Voilà maintenant quelques temps que je fréquente ce topic. Je suis arrivé avec un a priori très négatif sur le sujet et tout un tas d’idées reçues à la con, telles que loyer = argent jeté par les fenêtres ou autres poncifs tout aussi réjouissants.
Je me proposais de faire un point sur la situation et de récapituler tout ce que j’avais appris ces derniers mois, pour moi-même d’abord parce que ca me permet de mettre mes idées en ordre, mais aussi pour nos chers lurkeurs qui trouvent le sujet hautement instructif
Ce post ne sera par contre pas d’une grande utilité pour les habitués de ce topic, mais il aura la mérite –j’espère – de rappeler les fondamentaux aux nouveaux arrivants. Naturellement je compte sur la communauté pour me corriger en cas d’erreur
Je suis évidemment baissier, mais pas forcément ayatollah du krach à -50% en 2 ans. On a vu ces derniers mois que le sujet était plus complexe qu’il n’y paraissait : bien qu’une baisse violente semblait s’amorcer, la courbe noire a brusquement remonté contre toute attente, et risque de continuer sur sa lancée dans le prochain semestre (notamment du fait de la saisonnalité, dont Friggit – mon seigneur et maître - souligne l’importance dans son étude sur le sujet).
Voici ce qu’il me semble important de rappeler :
I – Une hausse ne profite à personne, hors spéculation
Prenons un exemple simpliste. Un appartement a 50 K et une maison à 100 K. Monsieur M achète donc l’appartement, et le revend une fois le crédit totalement remboursé, en vue de l’achat de la maison. Dans une hypothèse de doublement des prix, Monsieur M se retrouve avec des liquidités de 100K (prix de revente de l’appartement). La maison, cependant, vaut aujourd’hui 200K. Monsieur M a donc 100K a rajouter sur la table pour acquérir le bien visé.
Dans une hypothèse de stagnation des prix, M se retrouve avec 50k de liquidités, mais la maison vaut toujours 100K. M doit donc rajouter 50 k pour l’acquérir. Finalement, à quoi lui a donc servi la plus value dans la première hypothèse ? A rien, puisque les prix ont augmenté et que cette plus value est absorbée dans l’achat du nouveau logement … Evidemment, les spéculateurs ne sont pas concernés puisque le but de ceux-ci est justement d’acheter bas prix pour revendre au taquet, mais eux n’achètent pas pour se loger, juste pour faire de l’argent.
Doit on en déduire que la hausse de m’immobilier dessert les particuliers et donc le plus grand nombre ? Oui, très certainement, de mon point de vue.
II – L’achat à court/moyen terme n’est pas forcément gagnant face à une location
Se loger n’est jamais gratuit. On entend souvent dire que lorsqu’on achète, on cesse de jeter son loyer par les fenêtres puisque l’on capitalise sur son bien. C’est en partie vrai, sauf qu’il faut également prendre en compte les intérêts payés, les frais d’accession à la propriété (frais de notaire et d’agence), les taxes inhérentes au nouveau statut (taxe foncière …), les travaux inévitables, etc … L’important, c’est de ne pas y perdre lors de la revente, disent les propriétaires. Mais y perdre par rapport à quoi ? Car la revente ne couvrira jamais la totalité des frais engagés, le logement aura toujours un coût. Le seul point de comparaison pertinent est donc le coût de la location pour une même période. Evidemment, sur de très longues périodes comme 15, 20 ou 25 ans, l’achat sera toujours plus avantageux que la location. Mais rappelons que la durée de vie moyenne d’un bien immobilier est de 7 ans. En cas de déménagement, la rentabilité n’est pas assurée sur une période de cet acabit, et encore moins si le bien est revendu à très court terme – sauf période de flambée des prix comme ce fût le cas de 2000 à 2007. Je ne rentrerais pas dans le détail des calculs, il y a de très bons simulateurs en premiere page du topic, qui illustrent parfaitement cet état de faits. Avant de s’engager, il est donc de bon ton de faire une étude comparative, surtout si l’on sait que l’on risque de quitter le logement prématurément.
III – Achat, location et qualité de vie
Chacun possède ses motivations en matière d’immobilier. Certains sont locataires par choix, d’autres par manque de moyens. Je me situe entre les deux, à savoir que je pourrais effectivement acheter un bien modeste, avec quelques travaux, en m’endettant au maximum sur une longue période (25 ans). Néanmoins je me refuse à prendre cette décision pour des raisons de maintien de la qualité de vie. Ceci est mon cheval de bataille. Pour illustrer ceci, je prendrais mon cas particulier. Aujourd’hui je paye 750 euros de loyer pour une maison récente (2-3 ans) de 100 m², située en limite de ville, avec 500 m² de terrain. Si je voulais acheter ce bien, je devrais mettre 1100 à 1200 euros sur la table tous les mois pendant 25 ans (sans compter les frais inhérents à la propriété dont je parlais plus haut). J’ai deux enfants à charge qui vont avoir besoin de faire des études dans quelques années, une voiture qui ne durera pas éternellement, etc … Pour moi le choix est simple : il est tout simplement exclu de sacrifier mon confort et celui de mes enfants pour le seul plaisir d’être dans mes murs. Je ne critique pas ceux qui font ce choix, entendons nous bien, je dis juste que c’est un sacrifice trop important à mes yeux. J’attends donc une baisse des prix suffisante pour devenir à mon tour locataire de ma banque, 30% par rapport aux prix de 2008 me paraîtrait raisonnable.
Oui mais et la retraite ? Comment on fait si on est pas proprio ? Déjà faut y arriver à la retraite – si y’en a encore dans 30 ans - , et en bon état, sachant que l’âge moyen sans incapacité majeure est de 59 ans en France. Par ailleurs, est ce que ca vaut le coup de priver sa famille de plaisirs simples pour pouvoir égoïstement profiter une fois que les gamins auront fait leur vie ? Non, de mon point de vue, le sacrifice exigé est trop grand, là encore. Par ailleurs il existe d’autres moyens de capitaliser pour sa retraite, mais je ne suis ni économiste ni financier donc je ne me risquerais pas sur le sujet.
Le propriétaire épargne de manière forcée –et tant pis en cas de coup dur -, le locataire épargne de manière choisie –et en cas de coup dur, on peut piocher dans la tirelire.
Entendons nous bien, je ne fustige absolument pas l’achat à partir du moment où il est réfléchi et qu’il cadre avec le budget de l’acquéreur. Néanmoins, les prix délirants de ces dernières années amènent à des situations ubuesques dans lesquelles on voit des jeunes s’endetter pour 25 ans pour un petit studio de 30m² … est ce bien raisonnable ?
IV – L’immobilier, l’état et les banques
Le rôle de l’état est il de soutenir le secteur et de favoriser l’accession à la propriété pour les moins aisés, ou au contraire doit il laisser le marché se réguler de lui-même ? Vaste débat, je ne détiens pas la vérité sur le sujet, mais j’ai mon opinion néanmoins. Pour moi l’état est beaucoup trop protecteur sur le sujet, à la limite de l’irresponsabilité. On fait tout pour que les gens s’endettent au-delà de leurs moyens via des aides de toutes sortes (pass foncier, PTZ, scellier, remboursement des intérêts e crédit d’impôt …). Rappelons tout de même que ces aides coûtent énormément à la collectivité, et qu’elles jouent le rôle de perfusion dans un marché dont le maintien des prix bullesques ne profite qu’aux spéculateurs … Les taux d’intérêts, historiquement bas (depuis 1964 sauf erreur de ma part), contribuent également au maintien des prix. Les banques ne jouent pas le rôle de régulateur qui devrait être le leur, au contraire, elles poussent les ménages à s’endetter encore et toujours plus, sur des périodes de plus en plus longues. 25 ans est presque une période de remboursement « normale » aujourd’hui. Le rôle des acteurs du marché cités ci dessus devrait être d’informer des risques et de responsabiliser les gens, à mon sens, plutôt que d’entretenir une gabegie financée par les particuliers. On peut bien rêver …
Plusieurs moyens sont pourtant à disposition pour réguler le marché : hausse des taux (qui forceraient les ménages à se constituer un apport avant l’achat, l’apport initial ayant beaucoup plus d’impact sur des prix moins élevés), taxation des résidences secondaires et plus généralement du capital, suppression ou réduction des aides qui sont trop importantes à ce jour, respect du quota de 20% de logements sociaux, etc …
Je n’ai pas abordé l’inflation et d’autres notions économiques importantes en la matière, n’étant pas économiste, et encore une fois on ne devrait pas avoir besoin de détenir un diplôme sur le sujet pour envisager un achat.
En ce qui concerne la prospective d’évolution sur les années qui viennent, le document de J.Friggit émet des hypothèses très intéressantes et faciles à aborder : http://www.cgedd.developpement-dur [...] 0ab952.pdf
Voilà, c’était le point de vue d’un baissier PD2POV, vous pouvez reprendre une activité normale
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