Danounours92 a écrit :
Disons que j'ai un rapport au logement qui consiste surtout à se forger du patrimoine et se loger.
Après je trouve bizarre d'à la fois avoir été dans une situation de pester sur le niveau des prix (et sur la chance des "boomers" ) et d'espérer que ça monte éternellement une fois qu'on est dans le game. Perso si ça baisse je suis content. Apres ce mode de pensée est ici marginal et c'est du coup assimilé au localooser (t'es aps le 1er à avoir pensé que j'étais un frustré avec 0 patrimoine). Entre la période 2005 qui voyait tout en noir et le krach et la période actuelle qui n'envisage plus du tout de baisse et sur positive tout (il me semble que tu voyais Paris à MT à 20k€ du M avant la crise) , il doit y avoir un juste milieu.
J'alerte notamment quand je le sens sur les conseils qui sont livrés parfois ici qui encouragent à acheter quel que soit la durée de détention sur la base d'expérience passée qui ne se reproduiront-malheureusement- pas éternellement.
Je souhaite aux jeunes le meilleur, pas un modèle de société qui favorise l'héritage et une fracture entre jeunes et senior ( à tout niveau d'ailleurs, pas que pour l'immobilier).
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Tout à fait d'accord avec ton message qui fait bien plaisir. J'avais trainé sur le forum il y a une dizaine d'années et en revenant ici, je suis surpris que même ici, les "baissiers" semblent avoir disparu, laissant place au pessimisme (pessimisme = même nos enfants paieront très cher leur logement). Les montants dont vous parlez sont sidérants, extrêmement élevés quand on regarde les niveaux de patrimoine en France, c'est incroyable.
Je vais raconter ma vie de frustré de l'achat immobilier, qui a foiré son "parcours résidentiel", comme ils disent. Je pense avoir la palme de la loose par rapport au logement et cette bulle immobilière.
Issu d'une famille très modeste comme il y en a tant, je fais quelques études et j'arrive sur Paris pour un stage, vers 23 ans, en 2006. Je ne trouve bien sûr qu'un taudis en banlieue parisienne, où je comprends que le logement va pourrir ma vie, comme tant d'autres là-aussi.
J'arrive à me loger convenablement quand je trouve un boulot "fixe", vers 2007. Convenablement, façon de parler = 30m2 à 2 près du parc Montsouris, bien sûr en location, achat inabordable pendant ces premières années où je constitue des économies et ne suis pas stable niveau vie personnelle jusqu'en 2012.
2012 : déménagement en location en première couronne pour avoir un peu plus grand, 1er enfant en 2014, et mutation professionnelle en 2016 vers Lyon pour que ma femme trouve un boulot plus stable. On déménage, toujours en location car peu de boulot dans notre secteur sur Lyon : on ne se voit pas y rester très longtemps.
"Heureusement" car mon service ferme en 2020 : on doit déménager de Lyon vers Rennes (en banlieue rennaise plus précisément). On demande un logement grand car en 2018 à Lyon on a eu un 2ème enfant. Sauf que c'est la période du 1er confinement, et qu'on nous dit que même en payant un loyer élevé, il n'y a pas de T5 en location. On doit accepter un logement sans avoir le droit de visiter car c'est le confinement : heureusement le logement est sympa, mais trop petit pour envisager un 3ème enfant, on a un T4.
Donc une fois sur place, mi-2020, on commence à chercher un nouveau logement. D'abord en location : je m'en fous d'être locataire à vie, je préfère les actions, je n'aime pas le bricolage ni casser les murs, et ma femme s'en fout aussi.
Sauf qu'ici, il n'y a tout simplement PAS d'offre locative.
Autant à Paris ou Lyon, il y a (un peu) de grands appartements, autant ici, les grands logement sont tous disponibles à l'achat. C'en est déprimant.
Donc bien dégoûté, et aussi avec la pression familiale et sociale, je me résous à faire comme tout le monde : acheter.
Et là, tout ce que j'ai accumulé, imaginé, se réalise, et en pire. Je tombe sur des abrutis d'agents immobiliers (pas tous, mais disons, plusieurs d'entre eux) qui m'expliquent "il va falloir se décider vite" pour payer 700k des ruines avec tout à refaire en banlieue d'une ville de province. Et qui me prennent de haut. J'ai l'impression qu'ils doutent que que j'ai un budget pour acheter les biens qu'ils me font visiter. Tout est bizarre.
C'est un nouveau monde que je déteste, ce n'est pas notre projet, mais on est obligés de le faire si on veut vivre dans plus grand. Et les années passent, on n'est plus tout jeunes. Les enfants vont grandir. Pas envie de les faire à nouveau changer d'école, donc on cherche dans notre secteur actuel.
L'offre est quasi inexistante, on ne nous propose quasiment rien. En regardant sur etalab, on voit qu'on aurait eu des biens sympas il y a un an, autour de 500k. Sauf que le même bien est affiché 730k désormais, et "c'est le marché qui a explosé". Le pire c'est que c'est peut-être vrai, avec la crise sanitaire qui a fait péter un câble aux gens, qui viennent en pavillon à la campagne. Mais on ne sait pas démêler le vrai du faux. On est découragés, complètement perdus.
A la limite, j'en suis à quasiment accepter de payer 750 ou 800k (ce qui est pourtant énorme pour nous). Mais pour franchir le pas, déjà :
1) il faut qu'il y ait de l'offre ! Et là, il n'y a absolument rien.
2) Le peu qu'il y a parait tellement sur-évalué. Exemple : un bien vendu 518k en mars 2020, données etalab. Revendu actuellement à 732k, et "non négociable". Catégorie énergétique F, passoire thermique, gros travaux. A l'extrême limite, on pourrait se dire, allez, achetons, ce sera réglé : mais au minimum je voudrais être sûr que ce sont bien les nouveaux prix du marché, pas qu'on est les seuls pigeons à lâcher 200k de plus que les autres !
Donc on attend, déprimés, en analysant le marché. En visitant les quelques biens sur le marché qu'on daigne nous proposer, quand ils ne sont pas vendus avant qu'on arrive à la visite.
Il n'y a pas d'offre.
Donc on en est là. On a l'impression d'avoir travaillé pendant toutes ces années, pour rien. On a réussi à accumuler un patrimoine net autour de 700k. Et il faudrait accepter de tout lâcher dans la 1ère maison qu'on nous proposera, ou de prendre un crédit sur de nombreuses années. Juste parce que les banquiers centraux ont décidé d'inonder le monde de liquidités, juste parce que des choix politiques ont été fait de ne pas limiter les durées d'endettement, et même de permettre de monter à 35% des revenus alloués au remboursement de crédit. Pour avoir le privilège de payer le même terrain, le même foncier, mais plus cher. Au détriment de tout le reste, de tous les autres secteurs d'activités. Et en demandant à nos enfants de faire pareil, pour que nos moins-values ne soient pas trop fortes. C'est le modèle qu'on veut pour eux, endettez-vous 20 ans juste pour acheter ce terrain ? Le progrès ne passe plus par faciliter les besoins vitaux, comme se loger ?
Dans un pays développé, comment a-t-on pu en arriver là ?