corsicapersempre | corsicapersempre a écrit :
Ici, qand on intervient, on est censé a minima de ne pas verser dans la phrase assassine, être rigoureux dans l'analyse, etc, etc, etc. Cette nuit, je vacille franchement. On pourra remonter le fil de ce taupique pour constater que j'étais plutôt pour ce contrat première embauche, quarante-quatrième sorte de contrat de travail en France. Sous les coups, j'ai tenu. Sous les moqueries, j'ai tenu. Sous les assauts répétés de La Question, mon jusqueboutisme, que dis-je, mon irrédentisme, tout cela a tenu. Puis il est venu le temps de l'analyse. Je me contrefous des un, deux, voire trois millions de personnes dans la rue. Les bonnes âmes prévoyaient les pires exactions, cela aurait tant fait plaisir aux nazillons du Bloc identitaire ou de France-Echos qui viennent régulièrement prendre la température de ces lieux. Finalement, tout s'est bien passé, au moins si l'on compare avec les Invalides.
Ce Cpe était lié initialement à un loi pour l'égalité des chances. Un terme vague dont la signification échappe à tous, ou bien plutôt elle révêle un profond cynisme. L'égalité des chances est un leurre. On a beau en faire un ministère, y placer là un homme d'habitude joyeux, bon camarade, volubile, charmant, Azouz Begag, l'égalité des chances ne se décrète pas. J'aime bien Azouz Begag parce que sur RTL, il me donnait l'impression (suis-je naïf !) que c'était possible, que la société civile avait son rôle à jouer dans la marche des affaires au moins françaises, sinon du monde. Las ! Quand il est arrivé au gouvernement, il fut immédiatement embastillé, baillonné et sommé de fermer sa grande gueule. On comprit très vite que Dominique de Villepin ne l'avait appelé là que pour en faire une potiche.
Fort de ses succès pectoraux, à défaut d'éléctoraux (il ne reçut jamais l'onction d'un scrutin, quelqu'il fut...), ce Villepin prit son rôle à coeur. Tellement que les figurants n'eurent qu'à poser pour la photo, et c'est tout. Christine Lagarde, Catherine Colonna, Azouz Begag, depuis dix mois qu'ils sont ministres, ont perdu toutes leurs plumes. Le plus triste reste Azouz qui dépérit à vue d'oeil. Lui qui se voyait changer le monde, se retrouve embarqué dans une galère dont il hérite de la plus grosse rame.
Naïvement, je pensais donc que Villepin, le chevalier des temps modernes, allait mettre le feu, renverser les tables, bousculer les codes établis. Il lui aura fallu, si on enlève les vacances, huit mois, pour mettre le pays sens dessus-dessous... Tout le monde convenait qu'il était urgent de réformer le code du Travail. Un galimatias dont même les inspecteurs de ce dit travail ont parfois du mal à y retrouver leurs petits. On s'attendait donc à une sorte de Grenelle, une remise à plat de tout le système de relations qui unit employeurs, salariés, pouvoirs publics, syndicats, fédérations patronales, etc. Mais non... Villepin prit sous son aile un énarque, sous l'oeil gourmand de Chirac, et tous deux nous concoctèrent une loi venue d'ailleurs qui tombait dans l'excès inverse. Deux ans de période d'essai, aucun motif, même verbal, de licenciement, Borloo, Larcher, Vautrin, le doigt sur la coûture du pantalon, obligés de s'aligner, alors qu'ils n'avaient pas été consultés, en aucune manière, aucune matière, sur la teneur et le fond du texte. S'ils l'avaient été, ils auraient poussé de hauts cris en hurlant à la folie du premier ministre. Premier ministre tout fier de son coup qui va présenter sa loi aux députés qu'il traita maintes fois de connards et autres noms d'oiseaux tous aussi chics les uns que les autres.
Craignant pour leur matricule, les députés UMP votèrent comme un seul homme cette loi stupide, dont ils ne purent même pas s'entretenir avec leurs administrés pour prendre leur pouls qui serait monté à 190 à la seule évocation de ce nouveau contrat. Ici, on a souvent voulu opposer les riches aux pauvres. On s'est balancé statistiques, explications plus ou moins foireuses, d'autres plus pointues, on s'est disputés, rabibochés. Mais au moins, on a discuté. Au gouvernement, bernique. Rien. Après le vote à l'Assemblée, Villepin crut que le texte allait rapidement entrer au Sénat, qu'il serait validé, puis promulgué, par les vertus du 49-3 qui stipule qu'en cas d'urgence, une Loi peut échapper à la navette, c'est-à-dire l'aller-et-retour entre Assemblée et Sénat pour deux reprises au moins.
C'était sans compter sur la stupeur des partenaires sociaux qui découvrirent -bien tard- le poteau rose. Le Parti socialiste lança aussitôt un recours devant le Conseil constitutionnel et réactiva la belle endormie, l'Unef, sa filiale chez les étudiants. Rennes fut à la pointe du mouvement étudiant, la réaction en chaîne eut lieu pour le plus grand bonheur des gens de gauche qui n'ont plus que cela pour se refaire une petite cerise déjà bien défraîchie...
Dans aucun pays où les modalités du travail ont été revues, on a procédé de la sorte, en force, à toute vitesse, avec des considérations éléctorales. Je suis perplexe devant la stupidité, la profonde bêtise de cet homme qui porta haut les valeurs en berne de la France aux Nations-Unies (j'étais pour l'intervention des forces armées en Iraq.) On dirait une tragédienne en mal de public. Qui pousse de longs râles sur scène à chaque tirade. Qui porte la paume de la main au front pour souligner l'intensité dramatique de la pièce, alors que les mots seuls suffisent. Villepin, c'est un comédien de tragédie râté. Un Napoléon de comptoir, un De Gaulle nain. J'y ai sincèrement crû. Vraiment. Je me suis laissé avoir, berné par tant de grands gestes, d'attitudes, de grands mots. Quand je vois aujourd'hui Azouz Begag se faire tout petit sur les bancs ministériels les mardis et mercredis après-midi, quand je vois les patrons furieux qu'on vienne leur dire la messe, quand je vois les acteurs économiques, qui étaient prêts à du changement, fulminer contre ces méthodes de soudard, je me dis qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. D'abord chez Villepin, c'est évident. Après sa dissolution ratée, il aurait dû se reconvertir dans le privé, aller voir un peu de par le vaste monde ce qu'est l'entreprise. Chez Chirac, qui n'était pas franchement enclin à nommer Villepin premier ministre, mais qui l'a fait simplement pour ne pas avoir Sarkozy dans les pattes. Sa fin de règne est à tous les égards pitoyable. Chirac est ridicule.
Je continue de penser qu'il faut dépoussièrer les règles qui régissent le travail en France. Je continue de penser qu'une réforme universitaire est urgente, avec une mise en avant bien plus importante et massive des filières professionnalisantes. Des examens beaucoup plus sévères dans les filières intellectuelles dès le départ pour ne pas illusionner les moyens, les médiocres et les nuls. Nous avons besoin des sciences humaines, mais nous avons besoin de gens pointus. Sociologie, histoires, lettres, philosophie, toutes filières qui doivent être revues complêtement et ne plus être choisies par des étudiants sans but précis dans la vie. Les DUT, IUT doivent devenir prestigieux. On doit leur conférer autant de noblesse qu'aux autres pans de l'Université. Mais bien entendu, le plus gros problême ne se situe pas à l'Université. C'est dans les banlieues que se concentrent les plus graves problêmes. Violence, chômage, analphabétisation d'une bonne partie des parents, etc, etc, etc. D'abord, raser toutes ces barres d'immeubles. Ce n'est plus possible de faire vivre des gens dans ces cages à lapin. Construire des zones pavillonaires en nombre suffisant. Quite à ce que ce soit l'état qui finance. Tant pis. On a fait une immense connerie, on doit réparer. EN attendant la disparition complête de toutes ces barres, l'installation pour deux ou trois barres, sur les sites mêmes, d'accompagnateurs sociaux. Aller recenser chez les parents qui sait lire, écrire, compter. Redonner aux parents le goût de l'éducation de leurs enfants. Leur apprendre à apprendre à leur enfants de ne pas traîner dans la rue. Des patrouilles jour et nuit d'agents -non de police, je ne sais pas comment on pourrait appeler ça...- non armés, en uniforme différents de ceux des policiers et qui soient là 24/24. Quite à gréver lourdement le budget de l'état, ce n'est pas grave. c'est de l'investissement. On doit remettre les quartiers sur pied. On doit faire en sorte que les gosses n'aient plus l'impression d'être laissés à l'abandon, c'est vital. Vital. Arrêter les régimes spéciaux -zones franches et autres dénominations, zones d'éducation prioritaire, etc- concernant ces quartiers. Ca donne bonne conscience et il n'y aucun suivi. Attacher aux maires de communes en danger un conseiller spécial issu des quartiers, qui a réussi à s'en sortir. Les maires des communes comme Le Raincy, Mantes-La-Jolie, Clichy-sous-Bois, sont clairement dépassés par les évênements. Réinstituer le rôle de pion dans tous les collèges et lycées de banlieues, en engager par paquets. Ca aussi, ça coûtera de l'argent. Mais c'est indispensable, plutôt que de voir des bagnoles flamber par centaine toutes les nuits (ne serait-ce que ce genre de dégradation.) En finir avec les discours lénifiants du style réinstaurer le dialogue, patin-couffin, c'est des conneries, tout ça. Une fois institué cet ensemble, cette maille au sein même des foyers de troubles, alors oui, les gens pourront recommencer à se parler.
Je crois que le travail auprès des parents est essentiel. Je rêve peut-être, mais on a aussi besoin d'une télévision citoyenne, qui comprenne que la violence montrée a des implications sur les esprits. Installer pour deux ou trois barres d'immeubles une petite bibliothèque. L'accès à la culture est essentiel. Avec toujours à terme, l'idée que ces barres d'immeubles doivent disparaître, c'est un impératif.
Bon, j'arrête là. Il y a de tels chantiers, j'en oublie certainement beaucoup. Ils coûteraient tous beaucoup d'argent. Mais nous devons mettre en balance l'immense dépression dans laquelle nous vivons et les coûts gigantesques qu'ils impliquent et le transfert de ces coûts sur des programmes de réhibilitation de la France. Qui osera s'attaquer à cette réorganisation, cette refondation sociale dont nous avons tant besoin, où qu'on habite, je n'en sais rien. Mais certainement pas Villepin. Gouverner seul, c'est aller à l'échec fissa.
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Je ne sais pas si ça se fait, mais je reposte mon message de ce matin. J'ai lu la quinzaine de pages qui suivent mon petit laïus. Pourriez-vous, s'il vous plaît, vous sortir un peu les doigts du cul, et penser à des solutions, au lieu de rester focalisé sur ce seul CPE ? Le contrat première embauche, quand bien même avalisé par le Conseil constitutionnel, quand bien même promulgué par le président de la république, ne sera jamais utilisé par les employeurs, maintenant, car il est trop connoté. De plus, en coulisses, beaucoup de ces patrons, et spécialement leurs représentants comme Rougaud, le chef de la CGPME, commencent à baliser sérieux avec tous les recours devant les prud'hommes quand ils virent quelqu'un dans le cadre du contrat nouvelle embauche.
Ce que j'aimerais, c'est qu'on arrête de rester le nez dans le guidon. Voir un peu plus loin. Le CPE, le CNE, même les CDI et CDD ne résoudront rien. ce sont les mentalités qu'il faut changer. Le rapport au travail. Eh oui, le travail peut être épanouissant, même si une telle phrase peut choquer les belles âmes gauchistes. Je suis persuadé que tous les jeunes de banlieues seraient tellement foers de pouvoir dire à leurs parents "Abdullah, enfin, j'ai trouvé du taf !" et pas un poste de caissier ou de vigile, non, un métier intéressant, pas forcément intellectuel, s'ils n'en ont pas les capacités, mais dans la menuiserie (merde, quoi, c'est beau de construire une maison, ou des meubles), la plomberie, etc. Il faut doucement se tirer du monde des bisounours : tout le monde n'a pas les capacités de faire de la programmation high-tech...
Et puis, j'en reviens à mon leit-motiv : ces barres d'immeubles ! RASEZ-LES !!! Rasez-les, bordel. Et même tiens, pourquoi ne pas confier à ces jeunes en maraude la construction de leur propre lotissement ? Un peu sur le modèle des chantiers de jeunesse. Y greffer des flics pour montrer qu'ils ne sont pas là pour les alpaguer deux fois par semaine. Pourquoi ce connard de Sarkozy a-t-il supprimé la police de proximité ? Ca marchait, bon Dieu ! Cet empaffé disait que ce n'était pas le rôle de la police que d'organiser des matchs de football ou de basket-ball avec les jeunes. Et pourquoi pas, après tout, si ça peut détendre, créer des liens, les affermir ? L'idée du flic uniquement là pour pécho le délinquant, ça frise le fachisme, n'ayons pas peur des mots. Sarkozy organise plus qu'il ne régule et fait baisser, la délinquance. Les bibliothèques de quartiers ? Mais ça aussi, ce n'est pas difficile. Oui, ça coûte du pognon, et alors ?
J'enrage, j'enrage vraiment de voir qu'il y a des gens qui veulent vraiment s'engager, changer les choses -Borloo, Begag, même s'il prend la grosse tête, maintenant, ce con- et qu'ils sont bridés par d'autres qui ne connaissent de la société que les belles bâtisses du VII° et VIII° arrondissement, les voitures de fonction, les avions du Glam et les grands restaurants, cinq ou six maîtresses. Il y a tellement de choses à faire, et surtout, surtout, on pourrait les accomplir dans la joie et la bonne humeur. Et non, ce n'est pas une vision télétubbies que j'ai là. Parce que construire de nouveaux logements en remplacement de ces cages à lapin indécentes peut redonner de l'énergie à toute une génération. Aux gens directement concernés, et aux nantis qui seraient finalement rassurés de voir que ces gens se calment et bossent, puisqu'apparemment, c'est leur seule préoccupation : qu'ils restent dans leur balieue et qu'ils ne viennent pas nous emmerder dans nos centre-villes. "On veut bien laisser sortir nos enfants aller manifester parce que c'est très bien qu'ils s'égayent un peu. Pendant ce temps-là, on consolide leur PEL, leur Compte-Epargne, leurs actions. On prépare leurs futurs pistons, mais que des basanés viennent jusque dans nos villes violer nos filles et nos compagnes, ça non !" (edit. pour confusionnage : je cite là la pensée bourgeoise dominante qui n'est pas la mienne. La mienne étant justement qu'il faut nous mélanger, et arrêter de se regarder de travers. Le seul moyen de soigner son racisme, c'est de regarder k'autre dans les yeux. Comme ça, on n evoit plus la couleur de la peau. Vous verrez, c'est très efficace !)
EH bien, bande de connards, si vous avez envie de vivre dans l'insouciance et youkaïdi-youkaïda, aidez-les, ces pauvres gars de banlieues. Que les architectes se mettent au boulot ! Que les banquiers se mettent autour d'une table et organisent des prêts à taux réduit ! Que les gens de la filière bois rédusient leurs marges ! Que le ciment soit moins cher ! La peinture, la robinetterie, etc. Que ces spécialistes aillent faire démarrer les chantiers ! Que les maires accordent les permis de construire, non plus pour d'autres barres d'immeubles ou d'autres gigantesques centres comemrciaux, mais pour des petites zones pavillonaires. Et tant pis si ça grignote sur les terres arables. De toute manière, on est en surproduction agricole en France, et on ne trouve même pas le moyen d'envoyer le surplus de bouffe produite à ceux qui en ont besoin...
Pour ceux qui penseraient que tout cela relève de l'utopie, du rêve, ben non, c'est possible. Il suffit de le bouloir. Mais le vouloir très fort. Et ne pas avoir peur de ne pas se faire réélire. Il nous faut des hommes et des femems politiques prêts à s'installer pendant une dizaine d'années aux responsabilités, et ensuite, retourner à la vie civile, sans que ce soit une honte pour eux. Claude Evin le fait bien, pourquoi pas d'autres ? Bon Dieu, y a tellement de choses à faire, à faire bien, dans la bonne humeur, l'envie, et que tout ça ne vienne pas d'en haut, imposé comme ce fut le cas pour le CPE. Non, des plans multiples, en concertation avec tout le monde. C'est tellement simple, basique, tout ça, flûte ! Pourquoi personne ne veut-il s'investir dans ce qui peut seul sauver la France ? Et en plus économiquement (puisque pour certains, qui ont vraiment le nez dans le guidon..., l'économie guide le monde...), je suis absolument certain qu'à LONG TERME, c'est viable. C'est cela qui tue toute initiative en France, c'est que nous voyons à trois mois. Non, ce sont des politiques sur vingt ou trente ans qu'il faut lancer. Au risque de ne plus être là pour les voir réalisées. Mais ce n'est pas grave, on y aura contribuées. Allez, un peu de courage, que diable, s'il vous plaît ! |