Bon bah CR MDP aussi alors...
Je devais pas courir vu que je bosse et que j'ai pas de dossard mais ça c'est pas tout à fait passé comme prévu...
J'ai passé 3 jours de folie sur running expo où j'ai croisé quelques stars comme bikounou, parinou, mou du genou, muriel robin, muriel hurtis et son dos digne d'alain bernard, antoine de wilde... et j'en passe... Mais j'ai raté sonia apparemment
Dommage... on aurait pu échanger au sujet du transit intestinal
Quelques élites sont venus courir sur mon tapis à 21km/h avec mes paires test (et en plus ils ont kiffés!)... des types qui valent 30min au 10km, d'autres qui sont passés en équipe de France à un moment ou à un autre... une nana qui revient de je ne sais quel championnat d’Europe... un élite japonais qui est présent sur les supports de com' de la marque et qu'on avait pas reconnu
, je vous dit pas le délire quand on s'en est rendu compte, surtout que le mec était affiché partout sur le stand
Objectif 2H15 le bigre !
Mais il complétement explosé au 30ème et fini vers les 2h40...
Bref j'ai bien rigolé quand j'ai allumé ma télé ce matin et que j'ai vu ces mecs là en train de discuter a coté de békélé dans le sas
En bonus WTF, un qatari qui passe sur le stand et voit la chaussure de Bolt dédicacée en vitrine...
Le mec vient se renseigner et demande :
"Combien ?
"
"On ne la vend pas Monsieur"
"Combien ? aller... je paierai le prix
"
"Ce n'est pas à vendre"
"Ben à quoi ça sert de l'avoir si vous ne la vendez pas
"
Sinon j'ai couru tous les jours sur le tapis en mode hamster pour ramener du monde sur le stand, je me suis éclaté à faire 30 minutes de 30"-30" à 20km/h
Galvanisé par la foule venue me regarder et l'attroupement que ça génère
Je fais jamais ça, encore moins sur tapis... Autant dire que je me suis complétement cramé, jambes explosées
+ journées de dingue à base de 9H-23H non stop hier. Je vous dit pas le zombie que je suis devenu... plus aucune notion du temps ou de l'espace
Donc aujourd'hui j'avais prévu d'aller faire le supporter sur le parcours...
Je voulais me poser pépère au 30km, ambiance de folie façon tour de france et belle vue avec la passerelle qui passe juste au dessus de la route... Je connais bien ce spot pour avoir couru ce marathon en 2012... avec une mauvaise prépa et étant de retour de blessure, j'avais vécu l'enfer dès le 1er km avec un début d'aponévrosite plantaire qui n'a fait que s'aggraver et qui m'avais fait finir en boitant sévèrement et en pleurant.
Bref, j'avais eu de tels frissons à cet endroit que c'est resté gravé dans ma mémoire, et c'est ça qui fait la beauté du marathon.
Grosse émotion en arrivant là 2ans plus tard en tant que spectateur, les larmes me viennent en voyant la souffrance des coureurs, j'arrive à ressentir ce que j'avais vécu dans les yeux de certains et je souffre avec eux.
Je check l'appli pour essayer de capter parinou mais ça bug à mort et vu le monde je reconnais personne
Tantpis, je vais un peu plus loin retrouver un pote et on essaie de capter un collègue qui vise les 4H...
Un peu par miracle, je vois un type qui lui ressemble et je le regarde passer devant moi sans vraiment le reconnaitre... il me faut 5 bonnes secondes pour me rendre compte que c'est bien lui
Ni une ni deux, je suis pris par mon instinct, je cours pour le rattraper
Il est déjà 50 mètres devant, il a l'air en souffrance, les écouteurs sur les oreilles et de l'autre coté de la route mais j'y vais quand même ! Une seule solution pour qu'il me voit... se fondre dans le peloton et lui taper sur l'épaule. Ce que je fais.
Je lui demande comment il va et j'essaie de le rebooster...
Tout en courant à coté de lui sur quelques mètres...
Il demande jusqu'où je peut l'accompagner...
Je répond en rigolant "oh jusqu'au bout bien sur !! jte lacherai pas!"
Je continue alors à l'escorter quelques 100 aines de mètres... Je suis en jean, chemise épaisse, chaussettes de ville et sac à dos de 3kg... au milieu d'un peloton bien rempli
C'est mon moment de course, j'ai un peu l'impression de vivre le truc comme si j'avais déjà 30 bornes dans les jambes, d'autant plus que j'ai vraiment mal aux jambes avec les 3 jours de folie sur le salon
Et la...
Les 100aines de mètres se transforment en 1km... il me dit qu'il en chie... On se tappe une belle côte... je lui dit de s'accrocher dans ma roue et de pas me lâcher... et on continue... Je sais pas pourquoi mais je me dit que si j'ai déjà fait 1km... alors pourquoi je pourrais pas continuer et faire 2km... Et puis une fois arrivé au bout du 2ème km... pourquoi je m’arrêterai maintenant après tout ? ça défile... 33ème...34ème... Je lui fixe pour objectif de tenir l'allure jusqu'au ravito et je continue à lui ouvrir la voie... toujours en jean/chemise, et évidemment déjà trempé
Ravito du 35ème, il est vraiment pas bien, il veut que j'aille lui chercher de l'eau pendant qu'il sort son gel, il marche, je me faufile comme je peux au milieu des coureurs et attrape une bouteille...
Il fait sa pause pipi, je transpire tellement que j'en profite pour ouvrir ma chemise en grand façon superman
Et puis comme je peut pas la laisser comme ça après cet arrêt, faut que je le fasse repartir ! Je l'incite à se remettre à courir : "Aller, c'est une nouvelle course qui commence
On oublie tout et on repart pour 3km jusqu'au 38ème, après on avisera et tu sera tellement proche de l'arrivée que t'aura plus mal et que tu voudra plus t'arreter
"
Et donc on se remet à courir, chemise au vent, torse à l'air
On arrive dans le bois de boulogne, le parcours est toujours aussi chiant et usant avec ses bosses et ses longues lignes droites monotones... Je commence à souffrir aussi mine de rien...
Un peu avant le 37ème, il explose vraiment et se dit proche du malaise, je comprend qu'il plaisante pas, j'insiste pas et on marche... Je lui file à boire, il est pas loin de la déshydratation à mon avis, plein de sel sur le visage et y'a des types enveloppés dans des couvertures de survie sur le bord de la route qui sont tous blancs...
Je commence un peu à flipper quand même, j'ai pas envie qu'il me tombe dans les bras.
A ce moment là j'ai plus du tout envie de le lâcher avant l'arrivée...
On marche comme ça jusqu'au 39ème km... tout en discutant, il me raconte sa course, il avait des ampoules dès le départ et souffre depuis le départ, on échange sur les marathons qu'on a fait, sur ceux qu'on veut faire... Il réalise que c'est fini pour lui, on se fait passer par le meneur d'allure 4h... J'avais des bonbons haribo dans mon sac, il veut plus rien avaler... mal au ventre... envie de rien... mais je le force à en prendre, je sais à quel point ça peut rebooster ces trucs bien sucrés et bien bon
Subitement il se remet à courir, je lui dit "aller on tient l'allure jusqu'au bout, plus vite tu finira, moins longtemps tu va souffrir. C'est le moment de tout donner, le moment de se battre
On se re-concentre sur la course et on arrête de parler maintenant".
Commence à y avoir du monde au point de devoir slalomer dans tous les sens, je préfère m'écarter pour pas gêner mais j'ai pas envie de le lâcher alors je cours sur le chemin a coté, façon trail, en esquivant les promeneurs et en revenant sur le parcours par endroits, toujours avec ma bouteille de 1,5L à la main et mon look de touriste
Je passe pour un taré auprès de milliers de personne mais j'en ai rien à péter, je veut le voir franchir la ligne! Il remonte plein de monde comme ça et tiens le coup pour finir en 4H10 après avoir remonté 600 places sur les derniers 2,195 km !
De mon coté, je fini avec presque la même sensation que si j'avais fait le marathon entier !
Au final j'aurais fait 12km en jean dans ces conditions, jamais j'aurais pensé faire ça un jour tellement c'est débile et pourtant sur l'instant ça me semblait presque normal
En tout cas, bravo aux finishers hfr, c'est loin d'être un marathon facile et vous avez pas à être déçu de vos pseudos fails, c'est toujours une belle perf que d'aller au bout.