babysnoopy | babaz2 a écrit :
Déjà désolé si mon post précédent n'était pas très gentleman, mais le mix fond/forme de ton message initial m'est apparu pénible pour le français moyen que je suis.
Pour répondre sur le fond :
1/ courbes de friggit : qu'on soit d'accord ou non avec ses conclusions, les travaux de friggit donnent à mon avis de bonnes clés de compréhension de l'économie immobilière. L'arnaque intellectuelle est plutôt du côté de ceux qui balaient son travail d'un revers de main, qui jugent son fameux graphique sans avoir pris la peine de lire ce qui l'entoure.
2/ augmentation de la population : la pop française augmente de 0,3 ou 0,4% par an => effet négligeable sur le marché immo. De plus, l'essentiel de cette croissance démographique est dû au solde naturel (l'allongement de la durée de vie), pas à l'immigration. Dans les zones les plus dynamiques (montpellier, bordeaux, toulouse), on atteint au max 1,3% de croissance démographique, dont moitié solde naturel, moitié solde migratoire (migrations internes pour une grande partie, pas immigration). Le besoin d'augmentation de l'offre de logements est essentiellement le résultat d'évolutions sociétales (baisse du nombre de personnes par ménage) et économiques (migrations internes)
3/ foncier rare : pas vraiment, le foncier disponible est largement suffisant pour couvrir les besoins. C'est plutôt la paralysie des élus locaux (les maires batisseurs sont souvent déchus au terme de leur mandat), la règlementation (loi ZAN) et la fiscalité sur les terrains (dégressivité de la plus value dans le temps) qui bloquent la production de logements
4/ coût des matières premières : déjà sur le long terme c'est un problème secondaire. Comme tu l'as à peu près écrit, coût d'un logement = coût du foncier + coût de construction + honoraires + coûts divers (frais financiers, etc.). Le prix du marché est le résultat de la confrontation offre/demande. Si le coût de construction augmente alors que le prix du marché est stable, le coût du foncier s'ajuste en conséquence. Pour ce qui est de la conjoncture actuelle, c'est la reprise post covid et l'ukraine qui font grimper les prix, pas la concurrence avec la Chine. Et sur le long terme, on se fout aussi de la concurrence de la chine, les matériaux de construction ne sont pas des bien rares, le volume de production de béton ou de bois s'adapte facilement à la demande
5/ influence du pouvoir d'achat sur le prix de l'immo : le sujet est complexe. Pour simplifier grandement, le prix de l'immo dépend de la demande solvable. Si un pays a de graves problème de compétitivité ou une fiscalité qui devient monstrueuse, la demande solvable devrait diminuer et in fine les prix devraient s'ajuster à la baisse. Pour des raisons qui mériteraient un débat entier, cela n'a pas été le cas sur les 2 dernières décennies. Mais le français moyen, qui vit de ses revenus du travail et n'arrive pas à se loger correctement mérite un peu de considération.
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Je te remercie pour cette réponse argumentée. À te lire, il se dégage l'impression générale que les difficultés d'accès au logement seraient d'ordre conjoncturel plutôt que structurel.
Je comprends la raison de ce point de vue, il est réconfortant... Si l'on adhère à la grille de lecture de Friggit, le retour à l'immobilier pas cher ne serait qu'une question de temps, un simple retour à la moyenne tel le va-et-vient d'un ressort suivant les équations triviales d'un oscillateur harmonique dont la puissance publique aurait corrompu le mouvement.
Cette vision des choses, et en particulier cet hypothétique retour à la moyenne obtient facilement l'adhésion des Français moyens car il permet d'espérer des lendemains qui chantent. Cela n'en fait pas pour autant un modèle juste.
Friggit a un mérite : éveiller la curiosité pour les mécanismes économiques. Mais l'erreur est de s'arrêter à ses travaux.
Friggit, c'est un peu ce professeur en primaire qui nous explique que la lumière se propage de façon rectiligne, une explication simple et séduisante. Mais la réalité est un peu plus complexe. Et les explications du professeur viennent se heurter à l'expérience. Il faut alors retourner à ses livres, et aller vers une analyse plus rigoureuse des facteurs économiques en jeu. C'est le début de l'éveil. On comprend alors que le canal de Friggit est un leurre, de la même façon que le déplacement d'un photon ne suit pas un mouvement rectiligne mais répond à des lois plus complexes. Il faut abandonner sa règle graduée d'écolier et se tourner vers des outils beaucoup exigeant et contre-intuitif, je pense notamment aux calculs d'amplitudes de probabilité pour filer la métaphore.
Au sujet de la dynamique démographique, je te donne un point, il y a effectivement des effets de migration au sein de l'hexagone qu'il me faut pas éluder, notamment une migration des campagnes vers les métropoles. Les Français moyens l'ont accepté en donnant les clefs du pays à des représentants tournant le dos à l'industrie. C'est une dynamique que je connais très bien car je viens d'un endroit où la fermeture de sites industriels à causer beaucoup de mal et de paupérisation. Note que cette dynamique des campagnes vers les villes va mécaniquement s'essouffler à mesure que les campagnes se vident (le processus est déjà bien entamé). En revanche, une dynamique qui ne va pas s'essouffler, c'est l'immigration, environ 200 k personnes par an à loger, ce n'est pas négligeable.
Au sujet du foncier, on peut dire tout et son contraire étant donné qu'il y a d'énormes surfaces vierges de toute construction qui peuvent techniquement être transformés en zone d'habitation. Mais si l'on regarde les zones qui concentrent l'activité économique et l'emploi, c'est indéniable qu'il y a de moins en moins de foncier disponible. Regarde une vue satellitaire de n'importe quelle métropole en 1950 et aujourd'hui. C'est saisissant.
Tu évoques un mécanisme de boucle de rétroaction négative où la dégradation de la "demande solvable" entraîne mécaniquement une baisse des prix. Ça ne marche que dans un système fermé. Mais je te redis qu'il faut composer avec la demande de grandes puissances émergentes. Au sujet des matières premières, je dois préciser mon point : les matières premières ne coûtent rien, elles sont gratuitement disponibles dans le sol. Ce qui coûte de l'argent, c'est leur extraction (ou leur recyclage), et ce coût est essentiellement celui de l'énergie. Or l'énergie, quant à elle, est bien une ressource qui se négocie au niveau mondial. Ce que l'on voit, c'est bien une compétition de plus en plus forte pour les ressources.
nasdak a écrit :
Tu prônes clairement un modèle anglosaxon où le travail est plus rémunérateur ; crois tu que les gens soient globalement mieux logés en uk ou aux usa ?
Penses tu que le couple magasinier/caissière a temps partiel subi est mal logé car il ne connaît pas la valeur travail ?
Tu as le droit d'être libéral mais dire que plus de liberal permettrait de résoudre le problème du logement c'est un raccourci osé.
Le vrai problème du logement c'est celui des gens qui ne peuvent pas habiter a moins de 2h en TC de leur boulot, ou de ceux dont la situation ne leur permet pas de louer un logement. Plutôt les perdants du libéralisme en somme.
Le hfrien qui se sent floué parce qu'il n'accède pas a son pavillon sans vue sur le voisin, pavillon auquel il considère avoir droit par le simple fait qu'il a fait des études, j'appelle pas ça un problème.
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Je ne prône pas un modèle, je décris des dynamiques que certains semblent ignorer.
En synthèse, le pays est actuellement administré comme un parc bovin avec des objectifs quantitatifs et non qualitatifs. Dans cette optique, la surface habitable allouée à chaque tête doit être ramenée à la surface minimale viable, laquelle est nécessairement inférieure à la surface de confort optimal.
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