#CR BRM300 Roanne.
Samedi 24 mai.
https://www.openrunner.com/route-details/20120967
Salut à tous.
Après un premier 200 bornes terminé dans la joie et l'allégresse la souffrance psychologique et la douleur au cucul il y a deux mois, déjà à Roanne (voir CR précédent), mon cerveau maso a décidé de m'inscrire à cette étape supérieure. Ce fieffé bâtard.
Bon.
Comme la dernière fois: location d'un studio sur le week-end, arrivée le vendredi soir, achat de plein de bouffe à la boulangerie en prévision de la non-ouverture du lendemain matin, trop tôt, pâtes au pesto et parmesan, dodo, réveil réglé à 5h00 pour un départ de la rando à 6h00.
Préparation de l'évènement dans le respect des traditions: une sortie de 30 bornes la semaine précédente et du véloboulot à 4 fois la semaine (34 km 400D+ l'alller-retour) pendant 5 semaines. Autant dire que dalle, un joyeux désastre bien trop léger.
Comme prévu, je me suis dit que ça serait pas mal d'avoir une hygiène de vie acceptable au moins la semaine précédent le BRM, donc de faire de bonnes nuits. Bilan: 5/6h de sommeil au max chaque nuit en se couchant à des minuit ou des 1h du matin. Déglingué tous les jours, une fantastique réussite.
J'ai quand même sauvé la nuit du jeudi au vendredi: 9h de sommeil. Ouf, l'honneur est (presque) sauf.
Bref.
Nuit de merde, le frigo du studio fait un bruit de réacteur d'avion avec 20 ans de retard de maintenance toutes les heures, j'ai l'impression que ça m'a réveillé plein de fois mais j'avais la tête dans le fondement donc j'ai rien fait. Jusqu'à la révélation à 3h51 (c'est précis
) où une fugitive lucidité m'a fait éteindre ce tas de tuyaux de fréon défectueux. Enfin le silence.
Il reste une heure, ça sert à rien de re-dormir, je suis hs, grosse défaite contre les machines. Skynet a un boulevard si on ne peut même pas lutter contre une bécane froide de 20 ans d'âge.
Je glande, déglingue un pain aux raisins de la veille et me prépare puis file au départ à travers la ville endormie.
Une dizaine de participants, la petite carte à tamponner et la feuille de route, petit-dej' offert, j'emporte un pain au chocolatine, départ.
Il fait mi-nuit, léger brouillard près d'un canal, sympa. Veste et gants, c'est pas mal, je regrette le bonnet quelques minutes mais en fait ça réchauffe très vite, il aurait été superflu. Parfait habillement donc.
On quitte le canal après quelques kilomètres, route. On se dit qu'on verra d'autres canaux puisque la trace s'appelle "Au fil des 3 canaux". Spoiler alerte: que dalle, fallait noter le "au fil" comme mot important de la phrase.
J'ai branché le gps sur la batterie puisqu'il tient environ 12 heures et que ça va probablement durer plus. Au km 10 j'ai le message "perte d'alimentation externe qui s'affiche". Oups. Je regarde la batterie: elle clignote dans tous les sens, la signification est marquée dessus: flash LED 1-4: error, stop using the battery.
Bon, bah super, faudra finir à la feuille de route en territoire complètement inconnu.
Va te faire cuire le cul.
Ca rime
.
Aller, osef on verra bien, c'est dans 250 bornes.
Le brouillard se lève vite, je prends une photo et me retrouve donc seul immédiatement.
La trace déroule sur de petites routes mais je vois d'un coup une piste cyclable à quelques mètres qui semble longer l'itinéraire, je tente le coup: Jannie Longo ! Piste toute neuve, la trace n'est pas à jour ou ne veut pas se chopper les fameux stops tous les 200 mètres avec barrières à chaque intersection de... champs. Une tradition locale que j'ai déjà expérimentée lors de l'épisode précédent. Le lire.
Ces gens sont fous.
Bref, alternance de pistes non tracées, ça roule pas mal au moins y'a pas de voitures. Je rattrape un autre randonneur sur une de ces pistes, il a tenté un saut sur buisson pour en sortir puisqu'on varie de la trace mais en fait c'est tout bon, on est en parallèle. Les quelques kilomètres de pistes s'arrêtent, routes jusqu'à la fin. On ne se quittera qu'au km 90 en racontant nos vies.
J'ai jamais roulé plus de quelques km avec quelqu'un, c'est bien parce qu'on cause à deux de front, le mec est super cool, j'avance probablement plus vite que seul, intéressant. Trucs relous: on doit se retourner souvent et se rabattre pour laisser passer les caisses et je ne m'arrête plus pour prendre des photos. Donc y'en a quasiment plus après ça.
On rattrape plusieurs fois un autre collègue qui fait des pauses régulières puis nous repasse, rigolo. Vers le km 60 le collègue commence gentiment à me larguer dans les mini-descentes, mon gravel n'a pas la même roulance que son route. Puis dans les mini-montées, mes cuisses n'ont pas la même puissance que les siennes.
Il m'attend quand même. J'avais prévenu qu'il était sympa.
Je lui dit quand même de ne pas hésiter à me larguer, traîner un boulot sur 300 bornes c'est pas super plaisant. Il expose son plan: pause vers 11h30 aux alentours du km 100 pour bouffer puis au 200 puis finish. Je valide le premier arrêt théorique.
Premier pointage vers le km 70 un truc du genre, tampon dans un bar avec un sirop de grenadine express. On retrouve quasi tout le gang de cyclistes. Pas le temps de niaiser, mangeage de la chocolapain au chocolat, banane, hop en selle.
A force de rouler 20 puis 30 puis 50 mètres devant, je perds le frérot. On est aux alentours du km 90. Salut coupaing.
C'est le moment où les côtes commencent, pas de gros cols mais ça alterne les montées et les descentes, je mouline tranquille, j'approche du km100, je pense trouver le poto en train de bouffer au détour d'un virage. La fringale me guette, je commence à avoir les crocs, faudrait que je me trouve un coin peinard avec un muret et de l'ombre, y'a rien pendant presque dix bornes: une route avec deux voies, des bords de champs, rien pour se poser, incroyable.
A une intersection je croise un Raymond de 55-60 piges qui s'arrête et me hèle: "bonjour, vous faites de la longue distance ? - heu oui un 300. -Hein, quoi, vous êtes en train de faire un 300 km là ? Franchement bravo, c'est incroyable ce que vous faîtes, etc...". j'm'arrête et lui tiens la jambe 5 minutes, il me félicite à chaque phrase. Super sympa mais j'ai pas trop envie de lui dire que je suis un gros imposteur et que c'est la troisième fois de ma vie que je dépasse les 50 bornes en mode touriste.
Il m'a bien motivé, big up à lui.
Après du dénivelé chiant j'atteins finalement une ville, plein de boutiques mais j'ai à bouffer, je trouve un banc à l'ombre, et enfile une quiche au jambon, une banane et un croc dans une part de pizza.
Je croise un cyclotouriste qui va au repas du samedi dans la famille à vélo, un truc genre 50 ou 70 bornes de ce que je comprends, il est admiratif de ma distance, moi toujours un peu gêné.
On discute un peu il me conseille sa selle, une Brooks en cuir. J'avoue j'en ai entendu parler, il me dit que c'est incroyable, faut que je me renseigne. "Par contre, ça donne un look pas dingue au vélo".
T'as vu mon look frérot ?
GRVL520 de 4 ans, jamais lavé, pneus d'origine avec vachement peu de crampons au centre, gourdes bleu sale, porte bagage, garde-boues dont l'avant coupé parce que ça ne passait pas le passage de roue, sacoche de cadre noire, survet' de foot d'il y a 20 ans, chaussures de rando basses, maillot manche longues flottant anti-UV bleu électrique, mitaines orange D4, casque d'il y a dix ans, gilet jaune trop grand désaxé et sac à dos qui s'ouvre en deux ça fait des sacoches.
Je crois pas qu'une selle en cuir me fasse perdre des points de sexe, hein.
On rigole puis on se souhaite bonne chance mutuelle.
Sortie de ville, le km 100 est passé, ça enchaîne les faux plats montants et descendants puis le col de la journée, 400 mètres. J'en chie quand même. Mon vieux GPS ne me donne que les dizaines de KM au delà de 100 restants, donc le segment 20 reste affiché pendant une éternité, j'en vois pas la fin j'avance que dalle.
A la descente mon copain me rattrape.
Il s'est arrêté dans une crèperie ne trouvant pas de boulangerie dans la même ville que moi, donc ça lui a pris plus de temps.
Au km 140, Saint Honoré Les Bains, pointage n°2.
On s'arrête dans un salon de thé, maman, y'a un gros crumble sur le comptoir.
On en prend une part, y'a une boule vanille avec.
Meilleure motivation jamais.
Les gérants ne connaissent pas les BRM mais signent quand même, ils sont eux aussi admiratifs. Arrêtez, on va finir par rougir, là.
On se casse et je perds mon pote pour toujours, adieu ami du jour, ravi de t'avoir connu, c'était sympa.
Je passe la moitié, j'en ai marre. La petite phrase suivante me revient sans arrêt en tête: "putain si je faisais un 200 il resterait que 50 bornes, là y'en a 150". Bah ouais, c'est pas fini.
Peu de souvenirs sur la suite si ce n'est que je m'arrête comme un truand toutes les 15 minutes avec un prétexte un peu bidon. J'ai mal un peu au cul et c'est tout, mais surtout ras-le-bol.
Dans les arrêts je tente un supermarché B!ien ici ou un truc du genre pour mes soucis électriques, y'a du câble USB, de l'ordi, mais pas de batterie. Vous ne servez à rien !
15 km plus loin un Intermarché en aura plusieurs modèles, mon GPS est sauvé de la fringale. Allez chez Intermarché, je fais de la pub gratuite pendant un mois.
Au passage je choppe un litre d'Oasis tropical et des M&M's. Est-ce qu'on est à un kilo près dans les sacoches ? Je ne pense pas.
Bon, rien de palpitant sur ce passage, je me souviens du km 234, troisième pointage, hôtel où je retrouve deux cyclistes de la rando à une table. J'entre en conquérant dans le bar en demandant un coca et une terrine comme indiqué sur le panneau à l'entrée. Sauf que j'ai lu à travers, c'est que le matin pour la terrine et il est 18h10, la patronne ne comprends pas, moi non plus j'entrave rien, fatigue probablement, elle en parle à son mari cuistot qui ne comprend pas non plus et enfin je pige ma méprise, me confonds en excuses et demande juste le coca. Le mec insiste pour me faire les tartines, moi j'insiste pour qu'il ne les fasse pas, c'est ma faute j'ai mal lu je ne veux pas être le client chiant, pitié.
Il me les fait finalement, super sympa, trois bouts de pâté, trois tartines, trois cornichons que je défonce très respectueusement et avec une classe certaine que Georges Abitbol ne renierait pas.
On cause vite fait, les gens sont tous gentils aujourd'hui. Est-ce la magie des BRM ? Non quand même pas, il y a les connards de la route pour nous rappeler que la vie c'est quand même globalement de la merde. Merci à eux pour cet instant de lucidité salvateur.
Les collègues se taillent, je pars 5 minutes après pour les ultimes montées de la journée. Je les rattrape 10 minutes plus tard et suis plus fort sur l'instant mais décide de rester derrière, le deuxième mec est en difficulté, je ne veux pas lui baiser le moral. Bonne option, 10 bornes plus tard ils retracent, je pause pipi, banane et fin de pizza.
Je navigue à nouveau seul, comptant chaque kilomètre, je me demande ce que je fous là, j'alterne les positions de mains sur le guidon, la danseuse, le debout dans les mini descentes, j'en peux plus mentalement, j'ai qu'une envie c'est de rentrer et de glander 25 ans sans bouger de mon canapé. Bizarrement je ne suis pas trop fatigué, c'est plutôt de l'inconfort permanent et j'en ai marre de souffrir.
Bref, à 40 bornes de l'arrivée je redouble les deux lascars arrêtés sur un banc, l'un des deux a les jambes en l'air, je crois qu'il en chie, mais je les vois tard et je suis moyennement lucide, ils ne me voient pas et je suis déjà passé.
Ca sent bon la fin, je jette mes forces, c'est tout plat, je bombarde (oui à ce moment 24 km/h c'est bombarder
)
J'arrive sur la dernière portion, canal de 14 km, même fin que sur le 200 km, je suis dans mon jardin mais c'est long quand même, il fait nuit, j'ai mes lampes, c'est interminable, tous les 500 mètres la piste le long du canal se bouffe un pont, faut monter de 10 mètres et redescendre, j'en peux plus. Le GPS m'indique les centaines de mètres, je les ai TOUTES vues. Au moins un million de ponts. Facile.
Arrivée à Roanne, entrée dans la salle des fêtes. TERMINE.
Petit repas, validation du BRM, causage, les deux rescapés arrivent 10 minutes après moi, bravo les gars.
J'ai qu'une envie c'est de prendre une douche, de manger encore, je remercie tout le monde et ne traîne pas, retour au studio.
Bilan: 16 heures tout rond, soit 6h-22h, dont 14h30 de vélo. Satisfait d'avoir terminé, pas sûr de faire plus un jour, on verra bien. J'ai moyennement observé le paysage et j'en ai eu marre un peu après la moitié. Mitigé donc. Mais content quand même. Bref dur à définir.
C'est plus un défi mental que physique dans mon cas, je sens que mon corps pourrait plus. Mon cerveau réfute catégoriquement cette affirmation.
Je mange un sandwich qu'il me restait, des pâtes au pesto et la dernière survivante de la famille banane, rideau.
Le lendemain matin, direction la gare de Roanne, le posage de cul sur la selle pour 2 km est un supplice total, j'appréhende les 15 bornes 400D+ à faire à l'arrivée pour rentrer après les 4 heures de train.
Le voyage se déroule sans encombres.
Au final, après quelques centaines de mètres le derche est insensible, la rentrée se fait peinard, route la plus directe et roule. Arrivée, canapé, douche, bouffe et bouffe. Terminé, boulot le lendemain, au dodo.
Pas sûr d'avoir mangé assez, j'ai mangé 4 viennoiseries, 5 bananes, une petite quiche au jambon, une part de pizza au jambon, un crumble et sa bouliche, trois tranches de pâté cornichon et bu un demi litre d'Oasis. Mais j'avais pas plus faim. Faudra que je m'alimente d'avantage à mon avis.
Merci d'avoir le ce pavé indigeste, si jamais ça peut motiver d'autres touristes comme moi, ce sera parfait. Bisous à tous.
Pour Corran Horn, spéciale dédicace: