Salut à tous.
Je retente ma chance sur le topic dédié avec un début de roman que j'ai un peu remanié, le roman en est pour l'instant au chapitre 8. Il parle d'un policier qui est chargé d'enquêter sur un tueur en série qui s'attaque aux prêtres.
Je posterai le prologue, le chapitre 1 et le chapitre 2 ci-dessous pour commencer !
Si vous avez des remarques, des impressions ou que sais-je, n'hésitez pas à me les faire parvenir, c'est le but de ma démarche !
Bonne lecture à tous.
Prologue
Le meurtre. Nous, les Hommes, pouvons tuer tout ce que nous aimons. Mère, père, fils, cousins, amis, amants. Nous pouvons réduire au silence tout ce en quoi nous croyons. Religion, honneur, fierté, amour, tristesse, haine. Nous avons le pouvoir d’anéantir tout ce qui jailli de notre âme. Mais il y a une chose que nous ne pourrons jamais tuer. La mort. Elle est la seule meurtrière que nous ne pourrons jamais arrêter. Et si elle n’existait pas, que se passerait-il ? Et si en lisant ces lignes, vous étiez le même ramassis de boyaux qu’il y a 10 000 ans ? Votre corps serait vivant, pas votre esprit. Vous ne feriez même pas attention à ce que j’écris, parce que tout ce que vous désireriez, c’est la mort. Qu’enfin, elle vous délivre. Vous n’auriez aucunes émotions, et qu'un seul désir. La seule chose que vous attendriez, ce serait cette magnifique faucheuse. C’est ça, la fatalité. Avoir peur de mourir et devenir immortel pour enfin désirer plus que tout de passer dans l’autre monde. Si je viens vous chercher, n’ayez pas peur. N’hurlez pas, n’appelez pas tous vos numéros d’urgences préenregistrés. Accueillez-moi. Sinon, avec le temps, c’est votre âme que vous tueriez. Je vous aurais prévenu.
- Vous allez me tuer n’est-ce pas ? Dit un homme attaché à une chaise, réveillant de ses songes l’ombre menaçante qui se tenait devant lui.
- J’en ai bien peur. Répondit-elle, d’une voix rauque.
- Pourquoi ?
- Pour vos crimes, mon père. Pour le sang que vous avez versé sous le regard de Dieu.
- Je ne vois p..
- Silence ! Hurla le bourreau. – Les trois enfants Marshall, chacun retrouvés assassinés, ou plutôt sacrifiés, en l’honneur de votre Tout-Puissant.
Il y eut un moment d’extrême tension, le silence transperçant à l’avance le cœur du condamné, rendant le court couteau du bourreau plus menaçant qu’une épée.
- Croyez-vous que Dieu aime la mort, mon père ?
Cette question inattendue eût au moins l’effet de raviver la flamme de la bête apeurée, le chasseur attendant patiemment sa réponse.
- Dieu est amour. Malgré mes actes, il m’est inconcevable de croire que le Tout-Puissant les accepte.
- Croyez-vous que vous irez en enfer, après notre entrevue ?
Cette phrase eût l’effet d’un tsunami, éteignant les flammes d’espoir qui brûlaient encore, grâce à l’essence de la foi, dans la poitrine du condamné.
- Bien que j’ai tué, je pense avoir assez sauvé pour éviter l’enfer.
- C’est là ou vous vous trompez, mon père. C’est là où tous ceux qui, comme vous, eurent mon couteau sous la gorge font erreur. Il n’y a pas de bon actes ni de mauvais actes. Tout cela n’est qu’une question de point de vue. Dieu aime la mort, il la vénère. Elle est son seul moyen d’entendre des supplications. Elle seule a le pouvoir de mettre à genoux une famille entière, pour qu’elle implore la pitié du Tout-Puissant.
- « Je ne vous suis pas. » Répondis le prêtre.
- Pourquoi mourrons-nous de cancer, d’accident de voiture, d’homicide ? Pourquoi des milliers d’humains meurent d’une lente et douloureuse agonie ? Car c’est le destin, me diriez-vous. La seule chose plus forte que Dieu. Je ne suis pas d’accord. C’est Dieu qui vous tue d’une manière horrible, Dieu qui vous fait naître avec un bras à la place de la jambe. Mais pourquoi ? Pour que l’on prie son nom. Dieu se nourrie des prières des condamnés. Si je meurs d’une longue leucémie, ma famille, mes amis, les amis de mes amis et ceux de ma famille, les médecins de l’hôpital, tous prierons pour moi. Il y a fort à parier, que malgré tous les crimes que j’ai commis, dans cette situation, j’irai au paradis. Or, vous, mon père, vous êtes un homme détesté de son entourage à cause de ses actes abjects, très prochainement assassiné dans un hangar lugubre. Qui priera pour vous ? Je peux vous assurer que vous irez en enfer, mon père.
- « Mais alors ! » S’exclama-t-il, « si il n’y a pas de bons ni de mauvais actes, et que la mort de mes victimes a apportée des prières à Dieu, pourquoi voulez-vous me tuer ?
- On ne touche pas aux enfants. Ils sont aussi innocents que naïf. Ce sont des lapins prêts à se blottir contre les ailes d’un aigle.
- Vous n’en êtes pas à votre première entrevue telle que celle-là, n’est-ce pas ? Ce n’est pas votre premier crime, n’est-ce pas ?
- Effectivement.
- Vous aimez-ça ?
- Non, j’en ai surtout besoin. Il n’y a pas d’actes plus abjects que celui de tuer, mais c’est le seul qui m’apaise.
- Sachez que vous irez en Enfer, j’en suis persuadé.
- Ne m’avez-vous donc pas écouté ? Il n’y a qu’un seul moyen de savoir qui ira en Enfer et qui ira au Paradis, il n’y a qu’une seule question qui subsiste : « Ma mort sera-t-elle plus tragique que la vôtre ? »
Sans laisser le temps au prêtre de répliquer, l’homme lui asséna un coup de couteau précis, lui tranchant la glotte. Le bourreau s’en alla, laissant sa victime s’étouffer dans son sang.
Chapitre 1 : Scène de crime
S’il y a bien une chose que j’ai apprise dans mon métier, c’est que les gens ne connaissent pas sa réelle signification. Avec le temps et l’expérience, j’ai compris qu’un criminel arrêté en amène un autre, et qu’au final, nous sommes plus des acteurs de la vengeance des proches de la victime que de réels hommes de justice.
A défaut d’arrêter des criminels, notre travail consiste aussi à apporter du réconfort à la victime. Lui dire que tout va bien, qu’elle peut dormir sur ses deux oreilles sans craindre de se les faire arracher. Cependant, l’humain à un instinct, aussi pur et naturel que l’or, l’instinct de survie. Une fois qu’il est mis à contribution, une fois qu’une lame vient le solliciter, il devient craintif. L’Homme devient alors une proie au lieu d’être le prédateur, et la victime passe le reste de sa vie à regarder derrière elle pour prévenir un coup mortel plutôt qu’à regarder vers l’avant, vers l’avenir.
Nous, les policiers, avons aussi une troisième fonction, corriger les délinquants. Nous sommes comme des psychologues, dont l’arme thérapeutique est la prison. Nous pensons qu’une fois que le drogué aura purgé sa peine de 5 ans pour détention de substances illicites, une fois qu’il aura vu à quoi ressemble le milieu carcéral, il se résignera à tuer un dealeur pour récupérer sa came, par peur de passer le reste de sa vie dans un mouroir. Parfois, nous espérons que, grâce à nous, le monde sera débarrassé d’un monstre ou qu’un jeune aura encore l’espoir de s’en sortir. Or, ce n’est pas un hasard si mon métier ne souffre pas du chômage.
C’était un matin banal à Miami, j’avais reçu un appel de la centrale : « Meurtre près du Benito Juarez Park, dans le hangar du concessionnaire de voiture »
Tout le monde connaissait le concessionnaire de voiture du Benito Juarez Park. Cet afro-américain de 40 ans avait durant 10 ans, assassiné plus d’une vingtaine de prostituée dans son hangar. Une sombre histoire, que la presse avait enflammée après que le criminel eût été tué par un agent fédéral lors d’une perquisition, l’agent prétextant la légitime défense.
Bien entendu, et comme c’est souvent le cas avec le FBI, c’était suspect.
Depuis ce scandale qui a fait parler Miami pendant tout un mois, les dealeurs et autres petits criminels s’étaient dit que ce hangar suscitait assez la peur et le dégoût pour être un endroit parfaitement désert et adéquat à leur délits.
Quelle fut ma surprise quand arrivé sur place, le meurtre n’était pas dans les standards de cet endroit. Le règlement de compte bâclé, les preuves mal effacées et la lourde odeur de stupéfiant auquel je m’attendais avait laissé place à une scène de crime épurée et un coup de couteau aussi précis que mortel. On aurait pu croire qu’une agence de nettoyage avait lavée l’endroit dans chaque recoin tellement le passage du meurtrier était fantomatique. Même les traces de semelles, pourtant presque inévitable était absente. Comme si la victime avait été assassinée dans un autre endroit et que son corps avait délicatement volé jusqu’ici.
Cette barbarie soignée contrastait avec le Benito Juarez Park. Ce hangar qui abritait un cadavre était entouré d’une magnifique étendue d’herbes, de fleurs et de palmiers si typiques à la Floride. Entouré des bras de la nature, les femmes se baladaient avec leurs enfants et les gamins jouaient au ballon sous les protestations de vieilles personnes, désireuses de profiter de ce somptueux décor avant leur trépas. Qui de ces innocents citoyens auraient pu se douter qu’à quelques mètres d’eux, un prêtre gisait, vidé de son sang ? Il avait emporté avec lui toutes les confessions de ses fidèles. Gare à vous ! Dieu sait tous vos plus noirs secrets maintenant.
Le criminel ayant commis cet acte était un vrai criminel, de ceux qu’on appelle tueur et non pas meurtrier. Bien qu’il n’y en ai pas de faux, il y a bien une distinction entre un meurtrier et un tueur. Le meurtrier tue par nécessité et parfois inconsciemment, règlements de comptes, vengeances, pulsion de rage…
Le tueur lui, est organisé, soigné, prend son temps, préfère la traque à l’acte de tuer, et surtout y prend du plaisir. C’est de cette catégorie là où nous espérons aboutir à une arrestation, un tueur ne tue jamais une fois, et malheureusement, il faut souvent attendre plusieurs meurtres pour pouvoir les relier à une seule personne.
La scène de crime présente devant mes yeux était celle du « vengeur divin ». Ses méfaits n’étaient pas difficiles à reconnaître : Un homme de foi, toujours impliqué dans de sombres affaires de pédophilie, de meurtres ou de tortures envers des fidèles, sans jamais avoir été inculpé fautes de preuves, assassiné par un coup de couteau au cou, tantôt tranchant la carotide, tantôt égorgeant simplement la victime.
Il était bien sur interdit de relier un meurtre à un tueur en série avant d’avoir réunis concrètement toutes les caractéristiques de ses crimes, de son mode opératoire, du choix de ses victimes, et d’avoir évincé la thèse de l’imitateur, or nous savions déjà tous ce qu’il en était. Le prêtre étant connu de nos services, car nous l’avions traqué pendant des mois, il était évident qu’un autre avait pris le relais de notre traque, avec des méthodes plus radicales.
Il est de mise de dire que cet homme est un artiste. Bien qu’aucun de nous n’ait le courage de dire de telles choses devant une caméra.
Ce tueur en était à son quinzième prêtre assassiné, oscillant parfois vers des évêques ou des moines, choisissant ses victimes de Washington D.C à Miami. Il était amusant de voir que l’église catholique regorgée de tant de monstres rien que sur la côte Est, même si c’était le troisième homme de foi assassiné dans Miami. Ce dernier prêtre, soupçonné du meurtre de 3 enfants, n’était même pas le plus abject des victimes du vengeur divin.
Le terme d’artiste lui convient non pas grâce au choix de ses victimes, qui causa une indignation dans l’église catholique de voir tant de ses hommes de foi tomber, mais qui parallèlement lui octroya une sorte d’amour de l’opinion publique, la presse le définissant plus comme un mystérieux anti-héros que comme un criminel sans foi ni loi. Certains journalistes allant jusqu’à l’encenser.
Non, le terme d’artiste convient de par ses scènes de crimes. Chaque scène est une œuvre d’art, nous pouvons les assimiler à des tableaux qui auraient pu être peint par Monet ou Picasso. Aucune imperfection, tout est mesuré, propre.
Il ressort de ces scènes de crimes une beauté terrifiante, comme si un policier ne pouvait être qu’admiratif devant tant de perfection, mais terrifié devant une facilité aussi déconcertante de tuer sans risquer d’être arrêté.
Mon supérieur, le Lieutenant Edgar Droover, s’approcha de moi.
Cet homme était l’Ours de notre service. Il avait passé sa vie à chasser des criminels, en tuant parfois, par défense. Il est dit que son pistolet a explosé autant de tête que les poings de ses bras démesurément musclés. Il inspirait un sentiment de confiance naturel à tous les membres de notre service, tandis que son corps trapu, ses nombreuses cicatrises et sa voix lourde et grave leur donnaient une impression de protection plutôt que de méfiance.
De mon côté, son corps de bodybuilder, sa tête de super-méchant de bande-dessinée et son attitude particulièrement abject avec moi me rendait à penser que mon boulot serait plus calme si il était à la place du corps encore frais du prêtre.
- Toi la ? Qu’est-ce que tu fous encore à regarder le ciel ? Tu n’as pas des preuves à chercher par hasard ? T’es payé pour te la toucher ? Cracha-t-il.
J’avais oublié de préciser qu’il était aussi particulièrement rustre et grossier.
- Sauf votre respect Lieutenant, tous mes collègues ont déjà fouillé les moindres recoins de la scène de crime, et vous en savez assez sur le vengeur divin pour savoir que..
- Rien à foutre du nom que vous donnez toi et tous les autres à l’ordure qui a fait ça. On est là pour arrêter un criminel. Si ça me plait de te demander de passer ta journée à fouiller et refouiller cette scène de crime, t’obéis, c’est clair ?
- Oui, Lieutenant.
- Va avec Manson faire une enquête de voisinage pour savoir si on n’a pas de témoin visuel, je veux un rapport demain matin à la première heure sur mon bureau, sinon tu comprendras pourquoi on m’appelle « L’Ours », je me suis bien fait comprendre ?
- Ce sera fait. Répondis-je.
Sur ces doux mots, il me tourna le dos, or j’avais une question osée que je décidai de lui poser à mes risques et périls.
- Lieutenant, j’ai une question.
Il se retourna.
- Quoi ? Dit-il.
- Si notre victime est réellement celle qui a tué les trois enfants Marshall, ça ne vous soulage pas qu’elle soit morte ?
- Si vous étiez le père de cette victime, ne voudriez-vous pas planter vos ongles et déchirer chaque morceau du cœur de celui qui a tué votre fils ? Vous ne comprenez rien tous. Vous n’avez pas assez d’année dans le métier pour comprendre qu’on n’est pas là pour faire du sentimental et débattre sur le bien et le mal. Il y a un crime commis, et il est de notre devoir de rendre justice comme l’indique la Loi. Que notre victime soit Hitler ou Gandhi, ça n’a aucune importance. Maintenant je crois que t’a du boulot.
- Oui, Lieutenant.
Je partis donc rejoindre Manson, un brigadier débutant dans le métier bien qu’assez prometteur, pour faire une enquête de voisinage qui n’allait aboutir à rien, je le savais d’avance. Fort heureusement, Manson avait une mère mexicaine et un père noir, dans ce quartier où les blancs se font rares, il allait être assez utile. Bien que son utilité ne soit restreinte qu’à un gain de temps et d’énergie.
Le vengeur divin ne se fera pas coincé à cause d’un banal citoyen qui aurait vu quelque chose de trop, croire à une telle ineptie relevé de l’insulte.
Chapitre 2 : De l’avis d’un tueur
Avec le temps, j’ai remarqué que le mot « Pourquoi » était une condition sinéquanone à l’acte de tuer. Comme si le condamné devait absolument connaître la raison de sa condamnation, pour ce justifier lui-même de sa mort. Il y a deux sortes de tueurs. Il y a de ceux qui ne prenne pas le temps de répondre à cette question, tuant par pulsion, et de ceux qui prenne le temps d’amener sa victime à la réflexion. Il y a plusieurs manières de pousser la victime à raisonner sur sa mort. Par des jeux sadiques, bien que ceux-là ne dépendent souvent que du simple amusement du bourreau, par la mise en évidence de ses crimes, ou par une conversation. Moi, je me plais à converser. Il est étonnant de voir comment par ce procédé, le condamné s’acharne à continuer le dialogue, se torturant psychologiquement lui-même, en repoussant un trépas qu’il sait inévitable. Notre esprit à nous les tueurs, et je l’admets entièrement, est tordu. Si notre victime nous insulte et jure une vengeance terrible, nous en prenons autant de plaisir qu’à la voir essayer de presque devenir notre amie.
Mais il y a plus jouissif que tous ces plaisirs malsains, cette chose sans laquelle les tueurs n’existeraient pas, la traque. Quel intérêt aurions-nous à égorger une victime servie sur un plateau ? La traque est le plaisir le plus malsain qu’il existe. Sentir notre piège se refermer sur une proie inconsciente de son destin nous rend plus euphorique que le ferais une dose d’héroïne, au point que certains tueurs révèlent leur intention avant d’avoir pu attraper leur victime, pour rendre la tâche plus ardue.
Or, et selon toute logique, cette traque est le combat le plus inégal qu’il existe. Prenez le dernier des idiots, armez le d’un couteau, dites-lui d’aller tuer le plus malin des hommes, et il aura quand même un coup d’avance sur lui. Comme si l’entaille de sa lame était déjà présente et n’attendait qu’un signal pour s’ouvrir, béante.
C’est à ce jeu dangereux que je m’exerçais aujourd’hui.
Le prêtre que j’avais tué chez le concessionnaire de voiture avait été net et sans bavure. La pauvre équipe de policier que j’avais observé, se démenant à trouver des preuves que je savais inexistantes, ne me faisait pas ressentir le moindre frisson de peur.
La solution la plus efficace serait de faire passer mes prochains crimes pour ceux d’un imitateur, et faire croire à ma rédemption. Scène de crime mal nettoyée, empreinte de chaussures par-ci, gouttes de sang par-là, tout était bon à mettre en scène pour contraster avec la perfection de mes dernières œuvres.
Cependant, prudence reste le maître mot, car plus je laisserai de fausses preuves derrière moi plus je risquerai d’en laisser des vraies.
C’est dans l’Eglise de Santa Barbara, à 50 kilomètres de Miami que la traque commença.
Le père Marc avait été impliqué dans un meurtre d’un fidèle de l’église, relâché à cause d’un vice de procédure, il n’avait pas été excommunié, l’Eglise croyant dur comme fer à son innocence.
Pour rendre mon jeu plus excitant, j’avais moi-même mis mes règles. J’allais tout d’abord me rendre au confessionnal. Quoi de plus amusant que de confesser à un prêtre le crime qu’il avait commis ?
Après avoir entendu les trémolos coupables de sa voix, j’attendrai la tombée de la nuit.
Profitant de la forêt en bordure de l’église, je me précipiterai vers lui, un air apeuré au visage, lui criant qu’un homme avait été blessé par un chasseur, suppliant son aide.
En bon serviteur de Dieu, il me suivra sans hésitation, s’enfonçant dans les bois. Quand j’aurai convenu que son unique et dernier cri ne percera pas le voile d’arbre pour se faire entendre d’une oreille humaine, je lui déchirerai le cœur, prenant soin de laisser planter mon couteau dans son orifice.
Moi, je trouverai mon compte dans cette affaire. Un meurtre rapide dans une forêt avec l’arme du crime à portée, la police croira à un imitateur maladroit. La traque sera assez excitante pour me satisfaire, et j’aurais encore une fois débarrassé le monde d’un meurtrier. Ce dernier argument aurait pu alléger ma conscience, si j’en avais une. Mon choix de concentrer mes meurtres sur des hommes de fois assassins n’était pas pour me qualifier d’héros de l’ombre ou de « vengeur divin » comme s’amuse à m’appeler les journaux. Non, mes actes étaient, grossièrement, un doigt d’honneur à Dieu, lui rendant ses hommes qui accomplissaient le mal qu’il a créé.
J’entrai dans l’église et me dirigeai vers le confessionnal, prêt à accomplir mon dessein.
- Pardonnez-moi mon père, car j’ai pêché.
- Qu’avez-vous fait, mon fils ?
- J’ai tué.
- Que dites-vous, mon fils ?
- J’ai tué. J’ai tué un homme, qui comme moi va à l’église et prie notre seigneur. Je l’ai tué sans raison.. Parce que j’avais envie de le tuer. Vous comprenez, mon père ? Ensuite, la police est venue me chercher, j’ai été mis en garde à vue, et grâce à mon avocat, j’ai été relâché pour vice de procédure.
- Avez-vous imploré le pardon du seigneur, mon fi..ls ?
Bien, sa voix commençait à trembler. Bien que ce n’était pas encore la voix de la peur, mais celle de la culpabilité.
- Oui, mon père. J’ai prié jour et nuit pour mon pardon. Mais j’ai peur.
- De quoi avez-vous peur ?
Il avait repris la maîtrise de sa voix, je me délectais de ce moment, sachant qu’elle allait dérailler à ma prochaine phrase.
- J’ai peur de la vengeance. J’ai peur quand je dors de ne pas me réveiller. J’ai peur que quand je marche, la personne derrière moi pointe un revolver sur moi. J’ai peur de me faire foudroyer quand je prie à l’église, là où je devrais me sentir pourtant le plus en sécurité.
Ces derniers mots, je l’ai avaient prononcé sèchement, la menace presque perceptible.
- Et bien.. Mon fils.. Je ne suis pas habitué à parler de ce genre de.. problème. Je vous conseille de vous recueillir encore dans la prière. Lisez la bible, priez, dieu vous pardonnera.
- C’est ce que vous feriez ?
- Je.. Oui. Dit-il, d’un ton qui sonnait la fin de la conversation.
- Vous êtes sur ? Insistai-je.
- Oui. Revenez me voir plus tard si vous perdez pied.
- Cela vous ai déjà arrivé de perdre pied, mon père ?
- Cette entrevue est terminée.
J’étais déçu. J’avais espéré le taquiner encore un peu. Il avait été plutôt habile, perdant la face que peu de fois.
Par ironie, j’allai allumer une bougie. Ma prière n’était en fait qu’un message à Dieu, de ce genre ci « Un de tes amis va bientôt arriver ! »
Je partis de l’église le cœur impatient de revoir mon condamné, je m’allongeai dans l’herbe, juste derrière les premiers arbres de la forêt. Je m’allumai une cigarette et contemplai le ciel, sa teinte bleutée laissant peu à peu place à la noirceur. A 20h, le père Marc sorti de l’église et s’avança dans le chemin. En prenant soin de soigneusement ranger mes mégots dans la poche intérieure de mon blouson, je pris un air effrayé et accouru vers lui.
- Monsieur ! Mon père ! S’il vous plaît !
- Qui est là ? S’exclama t-il, pris au dépourvu.
- Peu importe mon nom ! Il y a un homme blessé à quelques dizaines de mètres de là, dans la forêt ! Un chasseur lui a tiré dessus ! S’il vous plaît aidez-moi !
J’étais fasciné de mon habileté à transformer ma voix, me rendant méconnaissable. Si j’avais gardé la même que dans le confessionnal, il y a fort à parier qu’il aurait pris ses jambes à son cou.
- Ou ça ? Il est gravement blessé ? Répondit-il, affolé.
- Je ne sais pas ! Aidez-moi, suivez-moi, vite !
- Dépêchez-vous ! Mon dieu cet homme s’il n’est pas mort à de la chance que vous soyez passé par là !
« Oh oui, pas autant que vous » Ces mots résonnèrent si fort dans mon esprit que je cru que le prêtre pouvait les entendre.
Mais malheureusement pour lui, il me suivit dans la pénombre de la forêt, accourant vers sa mort.