Bonjour à tous,
Je suis nouvelle sur le forum. Je pense être au bon endroit mais je ne suis pas à l'abri d'une mauvaise manipulation... ;-)
Alors voilà. Je me suis récemment essayée à l'écriture d'un roman initiatique. Pour être totalement transparente, le texte est fini et est publié depuis quelques jours sur Amazon mais dans un objectif d'amélioration continue, je souhaiterais des avis objectifs sur le fond et sur la forme. Voici donc le premier chapitre.
Merci d'avance pour vos commentaires, si possible constructifs.
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Nathan était seul à sa table. Il mangeait une pizza avec une bière comme tous les jours. Il savait qu’il lui faudrait bientôt changer de régime alimentaire. A 45 ans, il avait pris de l’embonpoint et ses analyses étaient mauvaises. Le Docteur Chaignaud lui avait bien conseillé de faire du sport et avait même réussi à l’inquiéter en lui recommandant vivement d’entamer un régime. Mais il n’en avait pas le courage. Tandis qu’il portait machinalement à ses lèvres les parts de pizza, il écoutait sans en avoir l’air les discussions entrecoupées de rires de ses collègues assis à une table voisine. Ces conversations du midi lui paraissaient à chaque fois futiles mais il ne pouvait pas s’empêcher de tendre l’oreille, comme animé d’une curiosité malsaine. Pourtant, il se disait qu’il ferait mieux de réfléchir à une solution pour la correction du bug qui l’obsédait depuis un jour entier. Il avait été affecté récemment à la mise en œuvre d’un module d’édition d’avis d’opérés pour le back-office. Cela lui avait paru simple au départ et il s’était senti presque méprisé lorsque son responsable lui avait expliqué sa nouvelle mission. Il avait bien essayé de protester mais « tu verras, tu apprendras beaucoup » avait clos la discussion. A chaque fois que son responsable lui clouait le bec de la sorte, un sentiment de malaise revenait l’habiter. Le tutoiement pourtant habituel dans le milieu prenait alors pour lui une autre dimension. Il y voyait la marque d’une supériorité, d’un déséquilibre, alors qu’il était pourtant lui aussi autorisé à l’employer avec son supérieur hiérarchique. Comme d’habitude, il s’était résigné, avait presque courbé l’échine physiquement et était reparti en retenant un soupir. Cependant, il devait en convenir, depuis qu’il s’était attelé à cette nouvelle tâche, il avait effectivement eu l’occasion d’apprendre. Pas beaucoup comme on le lui avait promis. Non. Juste assez pour ne pas s’ennuyer et c’était déjà bien.
- Vous avez essayé la consultation de voyance ?
Intrigué par une question aussi insolite dans le milieu bancaire suintant de matérialisme, il redressa la tête pour identifier son auteur. Il s’agissait de la jeune femme qui venait d’arriver le matin même, en renfort pour l’équipe. Elle était envoyée par une société de prestation de services dont il avait oublié le nom. Il en défilait tellement qu’il se persuada que sa mémoire n’était pas forcément en cause. Depuis ses 40 ans, il était inquiet à chaque fois que son cerveau ne réagissait pas au quart de tour comme avant.
- Elle n’a quand même peur de rien, jugea-t-il. C’est son premier jour, elle devrait faire profil bas. Au lieu de ça, elle nous lance des questions imbéciles. La voyance ? Elle se croit où ? Chez Madame Irma ? Il y a quand même d’autres sujets pour entrer en contact !
Lui, le grand spécialiste des techniques de communication ! D’une timidité maladive et d’un comportement asocial, il avait toujours été incapable d’établir des relations avec son entourage et voilà qu’il portait un jugement sur l’approche de cette nouvelle collègue. Il arrêta le flot de ses pensées et fut presque envieux d’elle, lui qui se contrôlait sans cesse, guettant des autres des signes d’approbation ou de réprobation et ajustant son comportement en fonction, tel un caméléon.
Il l’observa davantage. Elle était plutôt jeune – il estima qu’elle ne devait pas avoir la trentaine – et souriait de toutes ses dents en attendant la réponse à sa question. Elle semblait heureuse d’être là et avait lancé sa phrase naturellement sans réfléchir.
Autour d’elle, certains baissèrent les yeux embarrassés. D’autres, plutôt amusés se mirent à lui poser des questions dans le but de se moquer. Enfin, deux personnes parurent sincèrement intéressées par le sujet et essayèrent de savoir si elle-même avait eu recours aux services d’une voyante.
- Pourquoi une voyante ? Il y a aussi des hommes qui pratiquent la voyance avait-elle répondu d’une voix forte.
- Elle s’enfonce franchement, se dit Nathan.
Intérieurement d’abord méprisant, il en était maintenant gêné. Autour de la table, personne n’était indifférent. Elle avait réussi à capter l’attention. L’avait-elle fait exprès ?
- Oui. Il y a 6 mois, j’étais en pleine période de doute et j’ai franchi le pas.
- Et alors ? Réagit-il malgré lui.
Tous les regards s’étaient tournés vers lui. Il baissa les yeux, honteux, et sentit le rouge lui monter aux joues. Il était pris en flagrant délit. Ses collègues savaient désormais qu’il les écoutait en mangeant. Il entendit un « il est gonflé quand même de surveiller ce qu’on dit » étouffé, suivi d’un « qu’est-ce que ça peut faire, il a le droit et de toute façon, on ne raconte rien de confidentiel ».
On s’intéresse à moi, pour une fois, songea-t-il et il ne put réprimer un sourire interprété par ses collègues comme malveillant. Si seulement, je pouvais me faire remarquer professionnellement aussi facilement…
Il se pencha alors sur sa situation. Cela faisait cinq ans qu’il travaillait à ce poste sans aucune reconnaissance. Pourtant, il avait jusqu’à présent effectué tous les travaux commandés dans les délais, alors que ce n’était pas le cas de collègues qui avaient pourtant progressé davantage que lui. De toute façon, ce n’était pas difficile d’avoir progressé davantage puisqu’il avait littéralement fait du sur place. Il attendait de sortir du lot et à chaque grande messe, il se plaisait à rêver d’entendre ses louanges dans le discours du directeur. Il est vrai qu’il faisait souvent preuve d’ingéniosité et que les problèmes apparemment insolubles atterrissaient la plupart du temps sur son bureau. Cela lui plaisait et lui donnait un sentiment d’utilité. Pourtant, une fois le travail accompli, il était toujours déçu du peu de retour positif obtenu. A côté de cela, certains collègues soufflaient du matin au soir, traînaient des pieds pour faire la moindre tâche en marge de leurs attributions et Nathan avait la surprise de découvrir au détour d’une conversation, qu’ils avaient été augmentés. Cela le mettait hors de lui. Il ne comprenait pas ce qu’il ne faisait pas correctement. Il se rendait bien compte qu’il était relativement transparent et que les autres, malgré leurs défauts et leur limitations, n’hésitaient pas à se mettre en valeur. Lui, ne savait pas faire. Il se disait que ses dispositions de programmation hors du commun finiraient par être reconnues. Il est vrai que dans l’équipe, il n’y avait personne d’aussi rapide et efficace que lui. Sa connaissance des produits financiers était aussi régulièrement mise à profit pour satisfaire aux requêtes de plus en plus complexes des traders. Tous les programmes qu’il livrait étaient exempts d’anomalies. D’ailleurs plus personne ne tenait à les tester avant les mises en production. Les testeurs hochaient la tête en répétant « ce n’est pas la peine, il n’y a jamais de bug ». Malgré tout cela, son responsable donnait l’impression de l’ignorer bel et bien. Il s’appelait Thierry et était l’exemple même d’individu qui avait su se tailler sa part de succès à la banque. Il avait commencé comme lui en développant des applications informatiques de gestion et très rapidement, sa hiérarchie l’avait repéré et on lui avait confié des responsabilités. Il avait gravi plusieurs échelons au rythme d’un par an et avait aujourd’hui sous ses ordres une cinquantaine de personnes. Bien sûr, il ne pouvait pas se permettre de rentrer dans le détail des travaux de chacun. Mais s’il n’était pas capable de reconnaître ceux qui lui permettaient d’atteindre ses objectifs, il n’avait sans doute rien à faire à ce poste, se disait Nathan qui rêvait sans se l’avouer de remplacer Thierry.
Evidemment, il avait bien eu quelques augmentations et primes. Oh… rien de significatif à ses yeux. Toutefois, à y regarder de plus près, il n’était quand même pas à plaindre : il avait un revenu confortable qui lui permettait de consommer sans se restreindre. De plus, le fait de travailler à la Banque Financière d’Investissement facilitait ses velléités de jeu en bourse, ce qui lui avait permis de faire quelques opérations rentables. Il était notamment très fier de sa dernière transaction d’options à la baisse qui lui avait rapportée 5000€, alors que ses collègues s’étaient bien moqués lorsqu’il avait passé l’ordre de vente. Ils avaient été obligés de reconnaître qu’il avait eu le nez creux et cela lui avait procuré un certain plaisir.
Mais cela ne lui suffisait pas. Il recherchait en somme la réussite professionnelle, la vraie, la grande, incontestable. Il faudrait qu’il en discute l’après-midi avec Thierry.
- Alors, je dois avouer que j’ai été bluffée, lui répondit-elle interrompant ses réflexions. Ce n’était pas du tout comme je l’imaginais. C’était une dame qui avait dans les quarante ans et que rien n’aurait pu distinguer dans la rue, pas du tout la caricature de la voyante. Elle a tout de suite su pourquoi je venais et elle a aussi deviné un élément incroyable de mon passé. Enfin, elle a fait ses prévisions. Je dois attendre pour vérifier si cela se réalise. Après, c’est bête à dire, je n’en savais pas beaucoup plus. Pourtant, je me suis sentie mieux, moins incertaine dans mes choix.
Nathan voulut dire quelque chose mais Alice, l’une de celles qui avait été particulièrement attentive depuis le début, avait pris la parole.
- Tu lui as peut-être involontairement donné des indices.
- En fait, dès que je me suis assise, elle m’a confié qu’elle ressentait qu’il me manquait une part de moi-même. Je n’ai pas fait de commentaire mais c’était parfaitement exact puisque ma sœur jumelle est morte à ma naissance. Comment aurait-elle pu le savoir ? Je ne lui en avais pas parlé. D’ailleurs, j’en parle rarement.
- Pourquoi en avait-elle parlé, à cet instant ? s’interrogea Nathan qui fut probablement le seul à relever le tremblement dans sa voix.
Les autres ne faisaient déjà plus attention à lui.
- Pourrais-tu me donner ses coordonnées ? implora presque Alice, convaincue.
- J’ai dû garder sa carte dans mon sac. Tiens, la voici.
- Merci.
Nathan finit de déjeuner et regagna l’open-space. Il se prépara mentalement pour son entretien d’évaluation professionnelle prévu à 15 heures. Il lista ses travaux de l’année et les coucha par écrit afin de ne rien oublier. Plutôt content de lui, il passa méticuleusement en revue le nombre d’applications livrées, de lignes de code produites, l’absence d’anomalies rencontrées lors des tests. Il fit le point également sur son évolution professionnelle des dernières années. Cette fois-ci, il avait à cœur de démontrer à Thierry l’évident décalage entre ses réalisations et la rétribution correspondante. De plus, il venait de décider pendant le repas de lui exposer ses aspirations, ce qui lui imposait de prendre sur lui. Comme d’ordinaire peu à l’aise, à 15 heures précises, il se rendit dans la salle de réunion où Thierry l’attendait.
Rien ne se déroula comme il l’avait prévu.
Avant qu’il ne puisse dire un mot, Thierry, le visage fermé, lui expliqua que l’année avait été plus difficile que d’habitude pour la salle de marché. La BFI avait fait moins de profits et les budgets avaient été réduits. Après un quart d’heure d’explications que Nathan n’écouta pas, le couperet tomba. Thierry lui annonça qu’il ne serait pas augmenté. Il eut le tort d’ajouter que d’autres que lui étaient plus méritants. Le sang de Nathan ne fit qu’un tour et il interrompit Thierry. Il lui remémora qu’il avait travaillé nuit et jour sur le projet ALOIS et qu’on lui avait promis un poste de chef de l’équipe de développement. Thierry refusa de l’écouter. Nathan perdit son sang-froid et fit un jeu de mot qui fut peu apprécié : il n’était pas de bon aloi de se consacrer au projet ALOIS pour évoluer dans l’entreprise. Et Thierry eut finalement droit à un « pauvre con ! » qui clôtura l’entretien. Nathan sortit de la pièce en claquant la porte. Le cœur battant et les nerfs à vif, il regagna l’open-space. Ses collègues constatèrent qu’il était perturbé mais personne n’osa lui adresser la parole en raison de son caractère taciturne. Ils savaient qu’il n’hésitait pas à se montrer désagréable – bien involontairement d’ailleurs car il ne se rendait pas toujours compte sur le coup de l’effet de ses paroles et de son attitude.
Il calma sa respiration avant de reprendre sa place et de remettre ses écouteurs. « Time is running out » était en cours de lecture. Le titre de la chanson résonna en lui. Il n’avait effectivement plus le temps d’attendre. Mû par une impulsion irrépressible, il attrapa précipitamment une feuille de papier, inscrivit ses coordonnées à gauche et indiqua l’objet du courrier. Enfin, il rédigea :
Paris, le 9 septembre.
Monsieur,
Par la présente, je vous informe de ma démission de votre société.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
Il signa, vérifia d’un coup d’œil par-dessus son épaule que Thierry n’était pas à sa place puis alla déposer le courrier en évidence sur le clavier de son ordinateur portable.
Il était 16h30. Il rassembla son peu d’affaires et repoussa son siège sous son bureau. Il se préparait à partir lorsqu’il distingua par terre un morceau de carton blanc à moitié dissimulé sous son caisson. Curieux, il se baissa pour le ramasser. Il s’agissait de la carte de visite de Madame Dina, voyante extra-lucide. Il se demanda comment elle avait atterri là, imagina une fraction de seconde la rendre à Alice, changea d’avis et la jeta. Il fit quelques pas, avant de hausser les épaules, agacé et de faire demi-tour. Il fouilla la poubelle, retrouva la carte de visite, la ramassa et la glissa dans la poche de son blouson.
Puis, à la fois énervé contre Thierry, soulagé par sa décision et inquiet de son avenir, il quitta la Banque Financière d’Investissement sans un mot sous l’indifférence de ses collègues qui ne se doutaient sûrement pas qu’ils ne le reverraient jamais
Mon ami(e), arrêtez-vous une minute avec moi. Voici donc Nathan en rupture. Tout peut lui arriver. Il peut aussi sombrer dans une profonde apathie. Cela dépend de lui ou plutôt de moi. Quel sort lui ai-je réservé ? Je ne veux rien vous dire pour l’heure. Sachez juste que j’ai tout préparé d’avance. Pas dans les moindres détails. Non. Je verrai cela au fur et à mesure. Mais dans les grandes lignes, certainement. Ainsi, son cadre professionnel m’a été inspiré de ma propre expérience. Néanmoins, n’allez pas croire que tout est vrai…