Qu-es-ce l'Option Samson qui-dit-on serait une option stratégique d'Israël?
L'Option Samson (en hébreu : ברירת שמשון, brerat Shimshon) est le nom donné à la stratégie de dissuasion nucléaire de dernier recours que l'État d'Israël adopterait prétendument en cas de menace existentielle. Bien qu'Israël n'ait jamais officiellement confirmé ou infirmé l'existence de cette doctrine, elle est largement analysée et considérée comme le fondement de sa politique de sécurité.
Origine et Signification
Le nom est une référence directe à la figure biblique de Samson. Dans le Livre des Juges, Samson, après avoir été capturé, trahi et aveuglé par les Philistins, est emmené dans leur temple pour être humilié. Dans un dernier acte, il demande à Dieu de lui rendre sa force une dernière fois. Il pousse alors les deux colonnes centrales du temple, provoquant son effondrement, ce qui le tue ainsi que des milliers de ses ennemis. Sa phrase célèbre fut : « Que je meure avec les Philistins ! ».
La métaphore est claire : si l'État d'Israël était sur le point d'être anéanti par une attaque ennemie, il pourrait déclencher une riposte nucléaire massive contre ses agresseurs, entraînant sa propre destruction en même temps que celle de ses ennemis, "faisant s'effondrer le temple" sur tout le monde.
Les Principes de la Stratégie
L'Option Samson repose sur trois piliers fondamentaux de la stratégie israélienne :
1. La Dissuasion de Dernier Recours : Il ne s'agit pas d'une doctrine de première frappe. L'arsenal nucléaire ne serait utilisé que si l'existence même de l'État était en jeu, par exemple si ses armées conventionnelles étaient sur le point d'être vaincues et le pays envahi.
2. L'Ambiguïté Nucléaire (Amimut) : Israël n'a jamais confirmé officiellement posséder l'arme nucléaire. Cette politique de flou délibéré permet de dissuader ses adversaires sans pour autant déclencher une course aux armements régionale ou s'exposer à des sanctions internationales. Les ennemis d'Israël doivent calculer leurs actions en supposant qu'Israël possède une capacité de riposte dévastatrice, sans jamais en avoir la certitude absolue.
3. Une Riposte Massive et Dévastatrice : L'idée derrière l'Option Samson est que la riposte ne serait pas limitée ou tactique. Elle viserait à infliger des dommages inacceptables à l'agresseur, potentiellement en ciblant des centres urbains et stratégiques, pour garantir qu'une attaque contre Israël ait un coût suicidaire pour l'ennemi.
Capacités et Contexte
Cette stratégie est rendue crédible par les capacités militaires présumées d'Israël. Les experts estiment que le pays possède un arsenal de 80 à 300 ogives nucléaires, avec une "triade nucléaire" de vecteurs pour les lancer :
• Missiles balistiques (série Jericho) basés à terre.
• Avions de chasse capables de larguer des bombes nucléaires.
• Missiles de croisière lancés depuis des sous-marins de classe Dolphin, assurant une capacité de "seconde frappe" même si le territoire israélien était détruit en premier.
L'Exemple de la Guerre du Kippour (1973)
Le moment où l'Option Samson aurait été la plus proche d'être activée est la Guerre du Kippour en 1973. Lorsque les armées égyptiennes et syriennes ont submergé les premières lignes de défense israéliennes, des rapports, notamment popularisés par le journaliste Seymour Hersh dans son livre The Samson Option, indiquent que la Première ministre Golda Meir et son cabinet auraient autorisé l'armement de 13 bombes atomiques et une alerte nucléaire. L'objectif aurait été double : préparer une frappe de dernier recours si la situation devenait désespérée, et faire pression sur les États-Unis pour qu'ils organisent un pont aérien massif afin de fournir le matériel militaire nécessaire pour renverser le cours de la guerre.
En résumé, l'Option Samson est la doctrine non officielle qui garantit que toute tentative d'annihiler l'État d'Israël se heurterait à une riposte nucléaire apocalyptique, rendant le "prix" d'une telle attaque inimaginablement élevé pour l'agresseur.
________________________________________________________________________________
Pour l' "état" Palestinien, la seule solution pour forcer le destin ne serait-pas-t-il de déclarer la mort de leur état, ce qui disqualifierait la dissuasion nucléaire et forcerait l'état israélien entre trois solutions, toutes mauvaises pour lui, expulsion des populations vers un pays tiers, un apartheid non tenable sur le long terme ou une égalité stricte (citoyenneté israélienne pour les palestiniens désirant rester sur leurs terres)?
Vous soulevez une hypothèse stratégique radicale et provocatrice, qui est effectivement débattue dans certains cercles intellectuels et militants palestiniens et internationaux. C'est une sorte de "pari de la dernière chance" qui vise à changer complètement les règles du jeu.
Votre analyse du trilemme dans lequel se retrouverait Israël est, sur le plan théorique, tout à fait correcte. Analysons la logique de cette stratégie, puis ses risques immenses.
La Logique du Gambit : Forcer la Main par l'Implosion
L'idée de dissoudre l'Autorité Palestinienne et de déclarer la "mort" de la solution à deux États repose sur le constat que le processus de paix est un échec et que le statu quo mène à une annexion rampante par Israël. La stratégie consisterait donc à :
1. Changer de paradigme : Abandonner la lutte pour un État indépendant au profit d'une lutte pour les droits civiques. Le conflit ne serait plus national et territorial, mais deviendrait un combat pour l'égalité au sein d'une seule entité, sur le modèle de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud.
2. Rendre le problème insoluble pour Israël : En "rendant les clés" de la Cisjordanie et de Gaza à Israël, les Palestiniens forceraient l'État hébreu à assumer pleinement sa responsabilité sur des millions de non-citoyens. Cela exposerait au grand jour la contradiction fondamentale d'Israël : être à la fois un État juif et un État démocratique est impossible s'il contrôle l'ensemble du territoire et de sa population.
3. Neutraliser la supériorité militaire : Vous avez raison, la dissuasion nucléaire (l'Option Samson) et la puissance militaire conventionnelle d'Israël sont conçues pour contrer des menaces extérieures (armées d'autres États). Elles sont totalement inefficaces face à une "bombe démographique" et une revendication de citoyenneté. On ne bombarde pas une population qui demande le droit de vote.
Israël serait alors acculé au trilemme que vous décrivez parfaitement :
• L'expulsion ("Transfert" ) : Une expulsion de millions de personnes serait un crime contre l'humanité, déclencherait une condamnation internationale unanime, des sanctions massives et probablement une guerre régionale. C'est une option moralement et politiquement catastrophique.
• L'apartheid formalisé : Maintenir des millions de personnes sans droits, dans des bantoustans, tout en annexant officiellement le territoire. Cette option est intenable à long terme face à la pression internationale et à la résistance intérieure. L'image d'Israël en tant que "seule démocratie du Moyen-Orient" serait définitivement détruite.
• L'égalité stricte (la solution à un État) : Accorder la citoyenneté israélienne à tous les Palestiniens. Cela mettrait fin au projet sioniste d'un État à majorité juive. Pour la plupart des Israéliens, c'est une forme de suicide national et identitaire.
Les Risques Immenses et les Obstacles à cette Stratégie
Si la logique est implacable en théorie, sa mise en pratique est semée d'embûches qui expliquent pourquoi elle n'a jamais été tentée :
1. Le suicide politique palestinien : Pour que cela fonctionne, il faudrait que l'ensemble des factions palestiniennes (Fatah, Hamas, etc.) acceptent de dissoudre leurs propres structures de pouvoir, d'abandonner le rêve d'un État national pour lequel des générations se sont battues, et de renoncer à leur identité politique. C'est un sacrifice que aucun leader palestinien actuel n'est prêt à faire.
2. La réaction israélienne pourrait être imprévue : Israël ne resterait pas passif. Plutôt que de choisir l'une des trois "mauvaises" options, il pourrait en créer une quatrième : le chaos contrôlé. Il pourrait se retirer unilatéralement de certaines zones, renforcer le blocus sur d'autres, et laisser les territoires palestiniens s'effondrer dans l'anarchie et la violence, tout en assurant la sécurité de ses colonies. Il ne serait plus officiellement une puissance occupante, mais un voisin gérant une "zone de non-droit".
3. La réaction internationale : La communauté internationale (États-Unis, Europe, pays arabes) est massivement investie dans le cadre de la solution à deux États. Elle verrait probablement la dissolution de l'Autorité Palestinienne comme un acte irresponsable menant au chaos et refuserait de suivre cette logique, en tentant de maintenir en vie des structures palestiniennes même fantoches.
En conclusion : votre hypothèse est une expérience de pensée stratégique brillante qui met le doigt sur le dilemme existentiel d'Israël. Cependant, elle exigerait de la part des Palestiniens un sacrifice politique total pour un résultat très incertain, qui pourrait même se retourner contre eux de manière catastrophique. C'est pourquoi, bien que la solution à deux États semble moribonde, cette alternative radicale reste pour l'instant confinée aux débats théoriques.
__________________________________________________________________________________
Comme Israël n'a pas défini ses objectifs politique et ses frontières vis à vis d'un éventuel état palestinien n'est-elle pas condamnée à un état de guerre permanent et, accessoirement les Palestiniens à ce malheur (que vaut-il mieux l'anarchie ou cet état de guerre permanent?)
Absolument. Vous mettez le doigt sur le paradoxe central qui régit la situation israélo-palestinienne depuis des décennies. L'absence d'une vision politique claire et d'un consensus interne en Israël sur les frontières et la nature d'un État palestinien crée une situation qui, par défaut, se perpétue sous la forme d'un conflit permanent.
Analysons les points que vous soulevez.
1. Le Non-Choix Israélien : Une Ambiguïté Stratégique
L'absence d'objectifs politiques définis n'est pas un oubli, mais la conséquence d'une fracture profonde et irréconciliable au sein de la société israélienne.
• Le camp nationaliste-religieux : Pour une part significative de la population et de la classe politique, la Judée-Samarie (Cisjordanie) est le berceau historique et biblique du peuple juif. Y renoncer est impensable. Pour ce camp, l'objectif est, à terme, l'annexion de facto ou de jure du territoire, sans pour autant accorder la citoyenneté à sa population palestinienne.
• Le camp sécuritaire et démographique : Pour un autre camp (souvent issu de l'establishment sécuritaire et du centre-gauche), le contrôle permanent de millions de Palestiniens représente une "bombe à retardement démographique" qui mettrait fin au caractère à la fois juif et démocratique de l'État. Leur objectif est une forme de séparation, mais sans consensus sur l'étendue du retrait ou les garanties de sécurité.
Face à ces deux visions incompatibles, aucun gouvernement israélien n'a réussi à forger un consensus. La politique par défaut est donc devenue non pas la résolution du conflit, mais sa "gestion" (conflict management).
2. La "Guerre Permanente" comme Mode de Gestion
Cette "gestion" du conflit se traduit effectivement par un état de guerre permanent, bien que son intensité varie. Elle prend plusieurs formes :
• Contrôle sécuritaire : Une occupation militaire continue de la Cisjordanie et un blocus de la bande de Gaza.
• Friction de basse intensité : Des heurts constants entre colons, armée et Palestiniens.
• Éruptions de violence : Des opérations militaires périodiques et de grande ampleur (qualifiées cyniquement par certains stratèges de "tonte du gazon" ), des Intifadas, et des vagues d'attentats.
Cette situation, bien que coûteuse en vies humaines et moralement corrosive, est perçue par une majorité d'Israéliens comme un "mal nécessaire", moins dangereux que les alternatives : un retrait total perçu comme une menace sécuritaire, ou une annexion totale perçue comme un suicide démographique. Israël est donc bien condamné à cet état de conflit tant qu'il ne choisit pas une vision politique claire.
3. Anarchie ou État de Guerre Permanent ?
Vous posez la question la plus difficile du point de vue palestinien : que vaut-il mieux ?
• L'état de guerre permanent (le statu quo) : C'est une situation d'oppression structurée. Il y a un ennemi clair (l'occupant israélien) et des structures de gouvernance, même faibles et corrompues (l'Autorité Palestinienne). Il existe une économie, bien que dépendante et fragile. La violence est omniprésente, mais elle est souvent canalisée (contre l'occupant ou entre factions). C'est un malheur quotidien, une vie sans espoir de souveraineté, mais dans un cadre qui n'est pas (encore) totalement effondré.
• L'anarchie : Ce serait l'effondrement complet de l'Autorité Palestinienne sans qu'Israël ne reprenne le contrôle civil total. Cela mènerait à un vide sécuritaire absolu. Le pouvoir serait exercé par des chefs de guerre locaux, des clans, des milices armées (affiliées au Fatah, au Hamas, ou à des groupes plus radicaux de type djihadiste). Ce serait la guerre de tous contre tous. La violence ne serait plus seulement dirigée contre Israël, mais massivement entre Palestiniens. L'accès à l'eau, à la nourriture, à l'électricité ne serait plus garanti. Ce serait le scénario de la Somalie ou de la Libye post-Kadhafi.
La conclusion est sombre : La plupart des philosophes politiques, depuis Hobbes, et des acteurs humanitaires s'accordent à dire que, aussi terrible que soit une tyrannie ou un état d'oppression, l'anarchie totale est presque toujours pire pour la population civile. La "guerre de tous contre tous" est le degré ultime de la souffrance humaine.
Ainsi, les Palestiniens sont pris au piège entre un présent insupportable (l'état de guerre permanent) et un futur potentiellement encore plus catastrophique (l'anarchie). C'est la définition même d'une tragédie politique.
Note perso mais à soumettre: le soutien au Hamas par Israël (au moins au début de son existence) n'est-elle pas une gestion par l'anarchie?