applecherry a écrit :
Suite aux discussions sur "se mettre à son compte" : Attention, c'est difficile de vivre décemment du travail du bois en étant à son compte. De ce que j'ai pu observer il y a différents axes qui marchent plus ou moins bien :
-Menuisier Agenceur (cuisine, dressing, bibliothèque, boutiques, bureaux...) : il y a un réel marché, pas difficile de signer assez rapidement des contrats à 2k€,5k€, 10k€ si tu est sérieux et prêt à mouiller le maillot de façon continue et permanente (et que tu as 1 ou 2 projets à montrer quand même). Sans doute la façon la plus facile de s'en sortir financièrement en travaillant le "bois", par contre c'est un métier "dur" (toujours en train de transporter des panneaux, du matos, courir partout, chez le client rien ne se passe jamais comme prévu, difficile de capitaliser sur le travail fait d'une fois sur l'autre si ce n'est en affinant ses techniques pour être plus efficace la fois suivante et donc pas mal de "galère", de logistique chiante, et d'heures à couper des rectangles à la scie sous table...mais qui paye (comme pas mal de corps d'état dans le bâtiment...). Si tu te fais connaître pour bosser sérieusement et faire du taff bien fini, tu peux vite aller taper des clients plus haut de gamme et des chantiers plus importants mais il faudra te faire aider (embaucher 2-3 personnes et tout le surplus de taff et de galère qui vont avec)
-Menuisier ébéniste "de village" : L'image du menuisier à l'ancienne l'atelier plein de copeaux que tu viens voir pour réparer un pied de chaise, fabriquer une armoire, ou recouper un morceau de bois dont tu as besoin pour je ne sais quoi, bref des demandes ultra spécifiques, rarement avec le budget qui va avec. Le rêve de beaucoup qui se reconvertissent mais à mon sens la position la plus difficile à rendre viable. Comme toujours si tu es très très très doué (humainement, commercialement, techniquement ET esthétiquement) tu peux t'en sortir, mais dans 99% des cas, en étant bon et consciencieux je pense que tu peux espérer 1000€ de CA mensuel max donc quand on rajoute charges et autres, il reste pas grand chose. Si tu es proprio et que tu sais faire avec peu, ça peut le faire, et il y a quand même une certaine liberté qui va avec, avec le luxe de bosser dans ton atelier pépère et de prendre les projets qui t'intéressent.
-Ébéniste "designer" : L'ébéniste qui essaye de vendre ses créations (ce que j'ai tenté de faire pendant longtemps, le modèle qui me plaisait le plus). Si tu es doué en travail du bois et en photo/video/réseaux sociaux, tu pourras vivoter en te faisant connaître un peu et en faisant les marchés/foires/salons, j'imagine, mais pareil, ça me semble compliquer de dépasser les 1000€ de CA mensuels à moins d'être un killer du marketing (Ariele Alasko) ou un Ishitani. Je dirais que moins d'1% de ceux qui sont sur ce créneau là en tirent un revenu décent. -Artisan d'art : Un marché que je connais mal, qui correspond à de l'ébénisterie haut-de-gamme, habillée du discours un peu bullshit propre au monde de l'art, et du bon réseau pour se faire connaître et trouver les clients qui peuvent se payer des pièces d'exception. Au doigt mouillé je dirais que c'est une niche dans laquelle il est difficile de rentrer et aux issues trop incertaines pour qu'il soit raisonnable d'envisager cette option à moins d'être un fanatique de l'ébénisterie (au sens passionné ++++++++) ou d'avoir grandi dans une famille aristocratique.
-Négociant en bois/panneaux de bois. Je pense que là dessus il y a du business à faire, Un bon 70% de ceux avec qui j'interagis sont des bras cassés totaux, en plus de n'avoir aucun sens commercial (désagréables au téléphone bien souvent), avec des sites internet datant des années 50 et zéro optimisation... et pourtant...ils tournent. La seule barrière à l'entrée, un capital important (500k, 1M€ au doigt mouillé pour lancer ce genre de boites avec une taille suffisante pour faire du volume... pas sur que les banques investissent sur ce genre de projets)
-Startup nation : Mono-produit en mode Vente directe (sans passer par de la distribution dont les marges sont souvent rédhibitoires) appelé aussi DNVB) avec une forte composante marketing et stratégie digitale, techniques de ventes 2.0, partenariats influenceurs et tutti quanti, tout en cherchant à surfer sur les vagues et les modes : C'est plus ou moins la route qu'on a emprunté (pas forcément par conviction, mais plus par tâtonnement de ce qui marche/marche pas). Pas facile non plus, à force d'efforts acharnés et d'un lonnnng démarrage sans se payer, on arrive à tirer des smics pour 3 employés (dont mon associé et moi) et 3 alternants aux salaires subventionnés par l'état, on y croit encore, on a envoyé des Pegboards chez Google à Mountain View, on a refait les nouveaux bureaux de BIC, le bouche à oreilles commence à se mettre en place, mais ce n'était pas un long fleuve tranquille comme ceux qui suivent le projet depuis le début du début du topic Make le savent
-Menuisier Youtubeur Idem, lancer aujourd'hui une chaîne Youtube qui marche suffisamment pour en tirer des revenus demande des efforts et des sacrifices conséquents (AMHA), du talent en création audiovisuelle, et sans doute une part de chance aussi (que le contenu parle à un public "large" ). Je pense aussi que le Youtube Game évolue vite et qu'une chaîne peut cartonner un moment avant de s'arrêter brutalement, mais ce n'est qu'une supputation.
Bref, pas de méthode miracle Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas essayer. C'est des aventures qui seront toujours chouette à vivre et sans doute formatrices, et il reste sans doute encore des niches à trouver. Cela étant dit, le CSP+ qui quitte son boulot pour se lancer dans l'artisanat découvre généralement une réalité difficile derrière la douce idée du retour à la matière et aux métiers manuels, car le business ne pardonne pas ni ne fait de cadeaux, et les consommateurs qui sont prêts à payer (beaucoup) plus cher pour une démarche artisanale avec un niveau de qualité pas forcément meilleur que ce que peut proposer l'industrie, restent et resteront rares.
/My2cents
|