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Auteur Sujet :

Ecrire un livre : vos romans amateurs (Màj du 1er post)

n°55132491
MasonAge
Posté le 30-11-2018 à 07:11:58  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
le PC y est pour quelquechose  :??:  
M'intéresse de savoir ce qui te dérange dans ta reprise de textes : l'écriture sur un PC en général ou ton PC en particulier ?
 
Et sinon bravo à yourtlh.

mood
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Posté le 30-11-2018 à 07:11:58  profilanswer
 

n°55142352
biezdomny
MONSTERS DO NOT EAT QUICHE!
Posté le 01-12-2018 à 01:55:15  profilanswer
 

MasonAge a écrit :

le PC y est pour quelquechose  :??:
M'intéresse de savoir ce qui te dérange dans ta reprise de textes : l'écriture sur un PC en général ou ton PC en particulier ?

 

Et sinon bravo à yourtlh.

 

Mon PC est bien et en théorie c'est optimisé (j'ai un bon clavier méca et j'ai fait la bascule en bépo depuis longtemps donc je tape sans regarder mes doigts, etc.), j'ai plus de mal avec la relecture/correction sur PC en général. Par exemple, à chaque fois que j'ai fait un long mémoire ces dernières années, à un moment donné il a fallu que je l'imprime pour le relire sur papier. Il n'y a que comme ça que j'ai vraiment l'impression d'avancer, que je vois les structures, l'équilibre entre les parties du texte, etc. Je n'arrive pas à me situer et à me retrouver dans un texte sur PC, j'ai besoin de feuilleter des pages.

 

Je lis parfois sur écran (notamment de vieux romans qui sont dans le domaine public) mais je préfère toujours lire sur papier, pour le même genre de raisons.

Message cité 1 fois
Message édité par biezdomny le 01-12-2018 à 01:55:58

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Expos et muséesÉgyptologie (stupid sexy Jean-François Champollion) — team bépo
n°55142947
MasonAge
Posté le 01-12-2018 à 09:40:29  profilanswer
 

J'ai essayé le passage au bépo, mais je trouve que ça a quelques inconvénients...
 
Pareil que toi, sinon : autant je trouve que la recherche, chercher un passage, un morceau de texte est incomparablement plus pratique avec du numérique, autant je ne suis jamais vraiment devenu utilisateur de la liseuse que l'on m'a offert
"toi qui lis beaucoup, ça te fera gagner de l'espace"... j'ai vraiment besoin du contact avec le papier même si c'est vrai qu'à force d'accumuler des bouquins ça prend beaucoup de place  :sweat:

n°55144219
Uchinaa
Posté le 01-12-2018 à 12:33:40  profilanswer
 

biezdomny a écrit :

à un moment donné il a fallu que je l'imprime pour le relire sur papier.  


 
Ca doit venir de la façon dont on a été éduqué en matière de lecture/écriture. Pareil, mon mémoire a été corrigé sur écran puis imprimé et là tu vois encore des trucs énormes  :D  
 
Je me débarrasse sans regret de pleins de livres au profit de la liseuse  :love:

n°55144295
k_raf
Totally nuts!
Posté le 01-12-2018 à 12:40:43  profilanswer
 

Itou

n°55144591
biezdomny
MONSTERS DO NOT EAT QUICHE!
Posté le 01-12-2018 à 13:10:58  profilanswer
 

Je continue d'accumuler des livres, pour ma part. Là il y a des piles partout, surtout que j'ai sorti/acheté/récupéré plein de trucs pour les révisions, il y a des boîtes d'archives de cours et des livres plein de marque-pages partout, j'enjambe des livres pour aller m'asseoir à mon bureau et pour en sortir, et je ne sais ab-so-lu-ment pas où je vais ranger plusieurs des piles qui traînent [:transparency]

 

Hier, j'ai fini un job, on a fait un pot, on m'a offert deux livres :o

 

D'ailleurs, je vais avoir du temps là (pour la première fois depuis très longtemps !), je vais essayer de le mettre à profit pour écrire un peu.


Message édité par biezdomny le 01-12-2018 à 13:11:44

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Expos et muséesÉgyptologie (stupid sexy Jean-François Champollion) — team bépo
n°55144957
k_raf
Totally nuts!
Posté le 01-12-2018 à 13:47:29  profilanswer
 

En publication "suggérée" sur mon fb :
https://reho.st/self/e034a6bd071748237b36f1d3dc1cfd5c24873e71.png

 
Spoiler :

Dans les commentaires :
https://i.imgur.com/wovSdyC.png

 

3700 boules [:paul de saint-balby:4]


Message édité par k_raf le 01-12-2018 à 13:49:17
n°55145278
Uchinaa
Posté le 01-12-2018 à 14:18:53  profilanswer
 

C'est quoi le truc du quart de la production fr ? Ca me semble complètement bidon comme chiffre.

n°55145462
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 01-12-2018 à 14:43:20  profilanswer
 

quand on a du talent, on a du talent, sinon on élève des poules.

n°55152006
BoraBora
Dilettante
Posté le 02-12-2018 à 01:31:01  profilanswer
 

Uchinaa a écrit :

C'est quoi le truc du quart de la production fr ? Ca me semble complètement bidon comme chiffre.


Sur les ~400 romans français de la rentrée de septembre (traduction : en comptant uniquement ceux d'éditeurs qui peuvent éventuellement négocier un prix littéraire), 1/4 sont des premiers romans. Le chiffre est sans doute exact, Livre Hebdo est une revue professionnelle sérieuse. Par contre, comme argument marketing pour vendre des formations à la con...  :whistle:
 
J'adore leur site, cela dit, chaque page est une source d'hilarité.  :love: Et les photos, ah les photos !
 
https://esprit-livre.com/wa_images/depositphotos_40551119_original.jpg?v=1cpd52o


---------------
Qui peut le moins peut le moins.
mood
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Posté le 02-12-2018 à 01:31:01  profilanswer
 

n°55152354
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 02-12-2018 à 07:42:35  profilanswer
 

Brad Pitt fait ses comptes  :lol:

n°55152837
MasonAge
Posté le 02-12-2018 à 10:02:46  profilanswer
 

"cher journal intime... ça y est j'ai de la barbe !
 
Pour fêter l'évènement, j'ai dispersé plein de livres aux pages blanches sur le bureau et me suis assis comme l'actrice vue dans le porno hier dans la position la plus inconfortable pour te l'écrire"


Message édité par MasonAge le 02-12-2018 à 11:13:52
n°55154060
Uchinaa
Posté le 02-12-2018 à 12:29:20  profilanswer
 

BoraBora a écrit :


Sur les ~400 romans français de la rentrée de septembre (traduction : en comptant uniquement ceux d'éditeurs qui peuvent éventuellement négocier un prix littéraire), 1/4 sont des premiers romans. Le chiffre est sans doute exact, Livre Hebdo est une revue professionnelle sérieuse. Par contre, comme argument marketing pour vendre des formations à la con...  :whistle:
 
J'adore leur site, cela dit, chaque page est une source d'hilarité.  :love: Et les photos, ah les photos !
 
https://esprit-livre.com/wa_images/ [...] ?v=1cpd52o


 
Ha ok, je tiquais sur les "400 nouveautés". Si on choisit ses éditeurs évidemment  :D

n°55154196
elixir15
Posté le 02-12-2018 à 12:39:58  profilanswer
 

yourtlh a écrit :

Allez, pour faire une pause dans ce Nano éprouvant, je vous mets mon dernier texte terminé, une nouvelle à la première personne avec des chats, des vieux et des camionnetes de surveillance. Elle date de l'année dernière.  
Retours bienvenues (pas obligé de parler du "j'unsiste" planqué au miieu du texte, c'est une vieille version avec plein de fautes recuperée au détour d'un mail, et j'ai la flemme de revenir dessus :o)
 
Version complète ici (pdf)
 
Ça Vous Tombe Dessus Par Hasard
 
Je suis allé enterrer mon chat ce matin, dans les bois qui entourent mon quartier. Il est tombé dans les escaliers et s'est rompu le cou. Étonnant hein ? Faut croire qu'un chat, ça ne retombe pas tout le temps sur ses pattes.
Il était là à se pavaner sur la moquette, queue en l'air comme un périscope, et d'un coup il a disparu. J'ai vu la chute. On aurait dit une vieille poupée de chiffon. Quand il a atterri en bas des marches, il a glissé sur le carrelage et s'est cogné contre le radiateur avec un bruit mou, plom, et il n'a plus bougé du tout.
Je l'aimais bien, le matou, sauf qu'il pissait partout dans la baraque, et surtout là où j'avais l'habitude de poser ma tête. Sur l'oreiller de mon lit, sur le canapé, sur ma serviette de bain. Vous connaissez cette odeur ? C'est insupportable. Un truc qui pue l’hôpital et les médicaments. Au moins, un clébard, ça attends qu'on le promène, où alors ça hurle à la mort, il me semble. Mais ça agit pas façon Roi des Faux-Culs. Si ?  
Peut-être qu'il m'aimait pas, voilà tout.
 
La vieille Sanezzi m'a vu quand je suis sorti de chez moi, le sac à dos sur les épaules avec dedans mes outils et le chat, enroulé dans un sac en plastique de supermarché. Elle était assise sur sa chaise de jardin avec un journal ouvert à la page des mots croisés devant elle. Je savais qu'elle serait là: il était bientôt onze heures, et onze heures, c'est l'heure des mots croisés dans le jardin pour la Sanezzi. Réglée comme du papier à musique, la vieille italienne.
D'ailleurs, j'insiste sur vieille. Elle doit avoir cent ans. Sa tête est juste une boule ridée, pleine de veines et de plis, et brillante comme du cuir. J'habite ici depuis trois ans, et elle n'a pas changé du tout. J'ai l'impression qu'à partir d'un certain âge, les gens ne vieillissent plus. Simplement, un jour, ils meurent. Et la vieille italienne, elle prend tout son temps, le cul sur sa chaise.
 
Je l'ai saluée, comme tout les jours, et elle a hoché la tête, comme tout les jours. Je l'aime bien, ma voisine. C'est rare les vieux qui disent bonjour. Elle m'a demandé (avec un accent aussi épais que son nez) ce que je faisais dehors, et je lui ai répondu que j'allais faire des courses, et est-ce qu'elle voulait que je lui ramène quelque chose ? Grazie, qu'elle a répondu, mais je n'ai besoin de rien. Ça aussi, je le savais : on était mardi, et elle était allé faire ses emplettes la veille au supermarché à l'entrée du quartier, près du rond-point. Toujours la même chose : du jambon en tranche, des haricots en boite, un kilo d'oranges, et aussi de cette saloperie de thé anglais qui me rend malade les matins où la ventilation à décidé de plus fonctionner entre nos appartements. Ces jours là, j'ai une énorme envie de lui enfoncer son Earl Grey tout au fond de la gorge, et d'y rajouter de l'eau bouillante.  
 
Mais bien sûr, je ne le fais pas. On suit les règles : Sourire, mesure, pas crier. Parce qu'en vérité, ils me surveillent encore. Ils le font moins qu'avant, mais je sais qu'ils me lâchent pas. Ils se cachent derrière les vitres teintées de leurs grosses bagnoles et parlent dans leurs oreillettes. J'ai gardé le sourire et mesuré mon pas tout le long du chemin, mais je sentais mon coeur battre n'importe comment. J'ai jeté des coups d’oeil discrets sur chaque voiture garée sur le trottoir. Et s'ils m’arrêtaient maintenant et me demandaient d'ouvrir mon sac ? On me prendrait pour un de ces types un peu bizarres qui tuent les animaux du voisinage, et avant que je puisse ouvrir la bouche, on me foutrait dans une cellule de quatre mètres carrés avec un violeur ou (pire !) un junkie.  
Heureusement, ça s'est bien passé. Le mardi doit être leur jour de congé.
 
Suite


 
j'ai trouvé cet extrait très amusant.


---------------
On est loin des alcooliques qui travaillent 70h dans les mines sans boucler les fins de mois.  
n°55193549
true-wiwi
Posté le 05-12-2018 à 16:08:46  profilanswer
 

Idem.
 
Ça me fait penser à Pennac (c'est un compliment dans ma bouche).


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It's a simple mistake to make, to create love and to fall.
n°55194543
elixir15
Posté le 05-12-2018 à 17:27:34  profilanswer
 

true-wiwi a écrit :

Idem.
 
Ça me fait penser à Pennac (c'est un compliment dans ma bouche).


 
iL aurait du éviter les trucs un peu geek, car son manuscrit va être lu par des viok, la suite dispo en pdf, est pas mal non plus


---------------
On est loin des alcooliques qui travaillent 70h dans les mines sans boucler les fins de mois.  
n°55195204
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 05-12-2018 à 18:33:56  profilanswer
 

Vioques, avec un s, même ton téléphone (à moins que tu n'utilises celui de ta grand-mère) n'écrit plus comme toi.

n°55195245
elixir15
Posté le 05-12-2018 à 18:37:59  profilanswer
 

talbazar a écrit :

Vioques, avec un s, même ton téléphone (à moins que tu n'utilises celui de ta grand-mère) n'écrit plus comme toi.


 
TULAVIOK
 
 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tulaviok


---------------
On est loin des alcooliques qui travaillent 70h dans les mines sans boucler les fins de mois.  
n°55195284
BoraBora
Dilettante
Posté le 05-12-2018 à 18:43:21  profilanswer
 


Groupe dont seuls se rappellent les vioques.


---------------
Qui peut le moins peut le moins.
n°55195308
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 05-12-2018 à 18:46:02  profilanswer
 

Dommage pour le texte, ça pose d'emblée un lectorat.

n°55223632
Manzazine
Lift me up, let me go
Posté le 08-12-2018 à 04:15:41  profilanswer
 

Drap !  :hello:


---------------
When the rich wage war it's the poor who die
n°55321967
k_raf
Totally nuts!
Posté le 19-12-2018 à 00:19:42  profilanswer
 

:hello:
Le texte que je vais envoyer à un concours de nouvelles local. Le thème : "demain" (j'ai séché un bon moment avant de trouver une inspiration).
C'est un peu chiant quand même de lire sur ce forum, vous n'avez pas une astuce (au moins pour justifier le texte)?

 
Spoiler :

Demain, tu sauras

 


     Dans les années 90, un bien étrange message fleurissait tous les jours dans les petites annonces du journal Libération. Trois mots, toujours les mêmes, et pas de signature. « Demain, tu sauras ». On pourrait se renseigner sur la date de première parution de ce billet, en contactant la rédaction du quotidien par exemple, mais cette histoire est tournée vers le futur et non vers le passé, et l'information est de toutes façons sans objet.

 

    Tous les jours, Ariane achetait Libé, comme elle aimait le prononcer, dans un petit kiosque à journaux parisien. Elle traversait le parc Monceau où elle croisait les salariés qui se pressaient et les écoliers qui prenaient leur temps, et rejoignait son café du VIIIe arrondissement. Elle s'y installait en terrasse, même quand il faisait froid. Elle portait toujours la même écharpe et les mêmes mitaines de laine colorée, même quand il faisait chaud. Dès que la serveuse lui apportait son café crème, Ariane en buvait une gorgée, puis la pulpe des doigts qui dépassaient de ses mitaines feuilletait le journal à la recherche de la page des petites annonces. Et tous les jours, son cœur battait un peu plus fort, un peu plus vite tandis qu'elle en parcourait les billets. « Demain, tu sauras ». Ces mots, à la deuxième personne du singulier, lui étaient adressés. Quand c'était son anniversaire, elle espérait qu'il y ait quelque chose en plus, mais les trois mots revenaient avec autant de constance que lors des autres jours de l'année.

 

    Alors Ariane n'avait rien d'autre à faire que de lire le journal en entier. Elle, qui s'était toujours désintéressée du monde dans lequel elle vivait, devenait maintenant incollable sur l'actualité. Elle était même petit à petit en train de se forger une conscience politique. Elle explorait avec avidité les dessous de la chute du mur de Berlin, de la guerre du Golfe, ou du siège de Sarajevo, en sirotant sa tasse puis une deuxième. Enfin, elle payait et s'en allait, abandonnant le journal désormais tari sur la table. On ne sait pas trop ce qu'elle faisait de ses journées. Elle possédait un appartement dans le XVIIe arrondissement de Paris que son père lui avait acheté il y a longtemps, et vivait de petits boulots qu'elle occupait rarement plus de deux ou trois semaines, avant une pause qu'elle estimait toujours méritée. Elle avait alors encore plus de temps à consacrer à la lecture de Libé.

 

    Tous les jours, Laurent s'arrêtait dans un tabac-presse près du Capitole à Toulouse. Le gérant connaissait ses habitudes, et poussait à son arrivée Libération et Le Figaro sur le comptoir, où Laurent plaçait en échange les quelques francs de la transaction. Laurent sortait de la boutique, très comme il faut dans son costume-cravate, les journaux à la main, et ne faisait que quelques pas avant de s'arrêter au coin de la rue. Là, il ouvrait Libération, et en parcourait aussitôt les pages pour s'arrêter exactement sur les petites annonces. « Demain, tu sauras ». Ces mots, à la deuxième personne du singulier, lui étaient adressés. Il soupirait, agacé, l'impression de perdre son précieux temps. Il jetait le journal dans la poubelle devant lui, calait Le Figaro sous son bras et continuait son chemin qui le menait au travail. Un clochard qui avait repéré son manège attendait qu'il ait disparu pour extraire le journal même pas chiffonné de la poubelle, et s'en servait pour tapisser le sol de l'abri de fortune qu'il occupait dans une impasse non loin de là.

 

    Laurent travaillait depuis toujours dans la même entreprise, les « Assurances de Grassi », où il occupait un poste de cadre-dirigeant. Une femme, deux petits garçons, une belle maison en périphérie de Toulouse et une voiture spacieuse. L'été, la voiture servait à transporter tout son monde vers le bassin d'Arcachon, où il conservait une maison de famille. Pendant les vacances, Laurent achetait sur le port tous les matins Le Figaro pour continuer à se tenir au courant de la marche du monde, et Libération dont il ne lisait que les petites annonces, en soupirant agacé face aux trois mêmes mots. Il jetait ensuite le quotidien dans une poubelle, où le journal demeurait car aucun clochard n'avait repéré le rituel.

 

    Le mercredi 24 avril 1996, Ariane s'était posée sur sa terrasse habituelle avec son exemplaire de Libé. Elle avait trempé ses lèvres dans son crème et son cœur s'emballait comme toujours tandis que ses doigts tournaient les feuilles. Mais ce jour-là, le cœur s'arrêta de battre quelques secondes quand elle tomba sur la page des petites annonces. Elle fut même prise de tremblements pendant qu'elle en parcourait les colonnes en entier une deuxième fois, puis une troisième pour être sûre. Alors elle sut. Ses tremblements enflèrent jusqu'à ce qu'elle convulse tout à fait sur sa chaise, renversant la tasse et le cendrier, serrant, serrant très fort le journal dans ses mitaines de laine colorée. Les pompiers durent la prendre en charge et l'emmenèrent à l'hôpital, d'où elle put sortir dans la soirée après une batterie d'examens.

 

    Le mercredi 24 avril 1996, Laurent paya les quelques francs nécessaires à l'achat du Figaro et de Libération. Au coin de la rue, il ouvrit ce dernier directement à la page qui l'intéressait, qu'il lut une fois de haut en bas, puis une nouvelle fois de bas en haut pour être sûr. Alors il sut. Son visage devint blême, et il retourna chez lui au lieu de se rendre à son travail, pour la première fois depuis qu'il y exerçait, c'est à dire depuis toujours. Il pleura toute la matinée, et encore un peu l'après-midi, regrettant le temps où la lecture des petites annonces ne faisait que l'agacer. Le soir, il alla chercher les enfants à l'école pour la première fois depuis longtemps, car il avait besoin de les serrer dans ses bras. Ce jour-là, le clochard ne trouva pas l'exemplaire de Libération dans la poubelle habituelle, mais il en sortit Le Figaro, même pas chiffonné, et trouva que la couleur saumon des pages économiques s'accordait très bien avec l'intérieur de son abri.

 

    Le mardi 23 avril 1996, Charles de Grassi, le père d'Ariane et de Laurent, leur très riche et très fantasque père, décédait dans l'appartement anonyme de Buenos Aires où il était installé depuis plusieurs années. Depuis que sa misanthropie l'avait poussé à quitter le bassin d'Arcachon pour se couper du monde qu'il ne supportait plus. Ariane l'aimait avec beaucoup de passion, et Laurent avec beaucoup de détachement et une pointe d'agacement face à ses excentricités. Depuis des années, Charles de Grassi renouvelait chaque jour la parution de son annonce dans Libération, seule concession consentie au moment de partir se cloîtrer au bout du monde. Mais le mardi de sa mort, il n'avait pu envoyer son signe de vie, et l'absence des trois mots rituels dans le journal du lendemain sonna comme un message plus clair et plus concis que n'importe quel avis de décès.


Message édité par k_raf le 20-12-2018 à 19:08:39
n°55330734
MasonAge
Posté le 19-12-2018 à 22:48:05  profilanswer
 

FAKE  [:haha carton rouge]  un riche aurait publié son annonce dans Les Echos [:billy-bob jambonbeur:1]
 
Ceci dit, je trouve qu'il y a une bonne utilisation du format court, une gestion réussie du rythme.
En tant que lecteur je me posais des questions et avais envie de lire la suite, jusqu'à la chute finale   :wahoo:  
 
Bon après je peux chipoter sur des détails (un journal "tari" ?) mais avec une remarquable économie de mots tu poses ton histoire et m'as emmené dedans.

n°55338060
k_raf
Totally nuts!
Posté le 20-12-2018 à 19:10:12  profilanswer
 

Merci pour tes commentaires. Pour moi "petites annonces dans le journal", c'est Libé :o
 
J'ai modifié "journal tari" en "journal désormais tari". L'idée était de dire qu'il avait été dépouillé et donc "vidé" en entier. Je verrai si je maintiens.

n°55338192
Grenouille​ Bleue
Batracien Azuré
Posté le 20-12-2018 à 19:34:03  profilanswer
 

J'aime beaucoup le début, je suis moins fan de la fin, qui fait trop explicative alors que tout était fluide jusqu'ici.
 
Si j'étais toi, je modifierais le dernier paragraphe pour donner la clé de l'histoire - mais du point de vue de Charles de Grassi, comme tu l'as fait jusqu'ici avec Ariane et Laurent.
 
Genre "Le mardi 23 avril 1996, Charles de Grassi s'installa à son bureau. Il n'avait plus guère de contact avec ses enfants. A vrai dire, son seul lien, c'était ces trois petits mots qu'il leur envoyait chaque jour à travers la rubrique de Libération. Mais ce jour-là, une douleur violente à la poitrine blabla".


Message édité par Grenouille Bleue le 20-12-2018 à 19:34:33

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Ma chaîne YouTube d'écrivain qui déchire son père en pointillés - Ma page d'écrivain qui déchire sa mère en diagonale
n°55338697
MasonAge
Posté le 20-12-2018 à 20:53:32  profilanswer
 

Oui, très bonne remarque de Grenouille Bleue, c'est une meilleure façon de finir qu'il te propose AMHA.

n°55338968
k_raf
Totally nuts!
Posté le 20-12-2018 à 21:32:02  profilanswer
 

C'est amusant comme c'est dur de revoir tout un pan de son texte. Ma première réaction : oui bon d'accord mais en fait il est très bien comme ça  [:vave1]  
 
Mais c'est vrai qu'à la réflexion ça vaut au moins le coup de tester une version alternative :)

n°55339155
k_raf
Totally nuts!
Posté le 20-12-2018 à 22:09:08  profilanswer
 

Premier jet rapide. J'ai conservé ma dernière phrase parce que oui bon d'accord mais en fait elle est très bien comme ça :o
 

Spoiler :

    Le mardi 23 avril 1996, Charles de Grassi s'était réveillé avec de nouvelles palpitations dans la poitrine. Il se fit infuser un thé qu'il sirota sur le balcon de son luxueux appartement en admirant le Rio de la Plata. Il faudrait rappeler le chef de service de la clinique privée qui l'avait si bien pris en charge le mois précédent. L'Argentine était plutôt bien pourvue en médecins. Depuis que sa misanthropie l'avait poussé à quitter la baie d'Arcachon pour Buenos Aires quelques années auparavant, Charles n'avait pas une seule fois regretté sa décision. Sa famille avait bien essayé de l'en dissuader, mais il n'avait jamais aimé suivre les conseils des autres. Il avait tout de même cédé sur un point : envoyer un signe de vie quotidien à ses deux enfants. Justement, il était presque dix heures – quinze heures en France – et il rentra dans l'appartement pour dicter le message habituel à la standardiste de Libération qui le connaissait par cœur. Il décrocha le téléphone, commença à composer l'indicatif de la France. Une oppression soudaine le saisit, comme si une poigne de fer avait agrippé et pressé son cœur. Charles lâcha le combiné, roula au sol, et ne fut découvert que trois jours plus tard par sa femme de ménage. L'absence des trois mots rituels dans le journal du mercredi sonna comme un message plus clair et plus concis que n'importe quel avis de décès.

n°55339883
Chou Andy
Would you know my nem
Posté le 21-12-2018 à 05:31:39  profilanswer
 

L'avantage si tu gardes le point de vue des enfants c'est que tu gardes la possibilité d'écrire un tome 2 avec un retour surprise du papa !


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J'aurais voulu être un businessman
n°55399059
Profil sup​primé
Posté le 01-01-2019 à 15:45:25  answer
 

Salut,
 
Je me pose des questions sur la concordance des temps. Je commence un bouquin et je vois les phrases alternent entre le passé simple pour le "je" et l'imparfait pour le reste ...  
 
C'est normal ce procédé ?

n°55399133
Merome
Chef des blorks
Posté le 01-01-2019 à 16:07:01  profilanswer
 

Je trouve que le passé simple à la première personne donne un côté un peu précieux, alors qu'à la troisième personne, ça passe crème :
 
"Il prit le bus" => ça me choque pas.
"Je pris le bus" => ça fait con
 
Mais bon, c'est peut-être personnel comme ressenti  :o  


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Ceci n'est pas une démocratie
n°55399166
Manzazine
Lift me up, let me go
Posté le 01-01-2019 à 16:19:03  profilanswer
 

Je suis plutôt d'accord avec toi :jap:


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When the rich wage war it's the poor who die
n°55399167
Profil sup​primé
Posté le 01-01-2019 à 16:19:23  answer
 

Merome a écrit :

Je trouve que le passé simple à la première personne donne un côté un peu précieux, alors qu'à la troisième personne, ça passe crème :
 
"Il prit le bus" => ça me choque pas.
"Je pris le bus" => ça fait con
 
Mais bon, c'est peut-être personnel comme ressenti  :o  


 
C'est plus le changement de temps sur toutes les phrases qui me font buguer

n°55399433
k_raf
Totally nuts!
Posté le 01-01-2019 à 17:25:51  profilanswer
 


Ça paraît curieux. Tu peux poster un exemple? Je suis un peu allergique au présent dans la narration.

n°55399688
Profil sup​primé
Posté le 01-01-2019 à 18:24:46  answer
 

Genre :

 

"je fouillai (donc passé simple) au fond de ma sacoche à la recherche de mon paquet d'allumettes [...]"

 

et la phrase suivante :
"Ma main tremblait au moment de la frotter contre le grattoir" (donc imparfait).

 

Et ça alterne comme ça. Je dois avouer que je ne sais pas bien utiliser les temps.

Message cité 1 fois
Message édité par Profil supprimé le 02-01-2019 à 13:58:30
n°55400023
k_raf
Totally nuts!
Posté le 01-01-2019 à 19:28:06  profilanswer
 

Ah merde, j'avais compris présent et passé simple. Sinon c'est plutôt normal d'alterner entre les deux. Ca ne doit pas dépendre de la personne, mais si c'est un moment soudain ou prolongé (en gros).

n°55400049
k_raf
Totally nuts!
Posté le 01-01-2019 à 19:31:36  profilanswer
 


"fouilla" alors!  :D
ou bien "je fouillai"

Message cité 1 fois
Message édité par k_raf le 01-01-2019 à 19:32:07
n°55400073
biezdomny
MONSTERS DO NOT EAT QUICHE!
Posté le 01-01-2019 à 19:36:28  profilanswer
 

Oui, l'alternance passé simple imparfait est normale, elle permet de décrire les actions ponctuelles et celles qui sont répétitives ou dans la durée. « Ma main trembla un instant [c'est court]. Il faisait si froid [c'est long]. Je fouillai dans ma poche [c'est court] et sortis mes gants [c'est court]. Ils étaient aussi froids [ils sont froids sur la durée] que l'air du dehors. J'avais toujours du mal [action répétée] à sortir par ce temps. »

Message cité 1 fois
Message édité par biezdomny le 01-01-2019 à 19:36:41

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Expos et muséesÉgyptologie (stupid sexy Jean-François Champollion) — team bépo
n°55402379
Uchinaa
Posté le 02-01-2019 à 11:02:22  profilanswer
 

Les valeurs des temps du récit c'est niveau 6e  :o  :o  :o

n°55402564
k_raf
Totally nuts!
Posté le 02-01-2019 à 11:22:11  profilanswer
 

Même avant.

n°55402721
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 02-01-2019 à 11:38:22  profilanswer
 

oui mais ça c'était dans le temps.
Tiens, je regarde une série Netflix, avec un perso qui cite Thoreau, je trouve ça cool :
"ça sert sert à rien de s'assoir pour écrire, si on ne s'est pas levé avant pour vivre"

mood
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Posté le   profilanswer
 

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