#tagcr Ironman 70.3 Les Sables d'Olonne
J'ai pas mal hesite a ecrire ce CR entre l'option de faire un truc gentillet pour le topic ou decrire ce qu'il se passe vraiment dans ma vie de triathlete, quand bien meme ca depasse le perimetre du topic. J'ai finalement opte pour la 2eme option.
Contexte
Les Sables c'est mon tout premier 70.3 a l'epoque, mon meilleur souvenir de course. A l'epoque c'etait un sacre challenge pour moi, aujourd'hui ma montagne ca sera un full et les Sables c'etait la destination parfaite pour se tester, surtout que la residence secondaire est dans le coin. J'arrive donc sur epreuve avec un entrainement plus costaud que d'habitude et je me sens bien physiquement.
En revanche, la semaine qui precede est assez violente niveau boulot et en plus j'ai decide de faire un taper le plus leger possible pour maintenir de l'intensite. Le decalage de course au dernier moment a cause des elections legislatives n'est pas une bonne nouvelle. On roule une bonne partie de la nuit de jeudi pour arriver en vendee dans la matinee. Assemblage du velo, retrait des dossards, je remplis mes sacs T1/T2 en vitesse sur le parking et on procede au checkin. C'est vrai que ca devient de plus en plus facile avec le temps, on commence a faire sa routine sans trop reflechir et sans presque rien oublier.
Jour J
Reveil a 4h je crois, je veux manger 2h30 au moins avant la natation. C'est dur. Je me suis couche vers 23h30, plutot zen en mode "c'est cool, pour une fois je suis detendu avant une course". Que nenni, je dois rater ma vague de sommeil et ensuite je dors assez mal, je me vois me noyer pendant l'epreuve, je transpire tellement que je suis trempe dans mon lit. Premiere fois que ca m'arrive
Grand verre d'eau fraiche, grand cafe noir et tada la mission KK est un succes
Ca semble etonnament peu vu les quantites de bouffe ingurgitees pendant les dernieres 48h quand meme
On prend la voiture, on est a 45min de route de l'epreuve ma femme conduit, elle a un peu hesite a se lever avec moi mais voit mon etat de stress et prend pitie je pense. Elle me lache sur le parc a velo et va chercher une place pour se garer. Comme d'habitude c'est l'effervescence, j'aime bien ce moment. Tout va bien au niveau de mon velo, je fais le plein de mes bidons, un gros bruit d'explosion, BAAAMMM!!. Comme d'hab on a toujours un triathlete qui pense que c'est bien de mettre 10 bar dans ses pneus ou qui une CAA qui a 10 ans dans son pneu. Je m'apprete a quitter la zone quand je sens un appel, j'ai Tilk qui veut passer le Chappa'ai
Et il semble presse le bougre, queue interminable pour acceder aux toilettes sur zone, et evidemment quand je rentre dans la cabine: plus aucun rouleau de PQ. Puree, je me fais avoir a CHAQUE fois, jamais j'apprends de mes erreurs et c'est systematiquement dans ces moments la que je dois m'alleger de plusieurs kg il semblerait. Bref, on passera les details, heureusement qu'il y a plein d'arbres feuillus a la sortie de la transition
Natation
Il faut prendre le depart en fonction de son AG et pas de son temps a cause de la maree. Je suis dans la 3eme vague en partant des derniers, autant dire qu'on a le temps de voir le temps passer et les orages se pointer a l'horizon. Je suis bien, je me detends, ma femme est la et en pleine forme.
Top depart, j'adore cette haie d'honneur des spectateurs pour se mettre a l'eau, y'a que sur cette course que j'ai vu ca. Beaucoup se mettent a l'eau rapidement, je me rends compte que je marche/saute a la meme vitesse qu'eux donc je continue le plus loin possible. 400m a faire vers le large, l'eau a 17 s'engouffre dans la combinaison, premiere nage en eau vive de l'annee. Je pars en tachycardie directement, j'ai l'impression de respirer comme un hamster
Impossible de poser la nage, je suis pas bien et commence a faire une crise de panique. C'est destabilisant, je ventile, je me sens impuissant et je me dis que je vais DNF apres meme pas 10min d'epreuve. Tout ca pour ca...
Comme toute chose ca finit par se calmer mais tres tard, une fois que je suis bien entre dans le chenal. Je pose une nage vraiment tranquille et commence a doubler une quantite de brasseurs phenomenale sur le dernier tiers et tant mieux. Depuis que j'ai un nouvelle combi j'ai l'epaule qui souffre, et je fatigue vite par rapport a des sessions piscine. Je sors en 36min, c'est mauvais mais comme d'habitude donc osef. Je me suis surpris a aller quasiment tout droit sur mes trajectoires tout du long et j'etais plutot content pour une reprise.
T1
Transition qui se deroule sans accrocs, la nouvelle combi est un bonheur a enlever, je suis ma devise habituelle dans ces moments "hate toi lentement". En gros c'est pas la peine de tenter d'aller le plus vite possible car au final on perd du temps mais faut que tout s'enchaine.
Velo
C'est le grand test, arriverais-je a tenir 200W sur la course ? Best bike split m'annonce 2h38 et ca me semble tellement hors de portee. On reveille les jambes et on commence doucement, le debut du parcours fait perdre 5km dans des petites rues/routes, c'est pas pratique pour depasser. D'autant plus qu'entre ma vague de depart et ma perf' en natation je suis dans la bonne 2eme moitie voire dernier tiers. Le velo est en configuration XL pour tester le ravitaillement et voir comment je peux mixer ma bouteille "Calories" avec de l'eau que je prendrai sur les ravitos. Le seul soucis c'est que je n'ai aucune idee d'ou sont les ravitos. Je ne sais meme pas combien il y en a sur le parcours, au moins 2 je suppose.
On a un petit vent frais qui vient du Nord. Ca a son importance car debut juin j'ai pris des bouts des bouts de plastique pour me faire une roue pleine a l'arriere. Montage de gitan a base de serre-cables et scotch electricien, ca rajoute au moins 500g a l'arriere mais de loin ca rend bien. Mon dieu que c'est bon, mon dieu que ca change le comportement du velo!
Je l'avais bien vu en entrainement, c'est pas tant la vitesse gagnee mais la stabilite induite en vent de travers. A chaque rafale, le velo prend de la gite comme un bateau mais ne part pas 2m sur le cote de la route comme c'etait le cas avant.
Il y a ceci dit ces situations ou il y a un angle de vent particulier, effet placebo ou pas, ou je sens le velo plus leger, voire ou ca pousse. Une vraie reduction de la resistance au vent
Au bout de 30min ca commence a mouiller un peu, beaucoup, passionement, a la folie. On se prend un sacre orage sur la tronche
Avec le casque, la visiere, la position aero j'ai paradoxalement le visage bien sec et j'y vois clair. Je ne m'attendais pas a ca, le ventre est plutot bien protege aussi et ca ralenti le refroidissement. Les GP5000 sont miraculeux, au debut je faisais attention dans les virages et rapidement j'ai repris de l'angle comme sur du sec, ca decrochait jamais. Tellement l'oppose de Cascais l'annee derniere avec mes savonettes pourries.
En revanche mes freins patins sur jante carbone... comment dire...
Cette pellicule d'eau qui met presque 2 tours de roue pour s'evacuer ou rien ne se passe. Les mains qui se cramponnent au levier, et le mordant qui arrive d'un coup quand la piste de freinage seche, j'ai eu de belles frayeurs. La roue pleine trempee je ne connaissais pas non plus, c'est comme si j'avais un arrosoir qui se versait dans ma chaussure droite. Va envoyait de l'eau partout sur toute la surface du disque. Cette impression delicieuse d'avoir une eponge trempee dans mes chaussures a chaque coup de pedale
Avec ces betises je rate un ravito, je commence a avoir les doigts endoloris et ca devient galere de cliquer sur le bouton pour passer mes vitesses. Je sens que si ca continue ca va commencer a etre dangereux. Heureusement le vent finit par chasser les nuages et on peut secher un peu. Je continue a depasser des cyclistes dans tous les sens, au point que je ne suis quasiment que sur la voie de gauche sauf dans certaines montees. Je me sens vraiment bien mais je me rends compte qu'ayant eu froid, j'ai bu moins d'eau que prevu et... je rate le 2eme ravito. A ce moment je pense que c'est fini et qu'il faut commencer a me rationner. J'etais parti avec 1.8L de liquide au depart et pensait reprendre un bidon.
Pour tester des choses differentes, j'ai pris des bonbons afin d'avoir du solide, je pioche dans poche a foison, avec la pluie c'est comme essayer de saisir un poisson vivant. Ca glisse entre les doigts et c'est bien gelatineux.
Faut que je ratrappe le retard pris sous la pluie et plus je progresse, plus j'appuie et ca passe bien. Les derniers 30km se font a pres de 38km/h de moyenne, j'en reviens pas. Tout autour de moi ca pete dans tous les sens, et plus personne ne cherche a prendre ma roue alors que j'ai tracte plein de monde dans cette course.
Contrairement a la 1ere edition ou je pensais que toutes les distances etaient les memes sur toutes les epreuves
, je sais que le parcours fait 92km et je commence a faire mes calculs. Clairement ca sera du sub 2h38 sur le velo mais y'a peut etre une chance de faire sub 2h35. Je lache rien et je pousse. Derniere ligne droite, je dechausse, ca se passe mal. J'arrive a sortir maladroitement un pied, ma chaussure tape au sol, l'autre pied est presque libere mais pas assez. Donc impossible de le sortir de la chaussure (bouge pas assez) ou de decliper (bouge trop dans la chaussure)
Maladroitement, je manque d'eclater un arbitre sur la ligne, ma roue depasse de 15cm au moment ou je m'arrete. Elle me fait reculer et repasser la ligne
2h33 au chrono, 199W de NP. J'ai jamais sorti ca de ma vie, cette sensation de rouler sur l'epreuve, quasi 36km/h de moyenne et finir presque frais. A mon niveau c'est vraiment enorme et en etant parti dans les derniers, j'ai vraiment pousse tout seul sans opportunite de drafter. C'est peut etre ca qui motivait, j'avais toujours une cible a abattre devant moi pendant toute la course plutot que rouler au milieu d'un groupe qui a un moment devient homogene
Je suis parti d'un parc a velo desert, je reviens dans un parc a velo desert aussi
Strava, envoyez les likes car j'en suis fier:
https://www.strava.com/activities/11766073034
T2
Des annees que je mets une paire de chaussettes en rab "au cas ou" dans ce cas sans jamais les utiliser. Le bonheur de pouvoir se mettre les pieds au sec avant d'attaquer la cap, j'ai peut etre perdu 30s mais ca valait la peine je pense.
Run
bon... ma cible c'est 5'30 au km, j'arrive jamais a tenir dans la duree habituellement. L'inconvenient d'arriver en bonne position au velo c'est que je suis entoure de gens qui vont faire sub 1h40 sur la cap voire 1h30 plutot. Des les 1er pas je me fais doubler, pourtant je suis a 5'00 et faut que je ralentisse. Tres vite j'ai mal au bide. Overdose de bonbons ? Ou toujours ce fructose que je digere pas, je vais rester sur de la malto pour l'IM. Des le 1er ravito j'abdique et prends du coca. Les premiers 7km sont pas geniaux mais je tiens le rythme. Ca se finit quand meme dans un toilette pour
J'arrive en bout de boucle pour un 180 qui annonce le trajet retour. Les benevoles previennent qu'il faut faire attention, ca glisse. Ouais ouais c'est bon, c'est pas comme si on courrait a 20km/h. Je ralentis un peu et l'instant d'apres je fais un grand ecart. Je ne sais pas comment je fais pour ne pas tomber, ca secoue et je mets 2km a m'en remettre.
Les ravitos se poursuivent a base de coca et de St Yorre, rien de plus. Je me dis que je vais faire une fringalle a ce rythme et par bonne mesure je dois prendre un verre d'electrolytes
Plus de mal au bide mais des gaz dans tous les sens, je dois pouvoir alimenter le groupe electrogene d'un quartier entier. Lors d'une melodie particulierement enjouee, je me retourne vers la personne a cote de moi et m'excuse. "Pas de probleme mon gars, faut que ca sorte".
Mes parents sont la avec mon fils, c'est leur premiere course, je suis content de les voir. Dans le centre ville les supporters sont vraiment en forme, je rigole devant certaines pancartes "Cours aussi vite que t'es con!", "Cours plus vite champion et je te montre mes nichons". Un bon humour gras comme on les aime
De mon cote je suis un metronome a 5'20/km. Des que j'accelere j'ai un point de cote, pour le reste ca tient meme si je commence a en avoir un peu marre a un moment. La fin arrive, c'est sympa d'avoir fait une sorte de U dans une cuvette avec les spectateurs sur des gradins, ca permet de bien profiter, je suis bien, je fais mon sprint sur le tapis rouge, dommage qu'on soit 2 a se partager la gloire
Petit saut en passant sous l'arche. Il y a une video sympa a ce moment dans le strava.
C'est la que je decouvre mon temps, je voulais pas le regarder sur la montre pendant la course. L'objectif etait de faire sub 5h30, quand je me retourne je vois 5h14 sur l'ecran. J'en reviens pas.
https://www.strava.com/activities/11766072975
Tout le monde est la pour me feliciter, ma femme me saute dessus, on rejoint mes parents et mon fils apres. On se fait une bonne creperie derriere sous un autre orage alors que la moitie des concurrents est encore en train de courir. J'ai quand meme une bonne pensee entre 2 bouchees sur le full qui m'attend. Je me suis regale sur la distance aux Sables, j'etais dans le controle des le velo mais je sais que je vais morfler en faisant x2 partout en aout. Ca sera pas la meme histoire.
Bilan
C'est de tres loin mon meilleur 70.3 a ce jour, je bats mon PR de 30min sur la distance. Je fais une perf' a velo que j'aurai jamais imagine il y a quelques mois et c'etait un plaisir de pouvoir enfin utiliser le CLM en ayant le bon niveau pour la machine. Ca donne peut etre l'espoir de faire sub 5h, gratter 15min en CAP c'est largement dans les cordes en continuant l'entrainement.
La suite est moins rose, cette semaine en Vendee etait une sorte de parenthese familiale prevue depuis longtemps mais ephemere. Dans les 24h qui suivent le retour a Londres, les contrats sont lances aves nos avocats, la maison est mise sur le marche. En 10 jours on pose toutes les bases de notre separation et on avance.
Ma plus grosse fierte cette saison c'etait l'evolution du mental au niveau du sport, se faire vraiment mal dans l'entrainement, tenir grace au cerveau, progresser comme j'ai jamais progresse malgre tous les problemes que j'avais dans ma vie perso. Et la on est passe de la plannification a l'execution. L'effet non prevu c'est que mon mental s'est fait demolir. Je fais un micro burnout, quasiment toutes les nuits je dois changer mes draps tellement je transpire. Quand mes workouts sont durs, je plie, j'abdique et je n'ose imaginer de quelle facon je vais gravir la montagne Ironman qui m'attend. Ca fait 1 an que je me prepare, j'ai jamais ete aussi pres du but. Ce voyage, je devais le faire en famille, toute l'annee quand j'etais dans le dur j'ai visualise mon fils qui m'attendant pres du tapis rouge. Meme en ecrivant ces lignes j'ai des larmes qui me montent aux yeux. Dans un mois tout pile, je serai seul. Seul a faire mes valises, seul a me botter les fesses a 4h du mat' et seul sur le parcours. Tout ca pour le plus gros challenge de ma vie. On parle du blues post Ironman. Moi je l'ai deja, je sais que derriere le passage de l'arche, y'aura ma nouvelle vie et la garde alternee qui va demarrer pour mon fils. J'ai negocie ce dernier repit avec sa mere : me laisser finir ma prepa avant de faire sauter la grenade.
Voila, c'est pas facile. Ne vous detrompez-pas, je serai sur la ligne de depart. C'est un peu le seul truc qui me reste aujourd'hui. Il me faut un win a moi pour 2024, un truc positif dans cette annee. J'ai quelques petites victoires ces 2 dernieres semaines, j'ai rentre sans aucun probleme des sorties CAP de 2h45 et j'ai meme decide pour la 1ere fois de ma vie de me faire 4h30 de home trainer dimanche dernier pour me mettre dans la zone et tester le mental. C'est passe sans trop de probleme. C'est juste les WO intensifs a velo ou j'ai plus aucune energie.
J'ai donc pris la decision de me calmer sur mon entrainement, bien qu'etant cense etre en phase d'affutage maximale, j'ai reduit l'intensite pour essayer de sauver la sante. En 4 jours les metrics© sont revenues dans le vert. HRV
, RHR
et j'ai meme eu ma premiere nuit calme hier. C'est peut etre pour ca que j'ecris enfin mon CR
Message édité par Quenteagle le 18-07-2024 à 18:45:34