maxouw Fuel hard, full send! | maxouw a écrit :
Il y a 10 ans jour pour jour je me remettais de mes émotions bien courbaturé... Ma première course un 3 mars le semi de Paris en 2h11:
https://www.strava.com/activities/3369604724
J'étais totalement débutant, j'avais couru 3 fois en tout (4kms, 4kms et 8kms). Pas de montre pas de trace mais le souvenir d'une émotion croissante tout au long de la course et en passant la ligne d'arrivée, une belle révélation qui m'a motivé à m'y mettre progressivement.
2 ans et 4 semis plus tard, 1h26 au semi de Paris.
10 ans plus tard ? La réponse demain !
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Bravo à tous les coureurs du jour, une pluie de PR non sans rapport avec la météo idéale Je suis fier du topic, c'est une belle source de motivation au fil des années et ça fait plaisir de suivre les progrès de tout le monde, de lire les CR souvent épics Certains ne participent plus et/ou ne courent plus mais je ne les oublie pas, ils ont marqué mes débuts. Je pense par exemple à alvas que je salue #CR Semi-marathon de Paris 2023
https://www.strava.com/activities/8662219257
[Historique Semi]
2h11 Paris 2013
1h48 Paris 2014 : https://www.strava.com/activities/133814486
1h41 Vincennes 2014 : https://www.strava.com/activities/211827762
1h33 Boulogne 2014 : https://www.strava.com/activities/219797346
1h26 Paris 2015 : https://www.strava.com/activities/264774442
Contrairement à l'épreuve du 10k sur laquelle j'avais toujours des points de coté, qui était une vraie souffrance, j'ai toujours apprécié la distance du semi (c'est assez commun d'ailleurs).
Pour autant, au-delà d'être une distance cette épreuve est avant tout une durée qui évolue au fil d'une progression : un effort de près de 2h c'est assez différent d'un effort qui se rapproche petit à petit de l'heure et donc du seuil anaérobie.
Cet effet durée est amplifié par la progression individuelle : en progressant on se connaît mieux et on va plus loin dans l'effort, un cercle vertueux.
J'ai la chance de ce point de vue d'avoir connu une grosse progression : j'ai connu le SAS rose avec un départ tardif et une foule massive, jusqu'aux SAS les plus rapides qui partent très tôt.
A l'époque le semi de Paris partait de Vincennes, il y avait tellement de place ! Maintenant c'est départ et arrivée dans le quartier de Bastille, je suis très curieux de vivre ce nouveau parcours !
[Objectif ré-ré-ré-ajusté]
AS42 en 1h30 (en novembre)
sub1h23 (en décembre)
sub1h22 (début février)
sub1h20 (fin février)
Sub 3h au marathon est un rêve de longue date. De retour pour de bon de blessure depuis septembre, je retrouve assez vite en octobre des sensations et décide de m'inscrire au marathon de Paris, c'est une motivation énorme. Mon inscription au semi n'est destinée à ce moment qu'à être le support d'une sortie longue AS42 en conditions de course, à 4:15/km.
Par une sorte d'alignement des astres je me retrouve en quelques mois dans la forme de ma vie, je ne compte plus les dizaines de kms enchainé au fil des SL à cette allure. 4:15/km devient de plus en plus facile, et ma soif de compétition grandit au fil des semaines. Je me projette donc en décembre de viser un chrono au semi (sub 1h23), puis en janvier m'inscrit carrément sur un 10k début février que je cours en 36'. J'aligne de très grosses séances en février à la suite de cette belle course. Un gros travail de seuil, de modulation d'allures et de sorties longues fast finish. Je réalise aussi que ce semi de Paris marque les 10 ans d'anniversaire depuis ma première course le semi de Paris 2013 qui fut le début d'une passion. Alors au fil des jours, j'en viens à me projeter all-in sur le semi, à viser sub 1h20. Avec une dernière séance 2x5k à J-10 à 3:44/km, difficile mais porteuse d'espoir, je vais ensuite fortement alléger la charge. Le temps non couru, je me repose davantage, je visualise cet objectif, l'allure, le parcours, le ravitaillement, je finis par y penser tout le temps les jours précédant le semi. [Plan de course]
Pour aller chercher le sub 1h20 avec astroya, on vise un premier 10k en 38min (profil faux plat montant) et un second 10k plus rapide compte tenu de la tendance descendante. On aura le soutien de zendb qui va s'insérer à partir du 5eme km, une belle motivation pour les 5 premiers kms de savoir qu'on le retrouvera !
Vu la foule et la densité au départ étroit à Sully, le premier enjeu sera de ne pas se perdre au moment du départ et de rapidement prendre notre rythme de croisière.
Coté fueling le plan est simple, sans mentionner le sodium ajouté partout : - petit-dej à H-3
- 1 bouteille de 33 pour l'échauffement (30cl + 40g de sucre pour ~30min)
- 1 bouteille de 33 (22cl et 30g en deux prises : km0 à 1 minute du départ et km3)
- 1 bouteille de 20 "sirop" pour 5 prises aux kms 6/9/12/15/18 (6cl et 75g)
- 1 bouteille de 33 aux ravito 6/12 (prises de 11cl tous les 3kms)
- ceinture Sammie avec une bouteille de 33 à l'avant et la bouteille de 20 à l'arrière
- le poids porté fluctue mais sera assez faible, souvent autour de 200-300g et nettement moins en fin de course
Conditions idéales 6°C pas de vent, je vais jouer la sécu en partant sur du 80g sucre/h et 60cl/h (et 1,5g sel soit 600mg sodium/h). Les 100g/h passent bien à l'entraînement à allure marathon mais le 2x5k a montré que c'est beaucoup lorsque l'intensité proche du seuil est prolongée.
[Avant-course]
Je fais une grosse sieste l'après-midi en prévision d'une nuit courte. Le soir je visualise l'intégralité du parcours avec streetview, mémorise bien le parcours, les côtes, les ravitos et mon plan de ravitaillement. Je prépare les bouteilles, enlève l'étiquette de certaines pour ne pas les confondre etc etc. Réveil 4h50 pour un départ à 8h00 : la nuit va être courte, couché 22h je me relève de multiples fois, je n'ai pas trouvé le sommeil avant 2h et il fut léger. Mais j'ai suffisamment accumulé de sommeil de qualité toute la semaine pour ne pas m'en inquiéter. Pesé après petit-dej 65.0kgs un bon 0.5kgs de moins qu'avant mon 10k il y a 4 semaines. 3kgs de moins qu'en octobre, 4-5kgs de plus qu'en 2013-2015 mais c'est du muscle et de la puissance ! 65kgs c'est mon poids de forme. Hormis le fueling embarqué, ma tenue est la plus légère possible. Il fait pas si froid, je décide de partir en tee-shirt, boxer et gants fins, vaporfly et chaussettes injiji.
Je retrouve astroya, on dépose nos sacs aux consignes et c'est parti pour l'échauffement. Il y a un monde absolument dingue, on trottine tranquilement. Quelques accélérations, une recherche d'arbres à proximité du départ et l'entrée dans le SAS préférentiel à 7h50. On avance jusqu'à se sentir au milieu de coureurs globalement de notre niveau, on est bien positionnés mais il y a une densité folle. Il va falloir être très concentré pour le départ, c'est étroit jusqu'au premier virage.
De l'échauffement aux dernières minutes d'attente dans le SAS, je me sens assez serein. La pression et l'adrénaline ne sont pas comparables à ce que j'ai vécu au 10k il y a 4 semaines. J'ai accumulé une grande confiance au fil de la prépa, le moment est venu de concrétiser sur ma distance historiquement préférée. 10 ans et 13 000 kms après mon 2h11 ; 8 ans et 10 000 kms après mon 1h26, m'y voilà de nouveau et ça va être génial, je le sais ! 8h00, le départ est donné [kms 0-5 - 19'10 - 3:50/km]
Les premiers mètres sont compliqués : le risque de chute est réel vu la densité, il faut se frayer notre chemin et en même temps ne pas se perdre de vue avec astroya. Le virage à gauche est bienvenu, on a ensuite 3km tout droit jusque Bercy, plutôt plats. Après un premier km en 3:49, on trouve un rythme de croisière vers 3:45. Mon cardio s'est stabilisé vers 186, les sensations sont bonnes.
Je me ravitaille au km3 puis on attaque la première difficulté avec une belle côte rue de Charenton. Je maintiens une cadence élevée et ralenti un peu, le cardio et l'effort ressenti sont stables. Astroya est à ce moment légèrement derrière moi mais je sais pas qu'il n'est pas loin, il gère son effort avec son Stryd. J'arrive au niveau de Nico un coureur dont j'ai découvert la chaîne youtube la veille par hasard (https://www.youtube.com/@NicoRun4Rubanbleu/videos). Il est parti plus vite que prévu, on discute brièvement. Il terminera en 1:20:30 (contre 1:24 d'AS42 initialement prévus). Passage du 5eme km en 19:10, un poil plus lent qu'imaginé mais je me sens très bien. [kms 5-10 - 18'55 - 3:47/km]
Juste après le 5e km je cherche du regard zendb à l'endroit prévu mais je ne le trouve pas sur le moment, il me rejoint quelques mètres après. Du 5ème au 9ème on a un long faux plat montant au bois de Vincenes, je trouve que les kms défilent assez vite. Au 6ème km je récupère une bouteille avec bouchon, bois à nouveau 15g de sucre de ma bouteille sirop puis 1/3 de la bouteille d'eau. Je vide 1/3, rebouche et garde le dernier 1/3 dans ma Sammie en prévision du km9. Km7 en 3:52, km8 en 3:51, je relance dans le km9 aux cotés de zendb. Astroya est un peu derrière mais pas bien loin. Je me ravitaille au km9 et peu de temps après on a une belle descente le long de l'hippodrome. Je me sens très relaché et allonge la foulée, à ce moment je ne le sais pas mais je suis en 3:30, je double pas mal de coureurs. Je perds de vue zendb, je me dis qu'il temporise pour courir avec astroya et qu'ils me rejoindront probablement bientôt.
Je passe le km10 en 38:05, pile dans les temps prévus à 5 secondes près, le 10e km en 3:34 a bien aidé à rattraper le rythme.
[kms 10-15 - 18'30 - 3:42/km]
Ces 5kms sont majoritairement en descente, je tiens un sacré rythme et double régulièrement des coureurs. Au fond de moi je suis euphorique je sens que les 1h20 "sentent bon" mais l'euphorie ne se manifeste pas trop, plutôt de la sérénitude : je reste relaché, plutôt calme et optimise au mieux mon effort en restant concentré. Durant tout ce temps, je m'amuse à suivre la ligne verte au plus près : ça me rappelle un jeu vidéo de course auto où je suivais la ligne idéale. C'est marrant comme des choses insignifiantes et nostalgiques peuvent refaire surface en course, l'esprit passe par plein d'états. Mes laps GPS sont très proches des bornes kilométriques ce qui simplifie mon suivi des métriques. Au ravito km12, première difficulté : je crie "avec bouchon svp" mais constate que toutes les vittel sont ouvertes. J'avais pourtant pris un bouton de rechange dans ma Sammie mais il est tombé un peu plus tôt dans la course en sortant une bouteille. Tant pis, je bois 1/3 après ma prise de 15g, balance le reste, me dis que ça m'allégera et que mon ravitallement prévu au km15 attendra le km16.5 (dernier ravito de la course). Durant tous ces kms rapides je fais la course seule : je passe de petit groupe en petit groupe. Mon allure est plus rapide mais l'effort ressenti et le cardio sont assez constants. Je n'ai pas de Stryd mais les allures "VAP" ajustées du dénivelées le confirment : mon effort est très stable. A l'approche du 15eme, avalé en 3:37, passage de la porte dorée et retour dans Paris. A ce moment de la course je suis encore assez lucide et commence à faire des calculs sur la marge que j'ai pour le sub 1h20. Elle commence à me paraître confortable, surtout que je ne sens pas l'acide lactique monter.
[kms 15-20 - 18'44 - 3:45/km]
Retour dans Paris donc, avec une difficulté notable du parcours : une côte de 13m D+ sur 600m suivi d'une descente équivalente jusque la place Dausmenil. Miraculeusement je grimpe la côte à bon rythme en ralentissant peu et relance dans la descente. Résultat un 16eme km en 3:39, puis deux bons kms supplémentaires en 3:41 et 3:42 au 17eme et 18eme. Les concerts et animations me boostent, pour le reste je m'accroche à cette ligne verte car l'effort commence à devenir plus difficile. Problème : je me suis ravitaillé au km 16.5 mais à nouveau pas de bouchon, je n'aurai donc plus de ravito jusqu'au bout. Je décide donc de jeter mes ~15g de sucre restant, n'ayant plus d'eau pour l'assimiler. Je sens un échauffement au niveau du pied droit, ça sent l'ampoule. A partir de ce moment je sais que le sub 1h20 est presque acquis, mais je perds beaucoup en lucidité. Je commence à faire des calculs à la con. J'ai quand même bien envoyé du 9eme au 18eme : j'en paie un peu le prix, j'ai moins de jus. Les deux bosses le long des quais sont douloureuses : j'ai littéralement l'impression d'être stoppé dans ma course, d'être à 4:30. Alors que pas du tout, je cours le km19 en 3:52 et le 20 en 3:49. Et corrigé du faux plat montant, l'effort est a posteriori en réalité quasi stable ! Mais je me sens lent, je ne suis plus dans une dynamique d'accélération, je ne double plus, il y a moins de spectateurs sur cette portion. Je manque de sucre, une dernière prise au 19eme km m'aurait fait le plus grand bien. Je crois beaucoup à la théorie du gouverneur central, et un des capteurs pour permettre un effort soutenu prolongé c'est le maintien d'un certain taux de sucre dans le sang. Bref ce n'est pas qu'une question de stock de glycogène dans les muscles. Le passage successif devant l'hôtel de ville et le passage du 20eme me font le plus grand bien : je connais par coeur la rue de Rivoli et les supporters sont nombreux. [kms 20-21.1 - 4'06 - 3:43/km]
A l'approche de la Bastille, je réalise que les 1:19:30 sont jouables. Je sprint tout ce que je peux le long de la place en frôlant bras levés la foule agglutinée sur la gauche, qui m'acclame et me renvoie le double d'énergie. L'ambiance est magique, je vois mon chrono et c'est gagné ! 1:19:25 Je manque de percuter un coureur qui s'est stoppé net à l'arrivée, ca bouchonne bien juste après l'arche. J'ai rapidement les larmes aux yeux. Sub 1h20, c'était encore un objectif long terme il y a peu Je suis ~600eme avec 1h19ish contre ~800eme il y a 8 ans avec 1h26ish, le niveau est bien monté ! Pluie de records pour beaucoup aujourd'hui avec la météo juste parfaite. Je cherche astroya mais je ne le trouve pas. Encore bravo pour ton sub 1h20, merci à toi et à zendb j'étais ravi de partager ce début de course avec vous !
https://www.strava.com/activities/8662219257
L'effort fourni, le cardio à 186-187bpm, l'allure ajustée "VAP" jamais loin de 3:45/km, je crois que je n'avais jamais aussi bien maitrisé un effort. J'ai pris beaucoup de plaisir, probablement plus que si le parcours avait été plat, moi qui pourtant d'habitude ne jure que par le plat. J'ai globalement peu souffert mais j'ai souffert sur la fin.
Je fais un gros negative split, 38:05 puis 37:14, en ligne avec le profil de la course. Du km 8 au 18 strava m'indique 36:50, mon 2e meilleur temps sur 10. 55:59 sur 15kms, 1:00:06 sur 10 miles, 1:15:04 sur 20kms Il va falloir récupérer et se relancer dans la prépa, le marathon est dans 4 semaines. Je n'ai et n'aurai quoiqu'il arrive aucun regret d'avoir couru à fond ce semi et célébré mes 10 ans de course de la meilleure des façons, mais je garde en tête 2015 (1h26 euphorie => 3h15 visé => 3h35) : prudence sur l'objectif marathon. Il va aussi falloir élucider cette méga ampoule violette localisée sur mon doigt de pied le plus sujet : Vaporfly ou Injiji? Quoiqu'il arrive, ce semi restera à jamais gravé dans ma mémoire, 52 minutes plus vite que ma première marque sur la distance après une décennie de course avec des hauts et des bas... Un chrono que longtemps je n'imaginais pas réaliser. Vive l'endurance et vive HFR
Spoiler :
et vive le carbone et vive le sucre |
Bonne récup à tous  |