Ernestor a écrit :
Le terme le "peuvent" n'est pas le bon ici. Quand par exemple tu as le choix entre ces 400€ ou devenir SDF, la question ne se pose pas, tu n'as plus de choix. Et donc tu fais avec parce que ça serait pire sans. C'est pas pour autant que c'est suffisant.
Citation :
2- Il faudrait voir qui accepte ces contrats de 400 euros. Il est vraisemblable que ce sont des gens qui ne vivent pas seuls : des jeunes qui vivent chez leurs parents, des femmes qui ont un conjoint, etc. Il faudrait voir aussi combien de temps on reste avec ce type de salaire : tu me répondras que certains y restent toute leur vie, mais je pense qu'il s'agit d'une minorité. Tout ça pour dire que le taux de pauvreté ou de travailleurs pauvres à un instant t ne suffit pas pour qualifier un système économique, et éventuellement le rejeter : il faut voir aussi les choses sous l'aspect dynamique, çàd sur 5 ans ou 10 ans, dans la vie d'un individu. Or, en Allemagne, j'avais déjà donné le chiffre montrant qu'on restait moins longtemps dans la pauvreté que dans la moyenne des pays de l'OCDE. Par ailleurs, même si le taux de pauvres auagmenté en Allemagne, il reste, après cette augmentation, au même niveau que chez nous.
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Toujours le même problème : ces jeunes vivent chez leur parent par choix ou parce qu'ils n'ont pas le choix ? Ne prend donc pas le problème à l'envers. La question n'est pas de savoir si ces jeunes sont contents de vivre chez leur parents mais s'ils ne peuvent pas partir de chez leurs parents parce qu'ils ne gagnent pas assez.
Citation :
3- Le fait de vivre seul est un luxe récent de l'histoire de l'humanité, qui d'ailleurs n'existe que dans les pays développés. C'est dire si c'est un luxe. Je crois que tu ne comprends pas en fait que le progrès social se diffuse lentement, de haut en bas, au fur et à mesure de l'augmentation du niveau de vie. Cela te choque, mais c'est comme ça. Plus l'on fera des gains de productivité, plus des gens pauvres pourront vivre seuls. Regarde : aux Etats-Unis, plus de la moitié des gens qualifiés comme pauvres sont propriétaires. Ils sont pauvres relativement aux autres, et peuvent se sentir frustrés, mais ils ont aujourd'hui ce que la classe moyenne américaine a obtenu 30 ou 40 ans plus tôt. En France, il en est de même : les ouvriers accèdent au divorce et au célibat, qui étaient auparavant réservés aux bourgeois. Il est probable que dans 20 ou 30ans, même les travailleurs pauvres français pourront vivre seuls. Mais vivre seul étant aujourd'hui une luxe, comme le fait d'avoir un écran plat ou un 4*4 (choisis des exemples plus pertinents, c'est juste pour faire passer l'idée), il est normal que tout le monde ne puisse pas encore vivre seul, de même que tout le monde n'avait pas de frigo en 1950 ou que tout le monde n'a pas de 4*4 aujourd'hui. Admettre ce fait, çàd que le progrès social et matériel se diffuse lentement, c'est admettre que les inégalités sont une sorte de fatalité : le sort des pauvres s'améliorent dans une société où il y a des gains de productivité (la nôtre par exemple), mais celui des riches aussi si bien que les riches ont toujours de l'avance en termes de progrès social ou de confort
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Dans un pays comme la France ou l'Allemagne, ça n'est en RIEN un luxe que de demander à vivre décemment de son travail. Je suis absolument en désaccord avec ce que tu dis là. On parle de pays riches ici, pas de pays du tiers monde. Et que ça soit un fait récent, c'est un détail. On peut le faire. Et si on ne peut plus aujourd'hui, c'est que le système part en couille. Et c'est justement ce qu'il se passe quand on paye 400 ou 600€ quelqu'un dans un pays riche. On ne payait pas des salaires aussi pauvres avant dans nos pays riches en Europe. C'est quelque chose de nouveau. Et c'est bien le problème.
Citation :
4- On en arrive donc au coeur du débat. Ce qui te choque, c'est donc en fait l'inégalité. E tu voudrais que les pauvres aient tout de suite, tout ou partie du progrès social (vivre seul..) ou matériel (l'écran plat) des riches. On pourrait réaliser ce programme à court terme : on taxe les riches et on donne aux pauvres. Les pauvres pourront alors vivre seuls s'ils le veulent avec un écran plasma dans leur appartement. Mais à long terme, ce type de politique ralentit la croissance (je ne reviens pas sur les raisons) : tu auras obtenu l'avantage d'une société moins inégale, mais au prix d'une stagnation ou d'une moindre progression des revenus de tous, riches ou pauvres. Et alors, me diras-tu ? eh bien, d'une part, tu ne pourras pas donner tout le confort matériel au pauvre, car la société ne dégagera pas assez de richesses. Surtout, si la France est la seule à mener cette politique, les Français connaîtront un appauvrissement relatif vis-à-vis des autres pays : les Européens continueront à voir leurs revenus progresser, à obtenir plus de confort matériel, plus de logements spacieux, plus d'éducation, plus de santé, plus de retraites. Et nous nous éloignerons de leur standard de vie. Cela se fera progressivement, à raison d'un point de croissance en moins par an. Mais cela veut dire qu'en 20 ans, on sera à la traîne de 25% sur le salaire allemand ou la salaire américain.
5- le débat oppose donc le court terme et le long terme. Pour aider les pauvres à court terme, c'est toi qui a raison : il faut redistribuer plus. Mais au prix d'une moindre croissance. C'est d'ailleurs ce qu'on a fait : en 1970, l'écart interdécile était de 1 à 5 et le taux de croissance de 3 ou 4%. Aujourd'hui cet écart est de 1 à 3 et les taux de croissance moyens depuis 20 ans sont de 1,5%. Ta politique pénalise donc la hausse des revenus à long terme, y compris pour les plus pauvres. Si on privilégie le long terme, il faut au contraire permettre au capital de s'accumuler pour réaliser des gains de productivité : ce qui implique une relance de l'épargne, une baisse de la fiscalité du capital, etc. Il y aura alors plus d'inégalités, mais les revenus des plus pauvres augmenteront plus vite.
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Ta leçon parait théoriquement pertinente mais elle tombe à coté de la plaque. Pourquoi ? Parce que les pays les plus égalitaires en Europe sont les pays où on vit le mieux et où il y a le moins de chômage : les pays scandinaves. La redistribution plus égalitaire des ressources n'est pas un problème en soi si c'est accepté par tout le monde. Donc ton postulat de base est faux. Les pays scandinaves allient un état fort (plus d'impôts qu'en France) et une vision égalitaire des choses, notamment un accès à la santé ou l'éducation pour tous et ils ont un très bon niveau de vie en même temps que tout ça. Tu me diras que le marché du travail est plus libéral que chez nous. En effet, mais c'est aussi parce qu'il y a un état fort qui compense derrière.
Citation :
6- Pour finir, tu me diras : ce que je veux c'est moins d'inégalités, mais aussi une forte croissance des salaires. Le beurre et l'argent du beurre. C'est quasiment impossible. Si ça l'est, on attend tes propositions. Car c'est bien beau d'être scandalisé par les salaires de 400 euros. Mais quelle solution proposes-tu, solution qui serait sans inconvénient ? il n'y en a pas: le choix n'est pas entre le bien et le mal, mais entre une politique favorisant le court terme au détriment du long terme, et une politique favorisant le long terme, au prix de coûts sociaux à court terme. C'est pas très drôle : mais, encore une fois, la politique n'est pas la morale. Elle ne consiste pas à choisir entre le bien et le mal, mais à choisir, entre deux maux, le moindre mal.
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A mon sens, il n'y a pas d'issue sans un état fort. Ton postulat de base, je le rejette : non, le marché seul ne permet pas de résoudre tous les problèmes et d'améliorer la condition sociale. Toutes les grandes avancées sociales se sont faites souvent dans la violence et ont toutes en tout cas été imposées par les états. Et à chaque fois on nous a dit que ça allait tuer le système économique. Ca n'a jamais été le cas, ni en 36, ni après. Certes, ça a un impact, mais le système économique s'adapte et survit très bien, merci pour lui.
Donc déjà, je mets un gros bémol sur la nécessité d'un marché libre comme seule option. Il faut un marché suffisamment libre certes, mais surtout un état qui limite les dérives et qui redistribue derrière. C'est fondamental. Je ne crois pas au mythe de la création énorme de richesse dont vont forcément finir par profiter les pauvres. Ca marche bien moins bien en pratique qu'en théorie.
Et si tu veux un exemple concret, à mi chemin entre ton système libéral que tu prônes et le système actuel, c'est ce dont on a parlé moultes fois ici : une suppression du salaire minimum mais avec instauration d'un revenu minimum et donc d'un impôt négatif. Soit une libéralisation du marché du travail et une correction par l'état pour ceux qui ne peuvent pas vivre de leur travail. Voila une solution entre les 2. Mais ça, tu n'en veux pas, c'est encore beaucoup trop d'état pour toi visiblement.
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