Il était une fois le plus beau pays du monde... Un pays merveilleux où, par exemple, quand on était noir, on avait une chance sur vingt d'être en prison.
Ce pays merveilleux produisait de très grosses voitures, habitait de très grandes maisons, en tout cas c'est comme ça qu'on l'imaginait, puisque c'est ce qui restait des 18000 séries/films incrustés dans nos cerveaux.
Ce pays est très riche, car depuis des années, il fait des chèques de 100$ (en bois
) à toute la planète pour acheter des biens qu'ils ne peuvent pas payer. Il dit à ses débiteurs: "Voilà, on vous fait ce chèque, mais surtout, vous ne l'encaissez pas. Avec ce bout de papier (ils peuvent en sortir à volonté) vous pouvez vous aussi vous mettre à acheter plein de trucs, vous verrez, on est super connus, tout le monde se bat pour posséder nos chèques. Mais attention, hein, surtout vous ne l'encaissez pas avant la fin du mois, ni avant de la fin de l'année d'ailleurs hein !"
Ce pays est très puissant, car c'est le pays de la liberté. Liberté d'aller prêcher partout sur la planète leur vision du monde, qui est forcément la meilleure puisque... voyons si y'en a qui suivent... c'est des américains.
C'est aussi le pays occidental qui n'a pas connu la guerre sur son territoire. Du coup, ils ont pris un peu d'avance sur leurs petits camarades les coquins. En temps de paix, ils sont en guerre. En temps de guerre, ils sont en paix. C'est leur secret.
Que s'est-t-il passé exactement ? On a compris depuis peu de temps (environ plusieurs milliers d'années) qu'il était possible de gagner également de l'argent avec les pauvres, en leur prêtant l'argent qu'ils n'ont pas en échange de quelques dizaines d'années de travail.
Alors on a prêté.
A taux fixe mais aussi à taux "variable". Dans le même temps, on a cessé de s'embêter à faire travailler des ouvriers américains. Trop chers, trop gueulards, une horreur je vous le dis en vérité m'sieurs dames.
Non, pour les basses oeuvres, il y a tant d'autres solutions moins chères en Asie ou ailleurs.
En outre, dans toute la part des richesses créées chaque année, on en a donné de moins en moins à ceux qui crééaient cette richesse (la plus grande partie du peuple) pour se constituer des matelas volants de pognon. Des matelas volants ?
Oui, des matelas ultra rapides capables de faire le tour de la planète en une seconde. Des matelas qui se contrefoutent de faire de l'argent avec des travailleurs. Non, il est beaucoup plus rentable de faire de l'argent avec de l'argent.
Mais comment a-t-on créé ces fameux matelas ?
Il y a plusieurs manières. On a caché des matelas dans des pays très gentils avec les matelas. C'est ce qu'on appelle des pays "matelatophilles".
Mais tout le monde peut devenir un pays matelatophille ?
Ah non hein, si tout le monde le fait, ça ne peut pas marcher. En général, faut être une île, ou une principauté. C'est pas le genre de truc donné à tout le monde.
Et après, comment a-t-on créé d'autres matelas ?
En laissant les banques pépères, car les banques sont les amis des matelas. Les banques possèdent de grands entrepots de matelas car elles trouvent que ce type de collection, c'est vraiment sympa et jeune.
Il y a d'autres méthodes pour créer du matelas ?
Oui, bien entendu, on a vendu les casiers des tiroirs caisse des entreprises. Ah oui, et comment et à qui ?
A ceux qui possédaient déjà des matelas pardi !
Au début, on a dit: Voilà, on vous vend des casiers, il suffit de mettre un peu d'argent au fond. Avec un peu de sable et de fumier (pas mal de fumiers en vérité), vous attendez un peu, et hop, la capacité de votre casier a augmenté.
Alors après on s'est dit: Mais est-ce que c'est vraiment la peine d'attendre que les entreprises entreprennent, que les travailleurs travaillent ?
Bah non, point du tout ! Il suffit de faire commerce des casiers.
Ainsi plus le temps est passé, plus les gros possesseurs de casiers sont devenus puissants. A la fin, ils sont devenus patrons à la place des patrons des entreprises. Et quand on est le patron, on peut très facilement décider d'augmenter la taille de ses casiers.
C'est d'autant plus facile à faire si l'on donne quelques casiers à ceux qui restent, ils restent reconnaissants toute leur vie envers les matelas.
On a donc pompé les shadocks. Petit à petit. Lentement mais sûrement. On a sorti de quoi remplir les matelas. Pour accélérer le remplissage ? Suffit de supprimer les mains capables de toucher au tiroir caisse: Moins il y a de mains, plus il en reste dans les casiers à la fin de l'année pour les matelas.
Et ces matelas, ils ont fait quoi ?
Ils ont continué à voyager, et ils ont acheté tout ce qui pouvait les faire grossir rapidement.
Comme quoi par exemple ?
Tout ce qui leur tombe sous la main. Ce que veulent les gens, vous savez, les terriens, qui vivent sous le balais incessant de matelas.
Mais alors, ils ont fait quoi récemment ces matelas ?
Et bien ils ont misé sur internet.
Et il s'est passé quoi ?
Ils avaient visé juste, mais comme les matelas sont par définition très impatients, ils n'ont pas voulu attendre, et se sont barrés. Les possesseurs de duvets, eux, se sont fait un peu avoir sur le coup, mais bon, l'essentiel est que les matelats n'aient rien eu.
Ils se sont donc vengés sur tout ce qu'ils trouvaient. La pierre, bien entendu. Ils ont donc acheté des maisons, des châteaux, des centre villes. Comme ils n'aiment pas partager, les autres ont dû faire avec ce qu'il restait. Tout le monde a donc voulu acheter la même chose. On s'est donc tous mis à travailler d'avantage pour payer plus cher nos loyers ou nos maisons. Ca arrangeait bien tout le monde: Les possesseurs de pierre, les matelas, les banques, les casiers.
Ils ont aussi acheté des casiers de pétrole. Puis ils se sont mis à acheter plein de trucs qui ne valaient pas grand chose. Mais comme tout le monde sur la planète veut devenir aussi riche qu'un matelas, les prix se sont encore envolés, pour le bonheur des propiétaires des casiers des banques.
Revenons à notre classe populaire américaine. On lui a fait des mensualités vraiment épicées, mais c'était pour la bonne cause, la cause des matelas.
Le problème, c'est que la banque leur a pris de plus en plus d'argent. Tout comme leur vendeur de bougies. Tout comme leur vendeur de pain industriel. Tout comme leur assureur. Tout le monde a pris un peu plus d'argent que d'habitude, car quand on tient les casiers, on ne doit rien à ceux qui les remplissent.
On peut même le faire jusqu'à ce qu'ils se mettent à râler très fort, mais dans ce cas là, en dernier recours, on appelle l'Etat, car il faut bien que la police serve à quelque chose de temps en temps.
Au final, des millions d'américains ont eu de plus en plus de mal à payer leurs mensualités. Ils ont été obligés de vendre leur maison. C'est bien pour les matelas ça, car celui qui prête récupère son argent, mais aussi la maison.
Le problème, c'est que jamais il n'y a eu autant de choses dans les magasins, et rarement aussi peu de gens pour acheter à prix fort.
On a donc bradé. On a aussi arrêté de prêter aux pauvres, s'ils ne peuvent pas payer, c'est tout de même compliqué, et quand ça arrive à tous les matelas, les maisons récupérées se revendent si mal. Pauvres matelas...
Et puis les matelas font produire tellement de marchandises qu'il faut bien trouver des idiots à qui les vendre. Sans idiots, il n'y a plus de matelas.
Alors on fait des chèques en bois. Vous savez, ces chèques de 100$.
On édite également des bons cadeau.
Des bons cadeau ? Comme les tickets LeClaire ?
Oui, mais c'est pas les matelas qui les font, hein, rassurez vous, c'est l'Etat Américain qui vient au secours de ses potes matelas sans lesquels le pays ne serait pas un si beau pays et un si beau modèle pour notre planète.
Mais qui paye l'état américain et qui va payer les intérêts des erreurs des matelas finalement ?
On dit aux pauvres américains: Voilà, on vous en supplie, achetez nous nos objets idiots, s'il vous plait, regardez, on vous donne même des bons d'achat gratuits, mais surtout, n'oubliez pas, hein, achetez nos produits chinois, soyez un minimum patriotes, merde quoi
Au final, il y a ce que l'on appelle une crise.
C'est quoi une crise ?
C'est une crise de foie et une crise de foi.
Crise de foie car les matelas ont pressé les idiots un tout petit peu trop pour qu'ils puissent continuer à alimenter la machine à faire grossir les matelas.
Une crise de foi car les matelas se rendent bien compte qu'ils vont se faire engueuler s'ils continuent, et qu'il va falloir qu'ils aillent grossir ailleurs.
Alors c'est vrai qu'on fait encore et encore des chèques, mais ces chèques là n'ont plus trop la même saveur qu'avant. Et plus on veut sauver ces chèques, moins ils valent de l''argent.
Alors, il va se passer quoi ces prochaines années ?
Les Américains vont connaître une petite crise, pas méchante, deux ans, quatre ans, les dernières usines vont fermer, il faudra sans doute trouver un quatrième boulot à ceux qui en ont déjà trois, mais ce n'est pas très grave.
En Europe aussi, les matelas vont tirer la tête. Ce sera pas aussi marqué, mais les casiers se sont réduits. Tout est à refaire. Qu'elle était belle l'époque où les casiers étaient devenus géants.
Et la Chine ? C'est en partie grâce à elle que les Américains peuvent signer autant de chèques en bois, car ils en font également la collection depuis peu. Ses casiers risquent de maigrir terriblement, car on a voulu placer des matelas trop gros en une seule fois
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?
Pas si sûr, car on risque de passer de 24000 idiots mourant par jour de faim de soif ou pour le tort d'avoir bu des eaux croupies à...
50000.
Et à cause de qui ?
Des gentils matelas pardi