poilagratter a écrit :
Ok, ce que tu dis est en effet ce qui s'est passé jusque à aujourd'hui (quoique)
Mais ça ne veut pas dire pour autant que ça va durer, bien au contraire.
Je reprends point par point:
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Tu tentes de décrire le fonctionnement du système. Il faut, a minima, comparer ton raisonnement à l'histoire de ce même système. Si ton raisonnement n'arrive même pas à expliquer les 30-40 dernières années, comment pourrait-il avoir plus de poids que le mien pour le futur?
J'ai tout de même l'avantage sur ton paradigme que le mien explique en grande partie l'évolution passé et donc, par analogie, semble le plus à même d'expliquer l'évolution future.
Il n'y a absolument aucun raison pour que ta grille de lecture soit plus pertinente. Tu ne peux passer autrement que par une étude du passé pour prédire quelque peu l'avenir, tenter de découvrir les mécanismes en jeu. Or, manifestement, tu as un sérieux souci à ce niveau si tu considères que mon raisonnement explique assez bien ce qui s'est passé jusqu'à aujourd'hui.
poilagratter a écrit :
Jusqu'ici, non en effet, car il était profitable de reconvertir les ouvriers en surnombre, vers d'autres emplois.
Ex classique: ouvrier agricole => industrie.
Jusqu'ici tu as raison
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Tu oublies le passage au tertiaire. Ensuite, ce ne fut pas réellement une reconversion mais tout simplement l'extinction progressive d'un secteur. Ainsi, les agriculteurs n'ont pas été "renouvelés" car il n'y avait plus besoin de les renouveler. Il me paraît peu vraisemblable que l'on ait transformé des agriculteurs en ouvriers.
Donc, il y a eu création de nouveaux emplois. Dans l'industrie d'abord (révolution industrielle => jusqu'à la moitié du XXème), dans le secteur tertiaire ensuite.
Il est toujours profitable de créer de nouveaux débouchés, d'augmenter les échanges commerciaux. La création de valeur ajouté ne se fait pas en s'accrochant tel une moule à son rocher à la sidérurgie de Papa.
J'insiste: la mutation constante du système économique, la mutation constante des besoins n'est pas prête de s'arrêter. Tout d'abord parce que l'ensemble de la planète n'a pas encore atteint notre niveau de vie. Mais aussi, et surtout, parce que la mutation technologique, l'adaptation au monde et l'adaptation du monde (au sens large, univers compris) ne connaît que peu de limites à l'échelle humaine.
Ainsi, on peut raisonnablement penser que la filière du recyclage et des énergies renouvelables va prendre, dans l'avenir, la place de l'industrie pétrolière, du plastique and inc dans l'avenir.
Dans ton discours, on note souvent cette idée que nous avons atteint une sorte de seuil de développement...qu'après avoir filé un frigo à tout le monde, on est en train de créer des besoins inutiles, voire destructeurs. C'est oublier tous les défis qui nous attendent, c'est oublier l'inventivité humaine, la recherche scientifique. Qui aurait pu imaginer toutes les applications du laser? Des micro-ondes? Des molécules de synthèse? Des nano-technologies?
Du coup, ton discours sonne faux. Creux. Je ne pense pas que l'humanité atteindra jamais une "borne", une "limite" qui la contraindrait au statu-quo. Et si une telle chose se produisait, je pense que l'humanité s'éteindrait progressivement. Par manque de buts. Par ennui même. Soit, passons au reste...je dévie un peu...
poilagratter a écrit :
Ok, mais pourquoi paierait on le même salaire a des ouvriers qui travaillent moitié moins?
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Grâce à la hausse de la productivité. Toutes choses égales par ailleurs, avec 2x moins d'heure de travail, tu fournis le même profit (la même valeur ajoutée) à l'entreprise. Elle va donc te rémunérer de la même manière si tu divises ton nombre d'heure de travail par deux.
La question est plutôt: pourquoi baisserait-elle ton salaire?
C'est une réalité cette réduction du temps de travail. Réalité très forte. Compare le nombre d'heures en 1950 et maintenant, la réduction est phénoménale. Pourtant, les salaires n'ont pas été divisés par le facteur correspondant...Il suffit de rappeler que le salaire horaire suit la productivité. Si tu doubles la productivité, le salaire horaire double.
Donc, si tu veux démontrer le phénomène inverse, il va falloir trouver des éléments pour cela. Car le constat historique/expérimental va dans mon sens.
poilagratter a écrit :
Non, car celui qui augmente les salaires, perd en compétitivité par rapport à celui qui ne le fait pas, et disparait.
Ils vont plutôt diminuer les prix pour gagner en compétitivité. Mais pas d'autant que les couts salariaux auront baissés, car les couts salariaux ne sont qu'une partie du prix.
Par ailleurs si la demande n'augmente pas en proportion de l'augmentation de la productivité, il faudra réduire la prod, et donc licencier.
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Une entreprise qui n'appliquerait pas une augmentation de salaire fortement corrélé à la productivité subirait une fuite de ses employés. Principalement les cadres, mais pas seulement. Tous les métiers un tant soi peu spécialisé, ou qui demandent une formation importante, seront visés. Une entreprise ne peut pas indéfiniment s'écarter sensiblement de ce lien avec la productivité.
Du coup, les deux effets forment un équilibre (besoin de compétitivité vis-à-vis des salariés/besoin de compétitivité vis-à-vis du marché) qui, jusqu'à présent suit "magiquement" l'évolution de la productivité. Il semble assez acquis que les syndicats ont un rôle à jouer ici en tant que pression sur l'employeur pour s'assurer qu'un déséquilibre ne naisse pas entre la répartition salaire/capital.
Je vais toutefois t'accorder qu'il y a en effet un décalage de l'ordre de 7-8% qui est passé du travail au capital.
Ensuite, je n'ai pas précisé une diminution des prix car il s'agit, de mon point de vue, des deux faces d'une même pièce. Augmenter les salaires ou baisser les prix, c'est grosso modo la même chose. J'ai tendance à privilégier l'augmentation de salaire car l'effet est direct sur l'employé alors qu'une diminution des prix peut le toucher différemment si elle n'est pas commune à l'ensemble de l'économie.
Pour le reste, tu fais référence à la demande. Mais, justement, comme je l'ai signalé, l'augmentation de la demande provient aussi de cette augmentation de la productivité: on peut soit consommer plus de la même chose, soit consommer autre chose.
Il se peut que certains secteurs ne voit pas la demande augmentée car le marché est saturé. Oui, certainement. Et, dans ce cas, ces secteurs vont licencier en cas d'augmentation de la productivité. Oui, certainement. Lorsqu'un marché arrive à maturité (et à moins de révolution technologique majeure), les choses évoluent plus lentement. Ainsi, cela explique sans doute en partie le ralentissement (note ce mot) observé après les crises pétrolières.
Un nouveau marché connaît une croissance plus forte qu'un marché à maturité.
C'est, je pense, ton propos dans le sens où nous aurions atteint le statut de pays développé...et que nous serions donc condamner à licencier. Mais c'est un constat partial (et partiel)! Je te renvoie vers mon petit laius sur les besoins, sur l'émergence de nouveaux marchés,...
poilagratter a écrit :
sauf que le temps libre n'est pas payé (qui aurait intérêt à payer le temps libre?). Pas d'augmentation de conso donc.
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Figure toi que le temps libres est payé. 13ème mois, vacances,... Mais je suppose que tu faisais allusion au temps de travail. Et c'est là toute la magie de l'équilibre du système. Si, réellement, l'ensemble des gains de productivité avait été consacré à réduire le temps de travail...on serait tous au chômage. Ou presque.
Cet équilibre entre réduction du temps de travail et hausse des salaires permet d'ouvrir le champ à toute une série de secteurs, à toute une série de besoins. Pas toujours utiles d'ailleurs.
Ce qu'il faut avoir en tête, je pense, c'est que l'augmentation de la productivité permet.
Ton discours est un discours de crainte. La peur que cette augmentation crée du chômage, de la précarité,...Et je dois dire que c'est un peu le discours qu'a vécu la Wallonie (et la France, avec son refus de l'économie du marché) pendant quelques décennies. Cette tentation de protéger des entreprises en déclin, de les subventionner pour qu'elle ne licencie pas,...
Autant certaines aides peuvent se comprendre en temps de crise, pour lisser tout ça...Mais l'évolution d'une économie ne peut être arrêté en construisant des murs de sable. Aussi, et j'en reviens à une partie de mon propos: tu élargis un constat local (français) à un système global. C'est étrange que tu m'ais reproché cela alors que c'est précisément ton angle d'attaque. A l'inverse, de mon côté, je n'ai de cesse de répéter la diversité des systèmes mis en place (avec presque toujours, évidemment, une arcane capitaliste) et les performances plus qu'enviables de certains.
Ce que vit la France n'est pas une fatalité dû à un système capitaliste vicié. Ce qui vit la France est l'accumulation d'erreurs politiques et économiques. Toutes tendances confondues. Et pourtant, malgré cela, elle crée des emplois ("elle tourne!" dirait l'autre.). Constant plutôt encourageant.
poilagratter a écrit :
Les ouvriers de l'industrie on conquis une situation à peu prêt correcte au fil des décennies. Garantie de l'emploi, salaire indexé sur l'inflation, etc.
Ces conditions disparaissent lorsqu'ils perdent leur ancien boulot de l'industrie, et se retrouvent avec moindre salaire, précarité de l'emploi, et autres dégradations.
Moindre pouvoir d'achat, d'ou moindre consomation, et ... crise économique.
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Je n'ai jamais dit que les situations intermédiaires de reconversion d'un secteur était chose facile. Cependant, je note qu'une approche passe mieux que l'autre.
Ainsi, les secteurs sinistrés des charbonnages flamands se sont plus facilement relevés que les secteurs sinitrés de charbonnages wallons. On a là l'exemple de ce qu'il faut faire, et ne pas faire. Ton discours se range dans la seconde catégorie. J'explicite:
A ne pas faire:
-subventionner le secteur en déclin
-refuser les adaptations progressives (en terme de plan sociaux, de licenciements, de reconversion)
A faire:
-subventionner la reconversion et, lorsqu'elle n'est pas possible, la pré-pension/période d'inactivité correspondante
-accepter les adaptations progressives
Inutile de dire que le coût du premier plan (wallon) fut un désastre. En résistant jusqu'au bout, on se retrouve au pied du mur. Les coffres vides. Le chômage en plus. En prenant les devants, en acceptant une situation de fait (le secteur n'est plus rentable, dépassé,...), on peut se préparer à l'avenir.
Pourquoi ton discours tombe dans la première catégorie? Car tu ne cesses de nous bassiner avec le retour aux fondamentaux industriels. Un peu comme la vision dante2002 de charbonnages.
Pour être wallon, j'ai une expérience très personnelle de ce que l'entêtement politique à protéger des emplois condamnés peut provoquer. Et ce n'est pas joli à voir.
Qu'appelles-tu de moins bonne qualité?
Si tu parles en terme de durée dans l'entreprise, oui. Le turn-over est souvent plus important, la mobilité, la flexibilité (j'en ai déjà parlé),...Mais c'est une évolution dû au progrès technologiques. Le système capitaliste n'a que peu à voir avec l'augmentation de la rapidité des communications, des évolutions techniques, des transports,...
Les tâches évoluent plus rapidement, les métiers aussi,...
C'est un fait. Et je vois mal comment, quelque soit le système économique proposé, on peut retourner en arrière. Tu es, encore une fois, dans la politique "wallone", protectrice...Mais, tout ce que tu vas récolter, c'est du chômage, de la précarité, une compression salariale,..
Cela n'empêche pourtant pas des créations d'emplois durables, une stabilisation du temps partiel ces dernières années, le bilan n'est pas entièrement négatif, loni de là..
L'adaptation du marché du travail, couplé à l'adaptation de la protection social, vers un plus grand dynamisme ne peut être que bénéfice pour tout le monde. C'est d'ailleurs une des solutions prônés par de nombreux spécialistes de la question (j'avais renvoyé vers un papier à ce sujet). Il ne s'agit pas d'importer le modèle danois mais de s'en inspirer. Lutter contre ce constat de mobilité/flexibilité, c'est mener un combat perdu d'avance.
Si tu parles en terme de durée du temps de travail, de pénibilité,..., je me répète...je suis loin d'en être convaincu. Pour la durée du temps de travail, j'en suis même certain. Elle diminue fortement, les congés paternité/maternité sont désormais légions. Les congés ont augmenté.
Et, encore une fois, on arrive en meilleure santé à la retraite que ceux qui se tuaient à la tâche dans les charbonnages (n'en déplaise à dante2002).
Donc, si tu as des données sur la question qui montrerait une sensible dégradation des conditions de travail, je t'en prie.
poilagratter a écrit :
En les payants de moins en moins. De plus je crois qu'il y a entre 5 et 10millions de chômeurs et sous employés.
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Tu aurais des chiffres plus précis? Car, comme fourchette, on a déjà fait mieux.
Le sous-emploi, c'est 1.2 millions de personnes de mémoire.
Le chômage, c'est 2 millions de personne en 2008.
Il y avait déjà 2 millions de chômeurs en 1984.
On peut raisonnablement estimer que le nombre de sous-emplois n'était pas foncièrement éloigné de l'actuel. Mais admettons qu'il ait augmenté. En 1990, on avait 3.6% de sous-emploi pour 4.8% aujourd'hui.
On a donc grosso modo, sous emplois et chômage confondus, 11.1% en 1984 et 12% en 2008. C'est à la grosse louche, y a plein d'ajustements à faire mais les ordres de grandeurs ne sont pas foncièrement différents. Du coup, peux-tu m'expliquer pourquoi on obtient non seulement que le salaire moyen suive la productivité (ce qui va contre ton "on les paye de moins en moins" ) mais une certaine stabilité du chômage/sous-emploi depuis deux décennies tout en ayant une augmentation de la productivité notable depuis deux décennies?
N'est-ce pas un peu contradictoire avec ton idée de licenciements en raison de l'augmentation de la productivité?
Tu ne vois qu'une partie de l'impact de la productivité, du coup, tu obtiens un raisonnement biaisé, voire faux....et qui ne colle pas avec la réalité. La réalité est que ça ne va pas si mal. Que l'impact démographique couplé aux chocs pétroliers a fait plutôt mal au début des années 80. Depuis, on crée des emplois (pas assez), on essaye de rattraper cette situation.
Mais, désormais, en plus du poids social de ce chômage de masse qui se résorbait lentement depuis le milieu des années 90, il faut additionner le poids des retraités (tant en terme de cotisations, qu'en terme de pression du capital, qu'en terme de soins de santé). Et ça commence à faire beaucoup, surtout pour un pays comme la France qui n'est guère connu pour son anticipation.
poilagratter a écrit :
Il y a évidement des régions qui s'en sortent mieux que d'autres. Ce qui ne peut etre généralisé.
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Dans ce cas, pourquoi généralises-tu le cas français au "système capitaliste"?
Que penses-tu de ces régions comme la Flandre, de ces pays comme les Pays-bas, comme les Pays nordiques, comme l'Allemagne même, l'Autriche, la Suisse, le Canada, l'Australie, la Corée du Sud,...?
Comment ton modèle pourrait-il s'accommoder de ces exemples où le chômage de masse avait régressé de manière plus forte qu'en France? Sans parler de l'endettement...
Déjà que ton modèle s'accommode mal de la situation française...
Alors, crois moi, je suis tout à fait prêt à ré-évaluer ta logique si tu me donnes un tant soi peu d'informations, de déroulement argumentatif derrière cette idée de corrélation entre l'augmentation de la productivité et des licenciements inévitables ainsi qu'une baisse de salaire finale.
Notamment en te confrontant à la réalité, comme je le fais continuellement avec mes impressions/constats initiaux.
Tu ne peux pas sortir un modèle de ton chapeau, prétendre qu'il va s'appliquer dans l'avenir, tout en n'arrivant pas à expliquer le passé. Ce n'est pas une démarche scientifique.