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C'est écrit dans tous les manuels : pour que le marché fonctionne à l'avantage des consommateurs, il faut que la concurrence qui y règne soit pure et parfaite. Pure, car aucun des concurrents ne pèse assez lourd pour pouvoir agir unilatéralement et directement sur le prix du marché. Parfaite, car tous les acteurs disposent d’une information complète et gratuite de façon à pouvoir prendre les bonnes décisions et faire jouer la concurrence.
Il est bon de rappeler ici, les 5 conditions de la concurrence pure et parfaite :
- l’atomicité du marché : c'est-à-dire qu'il y ait un grand nombre d'entreprises produisant le même bien (ou service) et un grand nombre d’acheteurs.
- la transparence : une information complète des consommateurs pour guider rationnellement leurs décisions d'achat et des vendeurs connaissant parfaitement les conditions du marché pour élaborer leur stratégie.
- la fluidité : la possibilité pour une firme donnée, d'entrer sur un marché (ou d'en sortir) facilement et sans coût prohibitif.
- l’homogénéité du produit : pour qu’il y ait concurrence, il doit s’agir du même produit ou d’un produit similaire.
- la mobilité : les facteurs de production, que sont le travail et le capital technique, doivent pouvoir se déplacer ou être déplacés d’un endroit à l’autre selon les besoins du marché.
Ce modèle de concurrence pure et parfaite n’existe pratiquement qu’en théorie. On le considère comme une référence, vers lequel il convient d’aller, pour permettre le bon fonctionnement du marché de concurrence.
Mais en réalité, la concurrence est imparfaite car au moins une des 5 conditions ci-dessus n’est pas réunies.
> L’atomicité est une des conditions qui n’est que rarement réunie. Deux cas de figure de structure de marché se présentent généralement : le monopole et l’oligopole.
Le monopole est la situation dans laquelle se trouve une seule entreprise pour un bien ou un service donné. Pour l’entreprise, il n’y a donc pas de concurrent et elle peut fixer ses prix comme elle l’entend, le client n’a pas d’autre possibilité que de décider d’acheter ou de ne pas acheter. L’entreprise en situation de monopole, fixe son prix au niveau où elle maximise son profit, au lieu que le prix lui soit imposé par le marché.
Aujourd’hui, dans le monde des entreprises, « small is beautiful » est beaucoup plus rare qu’on ne le croit. Un paradoxe : vingt ans de libéralisme et de déréglementation n’auront pas mené à une concurrence accrue, mais au contraire à une vague exceptionnelle de concentrations. Dans les milieux industriels, des médias, des banques, de la distribution, un grand nombre de firmes ont pris le contrôle de plusieurs domaines essentiels de la vie de nos sociétés. Le développement de la mondialisation, l’internationalisation des échanges ont conduit les entreprises à accélérer ces concentrations afin de répondre à la nécessité de constituer des pôles suffisamment puissants pour peser à l’échelle européenne et mondiale.
L’oligopole est la situation dans laquelle une production est le fait d’un petit nombre de grandes entreprises face à un grand nombre d’acheteurs. Les entreprises en situation d’oligopole peuvent adopter plusieurs comportements :
- l’oligopole de combat se rapproche d’une situation de concurrence où chaque entreprise adopte une stratégie qui consiste à mettre les autres en difficulté pour s’imposer sur le marché. En matière de prix, par exemple, si l’une décide de baisser les prix, les autres n’ont souvent guère le choix d’en faire de même si elles entendent ne pas se faire distancer et rester bien présentes sur le marché. Et les clients tirent tout le bénéfice de cette situation.
- l’oligopole d’entente implicite se rapproche plus d’une situation de monopole. Pour un certain nombre d’entreprises, la tentation est souvent forte de limiter la concurrence de façon plus ou moins formalisée. Il arrive souvent qu’au sein d’un oligopole, l’une des firmes, la plus importante habituellement, soit reconnue par les autres comme leader et chargée de fixer les prix sur lesquels toutes les autres entreprises s’alignent. C’est évidemment illégal. Le consommateur n’a pas trop le choix, et il lui est difficile de faire jouer la concurrence si les entreprises s’entendent entre elles.
Le duopole est une variante de l’oligopole, où deux grandes entreprises seulement dominent le marché.
> La transparence est une condition essentielle donnant accès à toutes les informations du marché (produit, prix, concurrents, etc.), informations gratuites et disponibles à tous, de manière à permettre, aussi bien aux consommateurs qu’aux vendeurs, de prendre les bonnes décisions en toutes connaissances de cause.
L’information a un coût et n’est donc généralement pas gratuite.
Pour les entreprises, la documentation, les études, les enquêtes, nécessitent un traitement de l’information (saisie, stockage, mise à jour, etc.) et constituent pour elles une charge que certaines n’arrivent pas à supporter faute de moyens.
Pour les consommateurs, il n’existe pas de système d’information centralisé qui leur donne des indications précises sur les produits, les prix, les entreprises. Il est aussi matériellement, techniquement et financièrement impossible de connaître, à un moment donné, toutes les informations du marché. Il existe bien des tests comparatifs de produits proposés dans certaines revues spécialisées (« 60 millions de consommateurs », « Que choisir ») ou d’autres, moins connus, édités par les milliers d’associations d’information et de défense des consommateurs. Il y a aussi les possibilités qu'offrent aujourd'hui les nouvelles technologies de l'information avec Internet d'accéder, en temps réel, à tous les prix du marché d'un même produit grâce à de puissants moteurs de recherche. Certes, mieux informé qu'il ne l'a été il y a 10 ou 20 ans, le consommateur ne dispose pas cependant de toutes les informations essentielles pour prendre ses décisions et il est très souvent influencé par les campagnes publicitaires. Certains consommateurs, plus rationnels que d'autres, comparent les prix, mettent les vendeurs en concurrence. Pourtant, une grande majorité ne fournit pas systématiquement cet effort d'aller à la quête de l'information ou tout simplement ne dispose pas du temps nécessaire pour l'obtenir. En définitive, il importe pour le consommateur d'avoir le sentiment d'avoir fait le bon choix, d'avoir fait une bonne affaire.
> La fluidité est une condition qui est, à l'évidence, centrale : c'est elle, en effet, qui permet à de nouveaux producteurs d'apparaître, dès lors que la profitabilité d'une production donnée se révèle intéressante, ou, à l'inverse, à des entreprises en place de cesser une production qui se révèle insuffisamment rentable pour se reconvertir dans d'autres activités. Grâce à cette liberté d'entrer et de sortir, les prix pratiqués attirent ou repoussent les investissements.
Parmi les obstacles, il est possible d’en mentionner principalement trois :
- Les économies d’échelle : pour être compétitive, l’entreprise nouvelle sur le marché doit parvenir à produire (et à vendre) d'emblée au moins autant que ses concurrents déjà installés, ce qui est un sérieux pari, ou, à défaut, accepter de vendre à perte jusqu'à ce qu'elle parvienne à produire autant que les autres. L’entreprise doit réussir à réaliser des économies d'échelle, c'est-à-dire à avoir la capacité à produire un plus grand nombre d’unités de façon à baisser ses coûts unitaires et donc ses prix, et parvenir à une taille optimale qui la mettrait au niveau de ses principaux rivaux.
- Les besoins de capitaux : chacun sait que, pour produire, il faut investir. Or, les entreprises ne disposent pas toutes des moyens financiers indispensables pour rivaliser avec leurs concurrentes déjà en place. Le ticket d'entrée sur un marché donné, dominé par un petit nombre de firmes, est très coûteux et risqué, puisque, pour parvenir à se faire connaître par les consommateurs, il faut investir des sommes colossales dans la publicité.
- L'accès aux circuits de distribution : dans un univers où la vente en grandes surfaces est le mode principal pour atteindre le consommateur, un nouveau venu doit parvenir à s'y faire référencer, au moins dans certaines d'entre elles. A défaut, il doit pouvoir mettre en place un circuit propre de distribution qui renchérira encore le montant de l'investissement à effectuer et augmentera le risque encouru.
La liste des obstacles est en réalité beaucoup plus longue : obstacles d'ordre administratif, réglementaire, technique, environnemental, obstacles liés à la langue et à la culture du pays étranger, pour celles qui envisagent d’aller à la conquête de marchés étrangers. On en déduit qu'en dehors de quelques activités de faible importance (restauration, brocante, ...) il faut être particulièrement riche et téméraire pour venir marcher sur les plates-bandes de concurrents déjà bien installés et connus. Encore ne s'agit-il ici que des obstacles à l'entrée.
> L’homogénéité des produits est pour le consommateur une donnée de plus en plus rare. Car les entreprises, depuis bien longtemps, ont compris, que, pour échapper à la concurrence directe, il valait mieux proposer des produits différents ou similaires mais en tout cas bien différents dans l’esprit du consommateur. Les entreprises adoptent alors une stratégie de différenciation. En quoi consiste-t-elle ? La différenciation permet à une entreprise se trouvant dans la même branche d’activité que ses concurrentes, de proposer des produits différenciés par la qualité, le service après-vente, l’innovation. On parle souvent ici de concurrence monopolistique : un grand nombre d'entreprises de tailles différentes avec des produits hétérogènes. L'hétérogénéité est le résultat de l'existence de labels, marques de publicités, d'emballages différents, de présentation et de formes différentes pour des produits destinés à la satisfaction du même besoin. Cette situation a été analysée par plusieurs économistes dont Joan Robinson.
Ainsi, pour une firme, réussir sa différenciation permet d’atteindre une position de quasi-monopole, de fidéliser la clientèle, et ainsi de fixer un prix plus élevé que dans une situation de concurrence (Exemple : dans la téléphonie mobile, les trois opérateurs français proposent des produits différents auxquels sont attachés des services différents leur permettant de justifier les différences de prix).
> La mobilité des facteurs de production est, en réalité, réduite.
D’une part, la mobilité du capital technique est rendue difficile par les coûts de transfert. Mais il n’empêche que l’on assiste à beaucoup de délocalisations d’entreprises qui vont s’installer ailleurs, afin de bénéficier de conditions de production plus avantageuses.
D’autre part, la mobilité du facteur travail est fortement limitée par des contraintes sociales, culturelles et linguistiques.
Certains économistes vont même plus loin : la concurrence imparfaite est nécessaire au bon fonctionnement du système capitaliste, car elle réduit les risques des entreprises, donc les incite à innover et à investir. La dynamique du système tiendrait justement à sa capacité à réduire la concurrence, laquelle, au contraire, serait destructrice. Ne poussons cependant pas le bouchon trop loin, car, à l'inverse, l'existence d'un monopole n'incite pas à renouveler les produits, à veiller à la satisfaction de la clientèle qui est, de toute façon, captive.
C'est donc dans cet entre-deux que se situe la situation la plus fréquente : une concurrence qui existe bel et bien, sans être parfaite, offrant aux consommateurs des prix bas qui les incitent à consommer, mais qui ne soient pas trop faibles non plus, au risque de laminer les marges des entreprises et de les empêcher de prendre des risques et donc d’innover.
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