Phileass | Voila les réponses de Laguiller aux lettres de Hulot sur son pacte. Je les trouve particulierements bien faites et claires. Citation :
Lettre de la Fondation Nicolas Hulot à Arlette Laguiller en date du 7 novembre 2006 Madame la candidate. à l'élection présidentielle, Chaque jour qui passe nous le confirme : nous ne pouvons plus attendre et les enjeux écologiques doivent enfin être considérés comme une priorité, en France comme dans le reste du monde. Nous sommes arrivés à un carrefour de crises : un péril écologique majeur guette l'humanité à échéance rapide et cette menace amplifie et accélère toutes les tensions à l'oeuvre entre les hommes sur la planète. Nous n'avons d'autre alternative que d'engager une vaste mutation économique, sociale et culturelle de nos sociétés, en s'appuyant sur la mobilisation collective de nos concitoyens. Sans avoir ni la vanité ni la naïveté de croire que notre pays va, à lui seul, changer la donne mondiale, la France peut jouer un rôle majeur à l'échelle internationale et entraîner l'Europe dans son sillage. Si elle fait de l'impératif écologique la priorité de sa politique, son exemplarité pourrait montrer le chemin à une Europe qui se construit. Et l'Europe me semble une bonne échelle géopolitique pour faire jaillir une société où le bien-être, l'économie et l'écologie soient enfin compatibles. Au moment où elle s'apprête à exercer un choix politique majeur en désignant un nouveau président de la République, la France a aujourd'hui rendez-vous avec son avenir. C'est l'heure de la vérité et de l'action. Avec les Français qui partagent notre conviction, je vous le demande, Madame la candidate, quel contenu allez-vous donner à votre politique pour que le développement durable devienne le déterminant majeur des politiques publiques ? Pour y répondre, nous vous proposons, comme à l'ensemble des candidats, une démarche en deux temps : - La signature d'un Pacte écologique érigeant l'impératif écologique en priorité nationale. Y adhérer consisterait de votre part à prendre un engagement majeur pour faire de cet impératif écologique une question d'intérêt général, une cause commune dépassant les clivages politiques. Nous invitons également tous les Français à signer le Pacte écologique, afin que celui-ci devienne le cadre d'un rassemblement d'union nationale. Vous voudrez bien trouver ci-joint le Pacte écologique que vous pourrez nous retourner signé si sa démarche vous convient. Cette première étape de votre engagement sera alors portée à la connaissance du public sur le site Internet www.pacte-ecologigue-2007.org
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Citation :
Réponse d'Arlette Laguiller à la Fondation Nicolas Hulot en date du 22 novembre 2006 Messieurs, J'ai bien reçu votre courrier du 7 novembre, ainsi que l'ouvrage de Nicolas Hulot,, et je vous en remercie. Je ne souhaite cependant pas souscrire à votre "pacte écologique" parce qu'il laisse de côté le fond du problème. Mon engagement politique est clair : je suis dans le camp des travailleurs, et à ce titre je me refuse à parler "d'intérêt général", ou "d'intérêt national", toutes expressions qui ne visent qu'à essayer de dissimuler, que cette société est divisée en classes sociales aux intérêts inconciliables. Quelles que soient les intentions de Nicolas Hulot et du "comité de veille écologique", leur démarche veut tout ignorer de cette réalité sociale. Il faut vraiment tout ignorer de la vie des classes les plus défavorisées, de la situation de millions de chômeurs, de précaires, de ceux qu'on appelle les "travailleurs pauvres", et dont beaucoup vivent dans la rue, pour oser écrire (page 213) que depuis 1981 "le pouvoir d'achat a crû de 60%" ! C'est aussi choisir un camp social qui n'est pas le mien que de réclamer une "taxe carbone" qui frappera durement les plus pauvres, que de proposer (page 137) que le montant de celle-ci puisse être utilisé à "réduire les prélèvements sur le travail", c'est-à-dire, si les mots ont un sens, à augmenter encore les exonérations de cotisations sociales déjà largement offertes au patronat. Quant aux mesures avec lesquelles je pourrais être d'accord, le Pacte écologique compte, pour les mettre en oeuvre, sur la bonne volonté des hommes politiques. Les convaincre de ne pas se contenter de discours et de phrases ronflantes ne serait déjà pas si simple. Mais surtout, ce ne sont pas eux qui exercent vraiment le pouvoir : ils ne sont que les mandataires du grand patronat, qui n'est mu que par la recherche du profit, et qui ne se soucie des problèmes d'environnement que si ce dernier peut se révéler une source de profit. Le mouvement ouvrier s'est posé dès ses origines le problème des dégradations que les activités humaines pouvaient apporter à l'environnement naturel, même s'il revêt certainement aujourd'hui une bien plus grande acuité. En ce sens, ce mouvement était "écologiste", bien avant que cette préoccupation n'effleure les hommes politiques de la bourgeoisie. D'ailleurs, lorsque la révolution industrielle, au XIXème siècle, a infligé des atteintes graves à l'environnement, personne ne pouvait en accuser la consommation des classes pauvres ! Sans arracher à la classe capitaliste son pouvoir de nuisance dans tous les domaines, il n'y a pas plus de solution à ce problème qu'à tous ceux qui se posent quant à l'avenir de l'humanité. Veuillez agréer, Messieurs, l'expression de mes sentiments distingués. Arlette Laguiller
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Citation :
Courrier de Nicolas Hulot à Arlette Laguiller en date du 30 novembre 2006 Madame la candidate à l'élection présidentielle, J'ai bien reçu votre courrier du 22 novembre et je vous en remercie. Je. regrette profondément que vous n'adhériez pas à notre démarche du Pacte écologique. Sans doute y a-t-il entre nous une divergence de perception sur la gravité de la crise écologique à laquelle l'humanité est confrontée, laquelle oblige selon nous à une mobilisation nationale d'envergure. Permettez-moi seulement de vous préciser que notre démarche est aussi fondée sur des préoccupations sociales. Si nous ne réagissons pas à cette crise écologique, ce sont d'abord les plus pauvres et les plus démunis qui en seront les victimes. Recevez, Madame la candidate, l'expression de ma considération. Nicolas Hulot Président
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Citation :
Réponse d'Arlette Laguiller à Nicolas Hulot en date du 14 décembre 2006 Monsieur, En vous remerciant de votre courrier du 30 novembre, permettez-moi d'y relever la remarque sur « une divergence de perception sur la gravité de la crise écologique à laquelle l'humanité est confrontée, laquelle oblige selon nous à une mobilisation nationale d'envergure ». Ce n'est pas le constat que je conteste, ce sont les solutions ou, plus exactement, l'absence de solutions de votre démarche. La quasi-totalité des grandes atteintes à la nature et à l'environnement proviennent des grandes entreprises. Celles-ci prennent leurs décisions en fonction de leurs seuls intérêts, plus exactement ceux de leurs propriétaires et gros actionnaires. Elles ne se soucient des problèmes d'environnement que lorsqu'ils se révèlent une source de profit. Vous savez mieux que moi que, pour ne citer que cet exemple, les dégâts causés par le naufrage du seul Erika n'ont toujours pas été surmontés, sans parler qu'il eût mieux valu pour la Bretagne qu'il ne se soit pas produit. Il faut croire que le pouvoir de la justice et celui du gouvernement pèsent bien peu face au pouvoir d'un grand groupe comme Total. Les ministres chargés de l'écologie ne sont là que pour le décorum. Ce que je reproche à votre démarche, c'est qu'elle est totalement impuissante face à ces groupes industriels et financiers. Vous ne pouvez pas l'ignorer, mais vous n'en parlez même pas. Du coup, au mieux vous en êtes réduit à des déclarations d'intention générale que les dirigeants politiques acceptent d'autant plus facilement de contresigner que cela ne les engage à rien ou à des leçons de morale à l'intention de la majorité qui, même en pratiquant le tri sélectif des déchets ou en économisant l'eau en se brossant les dents, ne pourra empêcher la catastrophe écologique dont vous annoncez l'approche. Et, au pire, aux mesures que vous n'êtes pas capable d'imposer aux plus puissants, c'est-à-dire à ceux qui sont vraiment responsables de la destruction de l'environnement, vous en substituez d'autres, comme cette « taxe carbone » que les plus riches n'auront aucun mal à payer, alors qu'elle pèsera lourdement sur les plus pauvres. Ne vous trompez pas sur la nature de nos désaccords : je suis très consciente de la « gravité de la crise écologique ». Mais notre différence, je crois, réside en ceci que je suis aussi consciente de la gravité d'une autre crise, celle d'une organisation économique dominée par l'anarchie de la concurrence, par la prédominance des intérêts privés des puissants sur l'intérêt collectif. La « crise écologique » en est une des conséquences. Je sais bien sûr que, si l'économie fonctionnait sur une base rationnelle, et non pas en fonction de la recherche du profit individuel, cela ne résoudrait pas tous les problèmes écologiques. Loin de là. Mais une économie dirigée consciemment, avec comme impératif non pas le profit privé mais l'intérêt collectif, pourrait alors prendre à bras le corps les problèmes et tenter de les résoudre. Ce qui, dans l'organisation économique actuelle, est impossible. Recevez, Monsieur, l'expression de ma considération. Arlette Laguiller
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