freeza01 |
limonaire a écrit :
Certes...
Le fait est cependant que depuis 20 ans, l'Europe est scotchée à des taux de croissance de 1 à 2% en moyenne, quand le reste du monde croît au rythme de 5%. Avec en Europe, le problème lancinant du chômage, surtout dans l'Europe su sud. D'où un certain déclassement de l'Europe, et le développement des rancoeurs, des frustrations : la démocratie tourne à la démagogie de la distribution de privilièges, quand elle ne préfère manger dès aujourd'hui ses revenus de demain en finançant par de la dette des dépenses de consommation. On a fait le choix d'une Europe des monopoles, des rentes, des privilèges, des barrières à l'entrée, des réglementations favorisant les insiders au détriment des outsiders. Il ne faut pas s'étonner ensuite que cela donne une société figée, une société d'exclusion, une société qui secrète de la frustration, voire de la violence, du racisme ou de la discrimination. Si on continue à ce rythme, on voyagera en deuxième classe alors qu'ici on était plutôt habitué à la première classe internationale. Dans une société où des politiques malthusiennes sont menées, le gâteau ne grossit plus, d'où une économie de la lutte des places, places que l'on a rendues artificiellement rares. Ce qui entraîne la peur légitime du voisin, qui est susceptible de piquer une place chèrement acquise. Il faudrait une prise de conscience et une nouvelle révolution de 1789, abolissant les privilèges que de trop nombreuses corporations ont arraché au fil du temps au pouvoir démocratique par du lobbying acharné. Mais comme nous (la majorité des insiders) faisons tous partie d'une corporation et bénéficions tous au moins d'un privilège, il sera difficile d'y parvenir par des voies démocratiques, à moins d'une nouvelle Nuit du 4 août, ou d'un coup d'Etat type 1958. Notre destin risque d'être celui de l'Amérique du Sud ou de l'Argentine : pronostic pas si aberrant quand on voit que le populisme a déjà gagné en Italie, et d'une certaine façon en France.
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limonaire a écrit :
Merci alors. Je crois vraiment que la gauche a été aveuglée par l'idéologie marxiste depuis trop d'années. Encore, une fois, la gauche existait avant Marx : tout ne sé rduit pas au matérialisme, fût-il historique, tout en se réduit pas au chiffre deux (le binarisme de la lutte des classes), etc. De façon générale :
- il faut cesser à gauche de voir la politique uniquement sous l'angle économique : l'homme n'est pas unidimensionnel, et la question politique ne se réduit pas à la réduction des inégalités monétaires et à la consommation. L'éducation, notamment populaire, la place du monde associatif, le rôle de la culture, la réalisation de soi, le pluralisme des parcours de vie, le vivre ensemble, se gouverner soi même, sont des questions tout aussi importantes.
- sur le plan économique (qui n'est qu'une partie de la question politique), il faut sortir par le haut, et non par le bas. Bref, arrêter de croire que l'économie est à somme nulle, et de penser qu'on ne peut enrichir Paul qu'en prenant à Pierre, alors que Paul et Pierre peuvent s'enrichir tous les deux. La redistribution est nécessaire, mais ce n'est pas elle qui sur le long terme améliore la situation de tous.
- toujours sur le plan économique : il relève du temps long (songeons aux investissements, à l'épargne, à l'accumulation du capital : cela ne se fait pas en un an) alors que le cycle électoral contraint au court terme. Dès lors, telle mesure est abandonnée avant même qu'elle ait eu le temps de porter ses fruits. C'est un vrai problème en démocratie.
Tout ça est bien général, j'en ai conscience, mais ce sont des boussoles qu'il faut garder à l'esprit.
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limonaire a écrit :
Ascenseur social grippé parce que :
- trop de corporations fermées : fonction publique, pharmaciens, taxis, notaires, médecins, professions protégées par un diplôme ou un concours qui sont autant de barrières à l'entrée
- trop de réglementations : par exemple sur le logement, on en a déjà parlé ici mais j'ai découvert récemment aussi qu'ouvrir un gîte pour héberger des touristes était très compliqué et coûteux, pour de bonnes raisons certes (sécurité, hygiène) et aussi de moins bonnes, (le lobbying des hôteliers). Résultat : les 2/3 des chambres d'hôte ne sont pas déclarées.
- le SMIC qui a progressé trop vite est une barrière à l'embauche : un SMIC plus faible permettrait d'insérer mieux jeunes et sans diplôme, sachant qu'on y resterait moins longtemps, puisqu'on restaurerait une vraie échelle des salaires.
- les prélèvements obligatoires trop élevées et inefficaces. Par exemple, l'IR doit représenter seulement 7% du PIB (et je compte large). Pourquoi construire une telle usine à gaz avec des taux marginaux montant à 40%, si l'objectif est de prélever uniquement 7% de la moyenne des revenus. 40%, c'est désincitatif pour celui qui ne vit que de son travail, qui n'est pas propriétaire et qui n'est pas un héritier : il devient alors impossible de s'élever socialement. On pourrait imaginer deux tranches, l'une à 10%, l'autre à 20%, avec quasiment aucune niche : on prélèverait les mêmes recettes fiscales, voire plus, car l'effet désincitatif aurait disparu.
- l'endettement public ponctionne l'épargne disponible, au profit de dépenses de fonctionnement de l'Etat, qui ne prépare pas l'avenir, et au détriment des fonds propres des entreprises. Or, ce sont ces fond propres qui permettent aux entreprises de financer le "fonds des salaires" (Ricardo) et donc d'avoir plus de salariés en CDI.
Et je pourrais continuer longtemps...
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limonaire a écrit :
Juste sur le racisme : il est d'une certaine façon naturel, la peur de l'Autre, de l'étranger étant très humaine. D'où la tendance à se regrouper entre gens qui nous ressemblent (aussi bien culturellement, ethniquement que socialement d'ailleurs). C'est pourquoi il faut lutter contre, notamment par l'éducation. Mais ce racisme ou cette xénophobie se développent d'autant plus que la société est malthusienne. Si l'on était en situation de plein emploi, le racisme reculerait grandement (il ne disparaîtrait pas certes, mais deviendrait résiduel, secondaire). Mais quand il y a 100 personnes faisant la queue pour 40 places, ou 40 logements, il est humain pour le bailleur ou l'employeur de discriminer, et parfois sur de "mauvais" critères. Mais c'est moins le bailleur ou l'employeur qu'il faut alors incriminer que l'organisation de l'économie qui crée cette pénurie d'emplois ou de logements. Il ne faut pas se tromper de cible.
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Camelot2 a écrit :
Ce qui provoque l'empilement des lois/taxes/réglementations, c'est l'absence de coordination au niveau européen sur bien des domaines. Au lieu d'avoir un seul niveau (européen), on se retrouve avec une législation fragmentée et parfois contradictoire entre pays.
C'est d'ailleurs un des points du rapport "Larosière" sur les origines de la crise: les autorités de régulation sont morcelées et ne coordonnent pas leurs efforts. Et c'est d'ailleurs l'orientation prise, dans la douleur, par l'initiative Solvency II et Bâle III dans le futur (du moins, il faut l'espérer).
Malheureusement, le G20 s'est planté en beauté au niveau de la régulation financière et l'empilement de lois et directives en tout genre à encore de beaux jours devant lui.
Tout ceci pour en revenir à mon propos de départ:
-considérer l'UE comme un tout global n'est pas une approche suffisante au vu de la situation réglementaire actuelle.
Le véritable paradoxe de cette crise est qu'elle risque d'aboutir à aggraver encore le manque de coordination dans l'UE, chaque Etat se considérant comme une forteresse que la situation des autres ne peut impacter.
L'exemple de la Grèce est, à ce niveau, d'une furieuse actualité.
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Betcour a écrit :
Je te rassure c'est général dans cette tranche d'age.
"J'y ais droit moi monsieur, j'ai cotisé !" ![[:chatoo] [:chatoo]](https://forum-images.hardware.fr/images/perso/chatoo.gif)
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zad38 a écrit :
Je pense que l'existence d'un NC maintenu artificiellement bas par l'Etat dans les métiers cités était sous-entendue dans la phrase "professions protégées par un diplôme ou un concours".
Un truc rigolo est que plus les enjeux économiques et surtout industriels associés aux métiers sont lourds, moins l'Etat cède aux caprices. Par exemple même s'il y a énormément à redire sur le système des grandes écoles, l'Etat n'interdit pas aux élèves issus de la FAC de faire des carrières d'ingénieur et surtout il ne veut même pas entendre parler d'une réduction du nombre de places (pourtant niveau salaires ça arrangerait du monde), la tendance allant plutôt dans l'autre sens.
C'est bien la preuve qu'il s'agit de privilèges, les lobbies parviennent à faire limiter la concurrence parce que les conséquences ne sont pas dramatiques mais ça reste une injustice, encore moins acceptable en temps de crise.
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luckynick a écrit :
http://www.lefigaro.fr/impots/2010 [...] -2008-.php
Citation :
Mais la polémique politique, elle, ne faiblit pas. Et l'audition mardi de François Baroin n'y a pas mis un terme. Chaque camp est resté sur ces positions. Le ministre du Budget a défendu le bouclier et le principe de non-augmentation des impôts. Jérôme Cahuzac, le président PS de la commission, a, lui, souligné que le bouclier ne sert pas « à protéger les revenus du travail, mais la rente ». De fait, 99 % des 586 millions redistribués par le bouclier en 2009 sont allés aux redevables à l'ISF. Les quelque 1 055 contribuables avec un patrimoine de plus de 16 millions d'euros ont reçu un chèque de 363 872 euros, à comparer aux 565 euros reçus par ceux qui ne payent pas l'ISF. Mais il est vrai aussi que les redevables à l'ISF ont versé plus de 1 milliard d'impôt à l'État, même avec le bouclier, comme l'a rappelé François Baroin… « Aujourd'hui, lors de mon contrôle sur place à Bercy, je demanderai quelle somme ont perçu les 1000, 100 et 10 premiers bénéficiaires du bouclier », ajoute Jérôme Cahuzac. Du côté de la majorité, en revanche, le débat commence à lasser. « On se focalise sur un bouclier qui coûte moins de 600 millions d'euros à l'État, alors que les déficits publics dépassent les 150 milliards », tempête Gilles Carrez, le rapporteur UMP de la commission.
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Il faudrait rappeler à cet individu l'adage suivant : "les petits ruisseaux font les grandes rivières"
Sinon concernant l'exil fiscal, tant qu'il n'y aura pas une harmonisation fiscale au niveau européen avec de vrais règles concernant notamment ceux qui vivent et font leur business en Europe (genre à partir de tant de % de CA réalisé, ou à partir de n mois de résidence), ce sera la merde et tout les boucliers et autres armures fiscales à la con ne serviront à rien d'autre qu'a creuser les déficits.
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Très bien parlé, tous autant que vous êtes . Nous sommes tous au moins d'accord sur le constat sinistre des années à venir en Europe. J'ai vraiment peur pour la France en tout cas, car là où culturellement l'américain se sortira les doigts pour remonter la pente par lui même, le français culturellement restera sur place à lamenter, gémir et critiquer, tout en appelant l'Etat à nettoyer la merde, avant finalement de tout mettre sur le dos des immigrés (alors qu'après tout ils seraient bien contents d'avoir la possibilité de payer des impôts plutôt que de travailler au noir). Les français sont bloqués sur un modèle de société qui a fait son temps et ça va se payer très cher.
Nouveauté politique à noter tout de fois: à l'habituelle retour vers les extrêmes politiques en Europe dès qu'il y'a crise économique, s'ajoute une nouveauté.
Le régionalisme
C'est simple, l'Europe va se décomposer lentement mais sûrement en régions, et oublier le concept de nation. Espagne, Italie, GB pour commencer...
En France, les nationalistes corses ont fait une belle percée en plus du FN lors des régios. En Italie, c'est la Ligue du Nord qui veut carrément couper l'Italie en deux. Enfin, la Belgique...
Je vous fiche ma bille que pour les élections UK qui approchent, je ne sais pas pour l'UKIP ou le BNP, mais je parie que les séparatistes écossais, irlandais et gallois vont aussi faire une percée...
ça va être folklo de voir la padanie ou la catalogne tenter de peser dans les négos internationales face à la Chine  ---------------
L'humanité est surévaluée|De la joie et de la bonne humeur, par un cancéreux.|.
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