Tu as peut-être pris l'exemple le plus contre-productif.
Si cet exemple vise à démontrer que quelqu'un qui achète un actif peu cher et qui ensuite le revend très cher fait une bonne affaire, en effet, c'est imparable. C'est un fait, c'est incontestable: un vendeur reçoit d'un acheteur une prime (la plus-value) alors qu'il n'a pas travaillé de ses mains pour l'obtenir. Le pire dans cette bonne affaire, c'est que le vendeur a profité de son actif (il a habité dans sa maison) pendant tout ce temps; on ne peut pas jouir de l'argent transformé en actions, puisqu'il est investit en bourse! Bref, c'est comme si quelqu'un lui avait payé un loyer pour le logement dont il a jouit.
Ensuite, si cet argument insinue "ceux qui ont acheté il y a 10 ans peuvent encore revendre maintenant avec une belle culbute => même en temps de crise le bénéf est assuré en immobilier pour peu qu'on soit visionnaire =>sur le long terme, l'immo y'a pas mieux comme investissement=> donc achetez en 2008 malgré la conjoncture, puisque vous vous logerez et en plus votre bien prendra de la valeur", c'est tout faux, car:
Evidemment, quelqu'un qui a acheté sa maison à son prix réel en 1998 (disons 600 000 FF pour un cube Phoenix, ca doit faire dans les 105 000/110 000 € de 2008) et qui la propose à la vente fin 2008 à un prix "correct" selon les normes "bullesques", disons 200 000 € net vendeur, aura fait un belle culbute une fois remboursé les frais qu'il a du assumer en 10 ans.
Mais encore faut-il qu'il la vende sa maison. Et c'est bien là le problème.
Si le vendeur adopte un comportement de "haussier", il placera son logement dans la moyenne des bien affichés (qui ne se vendent plus depuis un moment). Il ne pourra pas vendre car le marché est attentiste.
Ensuite, deux dénouements, mais qui participeront tous à la baisse des prix:
-le vendeur a le temps d'attendre, il compte passer en location pas loin de son actuelle maison, où il y a pas mal d'offre (des Robiens à louer
). Plus il attend, plus le prix potentiel de sa maison baisse. Le jour où il la vendra, ce sera à un prix moindre que 2008. Ce qui diminuera d'autant sa culbute. Et donc la rentabilité de son placement. => alignement des prix par le bas malgré une petite culbute (s'il vend au milieu de la baisse, à -25%).
-le vendeur n'a pas le temps d'attendre, il doit absolument vendre la maison: impossible de vendre à prix bullesque pour l'écouler => baisse de prix immédiate => alignement des prix par le bas malgré une petite culbute (s'il vend dans l'urgence à -30%)
Cet exemple montre donc bien que dans l'immédiat, l'important pour un acheteur potentiel, il est urgent d'attendre, puisque les prix vont baisser d'eux-même. Si les prix sont plus faibles et qu'entre temps on a consolidé sa situation financière en vue d'un achat (apport, etc...), le nombre de m²/la qualité du bien sera proportionnellement plus importante que dans un contexte de prix élevés.
Donc l'argument "achetez maintenant, vous y serez toujours gagnant sur le long terme" est faux.
Pour la partie "vous y serez toujours gagnant sur le long terme", qui semble rendre imparable l'argument, on a vu ici que tout dépend des circonstances. A vrai dire, cela ne tient que pour les acheteurs lambdas, qui achètent pour se loger. Ils auront une chance de dégager un bénéfice dans l'affaire, pour peu qu'ils vendent leurs logement au bon moment, plusieurs années plus tard (or généralement, les "Brandon et Kévina" prennent ce genre de décision sans même penser qu'il y ait un "marché" (des fluctuations) de l'immobilier, ou pire, ils prennent la décision après un reportage de Capital!).
Par contre, ceux qui ont dégagé une belle culbute tout bénéf, ce sont ceux qui ont sciemment acheté en 1999 et sciemment revendu début 2007; ils ont empoché une plus-value de malade. Si ce bien a été acquis dans la perspective d'une revente plus chère, et surtout, que la personne n'a pas racheté tout de suite après un autre logement à prix bullesque en 2007, alors cette personne a fait un très bel investissement. 200% de hausse, soit 20% par an.
Le truc, c'est que ce type d'investisseur est très rare: disons qu'au pif il y a eu 100 000 acheteurs de logement en 1998. En 2006, il en reste 60 000 qui sont toujours propriétaires dudit logement. Alléchés par le prix à la revente de leur logement, 10 000 de ces personnes décident de vendre leur maison. La majorité des acheteurs achetant pour se loger, parmi les 10 000 personnes qui vendront quasiment toutes leurs logement (le marché est encore fluide en 2006), 2 000 seulement iront en location (ou bien ce logement n'aura été qu'un investissement locatif) et le gros du troupeau, 8 000 rachètera une maison derrière. Ces 8 000 ne feront pas vraiment une bonne affaire, puisque la culbute qu'ils vont dégager sur la vente sera réinjectée directement dans leur nouveau logement à prix bullesque. C'est donc la personne qui leur aura vendu leur second logement qui aura fait main basse sur la plus-value.
ezzz a écrit :
Moi la question que je me pose c'est : est-ce que c'est uniquement une question de mentalité ou est-ce que c'est un principe économique (la déflation ?) qui fait que la baisse du prix ne peut pas être enrayée par une simple baisse des taux ? 
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ezzz a écrit :
Parce qu'on pourrait imaginer que l'état fasse pression pour relancer fortement l'immo et si la situation éco repassait subitement au beau fixe, les banques prétant à foison, pourquoi est-ce que ça limiterait pas la baisse dans ce cas ?
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Clairement: il ne faut rien attendre sur le fond du pouvoir politique concernant le règlement de la crise économique.
De par les sommes en jeu, la crise dépasse totalement les capacité d'intervention étatiques ou institutionnelles. Même pour les USA. On assiste à une baisse des taux (qui avaient remonté ces dernières années) car les institutions financières veulent continuer le business as usual (cf les origines de la crise actuelle: on a inondé l'économie de crédit pas cher et il faut que ça continue pour que l'économie tourne).
La baisse des taux est la seule arme qu'ils aient contre la déflation (baisse de la valeur des actifs ou inflation à l'envers). La baisse des taux directeurs devrait normalement rendre le prêt d'argent plus facile, comme le crédit coute moins cher. C'est le but recherché en tout cas. Donc l'argent recommencerait à couler à flot. Or s'il y a plus d'argent en circulation, il y a perte de la valeur relative des bien, et donc inflation.
Mais la baisse des taux directeurs , c'est un peu comme une perfusion de sang: à partir du moment où l'unique sachet de sang que tu as a atteint le niveau 0 (taux 0%), tu ne peux plus rien faire d'autre. Juste prier.
La baisse des taux n'a rien donné et ne donnera rien sur l'économie (et donc l'immo): les banques sont en ce moment entrain de vraiment suer du slip car:
-elles enregistrent des pertes immenses en raisons du merdier causé par le krach financier (subprimes et tout ce qui vient avec)
-leurs perspectives sont mauvaises puisqu'en fait, elles faisaient de l'argent avec du vent; en brassant des flux financiers issus d'argent fictif. Comme l'argent fictif est actuellement entrain de s'évaporer, ils ne peuvent plus faire d'argent sur les marchés financiers. Pas mal de banques ont été prises les mains dans le pot de confiture: leur activité financière représente la plus grande partie de leur chiffre d'affaire (=> faillite). Certes, il reste à certaines leur activité de dépôt (l'argent déposer par les particuliers et entreprises dans leurs coffre). Mais comme cela va être la crise, les gens mettront moins d'argent dans les banque, voir même en retireront pour pouvoir vivre sur leur épargne. Le soucis (hé oui y'a encore pire), c'est que comme pas mal de monde vivait jusqu'à aujourd'hui à crédit (avec cartes de crédit, d'équivalents de Cetelem, etc...), ces banques ont moins de fonds de dépôt (c'est à dire d'argent des particuliers qui est censé être gardé dans les coffres). Même si en France il est considéré comme normal d'avoir une épargne (de précaution ou pas), ce n'est pas le cas dans d'autres pays et de moins en moins en France (Cétélem, toussa...). *
Donc comme les banques sont actuellement dans une situation périlleuse, elles ne doivent en aucun cas augmenter leur exposition à des créances susceptibles de ne pas être remboursées:
-dans tous les cas, elles ne prêteront pas plus d'argent car elles savent que la récession arrive et que s'ils produisent de nouveaux prêts, les emprunteurs auront plus de chances de se trouver au chômage ou de faire faillite. Avec la baisse des prix de l'immobilier, il est encore moins question de prêter pour que leurs clients n'achètent, car les banques françaises ne veulent pas faire la même erreur que les banques US: devoir saisir des maisons qui vaudront moins que le montant du prêt qu'ils auront accordés!
-elles ont besoin de se renflouer. Or ce n'est pas parce que les taux directeurs baissent qu'on va trouver le même taux au guichet de la banque. La différence va dans la poche des banquiers. C'est l'une des rares nouvelles sources de bénéf possible pour les banques, mais elles ne peuvent pas trop prêter pour les raisons citées durant point précédent.
Les taux pratiqués par les banques finiront surement par baisser un peu jusqu'au retour de l'inflation un peu plus tard, mais auront perdu tout effet sur l'immobilier, la récession étant passée par là.
Le cercle vicieux (ou vertueux, c'est selon l'opinion) a commencé: lorsqu'on active un levier pour résoudre un problème, cela cause un autre effet pervers qui tire encore plus vers le bas. Cela s'arrêtera lorsque l'économie aura retrouvé un équilibre entre trop et pas assez de dette.
Le seul impact qu'auront les Etats sur la dette sera au niveau de l'ordre: comment gérer le mécontentement et la dégradation de l'emploi. Ils essayent déjà de faire des plans de relance, qui n'auront pour effet que d'augmenter la dette de l'Etat et dévaluer les monnaies. Mais rien au niveau macro-économique. Il y aura certainement des remakes des emploi-jeune payés par les deniers publiques ou des investissement massifs et artificiels (ça serait cool si ils décidaient de foutre la fibre optique partout
). Les trucs de Boutin profiteront peut-être à certains, mais ne seront en aucun cas capables de tenir à bout de bras le marché immobilier.
*Ce qui signifie donc que contrairement à ce que le gouvernement et la presse veut faire croire au gens, il y a un risque réel de faillite des banques, même françaises. Le fait que la plupart d'entre elles n'aient pas fait faillite en Octobre lors du début de plantage de la bourse ne veut pas dire qu'elles sont sorties d'affaire. Il faut attendre la solde des autres créances en attente (qui va s'amplifier avec la déflation) et la baisse de leur activité de détail. D'où l'intérêt de placer son épargne dans une banque dont l'activité principale est le détail et non l'usure et qui a le moins trempé dans la finance cette dernière décennie => la Banque Postale + banques régionales solides