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Auteur Sujet :

Ecrire un livre : vos romans amateurs (Màj du 1er post)

n°33782668
lazarock
And a pizza with pepperoni !
Posté le 28-03-2013 à 12:08:28  profilanswer
 

Reprise du message précédent :

biezdomny a écrit :


 
Je ne pense pas qu'il y ait de problèmes ! En ce qui me concerne moi-je, comme je l'ai dit sur le topic atelier, j'aime bien en général relire et commenter les textes des autres parce que ça conduit souvent à un exercice intellectuel intéressant.


 :jap:  
 
Bon, il faut imaginer "Grand Archives - Sleepdriving" en fond sonore.
 
Note avant la lecture : Ce sont des scènes fictives.
 
 
Lettre ouverte à une somptueuse créature.
 
"Et si...
 
Et si pour une fois, j’étais l'observateur ?
 
Et si pour une fois j’étais mon propre protagoniste ?
 
Je suis assis dans le fond de la salle, branché tel un automate sur la seule prise fonctionnelle d’un local chaleureux, une pièce où l’on aime à venir apprendre de nouvelles choses.
 
Lundi matin, les trois quarts de matinée fraichement entamés, nous sommes une centaine d’étudiants, éparpillés dans un amphithéâtre confortable où il fait froid.
 
Un cours d’oncologie, dispensé par une Grecque, où personne ne semble réellement passionné par ce qu’elle nous dispense, objectivement intéressant,  subjectivement barbant.
 
Lumière vive sur les ailes, tamisées sur le centre, l’envie de dormir ne manque pas, et pourtant, je n’arrive pas à fermer les yeux, à les éloigner longtemps de toi.
 
Ah, je reconnais bien là la malveillance de mon cœur, attiré par des femmes au physique de rêve, à la bonté démesurée.
 
Tu es là, si proche et si loin à la fois, à la limite entre l’ombre et la lumière, une symbolique que je ne manque pas de remarquer et qui résonne en moi comme un orgue au sein d’une église, tu te tiens droite, fière et sublime, attelée à quelques tâches qui me sont inconnues.
 
A seulement trois mètres sur ma droite, je t’observe et te contemple, discret et gêné, sans que tu ne puisses le voir.
 
Un ruban noir autour du cou, une veste bistre sur les épaules, de jolis cheveux sombres dissimulant ta nuque, tes oreilles, un œil. J’aperçois par intermittence tes formes modelées par un haut violet, embrassant ta chair ; m’embrasant, pauvre hère.
 
Un regard lancé à ta voisine, quelques paroles échangées, et je peux voir ton visage dans son intégralité. Ton front dégagé, m’inspirant la pureté d’un agneau, d’une fleur de lotus, conclusion d’une symphonie en cinq actes.
 
Alors que l’ambiance devient tonitruante à cause d’une praticienne venue déranger le déroulement du cours, ton regard croise le mien, à plusieurs reprises. Peut-être suis-je en train de rire trop fort, peut-être n’est ce que mon imagination.
 
 
 
Recommence la symphonie.
 
 
 
Introduction somptueuse, orchestrée par ton menton, arrondi et rentré, un tapis de vents mettant en avant les premiers solistes, tes lèvres symétriques.
 
Souvent closes et resplendissantes d’un rose pâle, un rose discret en accord avec le reste de ton corps, toutes tes paroles sonnent et chacun de tes mots retentit comme une assemblée de flûtes jouant à l’unisson. Tes lèvres sont les becs de ces instruments, de fines lames que j’aimerais sentir trancher ma peau, remonter le long de mon cou pour s’appliquer tout contre mes lèvres, fines et longues.
 
Alors que le solo s’estompe et que la mélodie reprend de sa superbe, j’entends se réveiller les basses et les cuivres.
 
Ton nez, pic arrondi et relevé protégeant tes douces lèvres, claironne comme les euphoniums, présent, imposant, mais pourtant invisible. Créé pour rester discret, créé pour rester décoratif, ce nez n’est pas sans me rappeler tes oreilles, qui apparaissent alors que tu passes des doigts agiles le long de tes cheveux soyeux. Petites et arrondies, je m’amuse à constater que tout ton corps est à cette image, évitant les angles douloureux, sans pour autant être circulaire. Un corps comme façonné pour ne jamais blesser, pour toujours combler.
 
Tes yeux sombres et intrigants, pourtant vif et joyeux, me renvoient en plein visage une vague d’énergie revigorante, tels les cuivres déchainés rentrant en transe, puissants et imposants, sans jamais être dérangeants. Des yeux agréables à regarder, calmes et reposants malgré l’improbable brouhaha qu’ils génèrent en moi.
 
 
 
Le reste de ton corps est à cette image.
 
 
 
Te voyant t’éloigner alors que vient la pause, je peux contempler avec admiration tes jambes fastueuses, simplement et doucement supportées par des pieds de ballerine. Je devine sous ta veste une taille de rêve, peut-être pas celle des magazines de modes mais en tous cas la mienne. Une taille qui me comble d’envies, celle de t’enlacer, de te caresser, embrasser chaque parcelle de cette femme charnelle qui une fois encore regarde dans ma direction, me sourit.
 
Alors que je viens à penser à regarder ton buste, ton haut violet m’interpelle, me rappelle les limites à ne pas dépasser, et je laisse à ma curiosité la rage de ne pas tenter de deviner ce qui se cache sous ce vêtement améthyste.
 
Mon regard se pose encore une fois sur ton visage, et j’aime ce visage.  Je l’observe avec douceur, profite de chacun de ses mouvements, de chacune de ses formes comme si c’était la dernière fois que j’y avais droit.
 
Est-ce malvenu que d’admirer une belle personne sans jamais le lui dire ? Peut-être. En tous les cas, cela me permet de contenter ses yeux quelques temps encore.
 
Ces regards et ces sourires m’étaient destinés, je le sais.
 
C’est agréable de recevoir tant d’attention.
 
Peu m’importe que ton cœur, que ton corps, ou que ton esprit ne soient tout dévoués à un autre, tout ce que j’aimerai, c’est te connaître un peu plus, savoir qui se cache sous ce physique enjôleur, ne serait ce qu'y apposer un prénom, car tu le sais, je ne suis pas doué pour m'en souvenir.
 
Je suis un hère bien tête en l'air.
 
 
 
 Peut-être te reconnaitras tu, et laisseras tu un nom, un mot comme on signe une lettre."
 
 
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Petit papillon de nuit
 
"Lumière rotative, portative, balayant la rue et ses maisons prenant vie, immobiles et silencieuses, seulement dérangées par le cri strident mais intermittent d'un engin de vie, un engin de mort, un engin d'espoir et de désespoir. Importe ce qu'il transporte.
 
Nuit noire sur les champs et les rangées de vignes, il faudra encore attendre pour que le soleil sorte de sa torpeur quotidienne, enivrante et nécessaire, et nous darde de ses rayons ardents, Ô combien précieux en ces temps austères.
 
On peut apercevoir un arrêt avec indiqué quelques horaires, vétuste souvenir d’une époque révolue.
 
Dans cette cacophonie générale, seulement  entrecoupée par un changement de ton précédant le retour au ton précédent, reste un heureux homme qui profite de cette nuit interminable, tranquillement allongé, résistant aux agressions dont ses sens pourraient être les victimes. Résistant au chant des sirènes, solidement attaché à son mat le dirigeant vers des songes meilleurs, résistant aux illuminations d'illuminés, de pauvres fous égarés ne cherchant qu'à le sortir de son lit robuste, ne cherchant qu'à l'éveiller, le réveiller. Posé tout contre lui, comme une broche accrochée sur son col, un papillon sortant de sa chrysalide, hésitant encore à prendre son envol.
 
Quelques voitures l'encerclent, les ombres se pressent et s'affairent, resserrant leur étreinte, tout en expulsant quelques badots trop curieux. Que se passe-t-il ? Incendie ? Incident ?
 
Non. Rien de tout cela.
 
Mais qu'est-ce donc que ce vacarme assourdissant autour de ce lit si confortable ?
 
Quelle raison peut bien pousser ces visages sans figures, ces doigts sans empreintes, à tripoter, à fouiller et à déshabiller ce pauvre hère sans défenses ?
 
A bien s’y attarder, le voici habillé d’une jolie chemise rouge et boutonnée quoi que déchirée à de multiples endroits, dérobée à des gens heureux sans doutes, un agréable pantalon en velours noir taché ci et là de terre et liquides incongrus, et de somptueuses, enfin ce qu’il en reste, chaussures en cuir. Avec un papillon, un compagnon fier et fidèle, posé sur son épaule découverte.
 
Non loin de lui une veste sombre gisante, raide et impassible, veillant sur le jeune homme comme l’on veille sur un enfant malade.
 
« Que font toutes ces voitures autour de moi ? Laissez-moi dormir ! pense-t-il »
 
 Torse nu et chemise déchirée, pour un instant, pour un instant seulement le voici admiré par l’assistance.
 
Cette assemblée assoiffée de sang, avide de tragédie, ne pouvant subsister sans avaler les immondices régurgitées par les médias corrompus, ces nouveaux prophètes fumant, fumeux se retrouvait servie d’un plat délicieux, quoi qu’un peu froid.
 
Il fait froid, que quelqu’un ferme cette porte !
 
Le vent se met peu à peu à balayer les cheveux de l’aréopage, contemplant le torse bondir sous la puissance des anodes et des cathodes disposées ci et là sur ce buste inanimé.
 
La pluie commence à filtrer, à s’écouler pour au final n’être qu’un fin filet destiné à humecter les lèvres roses, perlées de rouge, de cet indolent vermisseau. Une rivière nettoyant ses vêtements crasseux, ses plaies béantes et son sang sur le goudron.
 
Toujours endormi, malgré ces spasmes imposés, malgré ces hurlements sinistres retentissants dans tout le voisinage, malgré ces flashs effrayants balayant son corps à la recherche de quelques traces, de quelques fluides, rien ne semble pouvoir l’éveiller à son statut d’Homme. Le papillon reste impassible, endormi tout contre l’épaule solide du bel homme.
 
Au loin, on entend les murmures, les sanglots d’un homme d’âge moyen s’expliquant avec des hommes habillé d’un beau costume bleu malgré l’heure précoce de cette journée de février.
 
« Pourquoi pleure-t-il ? se demande le jeune homme Pourquoi m’interdire de m’endormir, loin de cette folie, loin de ces ridicules successions d’évènements sans intérêt ? Il fait tellement froid, il fait tellement sombre..»
 
Puis, alors que son esprit tentait vainement de trouver des réponses à ces interrogations, il commença petit à petit à disparaitre dans les ténèbres, à épouser et n’être que ce qu’il est né. Un animal des ténèbres, une sombre personne vivant dans la nuit noire, fascinée par la lumière, fascinée par ces ampoules arrivant à vive allure, désireux de les attraper. Un débile ayant toujours envié les enfants nés dans la lumière, quand lui n’arrivait pas à sortir de ses ténèbres mentales.
 
 
 
 
 
Le papillon a une fois de trop été attiré par la lumière."
 
 
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J'en ai d'autres sous le coude, de styles bien différents, plus proches de ce que je faisais avant, d'autres plus personnels, moins dans l'expérimentation.


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Expert es-COGIP2000, RH patenté
mood
Publicité
Posté le 28-03-2013 à 12:08:28  profilanswer
 

n°33783449
Chou Andy
Would you know my nem
Posté le 28-03-2013 à 13:21:57  profilanswer
 

Ahem, un peu too much pour moi  [:ocolor]  
 
La description de la bonnasse regorge de poncifs et n'a pas l'élégance plus ou moins revendiquée, bref j'ai pas trop accroché. Mais peut-être que je suis mal luné. Ceci dit l'exercice est extrêmement difficile à mon avis.
 
Petit point technique : "quelques" au pluriel ça veut dire "plusieurs", si c'est pour l'employer comme adjectif indéfini du genre "un certain" ou "un quelconque" il faut le laisser au singulier. Par exemple on écrira toujours "quelque temps" (sauf si on parle de quelque chose de dénombrable comme les temps en musique, etc.).


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J'aurais voulu être un businessman
n°33797321
biezdomny
MONSTERS DO NOT EAT QUICHE!
Posté le 29-03-2013 à 16:03:27  profilanswer
 

Je partage l'avis de Chou Andy sur le côté un peu grandiloquent. Ca peut faire partie de l'exercice de style mais c'est un peu dommage, on a l'impression que tu te forces. En fait, c'est un problème d'équilibre.
 
Par exemple dans le premier texte, tu décris la femme comme une symphonie, mais une symphonie c'est bien plus qu'une accumulation d'instruments. Si c'était l'objet de l'exercice de style, on peut regretter que tout le texte ne soit pas structuré autour, avec une première partie allegro, un scherzo avec des phrases plus rapides, etc. Ici, on sent que tu essaies de faire quelque chose mais on n'a pas l'impression que ce soit complètement abouti, par exemple on a l'impression que ce qui vient avant et après (la description de l'amphi, la conclusion de la lettre) est un peu hors du truc. On a un peu envie de dire : c'est cool, tu sais ce que c'est qu'un euphonium, maintenant fais-en quelque chose  [:am7:3]  
 
C'est un peu la même chose pour le deuxième texte (je l'ai lu un peu plus vite donc j'ai pu manquer des choses). Il y a des phrases qui sont sympa, mais on a encore l'impression que tu en fais trop et ça déséquilibre le texte, avec des mots compliqués bien écrits (aréopage) à côté de mots simples mal écrits (badots) et des phrases quelquefois maladroites comme "On peut apercevoir un arrêt avec indiqué quelques horaires, vétuste souvenir d’une époque révolue." : "avec indiqués quelques horaires" ça fait un peu courant/familier alors que "vétuste souvenir d’une époque révolue" est à l'opposé (et a probablement un adjectif de trop, on a souvent tendance à mettre trop d'adjectifs).  
 
L'impression que ça donne est que tu essaies de faire des exercices de style (ça c'est toujours bien) mais la contrainte de style que tu te donnes n'est pas forcément évidente au lecteur (donc peut-être n'est-elle pas poussée au bout ?) et on a une certaine impression d'hétérogénéité à l'arrivée. Donc, soit (comme pour la contrainte de style) il faudrait travailler encore sur le texte pour le lisser, soit peut-être tu n'as pas encore trouvé le tien (de style) et du coup au lieu d'être une base stable à l'exercice de style il vacille et oscille trop.  
 
Pardon si ça a l'air trop critique, c'est jamais évident de s'exprimer sur les textes de quelqu'un d'autre.  
 
Et sinon, si tu t'ennuies, je pense que tout le monde serait ravi de te voir sur le topic atelier d'écriture de BrisChri, ça paraît tout à fait dans le thème (vu qu'on fait de courts - en général - textes à contraintes).


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Expos et muséesÉgyptologie (stupid sexy Jean-François Champollion) — team bépo
n°33806017
lazarock
And a pizza with pepperoni !
Posté le 30-03-2013 à 20:15:24  profilanswer
 

Chou Andy a écrit :

Ahem, un peu too much pour moi  [:ocolor]  
 
La description de la bonnasse regorge de poncifs et n'a pas l'élégance plus ou moins revendiquée, bref j'ai pas trop accroché. Mais peut-être que je suis mal luné. Ceci dit l'exercice est extrêmement difficile à mon avis.
 
Petit point technique : "quelques" au pluriel ça veut dire "plusieurs", si c'est pour l'employer comme adjectif indéfini du genre "un certain" ou "un quelconque" il faut le laisser au singulier. Par exemple on écrira toujours "quelque temps" (sauf si on parle de quelque chose de dénombrable comme les temps en musique, etc.).


Je ne comprenais pas ton premier paragraphe jusqu'au message de biezdomny, mais je note le second pour ne plus faire l'erreur :jap:

biezdomny a écrit :

Je partage l'avis de Chou Andy sur le côté un peu grandiloquent. Ca peut faire partie de l'exercice de style mais c'est un peu dommage, on a l'impression que tu te forces. En fait, c'est un problème d'équilibre.
 
Par exemple dans le premier texte, tu décris la femme comme une symphonie, mais une symphonie c'est bien plus qu'une accumulation d'instruments. Si c'était l'objet de l'exercice de style, on peut regretter que tout le texte ne soit pas structuré autour, avec une première partie allegro, un scherzo avec des phrases plus rapides, etc. Ici, on sent que tu essaies de faire quelque chose mais on n'a pas l'impression que ce soit complètement abouti, par exemple on a l'impression que ce qui vient avant et après (la description de l'amphi, la conclusion de la lettre) est un peu hors du truc. On a un peu envie de dire : c'est cool, tu sais ce que c'est qu'un euphonium, maintenant fais-en quelque chose  [:am7:3]  
 
C'est un peu la même chose pour le deuxième texte (je l'ai lu un peu plus vite donc j'ai pu manquer des choses). Il y a des phrases qui sont sympa, mais on a encore l'impression que tu en fais trop et ça déséquilibre le texte, avec des mots compliqués bien écrits (aréopage) à côté de mots simples mal écrits (badots) et des phrases quelquefois maladroites comme "On peut apercevoir un arrêt avec indiqué quelques horaires, vétuste souvenir d’une époque révolue." : "avec indiqués quelques horaires" ça fait un peu courant/familier alors que "vétuste souvenir d’une époque révolue" est à l'opposé (et a probablement un adjectif de trop, on a souvent tendance à mettre trop d'adjectifs).  
 
L'impression que ça donne est que tu essaies de faire des exercices de style (ça c'est toujours bien) mais la contrainte de style que tu te donnes n'est pas forcément évidente au lecteur (donc peut-être n'est-elle pas poussée au bout ?) et on a une certaine impression d'hétérogénéité à l'arrivée. Donc, soit (comme pour la contrainte de style) il faudrait travailler encore sur le texte pour le lisser, soit peut-être tu n'as pas encore trouvé le tien (de style) et du coup au lieu d'être une base stable à l'exercice de style il vacille et oscille trop.  
 
Pardon si ça a l'air trop critique, c'est jamais évident de s'exprimer sur les textes de quelqu'un d'autre.  
 
Et sinon, si tu t'ennuies, je pense que tout le monde serait ravi de te voir sur le topic atelier d'écriture de BrisChri, ça paraît tout à fait dans le thème (vu qu'on fait de courts - en général - textes à contraintes).


Je partage ton avis, j'ai un gros soucis pour équilibrer entre vocabulaire simple, ce qui fait que ce que j'écris n'a pas besoin d'être accompagné d'un lexique, et vocabulaire un peu moins courant, qui pousse la plupart de mes lecteurs habituels à ouvrir le dictionnaire.
Il est vrai que j'aurai dû accentuer un peu plus le coté musical en dehors des instruments, parce que c'est un univers que je côtoie, en le relisant après ton message je ne comprends même pas pourquoi je ne l'ai pas fait  :pfff:  
Ceci dit, concernant le premier texte, je situe toujours mes descriptions de femmes dans l'espace, parce que celles ci sont toujours basées sur des personnes et des lieux qui existent. Certes les scènes sont fictives, mais les différents éléments existent et sont assemblés dans mon imaginaire.
 
Pour la suite de ce que tu me rapportes, je rejoins une fois de plus ton avis sur le fait d'en faire trop, mais en même temps pas assez. C'est paradoxal mais pourtant ça décrit bien la réalité en effet !
Alors que je ne me force pas, c'est ce qui me vient naturellement, sans avoir besoin de forcer pour faire sortir quelque chose.
Je vais tâcher de travailler un peu plus (sérieusement :o ) ce que j'écris une fois le corps rédigé :jap:  
 
Concernant l'aspect critique, je viens ici pour en avoir car tous ceux qui lisent ce que j'écris me disent que c'est parfait alors que moi je n'aime pas du tout (mais ne sait pas comment continuer à progresser), je ne vais pas aller me plaindre si l'on m'en fait :'D
J'irai jeter un œil au topic de BrisChri, je ne l'avais pas vu en faisant ma recherche  :)  
 
Merci beaucoup  :hello:


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Expert es-COGIP2000, RH patenté
n°33807234
Chou Andy
Would you know my nem
Posté le 30-03-2013 à 22:49:02  profilanswer
 

Yep désolé si j'ai pas été clair, mais en fait je pense exactement comme biezdomny. Je ne m'exprime pas aussi bien, loin de là :(
 
En tout cas continue ton effort et n'hésite pas à poster de nouveau !


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J'aurais voulu être un businessman
n°33810849
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 31-03-2013 à 18:00:57  profilanswer
 

http://img15.hostingpics.net/pics/905463MBLVIE.jpg

 

Extrait n° 6

 

C’est en arpentant le couloir du bâtiment D pour aller soigner le 32 au service Ematomologique que, tendue comme son string, Jeanne rencontra la vierge Marie. Elle venait de fumer une cigarette un peu trop longue et revenait peu à peu des brumes de sa faute. Au bout d’un quart d’heure d’une marche alanguie, elle tomba en extase devant l’immaculée conception qui sortait brusquement de la chambre 15, enveloppée d’un beau linge bleu, d’ailleurs identique aux draps des chambres de la clinique Saint-Bernard. Devant ce véritable miracle, Jeanne coinça au coin de ses lèvres, à la moue jusque-là chagrine, un beau sourire triste de fantôme. Elle constata que la vierge Marie avait les traits un peu tirés, mais n‘accusait-elle pas plus de 2000 ans ? Bien sûr, elle n’avait de cette dernière qu’un portrait intérieur qui ne reposait que sur de vagues souvenirs de cathéchisme, d’ailleurs perturbés par le fait que le curé ne pensait à cette époque qu’à la peloter. Elle oublia toute exigence esthétique pour se mettre aussitôt à genoux et prier, osant à peine lever les yeux vers cette glorieuse apparition, toute auréolée d’une blanche lumière, celle diffusée notamment par l’éclairage réglementaire indiquant l’issue de secours. Une cascade de parfum paradisiaque bon marché abondait de chacun de ses gestes, obligeant tout de même Jeanne à plisser du nez :

 

– Je sais, votre Sainte Grâce, mes émotions ne sont que de vils démons, mais je jure sur la tête du patient 203 que je ne suis pas responsable de l’embellie gastrique du 112.

 

 Elle recycla de vieilles angoisses pour se mettre à pleurer, mais dans l‘ensemble, elle restait par prudence figée dans un savant simulacre. Interloquée, la Vierge Marie répondit qu’elle s’appelait Martine Chasieux, hospitalisée depuis la veille pour un demi-ovaire surdimensionné, mais également pour réduire la taille de ses adipocytes, et qu’elle voulait juste du rab de soupe. Elle en avait plein le cul de sonner depuis une heure sans qu’on lui réponde. Jeanne se releva, envoya daller cette conne et laissa dans la gorge de celle-ci quelque chose d’âcre et de franchement obsédant. Maudissant sa fâcheuse tendance à la littéralité, Jeanne se hâta pour porter soins à la beauté macabre et gothique du 45, qui venait de leur dire adieu aux milieu de diverses convulsions, car la vie et la mort s‘enchaînaient au sein de la clinique comme une subtile chorégraphie. Puis, elle redescendit encore trois étages afin d’admirer la silhouette fantastique du 23, lequel gisait dans son lit à l’image d’une marionnette désarticulée, sous une lumière pâle et chancelante, en compagnie d’autres créatures aussi mal en point. Lorsqu’elle quitta ce carnage tranquillisé par une poignée de calmants, et après avoir quand même pris au passage quelques Polaroïds, Jeanne trouva les couloirs totalement embouteillés par les chariots de ménage. Ce phénomène récurrent la fit approuver le rejet des gars du Missouri pour les périphéries américaines. Elle enchaîna toutes sortes de sauts et d’acrobaties en évitant de se casser la figure, peu désireuse de rejoindre le 23 et sa bande d’éclopés qu’elle venait de quitter. Aux prix de quelques déhanchements rythmés, elle s’en alla frayer vers la chambre plus rassurante du 105, dans laquelle se trouvait Gwendoline en pleine conversation feutrée avec Jason, lequel tenait dans ses mains un pot de vaseline thermocollante, dont il venait sans doute de faire usage.

 

Lorsqu’elle aperçut sa collègue, Gwendo se tut immédiatement pour s’occuper de sa seringue, libérée soudainement d’un trop plein narratif. Elle poussa le piston à toute berzingue sur l’inconnu qui n’eut pas le temps de dire non, mais juste celui de crier. Taillé comme un lutteur gréco-romain, le beau docteur Jason rappela à Gwendo que l’espoir était dans son camp, puis il tapa affectueusement sur la joue émacié du squelette mélodique qui venait de recevoir sa dose quotidienne d’un placebo de vitamine C. Le pauvre gars avait posé sur sa table de chevet un livre comportant les plans d’une cabane en kit, car pour le bien-être des patients, Jason avait instauré la création d’un atelier de travaux manuels au sein de sa clinique. D’autres malades bénéficiaient d’un temps de jeu et de lecture personnalisé avant de se coucher, grâce à une participation active des infirmières bénévoles. Avec une aisance désarmante, le docteur les convia finalement toutes les deux à faire une pause-café en sa compagnie. Encore émue par sa vache de clope, la terre n’avait pas encore, pour Jeanne, retrouvé complétement sa sphéricité. En recroisant Martine Chasieux qui gueulait à tue-tête qu’elle voulait un yaourt, Jeanne se jeta sur elle comme un drone organique et lui balança une super mandale d‘aide-soignante, sans que Jason ait eu le temps d’intervenir. Il constatait quand même que le cerveau de Jeanne s’en allait parfois gambader dans d’étranges dimensions. Par prudence, Martine Chasieux s’était cette fois vêtue d’un pyjama rose. A pas de loup, cinq silhouettes sorties de leurs chambres retournèrent s’y blottir, complètement rassurées par la présence effective du docteur Jason Halrequin :

 

– Calmez-vous, Jeanne, inutile de cracher toute cette bile au visage de cette patiente, juste parce que je vous ai un instant soupçonné d’avoir voulu buter le 112. Vous savez bien qu’il faut prouver les choses.

 

Essoufflée, Jeanne relâcha son étreinte sur Martine Chasieux, les doigts cramponnés comme un effet de serres, pour toiser longuement Gwendoline, vers laquelle elle pointa un doigt accusateur :

 

– Aussi bien, pourquoi ça ne serait pas cette conne ? Vous êtes constamment en train de la protéger.

 

– Parce que n’étant pas de garde ce soir là, elle se trouvait en dehors de la clinique, ce qui l‘innocente complètement.

 

Mais visiblement, Jeanne n’abdiquait pas sa haine à l’encontre de Gwendoline, qui se contenta de siffloter en remettant en place une mèche blonde sur son front parfaitement lisse. La belle infirmière ne semblait avoir d’yeux que pour Jason, dont elle se fit d’ailleurs un devoir sacré de remettre en place un faux-pli du pantalon.

 

– Attendons les résultat de l’enquête de police. Toute cette affaire nous amène à nous interroger sur le hasard et la nécessité, et la nécessité du hasard, finalement. Tâchons de travailler sereinement, en attendant un éventuel licenciement. Je prendrais deux sucres dans mon café, Gwendoline.

 

– Bien docteur, mais ça je le savais déjà. Elle fit sa douceureuse.

 

Menant la marche sur le linoléum imitation macadam, elle se retourna sur un idéal de fesses fermes qui inspira au docteur Jason un brusque désir de flagellation. Elément clé de sa fierté, le cul de l’infirmière aurait certainement pu faire au cinéma la doublure de celui de Jennifer Lopez. Au dehors, le smog tombait peu à peu sur la Suisse, mais plus rapidement dans le pauvre esprit enfumé de Jeanne. Visiblement, une ambiance délétère minait indubitablement l’empire du docteur Jason, sans compter que la grippe se propageait sournoisement dans le pays. Les commandes de la ville afflueraient certainement et la clinique Saint Bernard suffirait à peine à y répondre. Au passage, déboulant du hall d’accueil transformé en supérette, Babette Gallimard informa le docteur qu’un journaliste infiltré dans les cuisines de la clinique venait d’être dégagé à coup de pompes dans le fion, et Jason alla enfin boire son café, le doigt de Gwendoline malicieusement posé dans sa bouche. Elle grignota quelques olives. Lui avait en plus noyé ses céréales dans un bol de lait écrémé ; mais, tracassé par le drame énigmatique du 112, il n’avait plus très faim et il donna le reste à son labrador. Il refusait fermement la fatalité de l’échec et la logique de cette ignoble tentative d’assassinat, c‘était bien pour cette raison qu‘il était patron de clinique, en plus d‘être le chirurgien-chef du service Gastro-étymologique et un très bel homme. Sans rien dire, Jeanne balança à l’autre bout de la pièce ses espadrilles de Biarritz, puis elle s’affala dans un pouf en jean, débarrassant les cheveux de sa brosse à l’aide d’un peigne, avant de la passer au micro-onde, ce qu’elle faisait chaque semaine paire afin d’en éliminer les dépôts crasseux et chasser les bactéries. Jason montrait là-dessus une ferme exigence pour éviter à son établissement les nosocomies. Comme Gwendoline ne semblait pas prête à lui faire la conversation, Jeanne les quitta finalement pour aller faire travailler d’une manière bienheureuse sa motricité intestinale. Ivre de bonheur, Gwendoline resta seule avec Jason, absorbé quand à lui dans la lecture d‘un quotidien local :

 

– Vous avez-vu, Gwen, une compagnie aérienne Nicarasienne ne s’autorise plus les passagers, pour des raisons de sécurité !

 

– Au moins leurs clients échapperont au détournement. Ah ! Moi, je me verrais bien partir à Jersey avec vous pour un week-end, docteur.

 

Jason leva la tête, puis quelque-chose de plus intime. Gwendoline lui lança aussitôt un regard amoureux, créatif et gourmand. Elle avait tant de mal à concilier vie professionnelle et vie familiale, mais ses beaux seins ressemblaient au travers de la blouse à deux melons sucrés. Bien que les femmes ne subissent pas de modifications physiologiques au moment de leur ovulation, contrairement aux femelles de certaines espèces animales, un rapport scientifique a prouvé qu’elles embellissaient à ce moment là ; cela expliquait sans doute la douce et tendre mise en scène théâtrale de sa bouche, car chez elle, les anglais venaient tout juste de débarquer. C’est peut-être pour ça qu’elle avait suggéré Jersey, mais elle aurait aussi bien dit Belle-Île-en-mer. Ou n’importe où, du reste, du moment qu’elle fut avec Jason, et qu‘ils eurent en commun la passion d‘une destination. Lui caresser le pénis serait sans doute un seuil à atteindre pour parler d’un véritable succès. Elle aurait tant voulu déguster sa bouche sans culpabilité excessive. Délaissant la lecture de son journal, Jason éplucha distraitement les 30.000 lettres reçues annuellement par la clinique, afin de vérifier sur le terrain si les plaintes et les louanges des patients étaient fondées. Il les distribuerait ensuite à tous les malades pour qu’ils se lancent dans le « scrapbooking », au sein de l‘atelier de travaux manuels.

 



Message édité par talbazar le 31-03-2013 à 18:18:42
n°33875255
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 06-04-2013 à 11:17:30  profilanswer
 

Formidable ! Bientôt, peut-être, le plus grand roman Fantasy ayant jamais vu la nuit :
 
La saga du trône de Fion.
 
TOME 1 - Sur la queue du dragon.

 
[:akilae]

n°33886264
Profil sup​primé
Posté le 07-04-2013 à 17:30:42  answer
 

Alors voilà.
 
http://www.amazon.fr/D%C3%A9branch [...] nch%C3%A9s
 
C'est fait.
 
Achetez, rendez moi riche. Avec un peu de chance, ça me dégagera du budget pour corriger les fautes de la description écrites à 7h30, la tête dans le cul.

n°33886540
biezdomny
MONSTERS DO NOT EAT QUICHE!
Posté le 07-04-2013 à 18:05:19  profilanswer
 

 

Il reste au moins une coquille dans ta description : "et ça à l'air, franchement, mais alors franchement louche"

 

Ah et accroc aussi, on est accro à quelque chose mais on fait un accroc dans un vêtement je dirais.

 

Sinon il y a des trucs un peu "faciles" dans ta description :
 - "les Chefs du Monde" : ça donne l'impression que tu ne t'es pas fatigué à inscrire ton histoire dans "la vraie réalité" (alors que si tu bifurques vers une situation SF/uchronique, on s'attend à quelque chose de très proche de la réalité avant ta birfurcation, pour résumer très grossièrement) ;
 - "Peut-on vivre dans un monde sans Facebook ?" : il y a des tas de gens qui le font très bien aujourd'hui, donc ça ne paraît peut-être pas le bouleversement que tu annonces.

 

Bonne chance néanmoins !


Message édité par biezdomny le 07-04-2013 à 18:07:05

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Expos et muséesÉgyptologie (stupid sexy Jean-François Champollion) — team bépo
n°33886613
scargo
Posté le 07-04-2013 à 18:09:34  profilanswer
 

Bonjour.  
Je ne sais pas très bien comment fonctionne ce site, mais j'y ai déjà vu des personnes y poster des morceaux de leurs romans, donc j’espère être au bon endroit.  
Voila, ceci est le chapitre 1 de mon roman "Avant le Réveil" (qui pourrait se situer entre le roman héroïc fantasy et ceux de capes et d'épées). J'apprécierai que vous me donniez votre avis, et j'accepte avec grand plaisirs tout vos commentaires, constructifs de préférence.
Pour les plus jeunes d'entre vous, il y a du sang , des gros mots , et plein d'autre chose qui ne vous sont pas recommandés, passez votre chemin !  
 
un grand merci (j'ai créé un topic pour mon texte, mais j'ai l'impression que j'aurai plus d'avis ici, désolé si je ne sais pas bien me servir de ce site).
 
PS: le texte, même si il n'est pas super, est protégé.
 
Scargo.
 
 
 
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Chapitre 1 :
 
 
La goutte de sueur dévala mon front dans une trajectoire humide. Elle bifurqua rapidement pour continuer sa course effréné le long de mon nez, sembla hésiter à faire le grand saut, et resta suspendu un moment dans les air en me chatouillant allégrement… Je la fit partir d’un souffle .
 Trois heures que j’étais allongé dans la terre, recouvert de fougères, le menton dans la poussière, à me faire dévorer par tous les insectes du coin !
Trois heures à attendre, et cet enfoiré n’avait toujours pas montré le bout de son museaux, le soleil était pourtant bien haut dans le ciel maintenant, mais tout le monde continuait de ronfler dans les tentes.
Je sortis mon dernier morceau de pain de ma petite besace mitée, et entrepris de le grignoter tranquillement. Il avait un léger goût de moisie qui me fit soupirer. J’avais vraiment besoin de cette tête ce jour là, si je voulais espérer manger à ma faim cette semaine…
J’espérais que Brashek soit le premier à se lever ce matin là. Si par malheur il était accompagné, cela risquait fort de compliquer les choses.  
Du haut de ma cachette, j’observais entre les arbres le petit tas de chapiteaux gris en contrebas, au milieux duquel les dernières braises d‘un feux de camps finissaient de se consumer en rougeoyant.  
L’endroit était parfait pour se débarrasser de quelqu‘un. Les arbres réduisaient la vision, et il devait être relativement facile d’y éliminer une cible isolée… Même si cette cible était un bandit rusé et qu’elle se nommait Brashek.  
C’était le doyens lui même qui m’avait indiquer ou trouver le bandit dans la grande forêt, son village se faisait rançonner depuis maintenant prés d’un an par le salaud en question et sa bande de traines savates, aussi n‘avait il eu aucun scrupule à me signaler l‘emplacement de leur campement.  
Si je m’étais bien renseigné, ils devaient normalement être sept au total, et tous avec plus ou moins d’habileté une foi l‘épée en main, étant donné qu’ils avaient réussis à venir à bout de la demi douzaine de miliciens qui se trouvaient à Bourgpreux il y avait encore quelques mois de cela...  
Mais c’était surtout Brashek qui m’intéressait, leur chef. En plus d’être le cerveaux de sa bande, c’était aussi de loin le plus doué avec une arme, et à ce que j‘avais entendu dire, il aurait même été colonel dans la légion de Miahras, avant que celle si ne soit réduite en poussière par Les Trois. Depuis il écumait la grande forêt et s’attaquait aux petites localités comme celle-ci.  
A vrais dire, c’était de loin mon plus gros contrat jusqu’à maintenant, trop gros pour moi affirmaient certains, mais voila, cinquante pierres pour une seule tête, ça ne se loupe pas .
 
Le fil de mes pensées fut interrompu par quelques mouvement de tissus dans une des tentes, un homme en sortit en chemise, et alla boire bruyamment dans l’un des tonneaux qui longeaient les tentes sales du campement. Je soupirais profondément, combien de temps allais-je encore devoir patienter ? Je me demandais comment j’avais pu trouver cette position agréable lorsque j’avais pris le soin de m’allonger discrètement en haut de mon petit talus peu avant l’aube, je n’était même plus certain de sentir tous mes membres tant ils me semblaient engourdis…
J’étais encore en train de râler intérieurement lorsque la devanture de la plus grande tente se souleva à son tours, et j’aperçu enfin ma proie. Grand et musclé, le crane chauve et le corps d’une blancheur presque vive, il était imposant. Son torse nu était bardé de cicatrices boursoufflées ne sachant vers quelle couleur pencher, certaines étaient d’un roses vifs, alors que d’autre semblaient tirer sur le mauve foncé selon l’éclairage, et malgré une couche de graisse superficiel au niveau de l‘abdomen, j’imaginais sans peine qu’à une époque son nom fut craint sur les champs de bataille…
 
 
A moitié nu au milieu des tentes , il bailla à s’en décrocher la mâchoire, et se mit en route doucement.
J’avais pris le soin de me placer en haut du petit dénivelé qui cachait du campement l’endroit ou ces messieurs venaient pour soulager leurs besoins . Ce n’était pas très éloigné des tentes, mais cela pouvais suffire, à condition d’être suffisamment silencieux .  
Après s’être longuement étiré à grand renfort de grognements, il finit enfin par s’enfoncer dans la forêt pour profiter d’un peu plus d’intimité. Je préparais ma dague noircie au charbon, et commençais à me déplacer silencieusement dans sa direction alors qu’il me tournait le dos. Il me fallait faire attention au bruit de mes pas, et je pris soin d’éviter les branches mortes et autre tas d’aiguilles de pins sèches qui jonchaient le sol pour ne pas trahir ma présence. Les chiffons que j’avais pris soin d’enrouler au préalable autour de mes bottes rapiécées réduisaient au maximum les possibles craquements alors que je m‘approchais de ma proie. Il se mit à uriner bruyamment en reniflant, c’était parfait. Plus que quelques pas séparaient maintenant sa nuque de ma lame, je retins ma respiration, et continua d’avancer précautionneusement.
Sept pas… Six pas… Doucement, j’élevais mon bras, prêt a frapper…  
Je n’eu pas le temps de voir arriver le revers de son avant bras qui m’envoya instantanément au tapis: l’enfoiré m’attendait !
Pas le temps de réfléchir, le voici déjà se jetant sur moi dans un grognement sourd. Une chance qu’il n’ait pas eu d’arme à ce moment, la mienne m’avait échappé dans l’action, et je me retrouvais alors à défendre ma peau bec et ongle, contre cette brute qui devait bien peser deux fois mon poids.  
Il se mit de m’étrangler, l’enfant de salaud avait des mains dures, et je n’arrivais pas à lui faire lâcher prise tant il m’écrasait. Je le mordis, et lui arracha un bon petit bout d’avant bras poilue ainsi qu‘un juron bien grossier. J’eu à peine le temps d’apercevoir l’un de ses gros poings se dresser au dessus de ma tête alors que je tentais désespérément de reprendre ma respiration, que déjà il s’abattait sur moi avec une violence inouïe.  
Une douleur aigue parcourue mon visage, ma vision se troubla, et c’est a demi conscient que je sentis du bout de mes doigts mon arme tombée plus tôt .
Je la saisis difficilement, et lui enfonça dans le bas ventre .  
Le bougre m’asséna un nouveau coup sur le nez, et je manquais de m’évanouir alors qu’il se remettait à m’étrangler comme si rien ne s’était passé. Je tentais tant bien que mal de retirer le couteaux mais il était bien enfoncé. Les yeux fous du bandit semblait sur le point de sortir de leur orbite, et de la bave s’échappait en long filets visqueux de la commissure de ses lèvres alors qu’il m’adressait en grognant un sourire carnassier, comme ravis de me voir étouffer ainsi sous ses mains. Dans un ultime effort je réussis à extraire la lame du corps de mon adversaire, et à demi conscient, je put sentir un geyser de sang chaud jaillir sur mon bras. Ma vue se troubla un peu plus encore lorsqu‘il resserra sa prise avec fureur, l’asphyxie me gagna, je ne pouvais plus rien faire, et j’essayais vainement de repousser ses énormes mains qui m’étranglaient. Je me sentis partir, et finis par sombrer dans le néant…
Lorsque j’émergeais, j’étais sous le corps sans vie de Brashek, je ne comprenais pas très bien ce que je faisais ici, mais les bruits de bottes et les cris affolés qui se rapprochaient de moi me ramenèrent  rapidement a la réalité.  
Il fallait que je m’en aille rapidement, les hommes du bandit se rapprochaient de moi à toute vitesse, surement alerté par les bruits de lutte .
Je pouvais déjà les apercevoir par-dessus l’épaule du cadavre de leur chef, ils fonçaient vers moi tous torse nus, et deux d’entre eux courraient même entièrement à poils, l’épée a la main.
Je repoussais le corps sans vie qui m’empêchait de me lever en proférant quelques impiétés. Qu’il était lourd l’enfoiré !
 
Cela m’embêtait, mais il fallait me résoudre à laisser sa tête ici, où je savais pertinemment qu’un de ces abrutis à demi habillé irait l’empocher à ma place. Je ramassais ma lame en toute hâte et me mis à fuir sans plus de cérémonie. Malheureusement, je n’eu pas le temps de faire trois pas que je m’aperçut que deux des brigands, un peu plus malin que la moyenne de leur confrère, avaient préféré escalader le surplomb terreux qui nous entourait pour mieux me prendre à revers.  
Je ne pris pas le temps de réfléchir, et me mis à accélérer de plus belle en direction de mes deux opposants.  
Je surpris le premier et réussis a lui planter mon arme dans le ventre tout en l’envoyant valser d’un coup d’épaule. J’eu tout juste le temps de relever ma dague devant moi, que le second se jeta sur moi en agitant dangereusement un gourdin au dessus de sa tète. J’esquivais de justesse le coup qui vint frapper le sol prés de moi dans un bruit sourd . Ma lame taillada le bras du lascar et je profitais de son élans pour lui décocher un puissant coup genou aux parties génitales, l’homme s’effondra sur le coup.  
Un choc m’envoya bouler en avant, l’un de mes poursuivant venait d’envoyer quelque chose sur le coté gauche de mon dos, une pierre, une hache, je n‘en avais pas la moindre idée, et aucune envie de prendre mon temps pour le savoir. Je me relevais une fois de plus comme je le pus, soufflant et crachant de peur… Mais il était déjà trop tard, ils m’avaient rattraper, et se mirent à m’encercler prudemment… Tout le monde était encore un peu essoufflé de sa petite course, moi le premier, et ils prirent un instant à me jauger de leur regards haineux.
Deux d’entre eux avaient le pénis a l’air libre, et une grande épée en mains. Les deux autres avaient certes plus de pudeur, mais de tout aussi beau couteaux. Une chance pour moi que personne n’ait eu d’arc ou de lance, pensai-je sans m’en rendre compte. Une remarque parfaitement inutile sur le moment vous avouerai-je, à quatre contre un, les jeux étaient quasiment fait… Ces enfoirés allaient probablement me percer un deuxième nombril d’ici quelques secondes, et moi ,je ne savais pas quoi faire pour y remédier. J‘allais crever, là, dans les feuilles, saigné comme un porc, c’était aussi simple que ça…
Tous les quatre se mirent à me tourner autour, arme levée. Je sentais mon sang qui battais dans mes tempes à un rythme jusqu’à alors inégalé, le bruit me paraissait assourdissant.
 
« - Les gars, je vais m’en aller tranquillement, et vous pourrez récupérer les primes qui sont sur leurs têtes, lâchais-je sans trop de conviction.  
   -  Va t’faire, on te tue, et après ça on ira toucher l’argent espèce de … » il n’avait pas finit sa phrase, que je lui plantais déjà mon arme en travers de la gorge. Les trois autres non plus n’avaient rien vu venir, mais ils furent tout de même assez prompt à réagir, et je pus sentir une des épées me frôler le bras, puis une autre m’entailler carrément l’épaule opposée. Je lâchais un cri de douleur et me jeta sans plus de cérémonie sur mon opposant le plus proche, arme à la main. Je fus avantagé par la petite taille de ma dague au corps a corps, et je réussis à lui lacérer le ventre à plusieurs reprises. Je redoutais à tout instant un coup d‘épée sur le dos, mais dans le tumulte de l’action, les deux hommes restant semblaient hésiter à me frapper, probablement plus par peur de risquer de blesser leur compagnons malencontreusement, que par crainte de me faire du mal. Je repoussais ma victime de toute mes forces en direction de ses collègues, et me plaçais tant bien que mal dos à un arbre, histoire de protéger mes arrières.
Je pouvais lire la fureur sur leurs visages hirsutes. Celui que je venais de blesser serrait les dents, pâle comme un mort. Il gardait une de ses mains sur sa blessure pour empêcher du mieux qu’il pouvait son sang de se répandre, mais son autre bras continuait de brandir son arme... L’enfant de salaud !
Ils formèrent rapidement un arc de cercle face a moi sans me lâcher du regard, à la recherche du moment propice pour m’attaquer.  
La tension était palpable, je les voyais lentement et inexorablement se rapprocher de moi. Je pouvais observer tous les petit détails de leur caboche poilue, qu’ils étaient moches les lascars, et franchement sale ! C‘est fou les trucs con auquel on pense dans des moments pareils…
J’étais sur le point de me faire dessus, quand tout un coup, l’homme que j’avais blessé auparavant vacilla ,et tomba à genou dans un grognement sourd. C’était plus que ce qu’il m’en fallait, et je profitais de la diversion créé pour lancer l’attaque moi même. J’eu l’avantage sur l’homme le plus a ma droite, et je réussis à le poignarder au cœur, d’un coup puissant, tout en évitant son coup d’épée maladroit. Malheureusement ma chance s‘arrêtât là, et la lame de ma dague resta coincé dans son sternum et se brisa dans un claquement métallique alors que je tentais de la retirer en toute hâte ! La suite fut encore plus brouillonne, le dernier larron debout se jeta sur moi avec une force impressionnante, et m‘emporta avec lui dans les air avant de retomber violement. Je me fêlais probablement une cote ou deux sur une racine au passage, et mon souffle s’en retrouva violement coupé.  
Nous luttâmes pendant un cours instant au sol, ou aucun de nous deux ne réussit réellement à toucher son opposant. Je mordais , je griffais, je donnais des coup de pommeaux de ma dague brisée comme je pouvais, tout en m’appliquant à éviter moi même un coup de surin rouillé .
Je réussis finalement à créer une ouverture en lui enfonçant mes doigts dans les yeux, il recula sa tète en hurlant, et j’en profitais alors pour lui taillader la gorge avec le peu de lame qui restait sur mon arme. Son hurlement se transforma en gargouillis, alors qu’un flot de sang me gicla au visage. Les yeux apeurés de mon adversaire s’assombrir rapidement alors que la vie s’échappait de son corps en même temps que son sang. Je le repoussais dans un ultime effort, et m’effondrais sur le sol ensanglanté .
 Le calme était revenu dans la forêt roussie par l’automne, et seul les sanglots de l’homme que j’avais blessé au ventre un peu plus tôt, venaient briser le silence .  
Allongé sur le dos, au milieux des brindilles de pins ,et de six cadavres et demi, je ne pus m’empêcher de retenir un rire qui remonta du plus profond de mes tripes :  j’étais vivant !
 
 
Je me relevais comme je pouvais, mais la tète me tourna aussitôt debout , et je manquais de m’étaler sur le sol en beauté. Mes blessures semblaient moins grave que ce que je pensais au tout début, mais il me faillait tout de même  prendre garde et me dépêcher si je ne voulais pas me vider de mon sang.  
Je ramassais au passage un couteaux sale sur l’un des cadavres et me dirigeais en clopinant en direction du dernier survivant.  
L’homme gisait sur le sol, roulé en boulle comme un chien, en me tournant le dos. Je pouvais l’entendre geindre doucement et appeler sa mère en pleurant alors que je m‘approchais pas à pas.  
Ses gémissements redoublèrent d’intensité lorsqu’il prit conscience de ma présence prés de lui, et il manqua de s‘étouffer dans son sang et ses larmes .
« - ne me tuez pas…pitié… s’il vous pait… pitié… » lâcha t’il dans un sanglot.  
Je déglutie difficilement, je ne me sentais pas très bien. Mon regard se posa sur l’arme rouillée que je tenais entre mes doigts, je n‘étais pas sûr, plus sûr, de vouloir le faire.
Tuer un homme qui souhaite vous ôter la vie, c’est une chose. C’est lui, ou moi, c’est aussi simple que ça, et je vous assure que l‘on ne se pose pas longtemps la question :  « Au diable l’éthique ! » s’écrions nous tous dans notre fort intérieur dans ce genre de moment… Seulement, quelqu’un qui vous supplie en pleurant, et qui ne peut pas se défendre, c’est autre chose, c‘est plus dur à justifier pour sa morale, ça semble moins simple sur le moment, comme anormal, déplacé...
Mes yeux se posèrent sur les cadavre qui gisaient ça et là prés des grands troncs en un tableau macabre.
Les corps nus et ensanglantés semblaient me fixer de leur regard vide, et une odeur de chair et d’hémoglobine chaude entra insidieusement par mes narines, me donnant la nausée.
Je ne savais plus ce que je devais faire, ni ce pourquoi je l‘aurai fait, le gout du sang avait envahit ma bouche, ce gout de fer qui me dégoute tant, et mes mains tremblaient, je n’arrivais pas à bouger. Malgré qu’il me tourna le dos, je pouvais apercevoir les tripes de ma victime se répandre peu à peu sur le sol devant lui.
«  -s’il vous plait…j’ai une fille… pitié… ma fi… »
Je lui enfonçais violement la lame dans la tempe, à plusieurs reprise, pour le faire taire, je ne pouvais plus supporter ça. Je me mis à m’acharner sur lui. Des larmes salés tracèrent des sillons clairs dans le sang sombre et sale qui recouvrait mes joues.
Je finis par arrêter hors de souffle, et ma folie retomba un peu. La face rouge du cadavre semblait maintenant me regarder, et je réalise alors que l’homme que je venais de tuer devait avoir à peu prés le même âge que moi.  
Je vomis instantanément sur sa dépouille encore chaude et me redressa dans un haut le cœur, comme pour échapper à ce cauchemar, mais ses yeux sans vie ne semblaient pas me quitter du regard. Je me mis à courir comme je pouvais. Je boitais, je trébuchais, qu’importe, il me fallait mettre le plus de distance possible entre moi et ce cadavre, j’étouffais, j’avais besoin d’air, besoin de quitter ce lieux, d’échapper à ce cauchemar. Je zigzaguais entre les cadavres comme dément, je pouvais jurer les voir tourner leurs têtes moribondes pour mieux me suivre du regard pendant que je m‘enfuis entre les arbres, et alors que je file vers la clairière à toute allure, l’un d’eux me saisi la jambe !
 Mon cœur sembla s’arrêter de battre à ce moment précis.  
 Je m’effondrais sur le sol, en criant et en me débattant comme un fou furieux pour dégager mon pied. Je roue de coups la tête du revenant, que je sonne un peu, le temps pour moi d’attraper une pierre sur le sol, et de le frapper, encore et encore, jusqu’à ce que plus rien ne bouge. Je me reculais alors, hors de sa portée, tremblant comme une feuille et frissonnant de peur ...
Alors que je me calmais petit a petit, je pris conscience qu’il s’agissait d’un des homme que j’avais mis au tapis d’un coup de genou au début de la bataille. Il m‘était complètement sortie de la tête, et cela aurait très bien pu m‘être fatal… Jamais je n’avais eu si peur, tu parles, quel cauchemar...  
Je me mis debout précautionneusement, en remarquant au passage que je me suis uriné dessus. Tu parles…
J’étais en piteux état, au fur et à mesure que je me calmais et que la tension redescendait, la douleur elle, arrivait, cinglante et harassante. Je me dépêchais comme je pouvais d’aller à leur campement, ou j’avais repéré un grand baril d’eau un peu plus tôt.
Le soleil tapait fort a travers les pins, et les oiseaux s’étaient remis à chanter.  
Ma vue se brouillait de plus en plus, j’avais perdus trop de sang, il me fallait panser mes plaies, et rapidement si je ne voulais pas m’évanouir pour de bon.  
L’eau du baril était sale et tiède, et il me fallut me pencher pour pouvoir atteindre le niveau de l’eau.  
J‘avais le visage enflé et de nombreuse plaies un peu partout, mais l‘eau me fit du bien, et je me rinçais fébrilement avec soulagement.
Je me débarrassais de mes habits, le sang avait commencé à coaguler par endroit, et le simple fait de quitter ma chemise m’arracha un cri de douleur .
J’avais une belle entaille dans le bas du dos,  et l’épaule cisaillé sur une bonne vingtaine de centimètres.
Je fouillais dans les tentes qui m’entouraient comme je pouvais, dans l’espoir de trouver quelque chose d’utile. Je récupérais dans celle de Brashek un peu de fil et une aiguille, mais je fus incapable sur le moment de recoudre mes plaies ouvertes.
J’attrapais une des bouteilles à moitié vides qui trainaient ça et là autour des tentes. L’alcool me servit de désinfectant improvisé, et j‘hurlais de douleur lorsque le liquide me brula les chairs… Je bus au passage une grande lampée de ce qui en restait .
Une chemise à peu prés propre, trouvée étendue sur l’une des tentes, fit office de pansement. Je n’en pouvais plus, des larmes de douleur dévalaient mes joues sans discontinuer alors que je cherchais un endroit où poser ma carcasse abimée. Je me sentais prés a défaillir à tout instant et je finis par m’effondrer dans l’un des lit de paille du campement… Les ténèbres envahirent mon champ de vision, et je sombrais dans l’un des pire cauchemar de ma vie…
 
Je fus réveillé en sursaut par un hurlement . La nuit était tombée pendant que j’était assoupis et je mis un moment avant de réaliser ou je me trouvais.
 Un autre hurlement retentis dans le calme de la nuit. Des loup. Ils ne fallait pas que ces sacs a puces dévorent mon butin.
Manquerai plus que ça , merde !
Je me redressais sur ma couchette d’un bon, et la douleur me foudroya instantanément. Je restais prostré quelques secondes en attendant que cette insoutenable sensation disparaisse. J’étais définitivement stupide, il fallait que je fasse plus attention…
 
Je sortis de la tente pour me diriger vers le tas d’habit crasseux et sanglant que j’avais laissé un peu plus tôt. Après avoir farfouiller quelques minutes dans l’obscurité, j’y trouvais enfin ma besace, et j’en sortis de quoi allumer une torche. J’attrapais en passant une hache qui trainait prés d’un petit tas de bois, et tirais mon corps abimé et raidie en direction des corps sans vie, de l’autre coté du dénivelé.
Le premier cadavre que je découvris fut celui de Brashek.
Je mis un petit moment à me souvenir de ce qui c’était exactement passé… J’imagine qu’il s’était vidé de son sang pendant qu’il m’étranglait, une chance, j’aurai pu y passer milles foi ce jours là…
On pouvait lire la frustration sur le visage marqué du bandit, comme si mourir de ma main était le plus grand des déshonneur, après une vie de combats contre des adversaire valables… enfoiré.
Je plantais la torche comme je pouvais dans le sol humide, et entrepris d’étendre plus ou moins le corps figés, de manière à en dégager le cou du mieux possible.  
La décapitation fut un supplice pour mon corps meurtrie, et elle dura bien plus longtemps que prévu…  
Mes plaies se remirent à saigner rapidement sous l‘effort, et je fut incapable de décapiter qui que se soit d’autre .  
C’est de nouveau ensanglanté et une tête a la main que je retournais au campement.
Je me dégoutais profondément… J’avais envie de vomir rien qu’en pensant au six autres décapitations qui m’attendaient plus tard…
Je me recouchais après avoir de nouveau versé de la gnole sur mes plaies.  
Le reste de la nuit fut agité, j’avais l’impression de voir chacun des visages des personnes que j’avais assassiné un peu plus tôt. Dans chaque coin obscure de la tente sous laquelle je me trouvais, ils me regardaient sans siller de leurs faciès stupéfiés par la mort et la peur, les supplices du jeune homme semblaient résonner dans la nuit, et je gardais les yeux clos, de peur de le retrouver debout, face à moi. Le sommeil eu du mal à me trouver, mais finit tout de même par m’emporter, pleurant comme un gosse, et demandant pardon …  
 
 
Lorsque j’ouvrai un œil, le soleil était déjà bien haut dans le ciel.  
Mon corps me faisait souffrir, mes cotes particulièrement, m‘empêchaient de réaliser quelconque mouvement un tant soit peu brusque. J’entrepris de me laver un peu avec l’eau du tonneau, et je fis le tours des tentes pour dégoté du fil et des aiguilles … Je pris aussi de vieux habit a la propreté douteuse dans le but de panser mes plaies une bonne fois pour toute.  
L’alcool me servit une foi de plus d’anesthésiant et de désinfectant .  
Mes hurlements firent s’envoler les corbeau qui devais surement picorer les cadavres des alentours.  
La séance de couture fut longue et douloureuse, je plaçais du tissus imbibé d’alcool sur les plaies maintenant refermées, et je bandais comme je pouvais le tout, afin que cela tienne . Une chance que la plaie au bas de mon dos que je n’arrivait pas a atteindre ne fut pas trop importante.
Un drap me permit de mettre mon bras abimé en bandoulière et ainsi soulager mon épaule entaillé…
Il allait falloir que je vois un toubib, et rapidement, si je voulais pas que cela s’infecte . J’avais vu des chasseurs aguerris mourir des suites d’entaille moins profondes que les miennes…
En attendant, il fallait me rendre a l’évidence, j’était incapable de ramener toutes les têtes . Bourgpreux était a un peu plus d’une demi journée de marche et dans mon état il me faudrait presque un jour entier, et pour combler le tout , il n’y avait pratiquement rien de comestible dans le campement, à croire que ces idiot ne se nourrissaient pas, et j’était incapable de chasser quoi que soit…  
Après m’être habillé du mieux que je put,  je pris le strict minimum pour le voyage, il fallait être léger. Une dague, de quoi faire du feu et une gourde d’eau firent l’affaire. Les bandit paraissaient aussi pauvres que moi, et excepté une petite bourse bien légère que je trouvais dans la tente de leur chef, rien d’autre ne valut la peine que je le charrie avec moi. Je me confectionnais un baluchons avec le reste de fil qui me restait pour pouvoir transporter la tête de Brashek plus facilement.
 
Je pris un moment avant de partir pour tracer au couteau des triangles sur les fronts boursouflés de mes victimes, histoire de pouvoir certifier qu’ils avaient était refroidis de ma main, ne sait on jamais …  
 
 
La traversé de la foret ne fut pas aisée, je trébuchais a chaque pas , et je sentais la fièvre qui commençait a s’installer. . . Je refusais néanmoins de faire un arrêt, je ne savais pas, et ne voulais pas savoir, quels genres de bête pouvais être attiré par l’odeur de sang qui me collait aux vêtements.
 
Le trajet dura la nuit entière, j’était a bout de force, et sur le point de m’évanouir lorsque j‘aperçut enfin, en contrebas de la colline où je me trouvais, montant dans le ciel brumeux de cette mâtiné, la fumée de la forge de Bourgpreux…
 
C’était jour de marché apparemment, les badauds déambulaient lentement sur la petite place humide, et les étalages à moitié vide témoignaient des temps de disette que traversait la province de Sehran. Ces bouseux ne me calculaient même pas, même les poules maigrichonnes qui vagabondaient ici et là dans la boue et la fange ne semblait pas m’accorder grande importance…
Les enculés, je venais de libérer leur village de péquenots miteux du joug d’un terrible bandit, recherché dans tout le royaume, et ils ne s’écartaient même pas sur mon passage, trop occupé par leur misérable vie, tout juste bon à acheter leurs poireaux et leurs navets à moitié pourris … L’un d’eux me bouscula en passant à coté de moi, sans m’accorder un regard. Je perdis un peu l’ équilibre, et glissa doucement dans la flaque dans laquelle je me trouvais, j’étais fatigué, trop fatigué pour retrouver mon aplomb. Et je m’étalais avec délicatesse dans l’eau maronnasse pleine de têtards... Il fallait que je me repose, les passants m’enjambaient précautionneusement : au moins, on ne me dérangera pas pensais-je alors que je fermais les yeux …

mood
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Posté le 07-04-2013 à 18:09:34  profilanswer
 

n°33887109
biezdomny
MONSTERS DO NOT EAT QUICHE!
Posté le 07-04-2013 à 18:58:39  profilanswer
 

scargo a écrit :

Bonjour.  (...)

 

Houff c'est un peu laborieux (à lire) comme début, disons qu'on n'a pas l'impression de lire un auteur expérimenté, il y a plein de petits détails qui trahissent.

 

D'abord, l'orthographe. Beaucoup d'auteurs amateurs qui arrivent ici expliquent que ce n'est pas important et s'agacent qu'on y prête autant attention, mais il faut se rendre compte que ça fait buter le lecteur tous les deux mots et qu'au bout de deux paragraphes il peut avoir l'impression qu'on se moque un peu de lui.

 

L'orthographe des mots est OK mais c'est plein d'erreurs de féminin/masculin (sa course effréné), singulier/pluriel (le bout de son museaux), homophones (une foi l'épée en main) et de conjugaison (je la fit partir), ça use un peu la bienveillance du lecteur.

 

Il y a aussi des problèmes de mise en page, il faut le plus possible éviter une phrase = un paragraphe, ça donne une impression de lecture saccadée et de texte pas hiérarchisé (donc un côté un peu fouillis qui là aussi fait "amateur" dans le mauvais sens du terme).

 

Sinon, je n'ai pas tout lu parce que c'est très long, mais pour le début, c'est l'exposition, c'est important) :

 
scargo a écrit :

Chapitre 1 :
 
La goutte de sueur dévala mon front dans une trajectoire humide. Elle bifurqua rapidement pour continuer sa course effréné le long de mon nez, sembla hésiter à faire le grand saut, et resta suspendu un moment dans les air en me chatouillant allégrement… Je la fit partir d’un souffle .
Trois heures que j’étais allongé dans la terre, recouvert de fougères, le menton dans la poussière, à me faire dévorer par tous les insectes du coin !
Trois heures à attendre, et cet enfoiré n’avait toujours pas montré le bout de son museaux, le soleil était pourtant bien haut dans le ciel maintenant, mais tout le monde continuait de ronfler dans les tentes.
Je sortis mon dernier morceau de pain de ma petite besace mitée, et entrepris de le grignoter tranquillement. Il avait un léger goût de moisie qui me fit soupirer. J’avais vraiment besoin de cette tête ce jour là, si je voulais espérer manger à ma faim cette semaine…
J’espérais que Brashek soit le premier à se lever ce matin là. Si par malheur il était accompagné, cela risquait fort de compliquer les choses.  
Du haut de ma cachette, j’observais entre les arbres le petit tas de chapiteaux gris en contrebas, au milieux duquel les dernières braises d‘un feux de camps finissaient de se consumer en rougeoyant.  

 

C'est pas mal, on est in media res, c'est un choix comme un autre et tu t'en sors bien. Il y a quelques lourdeurs et des phrases bizarres. Par exemple "mon dernier morceau de pain de ma petite besace mitée" c'est un peu lourd, en général quand on commence à écrire on met trop d'adverbes et trop d'adjectifs (et ici trop de ma/mon aussi).

 
scargo a écrit :

L’endroit était parfait pour se débarrasser de quelqu‘un. Les arbres réduisaient la vision, et il devait être relativement facile d’y éliminer une cible isolée… Même si cette cible était un bandit rusé et qu’elle se nommait Brashek.  
C’était le doyens lui même qui m’avait indiquer ou trouver le bandit dans la grande forêt, son village se faisait rançonner depuis maintenant prés d’un an par le salaud en question et sa bande de traines savates, aussi n‘avait il eu aucun scrupule à me signaler l‘emplacement de leur campement.  
Si je m’étais bien renseigné, ils devaient normalement être sept au total, et tous avec plus ou moins d’habileté une foi l‘épée en main, étant donné qu’ils avaient réussis à venir à bout de la demi douzaine de miliciens qui se trouvaient à Bourgpreux il y avait encore quelques mois de cela...  
Mais c’était surtout Brashek qui m’intéressait, leur chef. En plus d’être le cerveaux de sa bande, c’était aussi de loin le plus doué avec une arme, et à ce que j‘avais entendu dire, il aurait même été colonel dans la légion de Miahras, avant que celle si ne soit réduite en poussière par Les Trois. Depuis il écumait la grande forêt et s’attaquait aux petites localités comme celle-ci.  
A vrais dire, c’était de loin mon plus gros contrat jusqu’à maintenant, trop gros pour moi affirmaient certains, mais voila, cinquante pierres pour une seule tête, ça ne se loupe pas.

 

Il faudrait lisser le niveau de langue : le narrateur les traite d'enfoirés, mais il fait des phrases assez compliquées et utilise des mots comme "localités", on s'attend plutôt à ce qu'il parle de coins, de trous paumés, de bourgades mais localités ça fait un peu inspecteur du cadastre.

 

Sinon, tu expliques maintenant qui est Brashek, mais ce n'est peut-être pas indispensable de rentrer dans tant de détails : ce qui est le plus important ici c'est que le narrateur a un contrat sur Brashek et que Brashek est un type sérieux et qui connaît son business. Par exemple, tu dis : "... Même si cette cible était un bandit rusé et qu’elle se nommait Brashek.", tu pourrais te contenter de dire "... Même si cette cible était un bandit rusé." puisque tu nous a dit qu'il s'appelle Brashek deux lignes plus hauts, le lecteur est capable de faire le lien.

 

Tu as peut-être moyen de faire le tri dans les informations et de condenser, par exemple tu dis plusieurs fois que les bandit pillent les villages du coin. Si on essaie de garder toutes les informations que tu donnes et de condenser, ça peut donner quelque chose comme ceci :

 
Citation :

L’endroit était parfait pour se débarrasser de quelqu'un. Sous le couvert des arbres, il devait être relativement facile d’éliminer une cible isolée… même une aussi rusée que ce fils de pute.
C’était le doyen qui m’avait dit où trouver les bandits dans la forêt ; son village se faisait rançonner depuis maintenant près d’un an. Si mes infos étaient bonnes, les types étaient sept au total, et des pas trop mauvais vu qu’ils avaient dérouillé la demi-douzaine de miliciens de Bourgpreux...  Mais c’était surtout Brashek qui m’intéressait. C'était le cerveau de la bande, le plus dangereux avec une arme, on disait même qu'il avait été colonel dans la légion de Miahras avant sa destruction par Les Trois.
C’était de loin mon plus gros contrat jusqu’à maintenant, trop gros pour moi affirmaient certains, mais voilà, cinquante pierres pour une seule tête, ça ne se loupe pas.

 

En résumé, je dirais (pour le début du début donc) :
- que tu dois faire gaffe au registre des mots : si tu utilises des jurons ou des mots courants, essaie de ne pas choquer avec d'autres qui paraîtraient bizarre dans la bouche d'un gars qui raconte son histoire ;
- que certaines phrases ou certains passages sont un peu longs, il y a des mots qui supporteraient très bien d'être enlevés.

 

Sinon ça part pas trop mal et tu as l'air d'avoir un bon début d'histoire et un personnage qui a du potentiel, le chasseur de primes qui a la lose, ça peut donner plein d'histoires sympa.


Message édité par biezdomny le 07-04-2013 à 19:01:35

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Expos et muséesÉgyptologie (stupid sexy Jean-François Champollion) — team bépo
n°33890075
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 07-04-2013 à 22:30:30  profilanswer
 

Comme l'a dit Biezdommy, attention à l'orthographe quand tu cherches des bêta-lecteurs.
 
Pour le reste, je passe en coup de vent donc pas trop le temps de détailler, mais essaie d'alléger ton texte en enlevant au moins la moitié des adjectifs, adverbes et périphrases que tu utilises. Ça donne un côté un peu indigeste à ton histoire, alors qu'elle devrait entraîner le lecteur.
 
Exemple:
 

Citation :


La goutte de sueur dévala mon front dans une trajectoire humide. Elle bifurqua rapidement pour continuer sa course effréné le long de mon nez, sembla hésiter à faire le grand saut, et resta suspendu un moment dans les air en me chatouillant allégrement… Je la fit partir d’un souffle .
 


 
Je ne te dis pas de tout enlever, hein, juste de fluidifier un peu.
 
Autre chose: tu écris à la première personne, donc essaie peut-être de plus jouer sur les sensations de ton héros au lieu de rester détaché. Pour donner un truc du genre:

Citation :

Je sentis la goutte de sueur dévaler mon front. Elle bifurqua, continua sa course le long de mon nez... je la délogeai d'un souffle.


Message édité par Grenouille Bleue le 07-04-2013 à 22:30:50

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Ma chaîne YouTube d'écrivain qui déchire son père en pointillés - Ma page d'écrivain qui déchire sa mère en diagonale
n°33891377
scargo
Posté le 08-04-2013 à 00:14:26  profilanswer
 

Merci beaucoup pour ces réponses rapide, et encore plus pour le temps que vous avez passé à les argumenter .
 
Je prend en compte vos remarques, vous êtes mes premiers lecteurs, et je reconnais que j'ai de gros problème avec l’orthographe, et je trouve moi même des fautes à chaque lecture (même un problème de concordance des temps que je viens de voir a l'instant... bref il reste beaucoup de boulot.)
Apparemment c'est la lourdeur des phrases qui ressort, je vais essayer d'arranger ça, même si je tiens a signaler que c'est fait exprès(la plupart du temps), car le héros n'est pas seulement un coupe jarret sans éducation, il a au contraire reçus une très bonne éducation ,et est devenu chasseur de primes sur le tard, et étant donné que je compte écrire d'autre parties du livre à la première personne avec d'autres personnages , j'avais besoin qu'il se démarque.      
 
Et pour la première phrase, j'aimais bien le changement de focale, mais c'est personnel j'avoue...
 
Merci encore en tout cas !  
 
et dites moi si ça vous dit d'avoir la suite, ça ne pourra que m'aider.

n°33892450
Merome
Chef des blorks
Posté le 08-04-2013 à 09:32:39  profilanswer
 

scargo a écrit :

Bonjour.  
Je ne sais pas très bien comment fonctionne ce site, mais j'y ai déjà vu des personnes y poster des morceaux de leurs romans, donc j’espère être au bon endroit.  
Voila, ceci est le chapitre 1 de mon roman "Avant le Réveil" (qui pourrait se situer entre le roman héroïc fantasy et ceux de capes et d'épées). J'apprécierai que vous me donniez votre avis, et j'accepte avec grand plaisirs tout vos commentaires, constructifs de préférence.
Pour les plus jeunes d'entre vous, il y a du sang , des gros mots , et plein d'autre chose qui ne vous sont pas recommandés, passez votre chemin !  
 


 
Personnellement, j'ai arrêté de lire à la phrase en gras [:tenjo tenge:1]  


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Ceci n'est pas une démocratie
n°33892629
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 08-04-2013 à 09:52:08  profilanswer
 

t'as pourtant rien à craindre dans les passages protégés.

n°33893270
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 08-04-2013 à 10:47:36  profilanswer
 

La saga du trône de Fion.

 

TOME 1 - Sur la queue du dragon.

 

http://img15.hostingpics.net/pics/407769lcdm61copie.jpg

 

Résumé : A cause d’un sort jeté par l’empâleur de Kiess, l’hypercoquette reine du royaume de fion, Amanda Blair, est sans doute frigide. Pour s’en convaincre et vaincre la malédiction, le chevalier Erald De Bavevieux, croustillant à l’extérieur, moelleux à l’intérieur, est décidé à combattre les forces obscures et rallumer la lumière dans la chambre de la reine. Le royaume de Fion est en ébullition, bien que ses usines soient réputées pour ses épées et ses couteaux de cuisine.

 

Extrait numéro 1

 

Après avoir tiré les rennes, le chevalier Erald De Bavevieux sauta son cheval, puis décida finalement de le monter pour se rendre au fond du palais de sa reine, tirant les rênes comme un forcené pour mettre les bouchées doubles afin d’y parvenir plus vite. Sa grosse masse d’arme encore humide battait le flanc de son destrier pommelé, car il venait de s’en servir pour enfoncer trois nains. Parvenu, comme tous les nobliaux, grâce à de juteuses évasions fiscales, il rencontra dans les salles du château une foule comprimée en grande effervescence. Le nez imbibé de luxe frenchie cher à Vuitton, Erald fut aussitôt assailli par des senteurs iodées incroyables, car la reine, à moitié nue en plein hiver, avait promis la couronne du royaume de Fion à qui saurait lui redonner de la joie. Tous les chevaliers, désireux de cette glorieuse vision de sa féminité, s’étaient réunis là pour l’incarner, du bras gauche, mais aussi du bras droit. Et pour rien au monde, la plupart n’acceptaient pas d’en sortir, malgré les tics, les rides et les points noirs d’Amanda. Erald était bien décidé à ne pas mélanger le style des uns et des autres avec le sien, pour ne rien perdre de sa substance. Il avait une main de velours dans un gant de fer. A chaque tentative, il voyait les plus valeureux chevaliers de Fion retomber comme des paquets ruisselants, baissant les bras au sens propre, avec la cruauté du désespoir. Vêtue d’un unique corset de cuir Amanda les recevait de plein fouet, et passait son temps à essayer de redonner forme à ses émotions enfouies, évanouie. En l’effeuillant laborieusement, Erarld releva lentement la robe à crinoline avant d’accéder à la partie comestible cachée au fond de son foin, dont quelques brins glissèrent sous sa langue. La précision d’Erald se voulu rassurante, pourtant la reine Amanda ne broncha pas.


Message édité par talbazar le 10-04-2013 à 16:21:10
n°33952975
sylvainlel​eu
Posté le 12-04-2013 à 14:37:41  profilanswer
 

Bonjour a tous.
Je voudrais savoir si j'ai le droit de faire traduire un roman pour compte propre, juste pour le lire en français, sans le diffuser ?
Avez vous une idée sur ce sujet ?

 

A+

Message cité 2 fois
Message édité par sylvainleleu le 12-04-2013 à 14:56:50

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Une coach qu'elle est bien !      Comparo Achat/loc immobilier New version
n°33953523
biezdomny
MONSTERS DO NOT EAT QUICHE!
Posté le 12-04-2013 à 15:09:01  profilanswer
 

sylvainleleu a écrit :

Bonjour a tous.
Je voudrais savoir si j'ai le droit de faire traduire un roman pour compte propre, juste pour le lire en français, sans le diffuser ?
Avez vous une idée sur ce sujet ?
 
A+


 
Je pense que les trucs de droits c'est à partir du moment où tu nuis au business des autres (en diffusant) que tu as des problèmes.  
 
Je pense donc pas que ça soit interdit (mais c'est une info Mâme Michu au café du coin chez la Josette) mais surtout que ça va te coûter relativement la peau du fion (un traducteur, c'est très mal payé, mais si tu additionnes ça doit tout de même être duraille pour ton porte-monnaie de particulier).


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Expos et muséesÉgyptologie (stupid sexy Jean-François Champollion) — team bépo
n°33954029
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 12-04-2013 à 15:45:37  profilanswer
 

Tiens, gratos, le trône de Fion, extrait 01, traduit en Anglais par Mr Google, pour hilarer : [:riouj:2]

Summary: Due to a spell cast by Kiess of the Impaler, the queen of the kingdom of hypercoquette ass, Amanda Blair, is probably frigid. To prove the curse and defeat the knight Erald From Bavevieux, crispy on the outside, soft on the inside, is determined to fight the forces of darkness and rekindle the light in the room of the queen. Fion's kingdom is in turmoil, while its plants are known for their swords and kitchen knives.
 

 
Excerpt # 1
 
 
After pulling the reins, the knight Erald From Bavevieux jumped his horse, and then finally decided to climb to get to the bottom of the palace of the queen, taking the reins as a madman to work twice as hard to achieve faster . His big mace wet beat the flank of his steed Dapple, for he had to use to drive three dwarfs. Managed, like all Lords, with juicy tax evasion, he met in the rooms of the castle in a crowd pressed great excitement. Nose soaked luxury to cheap frenchie Vuitton Erald was assailed by scents iodine incredible for the queen, half-naked in winter, had promised the crown of the kingdom of Fion who can give him joy. All the knights, desirous of this glorious vision of femininity, gathered there to embody the left arm, but the right arm. And nothing in the world, most did not agree to leave, despite tics, wrinkles and blackheads Amanda. Erald was determined not to mix the style of each other with hers, not to lose its substance. He had a velvet hand in an iron glove. For each attempt, he saw the bravest knights of Fion as packet drop dripping, lowering arm in the strict sense, with the cruelty of despair. Wearing a single leather corset Amanda received the full force and spent his time trying to reshape his emotions buried fainted. Striptease in laboriously Erarld slowly lifted the dress crinoline before accessing the edible part hidden in his hay, some strands slid under his tongue. Accuracy is desired Erald reassuring, yet the queen Amanda did not flinch.
 
ce qui nous redonne en français un texte meilleur que l'original, mettons :
 
Résumé: En raison d'un sort jeté par Kiess de l'empaleur, la reine du royaume de cul hypercoquette, Amanda Blair, est probablement glaciale. Pour prouver la malédiction et vaincre le chevalier Erald De Bavevieux, croustillant à l'extérieur, moelleux à l'intérieur, est déterminé à lutter contre les forces des ténèbres et de rallumer la lumière dans la chambre de la reine. Fion royaume est dans la tourmente, alors que ses usines sont connus pour leurs épées et couteaux de cuisine.
 
 
Extrait n ° 1
 
 
Après avoir tiré les rênes, le chevalier Erald De Bavevieux sauté de son cheval, et puis finalement décidé de monter à aller au fond du palais de la reine, en prenant les rênes comme un fou à travailler deux fois plus dur pour atteindre plus vite. Sa grande masse humide battre le flanc de son cheval grison, car il avait à utiliser pour piloter trois nains. Géré, comme tous les seigneurs, d'évasion fiscale juteuse, il a rencontré dans les salles du château dans une foule se pressait une grande excitation. Nez imbibé de luxe pour pas cher Erald frenchie Vuitton a été assailli par de l'iode parfums incroyable pour la reine, demi-nu en hiver, avait promis la couronne du royaume de Fion qui peut lui donner la joie. Tous les chevaliers, désireux de cette glorieuse vision de la féminité, réunis là pour incarner le bras gauche, mais le bras droit. Et rien au monde, la plupart n'ont pas d'accord de laisser, malgré les tics, les rides et les points noirs Amanda. Erald a été déterminé à ne pas mélanger le style de l'autre avec la sienne, de ne pas perdre sa substance. Il avait une main de velours dans un gant de fer. Pour chaque tentative, il a vu les plus braves chevaliers de Fion comme abandon de paquet dégoulinant, abaissant le bras dans le sens strict du terme, avec la cruauté du désespoir. Vêtue d'un corset en cuir unique Amanda a reçu de plein fouet et a passé son temps à essayer de remodeler ses émotions enfouis évanouie. Strip-tease dans laborieusement Erarld leva lentement la robe crinoline avant d'accéder à la partie comestible caché dans son foin, quelques brins de glissa sous sa langue. La précision est souhaitée Erald rassurant, mais la reine Amanda ne broncha pas.


Message édité par talbazar le 13-04-2013 à 11:46:35
n°33969308
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 14-04-2013 à 16:18:09  profilanswer
 

http://img11.hostingpics.net/pics/176096lcdm61copie.jpg

 

Extrait numéro 2

 

Erald passa cinq heures sur la reine Amanda, la rasant, l’harassant sans plus de succès que les autres chevaliers. Il la monta comme bourrique et la roula comme barrique, tant et tant qu’il s’en chauffa les prunes à l’image de deux poids de fer rougis sortant de la forge du château.

 

- Mayday, mayday, my lady ! Hurla finalement le paladin dépité, en se débitant pour rezipper son armure.

 

-Vous avez bravement jouté, brave chevalier, mais vous échouâtes comme les autres de votre lance hardie, hélas, bien que cela fut tournoyant tournis et choquant tournois entre mes royales guiboles !

 

- Si fait, my Lady, et je m’en vais, je le jure ici devant vous, vous guérir de ce sort qui vous condamne à si grande sécheresse.

 

Lorsqu’il quitta la chambre du donjon, il alla prendre un verre dans une taverne, où au milieu du vomi des serfs il badina avec le vieil enchanteur  Mirlen le Tchatteur à la barbe blanche, car il se poudrait par trop les narines.

 

- Ainsi, dis-tu, sous tes vaillants coups de boutoir, la reine n’aurait point follayé ?

 

- Par la Sainte Kramouille, du nom de la déesse de mes pères, qui fit le monde bien avant que les Zirkons n’aient envahis la contrée d’Hyperbourrée, elle n’a de ma queue nenni !

 

- De ta queue n’a vraiment point henni ? On raconte pourtant dans toutes les échauguettes que rien ni personne n'arrive à la cheville du chevalier Erald De Bavevieux, sauf son sexe. Quelle guigne que ce maudit empâleur lui ai larciné sa gaité, c’est grande pitié au royaume de Fion !

 

- Si fait, maître Mirlen, ma queue d’un bon mètre est fâcheusement humiliée, et je m’en vais guérir ce sort qui la condamne à si grande sécheresse.

 

- Peut-être existe-t-il moyen de la rendre grande pécheresse.

 

- Parle, Mirlen, par la divine Kramouille, et je te couvrirais quand tu dors, merde, je te couvrirai d’or, je veux dire, car ma langue est encore vilainement esbaudie du bas tout collant d‘Amanda.

 

- Faut partir dans la lointaine contrée du Bonanzaza, et ramener la fleur de pinette, puis la faire macérer dans la tisane de la reine, le deuxième jour de menstrues,  mais c’est un voyage très risqué, ou tu risques la mort à coup sûr ! Bien des rêveurs ont échoués devant tant de périls. Erald rebu un autre litre de rosé. Proposer un truc intelligent était le seul truc encore valable pour s’insérer dans le temps de cerveau disponible du chevalier. Mirlen transforma deux olives en deniers d’argent et paya l’addition, puis il raccompagna Erald jusqu’à la porte, à qui il serra la main, vu qu’il avait lui aussi torché grave toute l’après-midi.

 

- Bonne chance, chevalier, si tu décides de quérir la fleur de pinette, mais rappelle toi que cette quête sera pleine de dangers !

 

Pour clore le débat, Erald lui gerba sur la bure, puis il se dandina jusqu’aux écuries, attendant le lendemain pour prendre congé du château. Cessant de mâcher ses doléances, il repéra bientôt sur le mur la beauté d’une grue en ombre chinoise qui le dégrisa, car la fille s‘approcha de lui en souriant :

 

- Holà, chevalier Erald je ne suis point reine Amanda et me voilà aussi chaudasse que marrons grillés, voudrais-tu que je te console de ta triste amertume ?

 

Une fois certain qu’il n’avait point affaire à quelque loup-garou bolchévique, Erald ralluma sa bougie et la tendit bien raide devant l’intruse :

 

- Et comment c’est ton nom, grande vilaine qui rôde au cœur des insomnies ?

 

- Helga Tétipayday, chevalier,  et c’est trois francs la pipe et six sous la nuit.

 

La chandelle s’éteignit et l’humidité de l’autre lui tomba mine de rien sur les reins.
 
 


Message édité par talbazar le 14-04-2013 à 16:27:49
n°33995765
DarkPunky
J'ignore de le savoir
Posté le 16-04-2013 à 16:57:52  profilanswer
 

sylvainleleu a écrit :

Bonjour a tous.
Je voudrais savoir si j'ai le droit de faire traduire un roman pour compte propre, juste pour le lire en français, sans le diffuser ?
Avez vous une idée sur ce sujet ?
 
A+


 
Est-ce que légalement tu as le droit de le faire sans la permission de l'auteur ou des ayants droits ? Non.
 
Maintenant auras-tu des problèmes si tu le fais tout seul dans ton coin sans le diffuser et sans publicité ? Fort probablement non.


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Tar | Librarything
n°34052092
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 21-04-2013 à 15:55:16  profilanswer
 

http://img4.hostingpics.net/pics/280325wardhughj19091945usadanturnerhollywooddetectiveOK.jpg

 

Extrait numéro 27

 

Après avoir menotté puis enfermé Ewij dans le coffre de la voiture pour ne plus l‘entendre se plaindre qu‘elle était malade en bagnole et qu‘il roulait trop vite, l’inspecteur Marlou parvint au rendez-vous fixé par Numéro Deux. Il le trouva gisant par terre dans les toilettes du bar, comme un noir corbeau à la coupe affro ; raide dans son manteau sombre à la coupe affreuse, baignant dans une mare de sang qu‘il jugea être le sien. Celui du mort, s‘entend, par expertise succincte d‘une erreur fausse commune. Crime ou suicide ? Il se pencha sur les plaies du cadavre et la facture du crâne que Kiki léchait, ce n’était pas des fausses coupures. Il avait donc l’explication de la déflagration qu’il avait entendu dans son oreillette, juste avant de perdre le contact avec Number Two, alors qu’il avait plutôt pensé à une sournoise attaque d’aérophagie. Quelques micros dépassaient des poches de la veste brune de la victime, et d’autres grésillaient au-dessus des lavabos, certainement installés juste auparavant par le défunt. Les micros-espions, mais probablement pas les lavabos, déduisit Marlou après une fine analyse des fosses en porcelaine. Dans l’une de ces dernières, flottait sanguinolent le cerveau de la victime, par ailleurs poussée du haut de la cuvette, agressée sexuellement, étranglée et frappée au visage. Le corps portait visiblement les traces de sévices mystiques, cryptés selon la tradition. Avec une louche, Marlou préleva un échantillon, prouvant ainsi qu‘il n‘avait rien d‘un statisticien pantouflard. En l’examinant de plus près, Marlou releva sur le mort une thyroïdite de Hashimoto et une fâcheuse polyarthrite rhumatoïde, n’ayant peut-être aucun lien immédiat avec les causes du décès. Les lèvres étaient d’un bleu-myrtille tirant sur l’aubergine, à cause de la strangulation. Devenu subitement indifférent à l’enquête de Marlou, une force centrifuge poussa Kiki à s’éloigner rapidement de la scène du crime pour rejoindre par le prochain train le Lagon Bleu, cherchant ainsi à retrouver le réconfort de sa copine Babe, puisque sa petite langue se languissait d‘elle. De Babe, pas d’elle-même, bien qu‘il chérissait aussi fortement la langue de Babe qui était maternelle. En l‘épousant, Kiki Yorkshire fonderait certainement une famille unie et sans problème apparent, uniquement préoccupé du moment propice à la paternité et du choix du prénom, dans une éternelle bonne humeur. Resté seul, Marlou bazooqua rapidement le barman au physique de charcutier et tous les clients de son bar, principalement des retraités, pour le cas où le tueur décidément bien renseigné fut toujours présent sur les lieux. Interrogés auparavant, aucun de ces types n’avaient fournis le moindre renseignement pouvant aider au démantèlement d’un réseau terroriste d’ampleur internationale. Une force centripète le contraignit ensuite à se servir un double scotch à même le comptoir, en suçant des olives aussi noires que le cadavre de N°02. Pour plus de sureté, il ferait exploser le bar après son départ.

 

Il fouilla partout, sans trouver trace de son pognon, ce qui le mit en rogne contre l‘humanité en général, et les sectes des particuliers. Pas de doute, Alphonse-Jean-Justin de Saint Exupéry venait de le doubler en toute beauté, en lui carottant sa paye par-dessus le marché. Comme tous les réseaux d’influence, le créneau de son église était le fric des autres et leur portefeuille relationnel. Dévoré d’une rage inextinguible, il contacta illico l’unité d’élite des services secrets du Gurukislapet pour leur annoncer la mort de Number Two. C’est ainsi qu’il entra pour la première fois en communication privée avec Number Three, s‘étonnant pour une obscure raison que ce soit une femme, par ailleurs ultra féminine et mère de cinq enfants. Elle disait avoir installé son QG provisoire à Berchtesgaden, dans les Alpes bavaroises. Après avoir révélé à celle-ci la disparition d’Alphij dans la nature, ce qui constituait somme toute un microdrame sociétal, N° 03 engagea Marlou à la retrouver au plus vite en Allemagne pour examiner la situation, dans le but de faire définitivement sa fête à l’autre guignol. Marlou éteignit son portable au moment où Numéro Trois lui apprenait avec emphase comment faire soi-même les patrons de ses fringues et coudre un bouton. Acceptant non sans réticence sa nouvelle mission, l’inspecteur était clairement dans les starting-blocks pour pulvériser cette saloperie de guru, mais il quitta le bar à moitié bourré, le crâne fracassé, emportant faute de mieux le fond de la caisse, ce qui couvrait difficilement ses nombreux frais. Il n’avait d’autre but immédiat que de rejoindre à son tour Paris accompagné de la petite princesse Ewij Nikasek, neutralisée quand à elle par les larmes et quelques paires de baffes. Il comptait retrouver sans tarder Kiki au Lagon Bleu, charmant pavillon transformé en maison de caractère.

 

C’est justement aux abords des poubelles de cet établissement, fondé sur un ancien centre de soutien scolaire, que Kiki Yorkshire fit la connaissance d’un clébard nommé Jack Russel. L’autre fouillait nerveusement dans les déchets pour assurer ses repas quotidiens, toujours en marge de la satiété. Ce Jack était un mec cool, cabotin à tous crins, oreilles droites, élégance en blanc et rire tout en crocs, adepte du travailler moins pour jouir plus de sa pauvre vie de chien errant. Tournant en rond sur le trottoir, ils se reniflèrent longuement le cul, afin de se dire bonjour dans les règles, bien qu‘ils furent deux mâles. Lorsque dans la conversation Kiki lui raconta qu’il voulait faire de Babe une dame, et monter avec elle une blanchisserie à Montréal, Jack se fendit spontanément la poire :
– T’as aucune chance, mon pote, les putes, c’est fait pour salir les draps, pas pour les nettoyer.

 

Kiki lui aurait bien mis sur la gueule pour avoir parlé ainsi de sa Babe chérie, mais il se dit que ce Jack n’était qu’un chien de la rue, livré à la misère, la violence et à lui-même, et que c’était juste sa façon ordinaire d’envisager les choses. Il avait sur les flancs quelques marques de torture et la ville toute entière semblait être son propre terrain de jeu. Jack se servit une lampée de flotte à même une canalisation défoncée, puis il mâcha un vieux reste de poulet faisandé, ravalant une visible douleur muette. Celle sans doute, bien qu’il fut tatoué, de n’avoir jamais connu une adoption officielle et encore moins une vaccination en règle. Il n’avait rien d’un chihuahua et Kiki mis en confiance invita Jack à pénétrer avec lui au Lagon Bleu, où ils contournèrent les matelas cradingues du dance-floor pour retrouver Babe. Elle se dégelait justement les hanches sur une musique lubrique en compagnie d’un client, en émettant d‘étonnantes résonnances. Au contraire des beats électroniques endiablés, la bite du mec encore en vie était chétive et faiblarde, mais le travail visuel de Babe, candide et roublarde, était remarquable. Par l’élasticité irréelle de son corps elle insufflait une vigueur évidente au tableau de ce trafic d‘hormones, et Jack reconnu son professionnalisme en connaisseur. Kiki faisait le fougueux et le flamboyant, particulièrement fier du spectacle qu’offrait à son nouveau pote l’unique amour de sa vie. Il aida cependant plus tard à l’expulsion du mec en lui mordant méchamment les burnes, ce qui ne posait aucun problème, vu que ce crétin avait payé d’avance. Vêtue d’un dénuement somptueux, Babe se rhabilla d’un sourire, tout en nettoyant le matelas à l’eau savonneuse :

 

– Ah c’est toi mon Kiki, mais t’étais passé où ?

 

– On a collé le train à Aphij jusqu‘en Bretagne, et puis on l’a paumé, mais on a récupéré la princesse à peu près saine et sa rondelle sacrée à peu près sauve.

 

– Et ben vous n’êtes pas doués ! Bon c’est qui celui-là ?

 

– Jack Russel, m’dame : génie buissonnier, prince des poètes et trompettiste free-jazz par le derche, à cause de la viande avariée des poubelles, des produits invendus ou ayant dépassé la date.

 

– Tu cherches du boulot ?

 

– Faut voir.

 

– J’en parlerai au boss, on est  toujours en manque de trompettiste easy-listening, ici.

 

– C’est cool. Surtout si la ventilation du Lagon Bleu fonctionne correctement. A l’instar de Kiki, Jack était aspiré par le mouvement hélicoïdal des somptueuses guiboles de Babe, clés de sa propre fortune qu’elle faisait tournicoter sans arrêt devant sa truffe. Jack était ce genre de chien que les chattes rendent nerveux. Pour élégante qu’elle fut, l’intention n’était peut-être pas sans arrière-pensée et Kiki se renfrogna dans un coin, devenu l’instrument d’une jalousie haïssable à caractère sexuel :

 

– Alik ! Aboya t-il à Jack en arabe, ce qui se traduit par « fais gaffe ».

 

Tout en jouant du blues par les entrailles pour avoir l‘air décontracté et montrer par la même occasion à Babe l‘étendue de son savoir-faire, garantie par CV, Jack rassura cependant Kiki en lui tapotant le dos avec sa queue. Tout en exultations retenues, le ventre dilaté de Jack signalait aussi clairement à l’amant de Babe qu’il n’avait rien à craindre de ce côté là. La recette fit mouches. Après quelques rééditions explosives et autres bruits de flipper produits par le gonflement de sa ceinture abdominale, Jack prit congé de ses nouveaux amis, lesquels projetaient en amoureux, selon leurs propres dires, l’empoignade d’une imminente bataille de polochon.

 


Message édité par talbazar le 21-04-2013 à 16:03:28
n°34071009
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 23-04-2013 à 05:52:55  profilanswer
 

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comme tout roman de Fantazy, la carte du royaume de Fion, pour aider à aller :

 

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Extrait numéro 3
 
 Le chevalier Erald choqua avec tant de hardiesse les petites fesses d’Helga qu’elle en fut toute tourneboulée. La nuit était déjà bien avancée qu’il en était tout juste à son cinquième assaut d‘amour. Il sembla ouïr dans la tête de sa partenaire un ding-dong céleste, identique au tintement des cloches en or du temple de la Divine Kramouille. Grâce aux vaillants grelots d’Erald, elle sembla jouir, aussi, ce qui ne lui arrivait jamais avec les clients. Erald allait comme fier destrier en bataille, montant joyeusement aux créneaux, galopant sur elle avec ardeur lubrique et coups de boutoirs intrépides, la laissant au petit jour comme épave sur le lit de paille, délitant pour elle les nuages du ciel, bernant sa vigilance par grande vitalité de son machin phénoménal. Tant et tant qu’elle pouffa cinquante fois de plaisir sur leur couche de fortune. Couverte de semence, elle gueulait comme truie son bonheur décuplé, chahutée de si belle manière qu’elle n’avait jamais connu tant d’extase épidermique de toute sa jeune existence. Finalement, Erald s’abattit sur elle lors d’un ultime assaut, grognant comme truite sa joie de ne plus barguigner plus avant sa propre félicité. Sa tendre et juteuse visiteuse du soir ondula encore un bon moment, redevenue simple mortelle dans les bras de son dieu de l’amour, héros du pieu qui l’avait fait grimper en septième paradis. Pour la première fois depuis qu’elle avait été capturée dans la ville de Mouyse pour servir d’esclave charnelle aux étrangers et autres aventuriers qui passaient au château. Eparpillée, désarticulée, elle déplanta ses ongles vernis du dos d’Erald, lequel lui en fut expressément reconnaissant. Ensuite, elle alluma une paille et rejeta avec malice la fumée par ses narines sur ce formidable amant, heureuse d’avoir été si  joliment comblée :

 

– Ben mon saligaud, quelle féroce joute ce fût là, susurra-t-elle, j’ai si grandement orgasmé que pour toi ça sera gratuit, je ne saurais faire payer si courageuse main-d‘oeuvre. Tu es si grand batailleur à ramollir la bique, chevalier, qu’il me faudra toute la journée pour m’en remettre, et la semaine pour remarcher droit.

 

– J’ai grande joie à te savoir béate, douce amie, quel malheur que la reine Amanda n’en fut pas pareillement esbaudie de mes pinailleries ! Elle n’eut pas de mes soins piailleries et sa marche n’en est guère devenue douloureuse, hélas.

 

– Ho c’est pas grave, t’es pas venu au monde uniquement pour combler par ton solide bélier son grand vide affectif, ni son petit bazar non plus, d’ailleurs. Le mien vaut mieux que deux tu l’auras, pardi !

 

– Ouais ben ça la rend dingote de ne plus hululer sous l‘écuyer, et cela met gravement en péril l’équilibre du royaume de Fion, d’avoir une reine qui ne peut follayer sur l‘oreiller. Elle risque fort d’en devenir foldingue et de ne plus sagement gouverner. Ce serait grande pâture pour nos si nombreux ennemis qui rôdent aux frontières.

 

– En attendant, t’as essayé et tu n’y peux rien, comme tous les autres avant toi.

 

– Que nenni ma charmeuse, je m’en vais de ce pas dans le lointain pays du Bonanzaza cueillir la fleur de pinette, plante magicienne qui fera à nouveau roucouler notre mal-aimée reine.

 

– Pas question que tu te barres sans moi, j’ai diantre faim de ta viande intime, beau sir. Cuite ou crue.

 

–Trop risqué, je dois aller seul, car le Bonanzaza est tellement loin que tu serais morte vingt fois avant d’y arriver.

 

– Taratata. Premièrement, une femme a des armes que les bourrins dans ton genre n’ont pas. En cas de rencontre sournoise, je saurais bien aguicher le gêneur de mes tétons, vois-tu. Et deuxièmement, est-ce que tu parles le Bonanzinois, la langue qui se parle en Bonanzaza ?

 

– Il est vrai, je n’ai point l’usage de ce dialecte.

 

– Et bien quand j’étais encore enfant dans la cité de Mouyse, j’ai tété les nichons d’une nourrice Bonazanienne qui m’apprit les tournures de son parler, avant que je ne préférasse jouer des tournures de mon cul. Vois-tu le grand avantage de me trimballer sur ta selle, grand couillon admirable ?

 

– Si fait, et j’aurais en plus chaudes nuitées sous les étoiles en ta compagnie. Si Kramouille veut, nous cueillerons de concert cette magique pinette, ma mie tarifée, ainsi-soit-il. Maintenant, je dois rejoindre Mirlen le Tchatteur dans la taverne du Blabla Lounge pour qu’il m’en dise plus sur notre voyage.

 

Ors, il se trouvait dans le château un petit homme de la race  ancienne des Huelabits du pays de la Godée, qui passent toute leur vie, mais aussi leur vit, dans des trous. N’importe quel trou, les gros et les petits. Il était venu à Fion appâté par l’idée de se farcir une reine, mais il n’avait travaillé qu’une princesse inerte et comme défunctée. Il était lui aussi fort mari de n’avoir point rendu la Reine Amanda vigoureuse et prolifique. Il s’appelait Belbit le Huelabit, et comme tous ceux de sa race, des pieds à la tête, il était fort poilu.

 


Message édité par talbazar le 23-04-2013 à 18:40:54
n°34089950
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 24-04-2013 à 15:53:55  profilanswer
 

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Extrait n° 7 (où l'on apprend décidément rien)
 
 La cinquantaine évacuée, le commissaire Mensinq était un homme replet, au visage rebondi, qui transpirait tellement qu’il abandonnait un ADN copieux sur chaque chose qu’il frôlait.Tout en dévisageant le docteur Jason Halrequin, il déchirait son sandwich à pleines dents, et chaque bouchée envoyait valser quelques miettes vers une destination inconnue. Jason évalua sa psychomotricité à 3 sur une échelle de 10 et sa consommation annuelle d’énergie corporelle inférieure à 15 kilowatts par mètre carré, en plus de le savoir probablement diabétique. Jetant discrètement un coup d’œil à son froc, la bite du commissaire tirait normalement à droite, comme tout le monde. L’exercice de la médecine n’était somme toute qu’une affaire d’expertise, sur laquelle la population jetait en générale un regard très positif. Comment expliquer autrement que les gens fassent la queue à chaque ouverture de la clinique, indépendamment des périodes de soldes ?
 
– Vous savez, commissaire, j’entend dire que la clinique Saint Bernard a amassé de l’argent sans rien réinvestir, je voudrais rétablir la vérité.
 
– Ca vous est tombé comme un taquet sur la nuque au dernier conseil municipal, certes, mais je ne suis pas là pour parler de ça, mais plutôt de la tentative de meurtre qui vient de frapper votre établissement.  
 
– Et bien nous pouvons cerner d’une manière objective notre problème. D’un point de vue médical, une étude épidémiologique des agences sanitaires n’a pas retenu les boissons édulcorées comme une preuve certaine d’accouchement prématuré, par contre le jus d’orange en perfusion est absolument susceptible de provoquer une embellie gastrique, auquel notre patient du 112 a, grâce à mon intervention rapide, miraculeusement échappé.  
 
– Il s’agit donc bien d’une tentative de meurtre préméditée ?
 
– Clairement, puisque l’aspartame contenu dans le jus en question file au malade une chiasse carabinée. Si rien n’est tenté dans l’heure qui suit, le patient meurt de déshydratation au carbone 14.
 
– Cela nous amène à nous interroger sur l’identité d’un coupable possible, vous voyez que je connais moi aussi mon boulot.
 
– J’ai un instant soupçonné une de mes aides-soignantes, Jeanne Hachette, car elle s’est trouvée la première et la dernière au chevet du 112, avant et après l’incident. Toute la clinique raconte aussi qu’elle trafique de vieilles shooteuses avec les toxicos de la rue, qu’elle aurait en plus des relations charnelles avec le 203, un amnésique, mais je n’ai jamais pu le prouver. J’ai vu dans son dossier qu’elle aurait été abusée toute petite par un Doberman, elle est probablement toujours sous le coup de cette secousse qui la fait parfois divaguer. C’est vrai qu’elle est plutôt bizarre, par moment. Mais je ne pense pas qu’elle soit coupable, en fait.
 
– Vous me laisserez le soin d’en décider, docteur. Qui d’autre a procédé aux soins du 112 ?
 
– Et bien ce patient nous est arrivé à cause d’un accident de pont roulant, alors qu’il faisait ses commissions. Deux infirmières dont je garanti la moralité ont été à ses côtés depuis son opération, Gwendoline Nathan et Babette Gallimard.
 
– Il me faudra bien entendu les interroger. Les ampoules de la chambre du 112 sont-elles à vis ou a douille ?
 
– Je ne vois pas le rapport.
 
– Parce que je ne l’ai pas encore écrit. En attendant, si j’arrive à prouver ce que vous dites, je vais mettre en examen Jeanne Hachette pour trafic de serins.
 
– De seringues.
 
– Faites pas trop le malin, docteur Halrequin, je vous ai à l’oeil et votre clinique aussi.
 
 On frappa brutalement à la porte, et Gwendoline aussi désemparée qu’un vaisseau Français à la bataille de Trafalgar fit une entrée fracassante :
 
– Docteur, venez vite, Jeanne a tenté de sauter par la fenêtre du 203 !
 
 Le commissaire Mensinq les suivit en terminant sa petite collation. Dans les couloirs parsemés de miettes de thon, tous couraient pour une fois plus vite que les bruits.
 
 
 

n°34115118
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 26-04-2013 à 14:47:34  profilanswer
 

Je suis en vacances, c'est pas bon signe !
 
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Extrait numéro 4
 
 Erald De Bavevieux retrouva Mirlen le Tchatteur penché sur ses gribouillis ancestraux. En fait, Mirlen n’était pas en train de déchiffrer son précieux grimoire enluminé, mais, illuminé, laminé, il dégueulait sa race sur son livre ouvert, car le patron de la taverne du Blabla Lounge lui avait débusqué une formidable gnôle de derrière ses fagots. En jetant un coup d’œil par la fenêtre, le chevalier aperçut dans la cour intérieure quelques Drag-Queens qui montaient de beaux dragons, lesquels rejetaient leur fumée par le nez, bien qu‘une loi leur interdise de le faire dans les lieux publics. Malgré l’odeur de l’alchimie secrétée par les tripes du magicien, Erald prit place sur le banc en face de lui. Elga Tetipayday arriva un peu plus tard afin de les rejoindre, en claudiquant de ses jambes arquées, puis elle s’assit difficilement à son tour. Elle était bien décidée à ne pas lâcher son étalon d’une seule semelle, car de plus, elle chaussait petit. Devant la cheminée de pierre où flambaient quelques fausses factures bricolées par le patron, Belbit le Huelabit se tripotait l’anneau et secouait ses dredlocks, en les observant de loin sans rien dire. Il rêvait sans doute d’une bonne pipe. Dans un autre coin sombre, à côté de son frère Dédé, un chevalier colossal nommé Hivalanoué jouait une partie de dés endiablée avec un autre type, à qui il menaçait de couper les joyeuses avec sa dague, parce qu’il le soupçonnait d’avoir pipé des dés. Il était recouvert des pieds à la tête d’une maille grisâtre de crasse, tricotée par sa plus jeune sœur d‘environ cinq ans. Erald remplit sa corne de gnôle, puis celle d’Elga. Le tord-boyaux les envoya aussitôt pulser au plafond, puis dans une même dévastation stomacale les obligea à rajouter spontanément quelques chapitres au manuscrit de Mirlen ; mais aussi sur la profusion de fruits exotiques du proche pays Breizhoneg posés sur la table, des pommes, des poires, et des scoubidouhas. Derrière son comptoir, le patron menaça de leur retirer la gnôle si ils continuaient de lui dévaster l’estaminet. Lorsque Mirlen fut en état de les regarder, ils portèrent force toast au succès de leur entreprise, et l’on devait boire une corne de gnôle à chaque toast. La gnôle terminée, le patron leur apporta de la bière, avec modération. En retournant à son comptoir, il botta le cul à une canne et ses petits qui rôdaient sous les tables. La soirée s’avançant, il se fit que nos amis se trouvèrent légèrement indisposés. Levant sa grosse corne, Erald accepta Elga sur ses genoux :
 
– Par la Sainte Kramouille, il se fait que j’ai grand-soif, à présent.  
 
 Puis il vomit dans le décolleté d’Helga, qui se leva finalement pour faire pipi devant la porte, ce qui lui rappela les beaux jours de fête de son enfance, lors des courses d’aurochs à travers la citadelle de Mouyse. Dans la ruelle où coulait en rivière la pisse d‘autres clients, trois gens d’armes contrôlaient un cavalier en le faisant souffler dans un biniou. Il faisait jour noir dehors et Helga trébucha en revenant par le vestibule. Elle porta un toast en se rasseyant :
 
– Par la Sainte Kramouille, il se fait que j’ai grand-soif, à présent.  
 
 Puis elle gerba sur le recueil de Mirlen, afin d’en enrichir de son mieux la calligraphie. Mirlen toussa dans sa barbe blanche, ce qui ne fut pas, pour la même raison, une bonne idée :
 
– Chevalier Edgar, sais tu reconnaître un géranium d’une cactée ?
 
– Que nenni, grand Mage, je ne saurais botanisé, n’ayant reçu que la seule formation des armes par l’éducation stricte de mon seigneur de père.
 
– Et donc tu ne saurais point mirer la fleur de pinette au milieu d’un champ de blé, n’est-il pas vrai ?
 
– Si fait, et le constat est grandement fâcheux. Helga, t’aurais pas la main verte, toi ?
 
– Je l’ai bien ailleurs pour l’instant, messire, elle est d’ailleurs très douce pour ce qui est très dur, mais en matière de fleurs, y’a fort longtemps qu’un coquin m’a larciné la mienne dans les douves du château. Je ne saurais piger ta pinette, même avec des lentilles sur le nez.
 
 Le sage Mirlen vit que ce n’était que des êtres humains, avec leurs ambiguïtés, leurs complexités, mais aussi bien cuités. Les yeux perdus sur sa littérature qui travaillait vraiment l’intime, il accusa le patron de la taverne de leur faire subir une atroce barbarie collective, car leurs cornes étaient vides. L’autre s’empressa de retrouver de la gnôle à la cave :
 
– Je suis bouleversé par la tragédie actuelle de la reine Amanda, conta Mirlen le Tchatteur, et j’ai un sens aigu du détail. Je ne doute pas de ta vaillance et de ton courage, chevalier Erald De Bavevieux du royaume de Fion, mais je ne saurais t’abandonner dans ton périple. Je t’accompagnerai, je serai tes mirettes pour découvrir où pousse la glorieuse fleur de pinette, et la reine Amanda pourra s’enorgueillir d’avoir des sujets bien chargés.
 
– J’en suis bien aise, Maître Mirlen, déclara solennellement Erald avec une volubilité enthousiaste qui lui donna soif. Surtout que tu te fous de ta carrière et de l’argent, et que le mérite me reviendra en propre.  
 
 Il sortait ainsi des aveux complets dépourvus d’excuses. Mirlen fit la gueule, tripota sa barbe, puis il approuva. Ce n’était pas tous les jours que le troisième âge pouvait s’offrir une virée au Bonanzaza. Les yeux charbonneux, cernés de rouge, Helga quand à elle s’égarait, accaparée par un profond mouvement sensoriel et psychique, conséquence de la gnôle, trop occupée à fouiller son chevalier pour les écouter. Sa langue traversa la bouche de son héros pour en ressortir deux secondes trop tard, et sa robe fut inondée par le vomi de son ami, qui l’imprégna brusquement d’héroïsme. Elle avait les cheveux longs, lisses et blonds, mais ça c’était avant. Peu à peu, les autres clients circulaient pour quitter la taverne, car il n’y avait presque plus rien à boire, exceptés encore trois tonneaux de gnôle. Avec une inquiétante courtoisie, Belbit vint demander de se joindre à eux :
 
– Par la Sainte Kramouille, il se fait que j’ai grand-soif, à présent. Quelle belle leçon de vie ! J’ai ouï-dire vos propos, car vous parlez fort, me serait-il possible de me joindre à votre escapade, car c’est la légitimité même du trône de Fion qui est en cause. Et mon pays de la Godée est fief du votre royaume, je vous le rappelle. En bon vassal j’offre mes services et la prochaine tournée.
 
 Cette nouvelle avalanche de toasts ne pouvait se refuser sans offense, le petit Huelabit fut donc intégré promptement dans l’équipée. Il prit sa corne, la leva, porta un toast et la but, deux fois plus rapidement que les autres. Il décolla vers le plafond deux fois plus vite aussi, car il était petit. Il les galvanisa ensuite par une foule de joyeuses et salaces ritournelles, entrecoupées de galettes somptueuses qui firent hurler le patron à nouveau. Helga prenait peu à peu le visage de son nouveau parfum. Il ne restait dans la taverne que le chevalier Hivalanoué et le joueur de dés ; car le frère Dédé avait depuis longtemps quitté les lieux, embarqué par la milice à cause d‘un biniou positif. En colère, Hivalanoué se leva prestement, jeta sa corne par terre, empoigna son épée et  traversa le corps de son partenaire de jeu par le milieu du nez, si bien que la pointe ressortit plus tard par son fondement. L’autre en mourut un peu, et du sang se mélangea au vomissures étalées sur le parquet. Sa lame toujours brandie, le grand guerrier était comme un chat sauvage, le visage à angle isocèle, et cultivait une esthétique de gros dur. Il savait qu’à cause de ce meurtre impulsif, le tribunal royal l’exilerait du royaume, pour faire face à la surpopulation carcérale et ses conditions de détention jugées trop humaines, malgré l’usage ordinaire de la torture. Il toisa le groupe de ses voisins, alors baigné du son de la vielle, des chœurs et des castagnettes, secoué par l’émotion pure qu’il ressentait devant cette indéfectible fraternité :
 
– Holà les hobereaux ! Je vous souhaite soirée fort bonnasse et par la Divine Kramouille, il se fait que j’ai grand-soif, à présent.  
 
 On lui fila une corne de gnôle, puis il offrit un toast, puis une bouleversante lecture personnelle du livre de Mirlen. Mais il ne décolla pas. Le magicien comprit l’intérêt d’avoir un tel allié avec eux, et lui baratina quelque chose à propos d’un possible échec des mesures de contrôle aux frontières, s’il partait avec eux au pas de course. Après trois jets de canettes et deux de cornes, l’affaire fut entendue. Le chevalier Hivalanoué accepta de rejoindre leur petit comité, tout en jouant des arpions une déconstruction chorégraphique aléatoire. La communauté de la gnôle était formée.
 

n°34115340
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 26-04-2013 à 15:00:15  profilanswer
 

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Extrait n° 7
 
 Fort heureusement, la fenêtre du 203 donnait sur le rez-de-chaussé et Jeanne Hachette ne s’était pas fait trop mal. Elle n’accusait qu’une foulure de l’oreille sans gravité, comme le constata le docteur Jason après l’avoir examinée. Dans son lit, indifférent au drame qui venait de se jouer dans sa chambre à l‘architecture bahaus, le 203 dormait profondément, toujours revêtu de son gilet de chantier fluorescent. Babette réconfortait son amie, car une complicité de femme les reliait solidement depuis leur prise de fonction respective à la clinique Saint Bernard. C’était Babette qui avait donné l’alerte, lorsqu’elle avait vu Jeanne enjamber le rebord de la fenêtre, arrivant malheureusement trop tard pour empêcher ce qui aurait pu être l’irréparable. Babette, ancienne experte de la sécurité routière, avait obtenu son diplôme d’infirmière par correspondance assidue sur le web. C’était sans doute la raison pour laquelle elle pensait son métier autrement. A chaque opération, elle évaluait la souffrance des victimes en écoutant le témoignage des survivants. Infatigable rouage de la clinique, Babette Gallimard était une femme émouvante, drôle, pertinente, qui frappait par sa maturité impossible à opérer, et contrairement à Jeanne, elle était toujours culottée. Sa coupe de cheveux était très travaillée, son teint de cendrier et son chemisier plissé. Sa bouche glossy ouverte sur des dents cernées de noir en faisait une superbe vipère de couloir. Elle jouait du piano sur les tables, dès qu’elle se trouvait assise dans une réunion, pratique qu’elle avait étudié dès son plus jeune âge. Elle démarrait lentement, mais il était pratiquement impossible de l’arrêter une fois lancée. On redoutait donc son approche dans les escaliers.  
 
 Elle jalousait très fort l’ascendant de Gwendoline sur le docteur Jason, dont elle était admirative de son leadership, mais également de la manière personnelle qu’il employait pour leur faire admettre la précarité, les écarts de rémunération et la ségrégation permanente de l’emploi féminin au sein de sa clinique. Tant qu’elle pourrait côtoyer le beau et jeune docteur Jason, l’argent serait pour elle une priorité secondaire. Sa tête se remplissait à cause de lui de scènes oniriques délirantes. Elle rêvait en secret qu’il l’a voit nue au bloc opératoire, au milieu des atroces agonies, lorsque la situation désespérée pouvait offrir à Jason l’occasion de faire un break. Elle s’imaginait parfois être prise comme une petite chienne par lui au milieu d’un brancard, faisant valser ses escarpins vernis remplis de champagne, éparpillant dans leur oubli les boîtes de médicaments sur le sol de la réserve. Il fallait alors à chaque fois d’une manière fort louche qu’elle se mouche, qu’elle se touche et puis qu’elle se douche, en fredonnant fébrilement le nom du docteur Jason. De son côté, la digestion rythmant l’activité de la police, le commissaire Mensinq semblait réfléchir à la crise. Avec une senteur d’alcool anisé, il essayait d’évaluer la concordance entre cette Jeanne sauvée du suicide et une suspicion d’attentat-suicide :
 
– L’accumulation de vos petites misères devient préoccupante, docteur Jason.
 
 En totale réceptivité humaine, Jason se soucia de l’odeur qu’il venait de rencontrer :
 
– Que voulez-vous insinuer, commissaire ?
 
– Je me vois dans l’obligation d’interpeller cette Jeanne Hachette pour « mise en péril de l’ordre privé », puisque votre clinique ne fonctionne pas uniquement sur des fonds publics.
 
 Passant immédiatement à l’action, il fit une clé au coude de Jeanne, puis une autre à son bras, enfin il procéda à la fouille de son corps, avant de lui passer les menottes aux chevilles :
 
– Ca pique ! hurla Jeanne, cette fois durement blessée.
 
– OK, je vous arrête pour trafic de seringues sur la foi des aveux, compte tenu de mes preuves obtenues par diffamation, vous passerez au moins deux nuits en garde en vue.  
 
 Force étant à la loi, Jason regarda impuissant partir son personnel. Bouleversée, Gwendoline, avec une affirmation sexy branchée, resta statique et muette, mais elle fit vrombir ses cils à l’intention du docteur, sous le regard courroucé de Babette qui retourna ensuite faire son job sans mollir. Elles étaient toutes les deux également séduites par les saillies humoristiques et la poésie de leur patron, lequel rajoutait parfois au feutre à leur intention quelques blagues de son cru, sur les panneaux signalétiques indiquant chaque service. Oubliant sa fatigue du moment, Jason réveilla le 203, constatant que son patient amnésique fût soucieux d’avoir oublié la raison pour laquelle il se trouvait là. Il navait rien vu, rien entendu. Son poul était chaud et moite, mais son front accusait une fraîcheur ombragée et transpirait des litres. Jason ressentit un profond décalage entre la danse classique et la pratique de la médecine. Lui essayait toujours que ce soit juste organique, quand les autres prenaient plus de temps. Sa ligne était plus radicale, il s’effaçait totalement au profit de son chiffre d’affaire, au milieu des organes perforés, des os émiettés, faisant de son mieux pour que sa clinique offre le vivant tableau animé d’êtres inanimés, malgré les dérives parfois gauchisantes de ses victimes. Délaissant son malade, il aida finalement Gwendoline à placer un vieil hypocondriaque dans son fauteuil roulant et la précéda pour le chambrer. La belle infirmière demanda subitement à Jason d’arrêter en chemin, réclamant l’aide de son bras solide pour la soutenir, car elle avait un caillou dans sa chaussure. Dans cette action le cœur de Gwendoline résonna à tout rompre, et cela constitua pour la jeune femme une sensation magnifique.
 
 

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talbazar
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Posté le 27-04-2013 à 16:07:41  profilanswer
 

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Extrait numéro 28

 Pour Alphonse-Jean-Justin de Saint Exupéry, président non élu et gourou des évangiles secrètes de Saint Jean l’Apostiche de la Jésuralem Céleste, voie des bonnets verts du Saint Temple de l’amicale non laïque de l’école de la petite Jéricho, une bonne éducation sous-entendait un minimum de corrections. Travaux harassants, lavage de cerveau, punitions fréquentes, éloignement des parents, c’est le programme qu’il avait commencé à mettre en œuvre pour sauver la princesse Ewij Nikasek du péché.  Hélas, cette chipie s’était entiché de lui, en contrariant ses projets de redressement par l’apport gratuit de sa petite foufoune. Les quatre plus fidèles guerriers des membres de son clergé, Test, Tost, Sté, Ron, s’étaient fait sottement descendre par l’inspecteur Marlou, et lui même se terrait à présent dans un désert médiatique, quelque part au-dessus de la mer. Là, il était le jouet d’étranges échos prophétiques, lesquels lui annonçaient l’imminence crépusculaire du monde ouvrier. A coup de champignons magiques, il coucha avec panache ces nouvelles révélations dans un livre puissant qu’il comptait faire vendre par ses adeptes sur les marchés hebdomadaires auvergnats, mais aussi sur le web. Ecrivain sous pression, il se livrait au fil des pages à une dissection cruelle, sobre et intime, de sa propre connerie largement autobiographique, et savait que ce nouvel ouvrage à la gloire de son église allait s’arracher, comme la chanteuse Jennifer le fait chaque jour de ses poils. Cela lui permettrait d’entretenir encore pour longtemps sa villa Californienne, mais sa déception ne n’avoir pu rançonner le Pape le rendait presque inconsolable. Pourtant, il espérait que cette défaite ne soit qu’un intermède temporaire vers le chemin de sa victoire. Pour l’instant, il surveillerait les comptes de ses ouailles à distance, en faisant le gros dos, bien à l‘abri des investigations du président à vie du Gurukislapet et de l‘inspecteur Marlou. L’écriture de son best-seller allait lui prendre à peu-près deux jours, et une fois posté sur le forum HFR, il connaitrait évidemment un succès mondial avec lequel il obtiendrait en final le Prix du Nouveau Talent de la Fondation Bouygues Telecom, sans compter la reconnaissance unanime du syndicat des programmeurs.

 

Marlou avait claustré Ewij dans une des chambres du Lagon Bleu, solidement attachée à l’un des radiateurs allumé. La princesse, moulée ce jour là dans un fuseau d’un bleu électrique, découvrit là fortuitement une nouvelle forme de sensualité physique qu’elle avait hâte de mettre en œuvre avec Alphonse, lorsqu’elle l’aurait retrouvé une fois évadée. Elle savait son maître du jeu en butte aux névroses d’une société déséquilibrée, le seul à avoir jusqu’à présent réussi à se tracer un chemin dans son petit univers foisonnant, en tous cas beaucoup plus que celui de Jennifer. Sans lui, elle était comme une orpheline privée de sa famille, lâchée par l’absence de son amant comme une barque flottant à la dérive sous un ciel maniériste. Avec lui, elle avait plongé dans les délices du surnaturel, il l’avait découragé à jamais de devenir fonctionnaire et de se faire soigner les dents en Hongrie. Elle n’avait pas hésité une seule seconde à lui rouler des patins, dans un élan décomplexé, offrant à son glorieux visiteur une trajectoire somme toute logique. Elle faisait pourtant grise mine, car Marlou avait récupéré la rondelle sacrée, objet de la riposte vidéo que les acolytes d’Alphonse n’avaient pas eu le temps de filmer. Le Pape triomphait de l’odieuse mise en scène, comme un bel aigle en vol planant au-dessus du Vatican, avec le soutien inconditionnel du géniteur d’Ewij. Marlou et son putain de clebs semblaient avoir pris une longueur d’avance et ne se gênaient pas pour inonder les réseaux sociaux afin de dénigrer la secte d’Alphonse, avec une insolence qui lui faisait mal aux seins. Suivi de Babe, Marlou frappa la porte, puis Ewij, indignée cependant par la clémence de la peine infligée :

 

– Remet ta main, s’il te plait. Si tu te laisses pas faire, ça risque de ne pas être simple. Faut que je te ramène à ton père. Il est prévu que je le retrouve en terrain neutre, à Berchtesgaden.

 

Tirant sur sa laisse au risque de démolir la plomberie, Ewij réclama une nouvelle torgnole. Marlou se garda bien de lui donner raison. Babe voulait qu’elle se reprenne en main. Elle eu recours aux blagues, aux insultes, au chantage, mais la justesse de sa rhétorique ne lui faisait rencontrer de la part d’Ewij, délicieusement malmenée par le jeu incessant de ses émotions, qu’une ironique moue rageuse.

 

– Des restrictions pourront être apportées à ta protection si je laisse Kiki Yorkshire monter seul la garde devant cette chambre, mon copain constitue la pierre angulaire de ma menace, et tu sais déjà de quoi il est capable. Tu peux pas te barrer, et je suis bien résolu à illuminer ton guru sous mon soleil de plombs.

 

– Je me tamponne de ce clébard, j’aime Alphonse-Jean-Justin et je refuse d’aller en Allemagne. Elle savait ce qu’elle faisait en contrariant Marlou, mais à son grand dépit, la baffe ne vint pas. Peu importait, du reste, elle jouirait plus tard, en se mordant les veines sur les tapis de style de cette chambre devenue prison, imitant ce pauvre marquis de Sade enfermé dans un cachot de la Bastille. Avec un déhanché unique, Babe eut soudain pitié d’elle et lui balança son escarpin dans la tronche. Prise d’une surchauffe totale, car Marlou et Babe travaillèrent un instant en tandem, Ewij capitula au milieu de ses halètements, pour finalement accepter cette récompense et suivre docilement l’inspecteur à Berchtesgaden. Troublée, meurtrie, elle suintait de bien-être. Satisfait, l’inspecteur Marlou redescendit avec Babe pour rejoindre Kiki Yorkshire et Jack Russel, afin de fumer des clopes avec eux tout en buvant du vin et de la vodka. Libérant dans l’éther des sonorités métalliques par son cul dilaté sur un tsunami trompétant, sous le coup d’expirations extérieures, son estomac devenu à la fois calebasse et caverne à l’image d’une harpe Mandingue, copiant les maîtres du viole de gambe, Jack donna finalement  le ton au nouveau show de Babe ; laquelle obtempérait de son mieux aux désir des clients et faisait la chienne sans arrêter de sourire.


Message édité par talbazar le 27-04-2013 à 16:16:50
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talbazar
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Posté le 28-04-2013 à 12:16:41  profilanswer
 

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Extrait numéro 5

 

Afin de rejoindre les appartements de la reine Amanda, toute l’équipe formant la communauté de la gnôle traversa la cour du château. Une jeune servante allaitait son vingtième fils, pendant qu’à côté une autre haletait, car elle démêlait les poils d’un bouc et filait sa quenouille. Luttant pour se frayer un difficile chemin au milieu de la foule exotique, Helga constata que c’étaient des paysans. Quelques poules essayaient de leur échapper, d’autres moins rapides caquetaient comme commères et se faisaient chopper. Aux créneaux cependant, toisant tous ces fermiers, vigilaient des Bronzes-nés, des Fer-niais, des Fiers-noués, leurs grosses arbalètes à la main. Une de ces sentinelles charria au vol l’un des loqueteux, en menaçant de lui couper une main. Dans sa chambre située au sommet du grand donjon, la reine du royaume de Fion chevauchait hardiment son vizir. Au milieu du grand lit à bilboquet tendu de toile de jute, Baristan Lakeu lui faisait l’amour par les chemins habituels. Avec ses gros nibards, elle ne fut pas mal traitée, mais voyant qu’il s’escrimait lui aussi sans succès, incompétent une fois de plus à lui farcir la poularde, elle le chassa pour recevoir la délégation, après s’être sans doute rhabillée :

 

– Ainsi vous prétendez me guérir de l’horrible charmement qui m’accable, si ce n’est point balivernes que vient de me conter Baristan, entre deux barrissements ?

 

Erald cracha dans la gamelle qu’on lui tendait, en signe de respect, puis il y reprit la parole :

 

–Votre majesté, nous, communauté de la gnôle, avons en notre compagnie le grand Maître Mirlen, qui n’est point falourdeur et jure de conjurer la malédiction, au risque de se faire radier du conseil de son ordre, comme un vulgaire apothicaire véreux.

 

– Et quel serait le secret si prompt à m’offrir enfin joyeuses gaillardises ?

 

– Nous ne sommes point lopettes ni capons à la tâche, Majesté, et vous ne serez pas déconfiée, car nous allons quérir la fleur de pinette en Bonanzaza. Plongée en chaud et fumant breuvage cette plante pourra vous réchaudir les fesses avec forces criements !

 

– Par où taillerez-vous quérir cette fleur sorceresse ?

 

La bouche saillante, Mirlen s’empara du crachoir :

 

– Ce sera long voyage, une fois franchi le pays de la Godée, il nous faudra d’abord traverser l’épaisse forêt de la Kounass, pour arriver au doigt des derniers hommes, traverser les vasières du Marais-Jean, grimper sans doute le volcan du Guilidoris, et cavaler ensuite dans bien des contrées et autres cités inconnues, sur le crédit de ma carte.

 

Elga cachait de son mieux Hivalanoué, de peur qu’il soit reconnu et arrêté par la garde royale. Derrière elle, le chevalier mal à l’aise dressait son poignard défeurré sous sa brogne, avec grande giguedouille. Observant la scène, Belbit se frotta discrètement l’anneau en se touchant les coilles.

 

– Et bien, cracha Amanda avant de ravaler, point de vains discours : Je jugerais mon prochain sur la pine, car celui qui reluira ma coquille gagnera ma couronne par analogie, je le jure sur la foi de notre Divine Kramouille.

 

Ayant tous terminé de babiller, ils allèrent chacun leur tour larguer leurs viscères aux latrines qui jouxtaient la chambrée, puis ils allèrent ripailler dans la taverne du Blabla Lounge afin de prendre un dernier repas arrosé de cervoise, car le patron avait planqué sa gnôle. Les taverniers n’étaient t-ils point chiche-faces, gravos, tardos ac tacitos ? Toujours futile, Helga dansa sur la table, Belbit aux penchants pervertis la mata sous les jupes, Hivalanoué se planqua dans un coin sans clabauder, Mirlen rangea prudemment son bouquin et Erald usa de brave jactance pour leur donner du courage, en portant des tartines de toasts au succès de leur aventure. Officiellement chassés à plusieurs reprises, ils finirent par épuiser toute la bière du Blabla Lounge et se mirent en route vers le Pays de la Godée. Ils pissèrent en passant sur chaque moellons avec lesquels la ville de Fion était construite. La carte de Mirlen était bourrée d’invraisemblances et d’erreurs, et cela le minait d‘un noir pessimisme, mais il garda pour lui ses craintes ; alors il empoigna fermement son bâton, solidement implanté dans la culture populaire comme la marque de ses pairs. Hommes et femme de bonne volonté, ils se raccrochaient à leur valeur commune, donc ils chargèrent une barrique de gnôle sur un baudet, puis chacun monta son cheval pour traverser la boue pustuleuse du sentier. Le bonheur du chevalier Edgar ne parvenait pas à marcher au pas, car il était certain qu’en reconnaissance de ses bons et loyaux services, Amanda le ferait couronner le prochain roi de Fion, une fois enherbée de sa magique pinette. Davantage pense-petit, Belbit le Huelabit demanda à Elga, qu’il serrait flanc à flanc, de débourrer sa pipe, mais il avait grand hâte de rejoindre la Godée, afin de dire au-revoir à tous ses amis. Hivalanoué chassait les mouches sur sa figure, content de fuir à bon compte la justice royale, sa formidable épée pendait jusqu’aux genoux, sur lesquels remontaient de belles chausses en laine bleue, où taquinaient les mouches. Lui seul prenait en guerrier la mesure du caractère inhumain de sa tache, et les dangers mortels auxquels ils allaient s‘exposer. Priant Kramouille avec ferveur, il leva les yeux au ciel car une ombre venait d’effacer le jour, et un piaf lui chia dans le cou.


Message édité par talbazar le 28-04-2013 à 12:24:21
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talbazar
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Posté le 29-04-2013 à 09:38:31  profilanswer
 

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Extrait n° 8

 


 Pour bien montrer qui des deux tenait les cartes en mains, le commissaire Mensinq balança 300 watts dans la figure de Jeanne. Il lui avait fermement ligotté les pieds, aussi, parce qu’il s’était visionné en boucle le film « Basic Instinct » plus de deux cent fois. Une indiscrétion lui avait signalé que Jeanne ne portait jamais de culotte, il n’était donc pas si con et refusait de se faire distraire par un pubis d’infirmière exhibitionniste. Lui n’avait d’yeux que pour son épouse, dont les photos trainaient sur son bureau, en plus d‘un poster de 4x3 collé sur le mur. Il posait des questions, par centaines. Jeanne y répondait vaguement, ou les écartait, par habitude sans doute, puisqu‘elle avait visiblement du mal à y renoncer. Mensinq restait songeur, confronté à de multiples contresens, qu’il n’osait plus écrire. Il était pourtant le roi du protocole et ses mots pesaient lourds comme des triques, dans lesquels Jeanne tombait quand même parfois à pieds joints. Dehors, il faisait soleil et les oiseaux baisaient dans les feuillages, honorant ainsi le printemps dans les montagnes suisses, avec des yeux malicieux. Le commissaire portait sur la jeune femme un regard à la fois rude et contemplatif, s’autorisant parfois de rire, au bruit de ses confidences navrantes évoquant son passé douloureux. Elle se disait née par fécondation artifficielle, selon la recette classique, surtout celle du laboratoire à la propagande mercantile, institution dont la naissance de Jeanne avait fortement améliorié la possibilité de crédit. Elle aimait la viande anglaise et les morilles fraîches. Suivant les recommandations de la puissance publique, Mensinq lui injecta du gaz dans les yeux, pour ne pas qu‘elle s‘égare. Il lui demanda l’adresse de son ancienne école primaire, ce qu’elle lui livra aussi vite que possible. Seule aux prises avec sa destinée, Jeanne faisait montre d’une mélancolie rêveuse, s’attachant à conserver sérénité et politesse devant ce commissaire qui se déchaînait par moment avec brio, et fouinait dans sa vie avec une obstination dévastatrice, mâtinée de franche gaité :

 

– Les ampoules de la chambre 112 sont-elles à vis, ou à douille ?

 

– A douille, répondit Jeanne en réveillant les rues avoisinantes, parce qu’elle savait que Mensinq préférerait certainement cette réponse.

 

– Vous mentez, j’ai vérifié. Ne m’obligez pas à vous serrer la vis. Inutile de pleurer à chaudes larmes, ou je vous oblige à poser nue.

 

Les questions tombaient, tranchantes comme les coups de bistouri du docteur Jason. Quelques policiers traversèrent le bureau en silence, vérifiant le fonctionnement de leur portable. Jeanne était désormais plongée dans le bain, et l’eau de la baignoire était froide. La tête sous l’eau, elle entendait à peine ce qu’on lui disait. Mensinq avait posé le doigt sur le disjoncteur :

 

– Voyez-vous, mademoiselle Hachette, notre mental s’acharne à dédoubler la réalité et s’agite parfois en bouffée délirantes. Le Tai-chi est certainement capable de projeter votre esprit dans votre corps, afin d’échapper à l’emprise de l’affolement mental.

 

Il bascula l’interrupteur. Jeannne comprit son attente sociale, son écoute professionnelle, mais devant ses propres données sensorielles, elle essaya de parler à voix haute, bien qu’elle ne disposât que de deux minutes :

 

– C’est vrai, je revend des seringues aux toxicos de la rue.

 

–  A la bonne heure ! Et vous couchez avec le 203.

 

– Oui.

 

– Et vous avez déversé du jus d’orange dans la perfusion du 112.

 

– Non.

 

– La question n’est pas de changer la réalité, mais de reviser vos affirmations par rapport à cette réalité. Vous nous décevez l’un et l’autre.

 

– Je n’ai pas mis ce jus d’orange.

 

– Faite-vous confiance, nous savons tous les deux que vous pouvez réussir.

 

Il envoya le voltage. Pour Mensinq, ce genre de réponse négative était problématique à court-terme, et court-circuitait ses propres convictions.

 

– Alors, si ce n’est pas vous, c’est qui ?

 

–  Je n’en sais rien.

 

– Ecoutez moi bien, petite salope, si je vous ai amené ici c’est précisément pour le savoir. Si vous me répondez mal, comment voulez-vous que je l’aprenne ? Pourquoi avez-vous tenté de vous suicider ?

 

– J’ai été happée par un courant d’air.

 

Dans la baignoire, l’eau devint bouillante. Mais toute aventure a son instant de grâce, et Mensinq sembla cogiter sur d’autres objectifs :

 

– Qu’est ce que vous pensez de Gwendoline Nathan ?

 

– Elle se sent tenue de briller sur tous les fronts, surtout celui du docteur Halrequin.

 

– Elle couche avec ?

 

– Je ne sais pas.

 

Marquant la fin de l’état de grâce, l’eau de la baignoire prit un aspect chaotique, brassant pêle-mêle les bras et les jambes de Jeanne, en proie à une déplorable confusion mentale. En coupant le courant, Mensinq la coupa de ses sensations, et Jeanne enclencha une nouvelle manière de vivre ses émotions :

 

– Disons que je n’en suis pas certaine.

 

Le commissaire ne pouvait s’empêcher de ressasser. Qu’avait-elle voulu dire ? Il coinça l’interrupteur en boucle, afin de réconcilier le cerveau de Jeanne avec son espace intérieur. Puis il se lassa de ses ruminations dépressives, car c’était l’heure de l’apéritif, ce qui l’obligea à prendre une décision rapide. Il fit reconduire Jeanne au sous-sol, et se prépara pour son cours de yoga.
 
 

    



Message édité par talbazar le 29-04-2013 à 09:48:13
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Posté le 29-04-2013 à 20:38:18  profilanswer
 

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Extrait numéro 6

 

Au gré des étapes, la communauté partageait un pur moment d’allégresse en lichant quelques cornes de gnôle. Ils embrochaient sur leurs grandes épées toutes sortent de viandes grillées, que goutait toutefois Helga avec parcimonie, car cela réveillait les blessures de ses lèvres. A chaque étape une chaude odeur de sardines envahissait leurs selles. Au sommet d’une colline, ils croisèrent près d’un village une bande d’Huelabits portant des fers d’esclaves et quelques panneaux, écoutant qu’ils réclamaient beaucoup leur liberté, et un peu l’indépendance de la Godée. Hivalanoué ne fit qu’une bouchée de ces petits personnages naïfs, dont il renégocia les tarifs avec quelques commerçants ambulants, malgré l’irritation de Belbit. Juché sur un podium de fortune, le chef des marchands revenu avec eux dans la ville entama son couplet, avant de mettre le feu à la foule en délire, atteinte par la folie de la mode. Le vendeur prenait tour à tour chaque corps d’esclave pour le faire résonner, et lorsqu’il siffla la fin de la vente, Maitre Mirlen annonça la recette aux autres avec une ferveur communicative. Ils fêtèrent ce nouveau financement avec force gnôle et francherepue. Ensuite, prolongeant leur route vers le nord, ils découvrirent une étendue fleurie de pâturages verdoyants, au milieu desquels Erald et Helga firent quelques incursions. Prouesses qui firent râler d’impatience leurs compagnons. Le premier, Belbit gueulait très fort contre cet art de vivre peu partageur, obligé quand à lui de pratiquer en solo comme un fol dingo. A la brune, une pluie d’étoiles filantes embrasa l’horizon. Les tentes hâtivement montées emportèrent chez le couple ravi au lit tous les suffrages, en filant sous les toiles, une fois qu’Elga eu terminé de sucer sa queue de bœuf en ravioli.  Les affaires allaient donc bon train, la communauté coupée du monde se remplissait tranquillement d’air pur, en admirant le paysage grandiose.

 

C’est au moment où le lecteur commençait à se faire chier qu’ils trouvèrent une cabane branlante habitée par une vieille, que Mirlen jugea sorcière dès qu’il la vit. L’autre était verruqueuse, et ses mirettes ardaient comme brandons. Chacun se rendit compte que malgré ses puantes défroques, elle possédait des dons de devinance. Le chevalier Erald de Bavevieux démonta son cheval et harangua la vioque :

 

– Holà mamie, n’a tu point ouï qui nous sommes, nous de la communauté de la gnôle ?

 

– Pardi, c’est quoi cet attrapoire ?  je ne vois là qu’une dévergoigneuse et tous un tas de marauds venus de la boisaille. Et pis une menuaille de Huelabit, aussi. Qu’est-ce que tu veux, pine d’ours ?

 

– Gaffe, hurla Hivalanoué, cte débris va nous garotter de ses charmements !

 

– Non point, mignon, vient plutôt chez mémére ou il y a bonne pitance. La bachelette doit être un peu crevée.

 

Effectivement, Helga accusait une mauvaise fatigue, et ses guiboles lourdaient. Toujours méfiant, Hivalanoué se fit encore prier, puis Mirlen tâcha de le rassurer de son mieux. Finalement le géant accepta de les suivre, mais tous invoquèrent la Kramouille en entrant chez la satanique. Des rats en grappes pendaient par leur queue au plafond de paille, et les murs se couvraient de breloques d’os et de plumes. Sur le lit, un canard vibrait. Un crane posé sur une étagère poussiéreuse faisait moins le malin. Dans la cheminée, une flambée d’épines chauffait un chaudron de fonte où marmitait quelque brouet à faire déguerpir par l’odeur. La sorcière s’aperçut de leurs réticences :

 

–  Mais oui, c’est bien règles de nonnes et suint de tarlouze, mais rassurez-vous, ce n’est point ripaille, c’est juste une potion pour gagner au loto.

 

Malgré tout, les ventres se dégrouillaient et l’on fit tourner la gnôle, pour réparer. La vieille hurla de ne pas l‘oublier, parce qu‘elle était chez elle, après tout. Alors on toasta, en cornant fort tard en la nuit. La sorcière donna son nom, elle s’appelait Gisèle :

 

– Je m’appelle Gisèle de lècheku, car je fut baronnasse du temps de ma jeunesse, quand je fut engrossée par traîtrise par l’empaleur de Kiess. Que Kramouille poche les burnes de ce destrousseur !

 

– Sais-tu que le maudit a glacé la minette de la reine Amanda, qui ne saurait plus jamais follayer ? L’interrompit Mirlen, en protégeant son livre que les autres cornaient méchamment.

 

– M’étonne pas du faquin. C’est donc la raison pour laquelle vous cherchez la pinette.

 

– Saurais-tu lire dans les burnes sacrées nos chances d’y arriver ?

 

– Clairement, mais il y a loin d’ici au Bonanzaza.

 

Alors on fit tourner la gnôle, dont les cornes étaient désemplies, et puis Gisèle lâcha ses burnes sur une peau de bique, en invoquant Michou, et tous les démons du Marais-Jean, pour qu’ils lui donnent clairvoyance.  Délibérant avec les esprits, faisants et malfaisants, elle tourna les paupières en sirotant sa gnôle.

 

– J’ai devinaille et connaissance d’heureuse chance, si vous restez groupés, mais vous aurez sans doute à sortir vos braquemarts, messire. Gare à vos côtes, dans la forêt de la Kounass ! En attendant j’offre gîte et couvert, pour le temps qu’il faudra.

 

Et puis Gisèle piqua du nez, trop bourrée pour continuer.


Message édité par talbazar le 01-05-2013 à 16:51:04
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talbazar
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Posté le 30-04-2013 à 12:36:26  profilanswer
 

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Extrait numéro 28
 
 Ewij fut donc prise par le train pour sa ballade allemande, en compagnie de l’inspecteur Marlou et de Kiki Yorkshire. Ce dernier laissait à contre-cœur Babe au Lagon Bleu, entre les pattes de Jack Russel, ce qui ne lassait pas de le rendre jaloux. L’Allemagne se profila à l’horizon, comme le pays splendidement montagneux d’une ancienne dictature, vers lequel le TGV pénétra sans tarder. De tout le voyage Marlou n’avait pas quitté le wagon du bar, à butiner la serveuse qui ne lui fit pourtant pas cadeau de ses trente whiskys ingurgités. Il les collerait sur la note de frais qu’il comptait bien présenter à N° 03 en sus de ses honoraires. Kiki avait passé son museau par la fenêtre une bonne partie du trajet, grisé par la vitesse de l’engin, et son petit nœud était un peu défait. Il avait cependant hâte que toute cette affaire soit terminée, car il venait de s’inscrire à un stage de chien pour muets. Affublée d’une fausse barbe et d‘un épi sur la tête, Ewij avait été promptement menottée à son siège, mais comme elle s’était prise d’un goût immodéré pour les menottes, cela lui fit plutôt plaisir. Le devant de sa robe ne fit pas un pli avec son ventre. Elle remonta gracieusement le bas de sa robe qui vint se loger gracieusement entre ses bas, puis elle prit dans son sac à main un mouchoir en dentelle et s’essuya. En route pour Berchtesgaden, elle rêvait beaucoup de ses heures passées avec Alphonse-Jean, ivre de ses espoirs de mariage chimériques, nourrissant fanatiquement la caresse de son idéal et de son mécanisme de projections. Marlou avait eu beau la réprimander pour sa fascination amoureuse et la soumission à son leader, elle le préférait de beaucoup à la figure hostile et malfaisante de son père. Il était certain qu’elle n’inviterait ni Marlou ni Kiki à son prochain anniversaire. Dans le hall de la gare de Berchtesgaden, Ewij gênée par son asthme suffoqua sur un banc du quai. A côté d’elle, des couples se déformaient dans l’indifférence de la foule, obligeant leurs mères à les poursuivre pour les rhabiller, au milieu des chapeaux piétinés. En attendant le bus, Marlou redressa le nœud papillon de Kiki qui penchait sur le côté. Ce dernier avait encore dans la bouche le goût de la sueur de Babe coulant sur sa peau. Quelques pro-nazis frappés d’aveuglement temporaire passèrent en hurlant, car c’était jour de match, et Marlou enfonça machinalement son poing dans ces boches, avant d‘en bazooquer discrètement un ou deux.
 
 L’ordre temporel des évènements amena le bus à être à l’heure, comme c’est plus le cas en Allemagne qu’au Gurukislapet, sauvetage miraculeux qui les amena à quitter la gare en direction de la zone montagneuse fixée par Number Three. Situé dans l'Oberzalsberg, le rendez-vous devait s’effectuer dans un ancien souterrain utilisé par les Nazis avant leur déception de 1944. Communiquant par oreillette avec Number Three, l’inspecteur Marlou poussa Ewij dans un vaste réseau de tunnels aux arcades de briques, au risque de se paumer. Sur l’un des murs chaulés un tableau blanc était accroché, et l’on pouvait encore distinguer la dernière leçon de morale d’Adolf Hilter. Blotti aux pieds de l’inspecteur, le corps de Kiki prit une forme allongée, Ewij voulait des somnifères. Tous avaient l’allure de trois ténias dans un boyau de cochon. Croyant s’être perdu, Kiki songea un court instant qu’il pourrait aboyer à la mort, mais Marlou le fit taire d‘un revers de talon. Obligés un instant de ramper dans un aplatissement complet, après des paliers de maîtrise tranquille, ils arrivèrent dans l’ancienne salle de garde d’un bourreau tortionnaire. Après avoir sonné, une grosse pierre pivota et un domestique vêtu d’un harnais militaire leur demanda à chacun de montrer leur acte de naissance.  L’homme d’une forme primitive qu’on appelait l’ange Gabriel les conduisit en présence de N° 03, mais également du père d’Ewij, Admirkanj Nikasek - le Premier, président à vie du Gurukislapet. Une ample cape de soie sur une soutane lustrée rendait sa démarche inhabituelle et pesante. Il se présentait comme un personnage magnifiquement décoré. En apercevant sa fille, il avait simplement croisé la tête et incliné les bras, par prudence paternelle. A ses côtés se tenait un animal désigné comme étant son intendant général désarmé. Toute l’organisation de ce repaire était intégralement financée par la publicité, comme l’avait appris Marlou dans le train, en lisant les brochures top-secret des services secrets du Gurukislapet. Avec une incroyable agilité, le corps d’Admirkanj bougea, avant qu’il ne se précipite sur sa fille pour lui en coller une, trop content bien sûr de la retrouver saine et sauve, mais contrarié qu’à cause d’elle la rondelle sacrée eut été mise en danger. Marlou voulait qu’on passe à la caisse sans tarder, il n’était pas, lui, rémunéré par des saletés de bandeaux de pub. Son absence de sentimentalisme navra N° 03, laquelle une fois sortie de l’ombre subjugua Marlou par sa réalité biologique, et la singularité irréductible de sa plastique, bonne de chez bonne. Il s’agaçait déjà d’un échec possible à la séduire, car l’affaire demandait sans doute un minimum de doigté, ce que ne manqua pas de deviner Kiki, tout en passant par hygiène la langue sous sa queue.  
 
– Vos mésaventures ne nous sont pas indifférentes, inspecteur Marlou, et je vous remercie de rendre la princesse à sa majesté, mais notre affaire n’est pas terminée, Alphonse-Jean-Justin de Saint Exupéry court toujours, ce qui met la paix du monde en danger.
 
–Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. Ni le bien, ni le mal, tout ça m’est bien égal. Je n’irai pas plus loin sans acompte. Il illustrait chacun de ses mots par une débauche de clins d’œil. J’ai au moins pris vingt berges dans cette aventure.
 
– Soit. Mais vous n’avez pas perdu la main, j’imagine.  
 
 L’inspecteur eut une expression réfléchie et cérébrale. Les courants d’air glacés du tunnels ne parvenaient pas à éteindre la chaleur torride que provoquaient en lui les formes sublimissimes de Number Three. Avec finesse et distanciation, il matait son cul idéal, en s’efforçant de garder un aplomb affolant, car c’était une tuerie. Ainsi d’ailleurs que l’échelle d’une intimité sans limite de ses collants.
 
– J’ai perdu sa trace.
 
– Nous le retrouverons, soyez sans crainte. En attendant, vous êtes l’invité d’honneur du président Admirkanj Nikasek, au Gurukislapet.  
 
 Celui-ci tenait sa fille par les pieds, pour l’empêcher de s’enfuir. Tout en la saisissant par les cheveux, ce qui produisit chez elle une impression délicieuse, il réactivait chez sa fille le souvenir de ses révoltes adolescentes, quand elle était capable de hacher menu des chatons dans la cuisine du palais pour les manger.
 

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talbazar
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Posté le 01-05-2013 à 13:15:56  profilanswer
 

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Extrait numéro 7

 


 Le vent frais du matin souleva brusquement la robe de Mirlen Le Tchatteur, en conversation privée avec Gisèle la sorcière :

 

– Je lis dans les boules que les mâchoires de l’empaleur de Kiess sont claquantes et qu’il a eu vent de votre projet. Il envoie des sbires dans le but de vous coller le train, avec force armement.

 

– Et bien qu’ils y viennent, nous saurons bien les estriller !

 

– Ne soit point arrogant, car je vois qu’ils sont deux millions.

 

– Nos deux chevaliers ne sont point manchots. Ils sauront facilement les mortir avec grande défoulance.

 

– Je vois, je vois, rajouta Gisèle pensivement.

 

Comme le vent retombait, la robe du magicien retomba également.

 

– Je cesse de voir aux boules soudainement. Toutefois, avec ton acquiescement, tu peux mescroire que ça risque de chauffer pour ton cul, car le mien se rappelle parfaitement de cet empaleur maudit, dont je souhaite depuis longtemps vengeance. C’est pourquoi je souhaiterais faire don à la communauté d’un objet rare et magique que je possède ici en mon héritage.

 

– Et quel serait cette possessionette admirable dont tu voudrais nous régaler, sorcière Gisèle ?

 

– Je l’ai trouvé un jour par hasard quand j’étais en ménage dans une chastellerie. J’étais dans une pièce près d’une courtine ou j‘avais dormi sur le parquet avec pas mal de sires, lorsque, de bon matin occupée à faire mes toilettes, je suis tombé par hasard sur ce beau gland magique.

 

Pour balayer l’attente de Mirlen, elle montra un petit gland de bronze qu’elle défourra de sa poche.

 

– Par Kramouille, voilà beau don d’organe, Gisèle de Lècheku. Mais dépose ta pensée dans un endroit où je saurais l’entendre, quel est sa magie, que tu dis qu’il détient ?

 

– Il détient au lavage, c’est pourquoi il faut le mettre en bouche, pour qu’il fasse pleinement reluire son sortilège. Celui qui fait ainsi devient aussitôt invisible pour les autres.

 

Pour appuyer ses dires, elle mit le gland en bouche et disparut des yeux de Mirlen, avec grande ressemblance de diablerie. Il sentit qu’une main lui tripotait la nouille et ne put s’empêcher de s’esbaudir du tour.

 

– Par les Grandes Folles Incubes du Marais-Jean, qui nous aident ou s’écartent, femme, la fortune ne t’as donc point moqué. C’est grande fourberie des démons que ce petit gland là !

 

Gisèle réapparut comme elle crachait le gland de sa bouche, pour le déposer dans la main de Mirlen :

 

– A votre tour d’en croquer, Mirlen le Tchatteur !

 

Et le mage s’exécuta. Ses dents secouèrent sa tête. On ne le vit plus, mais Gisèle savait qu’il braquait les yeux sur sa face, car sa proximité s‘animait du moindre souffle. Et puis elle l’entendit qui prononçait plusieurs fois son nom, extasié par merveilleuse surprise. Il fit le tour de la chaumière en promeneur solitaire, et seuls ses pas dans la boue étaient clairement visibles. Là, il trouva Belbit qui jouait une partie de saute-mouton avec Elga, près du potager. Le vieux magicien s’amusa fort du spectacle et du tour qu’il jouait, car il tapa si fort la croupe d’Elga qu’elle en balança un revers de mandale au Huelabit, croyant qu’il était l’auteur de cette forfaiture. Avant que le petit homme ne réponde par un méchant coup de botte, il fit sortir son gland d’entre ses dents, pour apparaître au milieu des petites fèves en fleurs. Il mis beaucoup d’entrain à l’accueil que les autres lui firent, lorsqu’il leur expliqua les vertus de son gland. Seul, Hivalanoué émit des réticences pour accepter cette diablerie :

 

– Maître Mirlen, tu chantes à mes oreilles une bien étrange histoire, avec ce drôle de gland que l’on met dans sa bouche. J’aurais trop peur d’offenser Sainte Kramouille en l’utilisant. Et qu’arriverait-il si jamais tu venais à l’avaler ?

 

– Oh, répondit Gisèle, ta réapparition serait mise en retard par un besoin pressant.

 

– Bien, acclama Erald en pognant Elga, buvons donc quelques chopines pour fêter ce beau gland que l’on se met dans le gosier, par vieille tradition orale.

 

Ils cornèrent tant et tant de gnôle que deux jours passèrent, et tous étaient courageux et fiers. Seul Belbit était pris d’une jalousie maladive en espionnant Erald caresser le bustier d’Elga, car il était pour sa part obligé de se farcir les troncs des vieux chênes, entre beauté et sens pratique. Il taraudait l’écorce par orgueil et désespoir, alors que par jeu Elga engloutissait le gland de sa langue délicieuse, pour taquiner Erald, encore étonné d‘un choc si fécond. « Un coup je te vois, un coup je te vois pas », chantait-elle en courant dans les bois comme une ombre, tout au délice de sa pompeuse cérémonie. Aucun œil ne la voyait, tant qu’elle suçait son petit gland de bronze, véritable source de son inspiration à produire mille tours pendables à ses amis ravis. Bien qu’aucun d’eux ne soit finalement avide d’approfondir plus avant ce mystère. Gisèle cependant les mit en garde en leur rappelant leur objectif obscur, pour ne point qu’ils s’écartent des positions désirées. Belbit lui-même était peu désireux de rompre le cercle en s‘agenouillant devant ses propres désirs, mais, dans un silence taciturne, il se prépara à les conduire dans son village du pays de la Godée, loin des langues agitées.

 


Message édité par talbazar le 01-05-2013 à 17:07:12
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Posté le 02-05-2013 à 09:44:38  profilanswer
 

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Extrait numéro 29

 

L’inspecteur Marlou tapait le carton avec ses potes au Lagon Bleu et menait la partie. Jack Russel fumait le cubain et Kiki Yorkshire terminait un verre de Chivas, saisi d‘une soif à la trajectoire élégante. Le visage fardé comme pour une séance photos, Babe coupa avec du cœur, mais Kiki soupçonnait toujours Jack de l’avoir enbopiné en son absence, et ce n’était pas les œillades qu’elle envoyait au trompettiste à la pétulante personnalité qui pouvaient le rassurer. Néanmoins, ils étaient vraiment potes, et Kiki se satisfaisait que Marlou ait reporté son voyage au Gurukislapet, en dépit de son invitation au palais. L’inspecteur remettait sa traque d’Alphonse à plus tard, moyennant de plus amples informations. Gino la soudure, patron du Lagon Bleu, vint les rejoindre en compagnie d’un type en costard qu’on appelait l’Obusier. Aussi massif à l’intérieur qu’à l’extérieur, Gino était le cousin de Queue de velours, lequel avait déjà fourni un faux carnet de vaccination à Kiki, à Rotterdam. C’est grâce à Queue de velours que Babe avait trouvé du travail au Lagon Bleu. On appelait Gino du surnom la soudure, parce qu’il avait autrefois pratiqué les coffres-forts au chalumeau, ce qui l’avait mis à l’ombre pendant plusieurs années. Quand à l’Obusier, officiellement il était ministre des finances, car toute action suppose fonction, mais tout le monde savait qu’il était concrètement l’homme de main de Gino. Toutefois, il savait bien souvent faire preuve de sagesse et d’humour, même en période de cohabitation. Gino ne se consolait pas d’être chauve, et ramenait constamment sur le front la seule mèche de cheveux qui lui restait. Dans ses affaires, dont le Lagon Bleu ne constituait qu’un épiphénomène, sa haute gestion empreinte de justice s’associait d’une violence sacrée. Le pistolet 44 magnum de l’Obusier était d’ailleurs son goupillon, en plus de la fessée, et ses affaires prospéraient. Différant grandement de son équipier, chez Gino par contre l’humour avait complètement disparu. Au contraire de son cousin, c’est sa voix qui était de velours, mâtinée d’accent italien. Sa ligne politique s’alignait sur celle du pape Boniface, qui avait fait interdire les armes au clergé en 742, en dépit de l‘idéal carolingien. La tendresse, et même l’amour envers ses vassaux formaient le trait exemplaire de sa sagesse, c’est pourquoi il autorisait Babe à faire relâche le lundi. Il tira longuement sur son cigare, dans un nuage qui se mit à nuire à son entourage :

 

– En attendant, Marlou, je te le dis en face, les banques ne sont pas toutes de données. Elles nuisent trop à la libre circulation des marchandises et des biens. J’ai de plus en plus de mal à y arriver. La poésie sera bientôt le seul moyen de survivre à cette réalité insupportable.

 

– C’est comme la Bretagne, ajouta Kiki, j’ai trouvé qu’elle n’avait rien à voir avec les cartes-postales.

 

Mettant l’accent sur son renoncement personnel, Marlou étala ses cartes et Jack Russel rafla la mise, sous les sifflotements approbateurs de Babe. Sans rien dire, Kiki s’interrogeait sur sa relation avec le monde et la femme aimée. Sa jalousie l’entrainait dans un labyrinthe obscur et fangeux. Bien sur, il savait que Babe jouait avec les hommes en vivant de leur générosité, car la vertu bien comprise est ce qu’on donne aux autres. Pourtant, il se contenta de plonger sur sa Babe provocante et diaphane, car elle s’habillait de la simple idée d‘une belle nuque longue, un regard de contemplation émue. Jack sorti un court instant pour irriguer la rue, au cours d‘une action discrète sur le mur d‘en face. Quand il revint, Kiki et Babe affolaient la morale et Gino avait posé sur la table une carte du Gurukislapet :

 

– Nous on veux bien t’aider, Marlou, mais ton guru infatué, là, ça m’a tout l’air d’être une vraie mine d’or. L’Obusier, il trimballe pas une petite lame helvète, et je fais pas des bombes avec simplement de l’huile moteur et de l’engrais. Surtout qu’en ce moment j’ai un contentieux coûteux avec les frères Delacotte. Va falloir aligner, mon pote, si tu veux un coup de main de ma part.

 

– Combien pour avoir le droit de participer aux actions de terrain ?

 

– 600.000 patates défiscalisées, sinon je retourne derrière mon bar.

 

– T’es un mec luxueux, Gino, dis plutôt que tu as un nombre infini de maîtresses à entretenir. Bon, mais j’en ai marre de bricoler dans la vie. On va défendre la cause du peuple, dès qu’on aura une idée où Alphonse peut se planquer.

 

– Alors tout va bien. Ton guru est déjà un cadavre ambulant. Quand il va croiser l’Obusier, il risque fort d’étouffer d’émotion, on va le couper de toute vie sociale. Au-delà bien sur des balises clignotantes fixées par l’administration.

 

Comme pour confirmer les dires de son chef, l’Obusier tripota un instant dans sa veste son indispensable accessoire, aussi lourd qu‘une enclume. L’intime se combinait dans son geste au monstrueux.

 

– Donc je compte sur toi, Gino, pour m’aider à établir mes plans, les réaliser et les achever, dès que Je reçoit des nouvelles de Number Three. Faut que je la rappelle vite-fait d’ailleurs celle-là, j’ai mes propres raisons.

 

– J’aurais bien proposer d’entamer l’édifice par la fin, mais bon, c’est d’accord, dès que tu as du nouveau.

 

Vautrés sur la banquette en moleskine, Kiki et Babe se faisaient un bien fou, ni trop mou, ni trop formaliste. L’un plantait ses crocs dans le cou de l’autre, perdue quand à elle dans des songes d’actrice. Toute entière plongée dans une existence autant vécue que rêvée. Marginalisé par cette héroïne la plus touchante qu‘il ai jamais connu, Jack ouvrit alors la faille béante de son cul, pour patiner son timbre lancinant jusqu’au sublime, en le noyant dans un marécage sonore d‘une grande beauté. Supprimant les lois de l’acoustique, Jack les magnifia tous par son titillant tunnel de quarante minutes de grâce absolue, pleines de mélodies d’un cocktail explosif imitant à merveille l’underground parisien. Il était franchement difficile, ensuite, de se débarrasser de ses refrains obsédants.

    


Message édité par talbazar le 02-05-2013 à 09:53:07
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talbazar
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Extrait n° 9

 
 Gwendoline tournait et se retournait abusivement contre son oreiller, à la recherche d'une nuit agitée qui pourrait bouleverser son sommeil. Depuis ses neufs ans, elle était tellement stimulable. Seule la pensée du docteur Jason Halrequin pouvait avoir sur elle un réel effet rafraîchissant et apaisant, soulager ses migraines, ses bouffées de chaleurs ou diminuer sa fièvre. Pourtant, elle se voyait mal jeter ses lunettes par terre. Quelle irrépressible pulsion pouvait ainsi jeter Jason sur elle d‘une manière aussi virtuelle ? Il faudrait un jour qu’elle lui avoue ces heures nocturnes interminables, ces intermèdes minables où elle laissait enfin tomber sa serviette, vannée, après avoir joué de sa forme uniquement pour lui. Jason, ce prince des malades qui sentait si bon l’éther et la blouse usagée. Il n’était certainement pas du genre à dénigrer le clitoris, ni à penser qu’un visiteur puisse se permettre de se garer sur sa place réservée, dans le parking de la clinique Saint Bernard. Elle l’approuvait pratiquement dans tous ses choix, qu’il faille amputer tel ou tel membre ou changer la couleur de sa robe. Elle se dégagea finalement de son oreiller avec lequel elle s’était enfin réconcilié, puis, d’une simple pression, elle passa à la vitesse inférieure de son point du vue physique. Sa libido nécessitait naturellement l’abus d’antidépresseurs, qu’elle piochait allègrement dans les armoires de la clinique. Il n’aurait d’ailleurs pas été très bon que Babette Gallimard l’apprenne un jour. Surtout en ces temps de suspicion générale.  Quand à cette maudite Babette, Gwendoline redoutait plus que tout que Jason ne la prenne. Elle, Gwendoline Nathan, elle était le Yin et Jason était son Yang, d’une manière naturelle, point barre. Elle ramassa les bougies de massage éparpillées qui trainaient sur le sol, reçu un message qui lui ordonnait d’être à l’heure à son travail, alla prendre une douche froide, puis elle se fit chauffer du café. Cela se voyait-il tant que ça qu’à vingt cinq ans, elle n’était pas encore ménopausée ? Elle devinait que cet élément pouvait jouer en sa faveur, et qu’elle aurait peut-être un jour la force de s’adresser à Jason en haletant. Une nouvelle fois, le téléphone lui intima de partir tout de suite. C’était Babette, comme chaque matin, qui se faisait plaisir. Gwendoline palpita sévèrement au second degré. Tout en admirant la photo de Jason qu’elle avait mise en fond d’écran sur la page d’accueil de son portable, les choses devenaient nettement plus claires, il fallait ce jour-là qu’elle passe une jupe à manches courte. Oui, il faudrait bien qu’un jour elle demande à Jason de se ruer sur elle.
 
 Pour l’heure, elle arriva à la clinique avec deux heures de retard. De nombreux patients étaient encore couchés, d’autres n’allaient pas tarder à le faire, et forcément, d’autres ne se releveraient plus jamais. C’était sa vie en blanc, à Gwendoline, celle que sa mère lui avait choisi, à défaut d’être danseuse étoile. Elle croisa Babette Gallimard, qui lui jeta son habituel regard inhospitalier. Que n’avait-elle le courage et la force intérieure de Jason pour l’envoyer clairement chier ? Lui qui contrariait si bien sa vie sexuelle, cet homme d’une vulgarité si sensible dont le moindre des constats l’emballait, lui laissant sur le cœur le poids d’une lourde culpabilité, comme un bonheur enfui. Elle était ravagée par la vitesse folle des sentiments qui lui tombaient dessus. Sa fascination pour Jason confinait à la sidération, il y avait à chacune de ses abscences un instant à vivre et un sans à endurer. Lorsqu’il revenait, elle voulait courir, chanter… Elle ne pouvait supporter que Babette et lui puisse un jour se mettre à fricoter. Dans la chambre 47, elle trouva Jeanne occupée à fouiller dans les tiroirs, car elle disait avoir perdu les clés de sa voiture :
 
– Mon dieu Jeanne, que vous est-il arrivé ?
 
 Jeanne Hachette avait en effet le corps comme engoncé dans un scaphandre, à la façon d’une victime d’un accident cérébral, ce qui était par ailleurs arrivé au cas 47. Gwendoline avait toujours trouvé que Jeanne réfléchissait trop. Il y avait quelque chose de terrible à voir ses contusions, et ce bras immobilisé qu’elle essayait tant bien que mal de cacher. Ses prunelles semblaient rebondir les unes sur les autres. Et ses genoux qui n‘arrêtaient pas de trembler, que voulait-ils exprimer, au juste ?  
 
– Voyons Jeanne, que vous est-il arrivé ?
 
– C’est rien, c’est la police, j’ai toujours eu la peau lisse.  
 
– Le commissaire Mensinq vous a donc laissé libre de revenir travailler ?
 
– Il m’a juste dit qu’une faute avouée était à moitié pardonnée, et qu’il fallait que je me tienne à la disposition de la justice. Qu’il verrait certainement plus tard pour me faire ma fête.
 
 La position d’infirmière de Gwendoline la plaçait dans un rapport de hiérarchie verticale, c’est pourquoi elle tria l’information et la valorisa du bas vers le haut. Prenant plaisir au jeu collectif, la 47 réclama une jouissance masturbatoire avec une joueuse de même niveau, mais Gwendoline la regarda tristement, en lui demandant simplement si elle désirait louer une télé dans sa chambre. Babette tourna les talons, condamnée sans doute plus que jamais à l’asociabilité et une certaine forme de solitude. La 47 continua encore un moment d’inviter Gwendoline sur la voie d’un plaisir qu’elle voulait elle-même tracer, mais que l’infirmière blonde et distraite déclina poliment. Elle s’attacha  ensuiteà remettre en place la couverture sur le lit de cette mère de famille débordée. Le docteur Jason frappa à la porte et entra :
 
– Ah ! Gwen, je vous cherchais. Vous savez comment réunir sur un même support des échantillons d'urine, de selles et de sperme ?
 
– Non docteur.
 
– Dans mon caleçon, Gwendo. Mais je vous ai connu plus en forme.
 
 Gwendoline se sentait aspirée par la musicalité de sa voix et la vocalisation de ses concepts, toujours tellement drôles. Cela constituait pour elle une grande source d’inspiration, bien qu‘elle se demandait parfois s‘il la voyait comme une femme que l‘on puisse facilement tromper ou manipuler.  Elle ajouta la vision à l‘ouïe, mais ne se sentait pas capable pour l’instant d’y joindre le toucher :
 
– Vous avez-vu cette pauvre Jeanne, docteur ?
 
– Oui, tout à l’heure, à la pause café.
 
–  La pauvre, elle est défigurée.
 
– Je vais vous dire, Jeanne, elle revendait des seringues. Mais il y a une chose de médicalement très interressant : l’horrible tic qui agitait ses lèvres à disparu. Elle a toujours été si mystérieuse, avec ce visage si dénué d’une autre expression. Il faudra que l’on reparle de cette sorte de miracle inespéré, mais là, excusez moi, je n’ai pas le temps.
 
 Avec une energie et un souffle excepitionnel, le beau docteur Jason s’engouffra ensuite précipitamment dans la solitude de son bureau, pour y régler de toute urgence quelques pénalités financières.
 
 
 

n°34188289
talbazar
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Posté le 03-05-2013 à 09:10:34  profilanswer
 

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Extrait numéro 8

 

Afin de ne pas rester en dette en matière de tour de magie, Mirlen transforma le petit oiseau de Gisèle, qu’elle tenait en cage d’osier, en grosse et vilaine chatte. Ceci fait, ils se mirent en route sans prendre le temps de porter un toast, sur un seul revers de main de la sorcière. Le pays de la Godée était une contrée très vallonnée, qui ne manquait pas de satisfaire les Huelabits en matières de trous. Il y en avait des gros, des petits, des moyens, et justement, Belbit trépignait de retrouver Belbet, sa chérie bien-aimée. Il redoutait cependant de lui annoncer qu’il partait au Bonanzaza, car il savait qu‘elle allait renâcler. Il craignait lui-même de ne point arriver sain et sauf en son village, en raison de la relation particulière et gratuite qui liait Erald à Elga. Cette connivence de chaque instant, prise quelquefois au pied d’un mur branlant, quand il s’en trouvait, lui minait les entrailles aussi sournoisement que profondément. Belbit avait bien changé depuis son départ. Il commençait à perdre quelques poils, en raison probable de sa fébrile attraction pour les troncs des vieux chênes, qu‘il chahutait frénétiquement dès quand il en trouvait un. Justement, il y en avait de tous les côtés. Il aurait bien voulu larciner le gland d’invisibilité caché dans les poches de Mirlen, pour aller tripoter incognito Elga pendant son sommeil. Le mage cependant gardait son bien précieux en grande vigilance.

 

Ors, ils furent bientôt rattrapés par une tribu de Zgomatix cruels, qui n’étaient que barbares sauvages et pilleurs de troncs.  A leur simple vue, se lisait dans les belles prunelles d’Elga l’angoisse du dépeçage. Car l’angoisse du dépucelage ne l’inquiétait plus. Ces nomades, qui se déplaçaient continuellement en chariots brinquebalants, mangeaient de la viande crue qu’ils attendrissaient en la mettant bien au chaud dans leurs falzars en peau de lapin. Les Zgomatix ne croyaient qu’en une société d'hyper consommation, et n’avaient dans leur bouches barbues que les mots de progrès, profit, rentabilité, croissance, qu’ils concrétisaient par d’éternels actes de pirateries. Leur pillage des ressources, tant naturelles qu’artificielles, étaient si notoires que le royaume de Fion les combattaient sans cesse à ses frontières. Pendant que les femmes de ces tribus sanguinaires s’employaient à nettoyer les carrioles, les hommes partaient chasser avant d’enterrer secrètement leurs proies. Olbo Zgeg était le nom de leur chef, à qui le chevalier Erald de Bavevieux essaya de parler avec sagesse, en montrant un calme rassurant :

 

– Dans les larmes et le deuil se plantera mon drapeau dans tes fesses, et toute la hampe en ressortira pleine de merde par tes boilles de pédé.

 

– Prenons garde d’un discours somme toute expéditif, jeune homme, ajouta Olbo Zgeg pour parler de retour, en venant se coller à ses jambes.

 

Le chef était doté d’un appendice nasal proéminent, et parlait en nasillant car il avait au milieu de la figure un nez aussi imposant qu’effrayant. Hivalanoué avait sorti d’un doigt son épée, dans une tentative d’encerclement calculée. Il prit cependant la parole à son tour :

 

– Cessons de fatrouiller. Dans tes bourses n’arrivera pas comme coventer nos bijoux, mais plutôt par décevance la chaleur cuisante de ma broche, enculé.

 

Cette fois les barbares eurent un mouvement d’avance. Dans son brun manteau de vieille taupe Olbo racla sa selle avec le manche de son poignard :

 

– Votre réponse est de mauvaise augure. La défaite ne fait pas mon affaire, car je n’en puise aucune force morale. Mes frères, emparez-vous surtout d’elle !

 

Voyant que la girouette des désirs du barbare prenait une nouvelle direction, Elga commençait à trouver le temps long, et se demandait ce qu’attendaient ses compagnons pour bohorder ces cons.

 

– Guerre, guerre, monjoie ! S’écria enfin le chevalier Erald de Bavevieux.

 

Le premier, il se lança à l’assaut, suivi à sa gauche d’Hivalanoué en grande fureur. Le colosse fit tournoyer sa lame sur tous ces bonnets, décapitant les plus avants et chargeant les autres qu’Erald prenait par derrière. Le champ se couvrit d’un sang plus clair que le flux mensuel de la reine Amanda, et plus de cent ennemis touchèrent la terre. Leurs âmes mécréantes s’envolèrent doucement en chantant leurs louanges vers la grande Kramouille. Olbo sabrait en s’agitant sans équivoque possible, cherchant la faille d’Erald qu’il ne pouvait fort heureusement trouver. Profitant de sa petite taille, Belbit courait sous les chevaux pour les bataculer. Mirlen enchantait ses copains de ses encouragements, leur promettant force toasts en cas de leur victoire. Ce fut si bonne idée que les deux chevaliers, unissant leurs forces, mirent finalement à mal le reste de leurs adversaires, en les obligeant de s’enfuir dans la plaine. Tout en galopant sa honte d’avoir été vaincu, Olbo Zgeg leur montra quelque temps dans sa fuite un vilain doigt vengeur. Il fut retardé par l’ampleur de son nez, et Belbit lui envoya quelques flèches cuisantes, profitant de cette salutaire prise au vent.  Les chevaliers Erald et Hivalanoué se serrèrent les avant-bras en toute amitié pour célébrer la victoire, pendant que Mirlen remplissait les cornes de bonne gnôle qui n‘avait pas trahi. Elga et Belbit dépiautèrent la viande des vaincus avant de la saler, pour garantir les repas futurs.

 

– Nous avons reniflé grand pouvoir de nous savoir unis, récita Mirlen pour dire quelque chose avant de s’embrumer l’esprit, et ces coquins n’y reviendront pas de sitôt.

 

– Si fait maître mage, mais ne traînaillons point dans ces contrées peu sures, et dépêchons de trouver sans retard le village de Belbit, car il n‘est point question de se faire à nouveau rapiner.

 


Message édité par talbazar le 03-05-2013 à 09:33:07
n°34202852
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 04-05-2013 à 15:50:12  profilanswer
 

http://img4.hostingpics.net/pics/197248Harlequin388copie.jpg
 
Extrait numéro 10
 
 Avec la grippe en cours qui sévissait dans la ville, Jason espérait pouvoir enfin s’offrir le Rembrandt de ses rêves, pour le revendre plus tard en espèces, avec grand profit, à quelque député du peuple souverain.  Babette vint lui rappeler l’intervention nécessaire au 69, dont c’était effectivement le sprint final. Jason Halrequin consulta sa fiche en silence, puis se craqua les doigts, ce qui amena Babette au bord d’une dérive personnelle graveleuse.  
 
– Bien, bien, je vois, il s’agit de lui clabauder l’hypermalabar, afin de l’inverser. Ce 69 est-il fin près pour son opération ?  
 
– Oui docteur, fit Babette, mettant en scène dans le jeu de ses mots sa propre fébrilité.  
 
– Ok, j’arrive.
 
 A cet instant précis, Jason aurait préféré être un médecin-légiste oeuvrant à Miami, un toubib travaillant pour la police afin qu’elle puisse mettre le grapin sur un serial-killer. Mais il savait pertinemment qu’il était difficile de vivre ses rêves dans la vie, même les plus simples, aussi alla t-il simplement passer sa blouse chirurgicale, imageant par ce geste une exquise chorégraphie. Dans la salle d’opération dénuée étrangement de bibelots décoratifs, Gwendoline attendait, suave et ouateuse, les ordres de son chef, tout en cassant dans un bol des ampoules de faux-sang. En le voyant prendre place devant la table, si drôle et si sexy, Gwendoline réconciliait son cœur et sa raison. Babette surveillait la tension électrique du malade, qu’elle lisait sur un écran encastré au milieu d’un placard. Elle aussi sentait monter en elle des frilosités déraisonnables, en apesanteur à chaque fois que Jason lui jetait son formidable regard. Ce phénomène avait commencé très tôt, dès qu’il avait ouvert la porte. Le masque qu’il portait devant sa bouche perdait à ses yeux toute charge médicale, pour se transformer en pur objet fashion. L’agressivité qu’elle lisait en revanche dans le regard de Gwendoline l’amenait sur une piste belliqueuse. Elle se concentra alors sur le terminal équipé de caméras pour suivre en direct les infos-météo. D’un point de vue purement tactique, Jason afficha ostensiblement une tolérance à géométrie variable envers ses infirmières. Babette avait le port d’une star, Gwendo l’aura d’une reine, mais toutes les deux avaient le chic pour exacerber sa tension. Il monta sur la scène, les bras grands ouverts, devant son patient chauffé à blanc. Puis ce dernier devint incandescent, il était temps de l’endormir, ce que fit l’anesthésiste en improvisant, comme souvent. Le 69 ne le vit pas venir, alors que les deux infirmières pour une fois d’accord scandaient à l’unisson « On va gagner, on va gagner », pour l’aider dans son évanouissement. L’opéré sentait le rythme des applaudissements jusque dans son corps et l’ovation se propager de vagues en vagues dans son hémoglobine, alors que le débit du produit hallucinogène irriguant ses veines s’accélérait. Jason le regarda réagir physiquement à la marée, sa blouse blanche comme enflammée sous la lumière orange des projecteurs. La joie du 69 se fit plus mélancolique et puis il s’éteignit, comme l’écran géant qui sauta sur un problème de son, vite réparé. L’ambiance dans le bloc se fit peu à peu plus joyeuse, dans la ferveur des ultimes préparatifs.
 
– Ca va saigner les filles, promit Jason, bloc de virilité oeuvrant dans un silence devenu de plomb.
 
 Puis il se jeta dans l’aventure de sa perfomance en direct. Il traversa tout comme cela venait, tourna longtemps en rond et demanda sa pince pour agrandir l’ouverture, qu’il venait d’inciser. Sur le plafond de verre une étoile de sang avait explosé.
 
– C’est moi qui l’ai, se précipita Gwendoline dans une excitation rieuse, heureuse de voir une Babette déconfite. Non mais, pensa t-elle, qu’est ce que tu crois ? Jason, j’ai l’impression de le connaître depuis toujours…  
 
 Babette faisait bouillir de l’eau en remuant les tisons, alors que Jason clabaudait habilement l’hypermalabar :
 
– Ah bordel ! Jura t-il, ces choses vont toujours deux par deux.  
 
 Comme un peu de sueur tombait de son front, Babette se précipita pour l’enlever, avec une lenteur exagérée. Gwendoline était mortifiée. Pour un peu, l’opération se continuerait sans elle. Mais elle avait trop peur de quitter Jason en se retrouvant seule. Cela valait mieux, car elle en aurait été probablement détruite. Une pluie d’organes tomba du patient éventré, saisi toujours d’hébétude, avant que le docteur Jason ne les fasse passer dans le domaine public. Il n’avait pas son pareil pour désacralisé le puzzle de ces différentes alluvions, et Gwendoline faisait d’énormes efforts pour ne pas exhiber toute son émotion, puisque comme toujours, son trouble érotique se doublait d‘inquiétude. Dans les grincements de sa vie, elle ne pouvait pas s’exposer devant Babette à la défiguration. Abattue par son impuissance, elle aida Jason à refermer le trou selon les pointillés, en sautillant dans sa longue blouse blanche. La manière sensorielle qu’il avait de faire le nécessaire avec ses mains expertes montrait une virtuosité calculatrice, dans une partie qui dura encore un petit quart d’heure. Penché au-dessus du corps mal en point, Jason leur raconta pour finir une histoire de cul, drôle et vicieuse. Il joua jusqu’au bout de son intimité thérapeutique, d’une manière véritablement savante. Gwendo ne l’avait-elle pas vu écrire en direct sur son ordinateur, pour légender les images d’archives de la boucherie ? Maintenant, le combat physique du docteur était terminé et l’hypermalabar du 69 clabaudé.
 
 Babette fit de la place pour les déchets, moins obsédée peut-être de ce que Gwendoline pouvait penser d’elle à ce moment là. La radio filtrait sans répit un doux flot musical, mais Gwendoline pensait juste, en la regardant faire, qu’elle avait les hanches un peu trop lourdes. Elle était certaine, pour son propre cas, qu’un succès trop rapide auprès du docteur Jason lui aurait certainement fait tourner la tête, en la laissant nue et affolée. Peut-être, en fait, qu’elle n’avait même pas peur. Les phrases de Jason qui ricochaient à présent dans la salle en leur ordonnant de remballer lui donnaient un vertige absolument semblable au mal des montagnes. Cette voix grave, transparente et tendre comme un voile de nuit, lui collait un frisson définitif en jouant des pulsions les plus primitives de son être ; alors que cette salope de Babette offrait gentiment au toubib la bienveillance de son entremise pour lui ouvrir la porte. Ses oreilles s’enchantaient, oui, mais les beaux yeux bleus de Gwendoline s’inondèrent de larmes, floutant la salle d’opération comme deux boules à neige. Comment se contenter d’admettre que Babette veuille elle aussi vivre sa vie pour mieux habiter le monde ? Par inconscience ou par myopie, Gwendoline pulvérisa dans ses doigts quelques ampoules de sang.
 

n°34207204
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 05-05-2013 à 06:36:13  profilanswer
 

http://img15.hostingpics.net/pics/911002couvfionmodel1590.jpg

Extrait numéro 9

 


                                                                                                              Belbit

 

Ils arrivèrent en vue du village Huelabit, petit coin de verdure dont l’habitat utilisait des techniques ancestrales, car les petits hommes couvraient les murs de leurs maisons en se torchant. Comme les gais Huelabits d’Huelabitbourre étaient vraiment petits de taille, il leur fallait constamment élever leurs chèvres et leur moutons pour en venir à bout. Voyant approcher Erald et tous ses amis au milieu des colonnettes investies par les joueurs de boules, ils sortirent de leurs niches et de leurs nombreuses pêcheries aménagées, en saluant joyeusement le retour de Belbit. Sans tarder celui-ci leur présenta tour à tour ses nouveaux amis. Sa petite femme Belbet se précipita la première sur lui, en trouvant qu’il avait bien maigri. Même sa belle-sœur Belput eut bien du mal à le reconnaître.

 

– Le royaume de Fion subi les soubresauts qui agitent la reine Amanda, leur expliqua Mirlen le tchatteur. Nulle liesse n’agitant plus son derrière, nous sommes en route pour le Bonanzaza, en mission discrète, pour quérir la fleur de pinette.

 

– T’aurais pas l’intention de partir avec eux ? Interrogea par suspicion Belbet à l’intention de son mari.

 

– Si fait, ma dulcinée, j’ai donné ma libre parole.

 

– Ah mais, comment saurais-tu être autant fourré de méchante malice ? Je n’ai point que je sache donné mon accord, étant pourtant fourrée de tant et tant de choses.

 

– Veux-tu cesser tes actes de chicane, Belbet, tu n’as point raison de voter contre.

 

– Te voilà devenu serf de sombres vagabonds, foutu coquebert !

 

– Point, ma mie aux gros sabots, nous sommes l’honorable communauté de la gnôle et cueillerons la pinette ou tomberons ensemble.

 

– Beau frère, ajouta Belput, à grande peine nous vous verrons aller. En votre absence, donc, nous pêcherons comme toujours et, virgule, ferons le maçon sur nos murs.

 

Ce qui n’empêcha pas Belbet de faire la gueule toute la soirée, et de prendre refuge dans ses propres entrailles. Pour se la remettre à la verticale, chacun banqueta en se cornant la gnôle au milieu des cris joyeux, ouvrant les boîtes à camembert avant de rebondir dans les matelas de plumes. La nuit fut propice à guérir leur muscle tendu et au matin, Belbet avait semble-t-il oublié ses griefs envers sa moitié d’homme. Elle lui fit quelques étirements, avant de se lever. Ensuite, elle lui recommanda seulement de ne point chevaucher bourré, ni marcher sans chapeau, sans omettre de prendre bonne pince pour mieux s’épiler. Sa facile reddition voulait peut-être dire qu’elle avait sous le coude un nouveau beau gosse, par vieille tactique de coquette. Les Huelabits profitaient en général de chaque instant pour se découvrir un peu plus. Belbit, dont les longs poils étaient à jamais inaccessibles à la cire, ne joua pas inutilement les violons, ou autres chevaleresques embardées. Il siffla simplement sa gnôle du matin, et se prépara à quitter son village à l‘heure du laitier, en compagnie des autres. La taille haute bien ceinturée, le chevalier Erald remonta les mèches de cheveux du dessus, sur le sommet de sa tête, pour les attacher. Helga avait encore une noix de son produit dans le creux de sa main et ne s’autorisa pour sa part qu’un coiffage au doigt. La commissure de ses lèvres était le seul détail qui chez elle faisait bouche. Habité de choses mystérieuses, Mirlen terminait de gerber des chapitres grandioses sur son précieux grimoire. Avec son air de brute musculeuse, Hivalanoué avait quand à lui bien de la peine à quitter l’invitation facile et tonitruante des Huelabits, alors qu’il s’était donné tant de mal pour se détendre dans un tel contexte, où les trous ne se comptaient plus.

 

                                                                                                    William de Bochibre

 

Pendant ce temps là, le Sieur William de Bochibre, seigneur de Balaizebaloches, galopait comme hardeur sur sa jument Dacia, à la tête de son armée de soudards, au nombre de 1,868 million. Ils emmenaient avec eux un équipement de pointes, pour fournir aux derniers-cris. Tous avaient hâte d’en découdre avec ces bouffons qu’avait ordonné de poursuivre l’empaleur de Kiess, lorsqu’il eu vent de leur projet. C’était là grande traîtrise du vizir Baristan Lakeu, énervé de voir un concurrent marier peut-être à sa place la reine Amanda et lui chiper le trône de Fion. Ainsi William avait planté sa tante, pour partir illico vers cette Godée où quelques torturés avaient avoué certifier que le chevalier Erald de Bavevieux et ses potes s’en étaient allés. William avait en personne travaillé le patron du Blabla Lounge, en lui pinçant les burnes. A la troisième ruade de Dacia, il préféra oublier son idée pour mieux la contourner et la regarder en face. Ce cheval préférait qu’on lui monte le dos. Il avait installé son campement près d’une petite rivière, où toute son armée jugea bon de noyer la moitié des chevaux, afin de les punir. Les tentes s’alignaient en bon ordre, surmontées de la bannière de Balaizebaloches, de contre-écartelée grande gueule bâillonnée, acculée avec mise sur le sable emmanchée. William enleva ses chaussettes, son glaive, puis il délaça ses éperons, pour ensuite aller poser un cierge devant la momie de sa mère, qu’il avait emporté et posé dans sa tente, par piété filiale :

 

– Maman, j’ai bien tout pris pour aller guerroyer, sans oublier mes chaussons de dessous l’escalier. J’ai aussi fait prière en l’église de Notre-Dame de Kramouille.

 

Une dent tomba de sa mère et William la rangea avec les autres dans un coffret d’ivoire. Un barouf se fit soudain entendre au milieu du camping, et William alla quérir les raisons de cette échauffourée. Les soldats répondirent qu’on pendait un quidam, après l’avoir brutalement arraché de son cheval, parce que ce cavalier avait finalement réussi à le niquer.

 

                                                                                                              Erald

 

Il fallut prendre à gauche, puis à droite, et finalement continuer tout droit pour se mettre en direction de la forêt de la Kounass, d‘une teinte étrangement verte. Belbit nageait dans la mousse, dressant ses oreilles poilues en filant sous les houx. Il suivait de très près Erald et Helga, mais l’essentiel restait invisible à ses œufs, ce qui le rendait atteint de bougonnerie. Chacun s’étonnait d’apercevoir gravés sur tous les troncs de petits cœurs fléchés. A l’image du vieux Mirlen, dont en expert il sélectionnait les meilleurs bouquets, les fleurs d’un bleu blanchâtre étaient franchement odorantes. Hivalanoué craignait que ses graines furent arrachées par les vents violents de l’automne, et Erald s’épanouissait avec Helga dans les lieux abrités, cherchant les endroits les plus favorables à biter. Le caractère spinifère des arbres anguleux n’échappait à personne. La forêt de la Kounass fourmillait de chatons duveteux, qui pendaient sous ses feuilles comme de grosses chenilles. La communauté de la gnôle avait noble apparence, et Erald sifflotait un vieil air de famille pour charmer Helga qui chevauchait à ses côtés, en rendant le terrain très humide. C’est pourquoi Belbit repéra un tronc droit peu branchu, dont les feuilles à quinze folioles étaient déjà toutes tombées. Profitant de cet arbre dénudé, il eut une croissance rapide sur le bois résistant de ses branches maîtresses, au milieu des éclaboussures.


Message édité par talbazar le 05-05-2013 à 06:53:43
n°34216482
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 06-05-2013 à 10:36:38  profilanswer
 

Sinon, je n'ai rien contre toi Talbazar, mais ce serait bien si d'autres personnes venaient poster leurs extraits plutôt que de voir ce topic sombrer ainsi :o


---------------
Ma chaîne YouTube d'écrivain qui déchire son père en pointillés - Ma page d'écrivain qui déchire sa mère en diagonale
n°34217699
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 06-05-2013 à 12:07:09  profilanswer
 

il sombre pas à cause de moi t'inkièt, considérons que ce bombardement genre Viêt Nam est une façon de le faire flotter contre vent et marées. Un modo m'a renvoyé ici pour poser mes fesses, c'est la règle admise, ok.
 Bon d'accord je calme, mais j'étais en vacances, nom de nom !

 

Les autres personnes, par contre, si elles continuent de vendre leur merde ici en s'autotarifiant de génies littéraires, j'envoie du Napalm. Je dis bien vendre.
J'ai juste l'arrogance sélective, et bien moins agressif, beaucoup moins, que ceux qui se sentent agressés.


Message édité par talbazar le 06-05-2013 à 12:08:58
n°34219534
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 06-05-2013 à 14:35:29  profilanswer
 
n°34220069
Hello Grom​it
Posté le 06-05-2013 à 15:07:20  profilanswer
 

Je comprend pas de quoi/qui tu parles.  :??:

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