Pas de médaille d'or du monde pour moi mais un petit challenge personnel et un CR a vous partager.
2023, année Swimrun, je vous épargne les détails sur la prépa, même si cela pourrait mériter un CR en soit.
Le mois de Juin avait été marqué par la longue de Collioure, course extraordinaire qui hélas coutera une cheville a Julien, mais pour Septembre, direction le/la Troll Enez.
Mon binôme : Cedric. Pour faire simple, quand il a entendu qu’il existait une course passant d’ile en ile dans le Golfe du Morbihan il a vrillé direct. On sera inscrit à l’ouverture et puis c’est tout. La course fait 42km de trail et 9km de natation ? Cedric n’est pas un nageur né ? Je ne suis pas un coureur de talent ? Et alors… on a 9 mois pour se préparer et j’ai une mission : l’emmener jusqu’au bout, que ce soit dans la prépa ou dans l’eau. J’ai un avis à donner ? NON.
Nous voila donc le matin de la course après la traditionnelle nuit de merde. J’ai du dormir en cumulé 4h30, mais bon je me connais, c’est comme ca.
Bcp d’appréhension et d’excitation à la fois, nous sommes prêts, Cedric est affuté ! De mon coté je sais qu’il y a plusieurs points à surveiller :
- Le froid : je suis faible au froid et ca s’est vu a l’entrainement, j’ai donc misé sur la solution Defensive : jambière/manchons/sous haut spécial swimrun. Une fois le tout gorgé d’eau on a 3-4 kg en plus mais si ca peut m’éviter de finir gelé après 3 nat …
- Le mollet : tjr avec ses alertes… mais bon il a tenu Collioure alors soyons fou
- Mon volume : un peu limite en CAP mais logique car accent mis sur la nat dans la prépa (suivi XRUN/Florian au top soit dit en passant ☺ )
- Mon renfo un peu juste aussi mais il fallait faire des choix, impossible de faire une meilleure prépa sans impacter vie familiale et vie pro donc 0 regrets
- Mon bidou : nager de longue distance sans ballonner je sais pas faire, je « mange » un peu d’air a chaque fois et sur du long… ca gonfle.
- Mon rôle en Nat : Cedric a fait des progrès fou mais notre écart de base en nat est conséquent, je sais qu’il va falloir tirer, et je sais que mes épaules vont toucher leur limite, la question est : quand ?
Donc voila, tous ces risques sont la, mais la prépa était au top et ca serait pas drôle sans une part d’incertitude.
Un seul doute concernant Cedric : comment va-t-il réagir s’il tape le mur ? Spoiler : On ne le saura jamais … il a été inébranlable.
Départ 6h, direction le fond du Golfe : Séné. On se gare sur un parking/champs et j’affronte mes démons, un truc dont je ne me serais jamais cru capable mais pas question d’être mal avant même le départ, ce petit bosquet au fond sera donc fertilisé avec tendresse.
On se prépare, la météo est top : 16degrés fin septembre a 7h du mat dans le Morbihan, que demande le peuple. Soleil annoncé mais bien sur un peu de vent à venir, faut pas déconner non plus.
Ambiance de départ assez spéciale, 106 équipes dont 0 touristes. On sent que tout le monde est rodé et la plupart sont des habitués. A noter : 140 bénévoles pour 212 participants ! Un truc de fou quand on y pense.
7h45, le jour va bientôt se lever et c’est parti sous les fumigènes… ca part… mais … mais ca part vite en fait ! Nous sommes sérieux et nous appliquons la consigne : pas le droit de courir sous les 5’30. On se retrouve donc en queue de peloton. Apres 2km je regarde derrière, j’estime qu’on doit être 85-90 sur 106 et on voir déjà les premiers loin devant. Le but est de finir avant les barrières horaires mais ca fait bizarre.
Le soleil se lève gentiment, nous sommes 200 mais nous sommes seuls dans le fond du Golfe, on n’entend pas le bruit des chaussures comme pour une course sur route, juste de petites foulées douces et le bruissement des combis. On est bien.
Apres 5km, première nat, 400m, couloir de 5m de large si on peut manger de la vase, ca joue un peu des coudes mais pas trop, on remonte pas mal de monde et la respi à droite donne sur le soleil levant. On en prend plein les yeux et on bénit l’antibuée en stick décathlon qui permet de profiter du moment.
Sortie d’eau, je perds Cedric des yeux quelques secondes, moment de panique, je trébuche, il m’appelle et me rassure, on repart. A noter qu’avec mes carreaux je suis de loin LE mec le plus lent a chaque entrée / sortie de nat de toute la course.
Ca sera fun de reprendre des binômes en cap ou en nat pour les laisser repartir a la transition suivante ☺ et a chaque ravito j’aurai le droit a des questions : mais attends, tu as tes lunettes ? mais mais, comment tu fais ?
Bon, petite cap de 900m en mode chemin fait pour te peter la cheville et ensuite c’est parti on commence vraiment.
Nat de 900 pour relier l’ile de Boed. C’est tout droit, c’est plat, il n’y a pas (encore) de courant. Un vrai plaisir, on part 30m derriere un groupe et je vois qu’on les mange, steady is fast , on grappille c’est top. Traversée de Boed façon marécage dans le seigneur des anneaux, consigne de l’orga : pas en dessous de 10km/h sinon les moustiques auront votre peau.
On croise un copain de Ced qui a perdu son binôme… ouch. Ils se retrouveront 1km plus tard, ouf.
Nous y voila donc, la plus grande nat de la journée sur le papier, 1500m pour rejoindre l’ile d’Arz, l’une de mes peurs. On se lance et ca glisse, ca glisse même pas mal. 3 binômes partent a gauche, ok si vous voulez, j’ai une confiance totale sur mon système de guidage et je laisse faire, 1 bouée, 2 bouée… ca déroule et je commence a sentir du froid sur mon bras droit. Tiens c’est rigolo mon manchon descend un peu. Pas bien grave. 100m plus loin il est au niveau du coude, fais chier, tentative de pirouette remetteuse de manchon avec la main gauche sans ralentir pour ne pas gêner Ced… echec cuisant. Je repars et la le truc descend au poignet, on passe d’un manchon hydrodynamique de la mort qui tue a une boule au poignet d’un kilo a chaque retour de bras. Le bateau de l’orga est 3m derrière nous, je vois le mec avec la camera, bordel je vais rater notre passage sur le film promotionnel avec ces conneries.
Ced est sympa, donc 150m plus tard il va me changer les idées. Je sens la longe se tendre plus que de coutume, ce n’est pas normal sur une mer sans vagues, je le check par-dessus l’epaule et je vois un mec en boule, la tete dans l’eau qui flotte, les bras le long du corps. L’espace d’un instant je pense qu’il s’est évanoui, la panique et bim il relève la tete ! En criant : la longe s’est détachée, fais chier !!!
Mec t’es pas mort, moi je suis content ☺
Il arrive je ne sais pas par quelle magie a se rattacher et on termine la nat. Une algue se serait prise dans le ressort du mousqueton.
La nat ne faisait que 1250 au final et nous l’avons survolé. Avec du recul je suppose donc que le courant nous poussait☺. Mais dans l’instant nous nous sommes senti FORTS. L’air de rien on a grappillé 10 places depuis la première mise a l’eau.
On commence a voir dans les équipes qu’on croise que tout n’est pas rose, c’est encore le début de l’aventure mais l’effort n’est pas anodin.
Balade sur l’ile d’Arz, c’est sympa, joli, il fait beau, la vie est belle, la matinée avance et, comme souvent a ce moment de la journée dans le coin, le vent se lève ☺.
A noter une superbe gestion des ravitos par l orga, ni trop ni pas assez , varié, quali globalement, bénévoles adorables, isostar / eau / coca, chocolat/ pizza / amandes / gâteaux / autres … on trouve tjr son bonheur. Attention à l excès de Tuc parail il mais sinon c est top.
On sourit au soleil chaque fois que possible et on pense a profiter du moment.
3eme belle nat de suite 950, dans une baie de l’ile d’Arz, ca y est le courant n’est pas notre copain cette fois, ce n’est pas violent mais c’est un fait, un peu de vent, un peu de vagues, un peu de courant, c’est different. On termine cette nat avec la surprise du chef : le mousqueton de Ced qui pete ! La legende veut que cela soit du a mon extreme puissance de traction. Mais il est evident que c’est le suite de l’incident avec la petit algue. Chacun retiendra la version qu’il desire.
Cedric bricole un nœud, nous allons perdre 10-15cm, de quoi le mettre dans mes pieds pour les autres nat et l’empecher de nager/glisser librement. Pas la mort, mais pas l’ideal.
Petite cap de 2500 a la cool et nous passons la premiere barriere horaire avec 1h d’avance (soit 30min d’avance sur nos estimations).
Nous voila a la traversée vers l’ile aux Moines, 650m, l’un des 2 organisateurs est la et nous dit de faire gaffe, il nous montre 5-6 binomes a l’eau, tous totalement hors axe en train de deriver et nous met en garde, nous suivrons ses conseils et la nat se passera « bien », mer agité, courant, on ne peut plus juste attendre dans la glisse, il faut s’employer. Mon epaule gauche decide donc que c’est bon elle a son compte, douleur type tendinite gentille, je perds toute capacité d’accelerer le bras sur le catch. On s’adapte et on force le push, mon triceps est encore en pls aujourdhui ☺. Je decide de ne pas partager cette information avec Cedric.
Super content de toucher l’ile aux Moines, symboliquement c’est un tournant dans la course. Au fond de nous nous savons que sauf drame nous allons finir.
Cap de 5.5km, Ced a besoin d’une pause technique, je lui propose un petit picnic a base de barre baouw. Les premieres feminines que nous avions doublé juste avant nous regarde étonnées. Ah ben nous on n’a pas de podium a jouer ☺
Un petit ravito, au passage parfaitement organisé, et on se lance pour la nat piege : face a Port blanc, full courant dans la gueule. On commence a payer notre allure douce, a partir de maintenant c’est simple : plus tu arrives tard quelque part plus tu vas prendre cher a la nat avec le vent et le courant.
Pour les connaisseurs, ils ont changé le sens de course sur l’ile au moines cette année.
750m sur le papier mais trop de courant donc des bouées pous nous guider : 950m et un superbe 2 :44 d’allure ! Le sol qui defile a peine. Un binôme de gros nageurs nous doublera en 2 :20 . Vraiment chaud ce passage.
De la, une cap sympa, une autre Nat piege, vue sur le Golfe, la sortie au loin, c’est beau.
Il nous reste donc 2 grosses cap et 2 grosses nat ainsi que des broutilles, ca devrait etre une promenade de santé.
Nous sommes donc à 5h00 d’effort, dans la cap de 6.5km sur l’ile aux Moines et j’ai chaud, mais j’ai froid, et puis j’ai soif, mais mal au ventre. L’empathie et l’adaptation a l’humain ne sont pas les qualités premieres de Ced et surtout il ne s’attendais pas a me voir souffrir. Je suis clairement en surchauffe. Trop mangé ? deshydraté ? fatigué ? Difficulté a gerer ma température ? Je me déshabille et je marche un peu le ventre a l’air, ca tourne fort, je me dis que je vais pas echapper au vomito. Cedric me dit que j’ai trop mangé, qu avec 5 Tucs je peux m en prendre qu a moi meme, m’explique qu’on va pas etre sous les 8h, qu’on peut recourir. J’ai envie de lui faire plaisir mais je sais que si je ne laisse pas le temps a mon corps de se calmer je vais exploser en vol. Tant pis, je vois la déception et l’incompréhension dans ses yeux et dans sa voix mais c’est pour son bien, je dois être raisonnable pour qu’on aille au bout ensemble. A partir de la il sera en sous régime tout le temps et se baladera comme un dimanche après la messe. Enfin presque.
Vous connaissez la fameuse technique de salopard des bons skieurs ? Celle qui consiste à prendre de l’avance sur les autres, a les attendre en se reposant puis a repartir de plus belle une fois que les moins bons arrivent en PLS ? Sachez que Cédric maitrise cette technique en CAP à merveille ! Je lui ferai la remarque mais bon dur de ne pas courir a son rythme alors on composera chacun avec ce que l’autre à offrir ☺
Nous arrivons a la seconde barrière horaire, encore 50min d’avance, on est LAAAAARGE.
Nat de 850 entre Moines et Arz. Le mec de l’orga prend le temps de briefer chaque binôme, c’est louche et on voit les vagues, courant contre le vent = sport.
Je me demande ce que ca fait de vomir en nageant et je me dis que je ne vais pas tarder à le découvrir, je ne partage pas mes doutes avec Cedric, il est dans mes pieds, je ne voudrais pas qu’il sache les risques qu’il prend.
On trajecte en S comme conseillé, c’est long, on n’avance pas, c’est long, je vois le bateau de l’orga a coté, je me demande si les mecs nous suivent parce que c’est normal ou parce qu’on est tellement mauvais qu’ils ont peur qu’on se noie ☺
Les vagues tirent sur la longe et nous poussent à la fois, Cedric me tape les pieds puis je le tire et ainsi de suite, on fait le yoyo, ca pique.
On arrive au bout et le pointeur nous dit : c’était la nat la plus dur, les conditions sont pas facile, ca va aller maintenant.
BULLLLSHIT !!!!!
Un médecin est judicieusement placé, je le vois qui me regarde et m’examine de loin, j’assume et lui demande s’il voit la lucidité au fond de mes yeux, il dira : oui… encore un mensonge ☺
Mais la surchauffe est passée, l’eau m’a fait du bien, j’ai pris un « petit » mur mais le ventre me fait moins mal.
Nous repartons pour 6km de cap avec le passage du moulin à eau, l’un de mes préférés, superbe. J’exige une période de marche tous les 2km car je commence à sentir une belle douleur au genou droit. Décidément je tape mes limites les unes après les autres. Je suis un noob et un vieux briscard à la fois, je ne m’affole pas. Cedric est tjr un peu surpris, il ne me carry pas mais ne me fout pas trop la pression non plus.
Nous y voila : dernière barrière horaire passée !!! Plus rien ne peut nous empêcher de finir. Nous pouvons donc nous élancer sur Arz/Boedic – 1300m, les vagues doivent nous pousser, nous allons surfer nous dit le pointeur, il suffit de prendre un premier bord vers la première bouée puis de se laisser porter… MON CUL ! Mon cul mon cul mon cul !!!
1300 en presque 29 minutes je crois, c’est l’enfer, je vois les bouées une fois sur 2 avec les vagues, on se fait ballotter, limite ca donne le mal de mer. A la troisième bouée je ne vois même pas la flamme. Une éternité. On arrive sur un binôme quasi a l’arrêt a 50m du bord. C’est Matthieu un collègue de Cedric, il en peut plus de nager, il tire son pote depuis ce matin, c’est moche mais ca me rassure de me dire que je ne suis pas le seul à souffrir, d’ailleurs a partir de la nous croiserons 4 autres binômes, tous en mode survie.
Les nat restantes sont petites et sans courant : on décide de ne plus utiliser la longe, je suis trop cuit et on veut tester.
Cedric part avant moi, je passe 15s à ranger mon bordel, je la rattrape dans l’eau, j’arrive juste avant lui le temps de ranger mon bordel et on repart ensemble, parfait !
Superbe fin de parcours dans l’entrée du chenal de Vannes, c’est beau, c’est calme, la famille de Cedric est la pour nous encourager. On profite à fond.
La photographe de l’orga est la, elle nous appelle, on se place, on prend le temps et on lui fait nos plus beaux plongeons. Apres 7h50 de course ca doit pas être glorieux, j’ai hâte de voir ca.
Dernier morceau : 5km de cap, ca va être long, mon genou me défonce !
Mathieu nous déposera au milieu de cette cap et Ced aura la gentillesse de ne pas utiliser son joker. Il savait qu’on tout moment il pouvait me demander de me sortir les doigts, je l’aurais fait et ca m’aurait couté un genou donc ouf ☺
Tel Maverick qui ramène Cougar il me prendra dans son aile jusqu’au porte avion.
2 instants poker face pour les photos et pour l’arrivée et hop on y est !!!!! (le 34 a lunettes)
Le speaker est au top, j’ai plus rien, Cedric est frais, j’hésite entre m’évanouir a gauche ou m’évanouir a droite. Le papa de Cedric m’aidera à sortir de ma combi et la bière locale + paella me feront reprendre des couleurs.
A noter le coup de génie de l orga : pas de t shirt ni de médaille mais une marinière avec un écusson troll enez ! La classe ultime! De quoi parader en se sentant le roi du monde même si tout le monde s en fout.
Voila, les 2 conneries 2023 sont la ! C’était top, une belle année, une belle prépa, deux belles aventures avec Julien puis Cedric. Il est temps de penser a autre chose pendant quelques jours / semaines, et ensuite on verra de quoi 2024 sera fait (back to tri
)
Le swimrun est vraiment un sport à la con, un truc d’une débilité profonde mais c’est cette particularité qui fait son charme, on n’est pas sur un Tri façon usine, les gens se parlent, ils vivent une aventure ensemble, la liberté est totale. C’est vraiment énorme. A ceux qui se posent la question je ne peux que vous encourager à tester.
Message édité par Severin20 le 25-09-2023 à 16:03:39
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