docmaboul a écrit :
Oula, ce n'était pas un diagnostic mais si vous voulez, on peut en établir un.
Regardez l'ami WW et sa phrase, si symptomatique à mes yeux: Si tu ne sais pas te modérer il est normal que quelqu'un le fasse pour toi ! Si on peut comprendre la modération comme une juste mesure, il faut ici entendre ce terme en tant que synonyme du mot policer: "si tu ne sais pas être à toi-même ta propre police, il est normal que la police s'occupe de ton cas". Cela témoigne de toute une éducation où le maître mot est l'auto-flicage, où l'animal humain est dressé via ce biais. Cette "éducation" vient elle-même de cette idée à la fois si fabuleuse et à la fois si laide qu'est l'Etat. L'Etat, ce n'est pas le gouvernement, ce n'est pas les hommes politique, ce n'est même pas un système ou une institution; c'est à la fois bien plus et bien moins que tout cela: l'état, ce n'est qu'une idée, un concept, une abstraction, diffuse et pérenne. Cette idée s'étend en chacun de ces hommes. Dans leur être, l'état régente tout, que ce soit dans leur vie publique que dans leur vie privée. Bien sûr, l'état n'est à l'origine qu'un artifice visant à assurer la domination d'une caste, une sorte d'alibi au pouvoir, d'alibi à ceux qui luttent pour l'obtenir et qui parviennent un jour à avoir la compétence pour dicter leur loi. En somme, l'état est une mystification, une comédie si bien jouée que certains, beaucoup, s'y méprennent eux-mêmes. Les hommes qui vivent sous la coupe d'une telle idée ne peuvent devenir, dans leur grande majorité, que des êtres médiocres, mesquins, vils, humbles, toujours prêt à s'aplatir dès que l'autorité pointe le bout de son nez et qui en appellent eux-mêmes à ce schéma pour reconnaître une autorité (via des "qui es-tu", ce qui tombe bien puisque je suis deux fois ingénieur d'Etat ). L'animal humain est un animal grégaire, un animal de troupeau, et dans tout troupeau, on assiste à des synchronisations. Celles-ci induisent une normalité et une cohérence d'ensemble sans quoi le troupeau sombrerait bien vite dans le chaos. En France, cette mécanique a été poussée et sublimée à un tel point que les hommes en sont devenus génériques. Ils croient vivre à une époque d'individualisme alors qu'être un individu à part entière, un homme, l'antithèse d'un animal de troupeau, y est presque quelque chose d'interdit. Comme le remarquait déjà C.G. Jung, entraver l'individuation revient à estropier, à mutiler et à amoindrir. Ce réflexe d'en appeler à la police, que ce soit sur un forum ou dans la vie de tous les jours, est un symptôme caractéristique d'impuissance. Que l'on fonctionne autrement, que l'on soit suffisamment sauvage et libre pour se passer de l'état et de la police: voilà un crime de lèse-troupeau Faudrait-il s'étonner qu'ils nous disent de toutes les manières possible que nous lésons leur troupeau? C'est-à-dire que nous les lésons? Non, bien sûr, puisqu'ils sont eux-mêmes des lésions, des plaies, des infirmités vivantes. C'est de là et d'un désir de vengeance bien compréhensible se doublant d'une jalousie refoulée que vient "leur" idée que nous ne pourrions vivre sans leur état: parce qu'eux ne pourraient vivre sans lui (tout du moins se l'imaginent-ils). Nécessairement, n'étant pas des individus à part entière, ils projettent sur nous leur propre fonctionnement.
Nos visions se rejoignent parfaitement sur ces points
Ces discussions sur la Corse incarnent à mes yeux la lutte sans merci qui se joue contre tout ce qui est fier et marche sur deux jambes, la lutte de l'animal humain contre l'homme. L'inimitié d'une bonne part des français à propos des corses et de la Corse vient d'une incompatibilité de nature. Ils voudraient nous voir à leur image: geignards, policés, mesquins, tristes et égaux, moutons, inoffensifs et dans le rang, bref: dans le troupeau Ils voudraient voir le peuple corse détruit de la même manière que le peuple français s'est détruit et à mon grand regret, ils sont en passe de triompher: l'Etat a le temps pour lui et ce n'est qu'une question de quelques dizaines d'années ou, au mieux, d'un ou deux siècles. Alors les lois de l'Etat auront détruit les lois du peuple, les lois des coutumes et des traditions, la culture corse sera dans le même état de délabrement que l'est la culture française. Les corses seront aussi fous et malades que les français, perdront de vue leur intérêt, voudront eux-aussi le pouvoir et aimeront l'état, bref, deviendront des impuissants stériles, des animaux humains domestiques et domestiqués. Dans le fond, le nationalisme est un signe de cette dégénérescence, de cette contamination. Vinceremu? J'en doute très fortement...
Pour ma part, je parlerais d'une opposition de culture, entre ceux qui savent pour le vivre que l'état, ou la république selon le terme consacré, n'est pas l'alpha ou l'oméga de toute chose, et ceux qui ne sauraient concevoir qu'un monde où tout est réglé par une autorité extérieure, ou chaque geste quotidien est soumis à réglementation, où un forum devient un "espace de liberté" où doivent se reproduire à l'identique les peurs, les immobilismes et les lâchetés qu'ils attendent de voir résolus par l'état dans leur vie quotidienne, et se perpétuer les réflexes de condamanatioon "par principe" qui régissent. Que ces deux cultures entraînent des comportements antinomiques n'est pas spécialement surprenant. Que l'une d'entre elles implique l'abandon du libre-arbitre est dramatique.
Quant aux doutes, au pessimisme et au caractère désabusé de vos questions, ils sont à mon sens consubstantiels d'une culture où rien ne baigne dans l'optimisme béat garanti par l'état.
Il ne s'agit pas de dénoncer béatement "l'état colonial" mais ces mensonges outranciers qui veulent que l'Etat incarne le peuple et la civilisation alors qu'en réalité, l'Etat incarne la mort des peuples et la mort des civilisations.
Raison d'état: une des meilleures appellations jamais trouvées pour légitimer les pires saloperies commises par l'homme. Reste le rapport de force économique, politique ou militaire, qui impose de traiter ou composer avec un état, voie en pratiquent une sorte de judo législatif qui utilise ses règles
Succinctement, voilà mon diagnostic.
Piombu!
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