ai déniché un petit bandeau élastique Nike également. Ma ceinture est une Sammie porte dossard et je pars avec 3 flasques de 250mL D4.
Dans ces flasques j’en ai 2 à +-80g de sucre blanc, la dernière à +-100g. Je rajoute à chaque fois une demi-dosette de sel (0.4g) et un peu de sirop de fraise. Je ne change pas la stratégie par rapport au semi : 2 gorgées tout les 2km. Après retex, j’aurai pu partir avec seulement 2 flasques, je n’ai pas touché à la 3ième.
Pour la partie électronique, ceinture Polar H9 et Garmin Forerunner 255S. Finalement je n’ai pas utilisé Race Screen. J’avais peur de ne pas voir les bornes… Mais visiblement j’aurai dû le faire, vu que dès le début je bippais systématiquement avant les bornes (quasiment 400m d’écart à l’arrivée).
Pour éviter les ampoules aux pieds et les irritations à l’entre-cuisse, application de NOK avant de partir. Ça a fonctionné du feu de Dieu. Quelques petits échauffements sur les pieds mais minimes par rapport au semi. La prochaine fois, j’étends aussi le protocole aux bras, pour les frottements avec la ceinture cardio.
Retour dans le sas ! Je ne me suis pas positionné trop devant mais pas trop derrière non plus.
Ça part ! Je vois le meneur d’allure 3H qui décolle et je vois aussi qu’il y a une corde pour faire des vagues. Dans ma tête, je me dis « Nickel, je suis trop loin, le sas va fermer et je vais reprendre un autre meneur d’allure ». Non, pas du tout… Je me retrouve donc à partir avec déjà un peu de distance à combler pour rattraper le pack.
KM0 – KM5 : 21’03’’ – 21’03’’
Il y a beaucoup de densité mais le niveau est assez homogène. Je suis le flow sans m’enflammer et c’est assez dur de se situer. Je sais que je peux avancer un poil plus vite mais je me demande si je ne vais pas le payer après. Je fais quand même le pari d’être un poil plus rapide que mon allure cible, au moins pour rattraper le pack 3H.
Étrangement, je me sens bien par rapport à l’échauffement quelques minutes avant. Je déroule même si je note que le cœur est un poil haut, à cause de la température je suppose.
KM5 – KM10 : 21’19’’ – 42’22’’
Petit ralentissement avec la montée de la Rue de Reuilly. J’ai pas perdu grand-chose sur mon allure cible sur cette difficulté (2’’) et j’ai continué d’être un poil plus rapide sur le reste de l’intervalle. Je me rapproche de plus en plus du meneur d’allure 3H, ça fait du bien au moral.
J’ai été témoin de mon 1er incident de course. Juste avant le deuxième ravitaillement, un type a fait tomber le bouchon de sa gourde / bouteille… Et il a voulu la ramasser. Ça n’a pas loupé, il s’est fait percuter et j’ai vu un corps rouler au sol. Heureusement, moi j’étais déjà passé.
Je rencontre un petit souci, je ne sens plus mon pied gauche depuis le KM8. J’étais souvent concerné par ce problème quand j’utilisais des Asics. C’est la première fois que ça m’arrive depuis longtemps… Mais dans ma tête, je suis un guerrier à ce moment, même si je dois terminer en rampant, je terminerai !
KM10 – KM15 : 20’57’’ – 1H03’19’’
Je continue de dérouler, toujours plus rapide que mon rythme prévu. Je recolle le peloton du meneur d’allure 3H sur cet intervalle et je décide de me mettre au chaud. Depuis le KM12, j’ai retrouvé mon pied gauche, ça me rassure pour la suite de la course.
KM15 – KM20 : 21’07’’ – 1H24’26’’
Cette fois c’est la côte de l’hippodrome qui fait mal mais je suis le rythme, quitte à faire monter le cardio un peu au-dessus des 170bpm. Le meneur d’allure est toujours plus rapide que l’allure 3H. je m’en étonne mais ce n’est pas pour me déplaire non plus.
Je croise les premières défaillances. Un coureur assis sur le côté, sous couverture de survie, pris en charge et un autre qui s’arrête pour lâcher une galette juste à côté.
KM20 – KM25 : 21’20’’ – 1H45’46’’
Je passe le KM20, je me dis qu’on est plus si loin de la moitié et je commence à faire des calculs d’apothicaire. J’avais juste oublié un truc, c’est que j’ai déjà 1H45 de course dans les pattes et surtout que si j’avais 6 de moyenne en Maths, en Terminal S, c’est qu’il y avait une raison.
La seule certitude, c’est que je passe le sub 3H pour le moment.
Un mec dans le peloton pète juste avant Bastille… J’entends un « Fait chier » et je le vois marcher. On arrive au début de la course !
KM25 – KM30 : 21’05’’ – 2H06’51’’
On aborde les quais de Seine. Le passage par les quais hauts est pas si simple. Avec seulement la moitié de la voie, c’est serré. Mais l’autre côté c’est assez agréable d’être encouragé par ceux qui viennent de commencer le marathon et qui voient passer le peloton compact de sub 3H en devenir !
KM30 – KM35 : 21’19’’ – 2H28’10’’
Les tunnels font mal aux jambes ! Pourtant je suis pas si mal, j’ai l’impression de voler dans les montées. Le rythme du pacer commence à ralentir, on se retrouve plus souvent sur du 4’15’’ qu’avant. De mon côté, je commence à être moins lucide.
Déjà, cette partie de la course, je ne la connais pas, contrairement à avant où l’on est plus ou moins sur le parcours du semi. Du coup, j’ai absolument aucune idée des difficultés à venir et j’évalue assez mal les distances.
J’avais aussi prévu une stratégie avec négative split à lancer au KM32. Je laisse complètement tomber cette idée et je reste au chaud dans le peloton. Je vois que je viens de dépasser les 170bpm de moyenne, ce n’est pas alarmant mais ça me modère. Je ne veux pas exploser sur la fin.
KM35 - KM40 : 21’20’’ – 2H49’30’’
Je compte de 2 en 2 maintenant. Encore 2km (et deux gorgées), encore 2km (et deux gorgées), etc.
La côte du Bois de Boulogne me semble interminable. Je sens que le meneur est en train de ralentir, trop à mon goût et je décide de tenter ma chance. Je me sens plutôt bien, je dépasse le peloton et je pars faire ma course comme un grand. J’ai l’impression d’accélérer mais je suis tout juste dans mon allure cible, c’est horrible !
KM40 – KM42 : 8’43’’ – 2H58’08’’
Je vois le parcours qui descend, il reste 2km, feu patate ! J’allonge ma foulée (je passe de 1m26 à 1m40 selon Garmin) et je me laisse porter par le dénivelé et la foule. Je ne peux plus échouer maintenant ! Je vole sur les pavés malgré les risques de me faire une cheville. Mon seul objectif c’est de terminer le plus fort possible pour aller chercher le plus beau chrono que je peux réaliser. Le tapis vert, la ligne, 2H58’… Je l’ai fait ! Je suis allé chercher le sub 3H sur mon premier marathon !
J’ai la tête qui tourne un peu mais après quelques instants, ça va mieux.
APRÈS COURSE
Je me dirige vers la récupération des médailles, des TShirts et le ravitaillement avant de prendre la direction du point de rendez-vous avec ma copine. Je cours sans téléphone les courses, du coup c’est elle qui a absolument tout. J’ai un petit peu mal aux pieds mais sans plus. Je me change (cette fois j’ai prévu des chaussures en RAB) et retour à l’appart pour se faire burger bière film.
Encore une fois, merci à ma copine, qui même si elle ne lit pas le forum, supporte tous les entrainements et me suit à chaque fois. Ne pas avoir de consigne à gérer, c’est s’enlever une grosse charge mentale. Elle a essayé de me suivre en métro mais elle a un peu galéré et elle m’a loupé sur la moitié des points de passage.
Merci au coach, qui a eu la patience de supporter tous mes soucis physiques de fin de prépa !
Clin d’œil à toi Martin, si jamais tu te reconnais et que tu lis un jour ce CR. C’est parti d’une discussion sur un canapé dans le sable et ça se termine Avenue Foch.
RETOUR PERSO
Pour ma part je suis plus que satisfait de ma performance. J’ai réussi à être au rendez vous malgré une situation pas idéale. Il y a une minuscule pointe de déception, à 8’’ près je pouvais faire un 2H57’
Cette course concrétise des mois d’entrainements et je suis heureux de faire partie des marathoniens. Cependant j’ai trouvé la préparation éprouvante, avec les SL, les gros blocs d’AS42 et je pense préférer un effort type semi-marathon. Ça ne m’empêchera pas de revenir sur la distance mais uniquement l’année prochaine (pour faire un nouveau PR à Paris et sûrement un autre à Valence). Je vais retourner sur des courses plus raisonnables (10km/20km) et je suis pressé de retourner faire des séances de piste et de tomber des PR.
L’ambiance était grandiose ! Une densité exceptionnelle de coureurs mais aussi de supporters et de bénévoles. Sur pas mal d’endroits on est en ambiance Tour de France, avec des passages ultra-réduits tellement on se fait coller par des supporters.
D’un côté c’est ultra-cool, de l’autre côté c’est compliqué à gérer avec la densité de coureurs. Le semi de Paris était déjà top niveau mais là c’est encore un step au-dessus. C’est à vivre au moins une fois dans sa vie !
Le Strava : https://www.strava.com/activities/11125528093
La photo souvenir :
