Pour ceux qui croit encore que l'initiative de Genève est un pas vers la paix je les renvoie d'abord à la lecture du texte:
désolé il est en anglais
http://www.monde-diplomatique.fr/c [...] ent/a10414
Lapproche de ce projet est dune rare complexité, non pas tant en raison de lambiguïté entretenue par le texte mais dans la manière dont son appréciation divise, y compris les mouvements «pro-palestiniens».
En voici une analyse rédigé par une amie (04/2004), après la lecture de ce texte:
INITIATIVE DE GENEVE
1. Une approche «virtuelle» de la réalité
Cette initiative est présentée comme «un exercice intellectuel» et ce nest pas un vain mot. En clair, cette affaire qui fait si grand bruit na aucune légitimité puisquelle némane pas dinstances officielles tout en prenant lallure par la médiatisation qui lentoure dun fait acquis, ce qui nest pas une mince prouesse. Au moment de sa présentation, le risque était dassister à une démobilisation du mouvement de soutien aux Palestiniens, ce qui na pas été le cas compte tenu de la réalité sur le terrain et de la campagne contre le mur qui a trouvé un large écho dans lopinion publique.
* Côté israélien, le projet est proposé par des personnalités issues dune gauche à lorigine des accords dOslo qui actaient la main mise dIsraël sur la terre, et qui na, à aucun moment, pris les responsabilités qui sont les siennes dans cet échec, notamment par un discours clair et argumenté en direction de la société israélienne. Même silence dommageable autour de la propagande éhontée qui a suivi Camp David.
Le fait que le projet soit initié par des personnalités représentant un parti marginal sur la scène politique (et en concurrence avec les Travaillistes), ôte toute illusion de voir un jour le plan mis en oeuvre sur le terrain. La seule possibilité de voir aboutir un vrai plan de paix reposerait sur lémergence dune gauche unifiée (et restaurée par rapport à celle d Oslo) capable de gagner les prochaines élections et ne prenant pas en compte les seuls intérêts israéliens. Beaucoup de conditions, donc, qui rendent linitiative de Genève dautant plus illusoire quelle sest distinguée par une faible mobilisation de la société israélienne en dépit dinitiatives remarquables comme le mouvement des refuznik, celui de parents de soldats tués ou le refus de quelques officiers de larmée de lair dobéir à des ordres immoraux.
Par ailleurs, au moment de la présentation très médiatique de son «initiative», Yossi Beilin travaillait à la création dun nouveau parti dont il a, depuis, pris la direction face à un concurrent moins internationalement (re)connu. Simple tour de passe-passe, destiné à lui conférer une image dhomme de paix, dautant moins risqué quil nengage pas lEtat israélien? Son attitude dès lannonce du plan de désengagement de Sharon à Gaza renforce le doute : on sattendait à du scepticisme, mais il a préféré condamner une «décision» qui napportait «rien en échange».
*A défaut de ne pas être un projet officiel, le plan de Genève nest pas non plus, comme il a pourtant été beaucoup dit, celui des sociétés civiles palestinienne et israélienne. Elles ny ont pas donné leur aval et nont été que partiellement consultées avant, pendant ou après sa retentissante publication.
Lors dun premier sondage réalisé en Israël à deux jours de la présentation du projet à Genève, 45% des personnes interrogées disaient ne pas avoir reçu copie de linitiative qui avait pourtant, selon Y. Beilin, été envoyée à tous les foyers israéliens.
Ce qui est particulièrement intéressant dans ce sondage, et qui rejoint ce que je soulignais plus haut, cest de noter que 32% des personnes interrogées, déçues par Arafat et les accords dOslo, pensent quaucun accord définitif ne sera obtenu avec les Palestiniens. Ce point démontre que lune des lacunes de cette initiative et non la moindre a été de ne pas servir de base à un démenti du discours soigneusement élaboré par les autorités israéliennes.
Côté palestinien et compte tenu de la situation sur le terrain, la population na pu être informée que par le biais des journaux mais sans avoir accès, dans sa grande majorité, au texte même du projet. Les questions concernant les réfugiés, les colonies, leau, la réalité de la souveraineté du futur Etat, la continuité territoriale et Jérusalem, ont soulevé des inquiétudes justifiées et labsence de véritable débat et de sondage précis ne permet pas de juger de la façon dont ce projet est accepté ou non par lensemble de la population. Une chose paraît sûre : pour les Palestiniens sous occupation militaire et cernés par le Mur, ce projet relève bien et uniquement de l«exercice intellectuel».
* Ce projet est présenté dans une période et un contexte particuliers.
Au-delà des ambitions personnelles de Y. Beilin (qui ne seraient pas un problème en soi, au contraire, sil était prouvé quil est réellement un homme de paix), il y a aussi limage dun Etat que la construction du mur et les violences quotidiennes à lencontre des Palestiniens tendent à discréditer et dont une certaine gauche souhaite se démarquer (sans navoir rien fait jusquici pour mettre un terme ni au mur quelle a imaginé, ni aux violences quelle a accompagnées).
En Israël même, lhypothèse dun «arrangement binational» est évoquée, en réponse à lextrême imbrication des deux terres et des deux peuples à laquelle la politique israélienne a conduite. Linquiétude en Israël aujourdhui semble davantage démographique que morale. A. Mitzna entre autre, lun des promoteurs de linitiative de Genève, est inquiet face à « la réalité démographique (qui) menace lexistence dIsraël comme Etat juif».
Face à cette «menace», donc, le transfert ou la «paix» même (ou surtout) approximative
Enfin, la politique menée par les gouvernements successifs a permis de dessiner sur le terrain une carte favorable à lEtat israélien. Il est remarquable de voir à quel point linitiative de Genève valide les «faits accomplis», notamment en ce qui concerne les ambitions dI. Rabin notamment autour de Jérusalem.
2. La présentation du plan
* La présentation du plan na évité aucun des clichés habituels dont linévitable «parité» entre les deux partenaires. Chacun aurait accepté des «compromis sans précédent». Les propos tenus par Amoz Oz résument plutôt bien cet aspect : «Nous renonçons au rêve du Grand Israël et ils renoncent au rêve de la Grande Palestine. Nous abandonnons la souveraineté sur une partie de la terre dIsraël, là où est notre cur et ils font la même chose».
De fait la sémantique est toujours la même, «Renoncer», «Abandonner», ce qui tend à prouver que les négociateurs israéliens et leurs sympathisants placent leurs propositions dans une éternelle logique : celle du droit (divin ? historique ?) dIsraël sur la Palestine. Ni loccupation, ni les colonies ne sont illégales pas plus que ne sont légitimes les revendications palestiniennes sur la totalité des Territoires occupés. On en revient dune manière détournée aux fameux «cadeaux généreux» de Barak à Camp David. A une différence près, il est vrai, on saccorde (enfin) à dire que les Palestiniens en ont fait aussi.
En se référant à ces inévitables notions de «compromis» et de «renoncements», ce projet ne place pas les Israéliens devant leurs obligations (la restitution des Territoires occupés). Il peut même donner à entendre que la politique de force engagée par le gouvernement Sharon a porté ses fruits en obligeant enfin les Palestiniens à des «concessions» quils navaient pas faites jusque là.
Reste à savoir si ce type de discours a quelque chance de mettre en avant la réalité des renoncements depuis longtemps consentis par les Palestiniens et donc de convaincre lopinion publique israélienne quil y a bien un «partenaire pour la paix». Dautant que texte accorde une part non négligeable aux problèmes de «sécurité», ce qui démontre les inquiétudes des deux parties quant à la coexistence pacifique à venir
* La classe politique israélienne dans son ensemble sest démarquée de ce projet en soulignant son caractère officieux donc illégitime. Ni les Travaillistes ni bien sûr le Likoud ne se considèrent obligés par les «compromis» israéliens du projet.
Côté palestinien, les personnalités qui soutiennent le projet sont proches des autorités légales ce qui confère à linitiative de A. Rabbo, un côté semi-officiel.
On a ainsi le sentiment quà défaut de lier la classe politique israélienne, ce texte engage lourdement lAutorité palestinienne. Les «concessions» palestiniennes sont dores et déjà considérées comme «validées» puisqu ayant fait lobjet de l«engagement public envers laccord», le 1er décembre 2003. Si aujourdhui les Palestiniens peuvent accepter le maintien de «quelques» colonies (et pas des moindres) et renoncer au droit au retour, nul doute que les Israéliens sauront mettre la barre plus haute encore lors déventuelles futures négociations.
* Inutile de sattarder sur le fait que cette initiative a presque conduit à un consensus entre certains de ceux qui soutiennent plus ou moins ouvertement Sharon, et qui, en tout cas, ne condamnent la politique israélienne, et ceux qui, de longue date sy opposent. On se contentera de penser quil était de bon ton pour les pro-israéliens qui ont de plus en plus de difficultés à justifier de leur soutien, de montrer quils peuvent être aussi des pro-paix si loccasion se présente ( surtout si la paix est celle des vainqueurs). Pour les autres, il faut sans doute voir là une sorte de fatalisme compte tenu de la situation aujourdhui en Palestine et de lurgence quil y a à empêcher la destruction programmée de la société palestinienne.
On a également le sentiment que cette initiative, perçue sans doute comme une heureuse diversion après le flop de la feuille de route, a été accueillie avec soulagement par une partie de la communauté internationale peu soucieuse dimposer à Israël quil rentre dans le chemin du droit. Ce plan pourrait même être perçu comme un moyen de justifier la poursuite de limmobilisme, notamment en Europe, au prétexte de la reprise de discussions, même non officielles.
De fait, si cette initiative occupe tant les esprits quand elle ne représente « rien de plus que 50 feuilles de papier» (toujours linévitable Amoz Oz), cest sans doute parce que nous craignons tous quil ny ait plus désormais que deux options: Genève ou le «transfert volontaire»
3. La culture de lambiguïté
Nombre de points du texte pêchent par leur manque de clarté. Cela explique sans doute que lon puisse, à lexemple dIlan Halevi, parler dun « texte pour lessentiel acceptable pour la majorité des opinions publiques, tant israéliennes que palestiniennes». Faut-il entendre par là que les «compromis» sont acceptables par les deux camps ou, plus vraisemblablement, que chaque partie peut en extraire ce qui répond le mieux à ses préoccupations. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les réfugiés et Jérusalem.
Un certain nombre déléments, contenus dans la ou les annexes X non publiées, manquent à la compréhension complète du dispositif. On devrait trouver notamment des points qui nont rien danodin : la délimitation exacte des territoires, les dispositions concernant le retrait progressif des effectifs et équipements militaires et le calendrier, les zones concernées par la première phase de retrait, la convention sur le statut de la force internationale
..
A noter également quen dépit de lextrême profusion de détails dans certains domaines et alors que lon sattache à prévoir des coopérations en matière de lutte contre la contrefaçon ou les stations pirates de télévision et de radio, un point essentiel «reste à définir» : celui de leau. Cet aspect est dautant moins anodin que lon connaît limportance de cette question pour Israël depuis (et avant même) sa création et que lon sait la pénurie à laquelle les Territoires palestiniens sont confrontés.
Même point dinterrogation en ce qui concerne les relations économiques pourtant déterminantes pour la construction dun Etat jusquici extrêmement dépendant dIsraël.
4. Les points positifs du projet
Ce projet démontre de façon publique quil y a, côté palestinien, un «partenaire pour la paix». Ce point a dailleurs été parfaitement perçu par A. Sharon qui sest indigné quune telle initiative ait lieu alors quil parvenait à grand peine à déconsidérer Y. Arafat sur la scène internationale. Les réactions de la classe politique israélienne dans son ensemble démontrent clairement ce que A. Mitzna résume en un «ils ont peur de la paix». Reste à développer cet argument dans la société israélienne afin de créer peut-être une prise de conscience plus ample des choix erronés de ses dirigeants.
A contrario de ce qui fut le cas jusquici, ce plan nimpose ni conditions préliminaires (rénovation des institutions palestiniennes, arrêt total du «terrorisme»), ni phase intermédiaire à la création de lEtat palestinien.
Enfin, le texte fait référence aux résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité.
5. Les pièges du projet
Les colonies
Le projet signe la reconnaissance pure et simple des «faits accomplis» sur le terrain, tant en ce qui concerne les colonies le long de la Ligne verte que la ceinture autour de Jérusalem. «Le bloc de colonies dEtzion doit être une partie intégrante dIsraël» disait I. Rabin en 1995. Le monde applaudit aujourdhui le résultat dune politique parfaitement planifiée par les gouvernements successifs et notamment par la gauche israélienne de laquelle ne se démarquaient pas alors les nouveaux faiseurs de paix (le Meretz compris).
Il y a peu encore, la ceinture de colonies constituée notamment par Maale Adumin, Givat Zeev et le boc de Gush Etzion était considérée comme interdisant toute continuité de lEtat palestinien.
La connexion des colonies entre elles et avec Israël pourrait également poser de sérieuses difficultés
Les leçons du passé nous obligent par ailleurs à nous extraire du texte. Lorsquil fait état des groupes de colonies rattachées à Israël, ce texte ne précise pas la délimitation exacte de ces colonies. A lheure précise de la publication du projet, près de 200 unités dhabitation étaient en construction à Givat Zeev, plus de 500 à Betar Illit et encore dautres à Maale Adumin. Jusquoù sétendront ces colonies le jour où ce projet servira (peut-être) de base à de nouvelles négociations ?
Jérusalem
Ce qui ressort à la lecture des articles consacrés à Jérusalem, cest lextrême complexité de la procédure concernant les souverainetés respectives. Une complexité sur le papier qui laisse présager une mise en uvre que lon se contentera de définir comme particulièrement difficile sur le terrain. Dautant quici encore, la sécurité garde une place prépondérante, preuve sil en est que les négociateurs conservent quelques doutes sur la capacité de ce plan à conduire à une paix véritable, acceptée de part et dautre comme « juste et durable».
La seule chose à peu près claire, concerne les souverainetés des quartiers arabes qui deviennent palestiniens, et des quartiers juifs qui demeurent israéliens. A un point près : la judaïsation de la ville a réduit les quartiers arabes à leur plus simple expression.
«Les parties auront leur capitale mutuellement reconnue dans les zones de Jérusalem qui sont sous leur souveraineté respective». Rien nindique si la capitale palestinienne sera effectivement Jérusalem ou si, comme prévu dans le précédent projet Beilin-Mazen, auquel se référait dailleurs E. Barak à Camp David, la ville dAbu Dis, qui pourrait faire partie de la zone de Jérusalem sous la souveraineté palestinienne, tiendra ce rôle.
La carte précisant les délimitations exactes des colonies autour de Jérusalem-Est annexées à Israël fait défaut. Mais le détail donné par A. Mitzna (Givat Zeev, Ramot, Pisgat Zeev, Neeve Yaakov, au nord, Maale Adumin, à lest Gilo et Gush Etzion, au sud) laisse présager la poursuite de lencerclement de Jérusalem-Est et son isolement par rapport au reste de la Cisjordanie.
En ce qui concerne la zone juive du Mont des Oliviers, la délimitation exacte est précisée dans linvisible annexe X.
Les réfugiés
«Le problème des réfugiés, au cur de notre sécurité nationale, est résolu de manière globale, complète et totalement en dehors des frontières de lEtat dIsraël et bénéficiera dune importante aide internationale». Le problème, en tout cas, est résolu pour Amoz Oz.
Dans le préambule, il est clairement indiqué un engagement envers les résolutions 242, 338 et 1397; de la résolution 194, évoquée à larticle 7, il ne subsiste plus que le droit à compensations.
Le texte est rédigé de manière à être présentable aux deux parties. Le terme de «droit au retour» en est exclu au profit de «problème», ce qui permet de rassurer la population israélienne ; la mention concernant la possibilité pour un petit nombre de réfugiés de rentrer en Israël (selon son seul bon vouloir) ambitionne den minorer la portée côté palestinien. Ce qui na pas empêché les Comités de défense des réfugiés de monter au créneau. Dautant que dans toutes les déclarations qui ont suivi la présentation du plan, Yossi Beilin a eu le mérite de parler clair: «Aucun Palestinien nentrera en Israël au titre du droit au retour».
Il sagit là dun contournement important du droit international qui démontre et valide la spécificité de lEtat israélien. Même sil paraît évident que 4 millions de réfugiés ne choisiraient pas de retourner dans des villages qui pour la plupart nexistent plus, cest le principe même de leur droit qui est ainsi bafoué.
La participation forfaitaire dIsraël au Fonds international qui sera créé aux fins de compensations sera diminuée de la valeur des infrastructures des colonies quIsraël sengage à restituer en létat aux Palestiniens. Quand le crime est double ( celui de 1948 et celui de loccupation de 1967) , la peine est ici
minorée.
Le texte évoque des programmes de réconciliation portant notamment sur «lamélioration de la compréhension mutuelle liée au passé», de «narrations respectives» et de commémoration des «villages et communautés qui existaient avant 1949» mais sexonère de toute reconnaissance de la responsabilité de lEtat israélien dans le «problème» des réfugiés. Il y a là un double déni: non seulement Israël ne reconnaît pas son «péché originel» mais ce péché est entériné par le refus daccepter le principe du «droit au retour» juridiquement reconnu à tous les réfugiés à travers le monde.
La logique de deux Etats
Dans le préambule, il est spécifié que laccord marque « la reconnaissance du droit au peuple juif à un Etat et la reconnaissance du peuple palestinien à un Etat, sans préjudice de légalité des droits des citoyens respectifs des Parties». Plus loin, larticle 2.4 indique que «les Parties reconnaissent la Palestine et Israël comme les parties de leurs peuples respectifs». Ce point met laccent sur le problème de la citoyenneté.
Comment situer les Arabes citoyens dIsraël dans ce contexte ? Comme une minorité tolérée ? Comment justifier leur lutte pour laffirmation dIsraël comme Etat pour tous ses citoyens ? Quel sera dans un Etat juif, leur statut ? Poursuite «légitimée» de lapartheid ? «Transfert» vers lEtat palestinien par le biais déchanges territoriaux qui feraient passer doffice des Arabes israéliens sous souveraineté palestinienne, comme le préconisait récemment A. Sharon ?
Le retrait israélien
Bien que le calendrier soit dapparence précis, les précédents ont démontré lextrême facilité avec laquelle les Israéliens saffranchissent des impératifs calendaires. Dautant quil est dores et déjà prévu que la période additionnelle de 36 mois pour une présence militaire dans la vallée du Jourdain demeure révisable en cas «dévolution régionale pertinente». Pertinente pour Israël sentend, dont on connaît parfaitement le culte de la vigilance guerrière dès lors quil sagit de sa propre et seule sécurité.
De plus, les différentes phases de retrait sont soumises à «la capacité dIsraël à déplacer, loger et intégrer les colons» et au «déploiement et à lefficacité de la force multinationale».
La présence israélienne restera effective dans le nord et à lest de la Cisjordanie où seront conservées deux «stations dalerte lointaine» : là encore le texte renvoie à la fameuse annexe X non publiée en ce qui concerne la délimitation de lespace alloué à ces stations et les effectifs militaires nécessaires.
Par ailleurs le texte ne fait pas état des zones libérées en priorité pas plus que des conditions de transfert de lautorité dIsraël à la Palestine.
LEtat palestinien
La reconnaissance de la Ligne verte de 1967 est établie avec toutefois échange de territoires. Les modifications de territoire sont prévues à léchelle 1 :1 et non 9 :1 comme à Camp David. On ne peut toutefois parler déquilibre. Les zones annexées à lEtat palestinien (un morceau du Néguev le long de la bande de Gaza, un autre au sud de la Cisjordanie) ne bénéficient pas des mêmes qualités au niveau de la pluviométrie et des ressources en eau que les régions cédées à lEtat israélien. Par ailleurs, le maintien de colonies pose des problèmes de continuité territoriale.
La souveraineté de Etat palestinien en devenir est considérablement réduite : il sera démilitarisé, doté dune «puissante force de police» chargée de missions de police, et sa sécurité sera assurée par une Force multinationale. Les postes frontaliers seront sous surveillance mixte (forces des sécurité palestiniennes et force multinationale) et les terminaux pour voyageurs et les gares de fret auront droit à une «présence discrète» (cest écrit !) israélienne. Toutes les dispositions (y compris la présence discrète) sont bien sûr détaillées dans lannexe non disponible. Par ailleurs, Israël garde le droit dutiliser lespace aérien sous souveraineté palestinienne à des fins dentraînement selon des règles qui régissent lutilisation de lespace aérien israélien par larmée de lair israélienne ! Ceci pour une durée de 10 ans, le tout pouvant être modifié, non pas sur simple décision de lEtat souverain, mais avec accord des deux parties.
A plusieurs reprises, le texte du plan de Genève souligne que lEtat palestinien en projet est toujours considéré comme une ancienne en même temps que potentielle entité terroriste (la force multinationale est dailleurs chargée de «prévenir les actes de terrorisme») et non comme un Etat avec souveraineté pleine et entière. Peut-on construire la paix en validant un discours maintes fois opposé à la population israélienne pour justifier des politiques successives et sans une affirmation réelle de la confiance mise dans le partenaire de laccord ?
Le projet apparaît, encore une fois malgré quelques points positifs, comme celui dicté par loccupant à loccupé. Alors quil saffranchit de règles essentielles de droit, il napparaît pas comme étant le résultat de vraies négociations menées entre partenaires égaux
Une fois de plus, le résultat des discussions qui ont conduit à ce plan est en faveur dIsraël qui:
- fait valider par les Palestiniens (est-ce leur rôle ?) la nature de lEtat dIsraël en tant quEtat juif,
- conserve la plus grande partie des colonies que tous les gouvernements considéraient comme devant être rattachées à Israël, ce qui légitime les «faits accomplis» et les dépossessions successives des Palestiniens
- garde la main mise sur une partie de Jérusalem-Est.
Ce texte na que peu à voir avec la justice et le droit. Aura-t-il, de ce fait, quelque chose à voir avec la paix ? Seules les sociétés palestinienne et israélienne peuvent répondre à cette question. Mais devant limpuissance des institutions internationales à faire appliquer le droit (le retrait pur et simple de tous les territoires occupés notamment), redisons-le, quel autre choix ?
PS. Parler de Genève aujourdhui relève plus encore de « lexercice intellectuel». Car nous revoilà aujourdhui à Gaza dabord 2. Ou plutôt à Gaza Point final comme semble lindiquer les derniers développements du «désengagement» prôné par Sharon.
Deux mois à peine après les accords dOslo, Pérès imaginait publiquement un Etat palestinien dans la bande de Gaza, les quelques îlotiers palestiniens de Cisjordanie votant au parlement jordanien. Est-ce cette hypothèse là quont évoqué Sharon et le roi de Jordanie lors de leur rencontre «secrète» et dont rien na filtré, il y a deux ou trois semaines.
On ne peut sempêcher de penser aux commentaires que faisait il y a quelques années Yossi Beilin à propos du fait que la droite et la gauche israéliennes ne sont pas foncièrement partagées sur les objectifs essentiels, et que pour arriver à la paix, il suffirait de tenir compte de cette ligne médiane sur laquelle les deux partis pourraient saccorder. Le plan de Genève tentait dêtre cette ligne là. Le plan de Gaza pourrait lêtre plus encore. Nos faiseurs de paix de Genève se décideront-ils cette fois à éclairer la société israélienne sur limpossibilité dune «paix» à ce prix?