LUTTE OUVRIERE
Bref aperçu historique / Scores électoraux / leaders / publications
1956 : création de l'U.C.I (Union Communiste Internationaliste) où Voix Ouvrière.
1968 : Dissolution de l'U.C.I par le gouvernement suite aux troubles causés en mai 68.
1968 : Création de Lutte Ouvrière en remplacement de l'U.C.I
1969 : soutient Alain Krivine (L.C.R) aux présidentielles
1973 : Lutte Ouvrière présente 171 candidats aux élections législatives : 194 889 voix obtenues soit 1,06% ; pas d'élus
1974 : Arlette Laguiller obtient 2,35% aux élections présidentielles
1978 : Lutte Ouvrière présente 470 candidats aux élections législatives : 474 378 voix obtenues soit 1,70% ; pas d'élus
1979 : Elections Européennes , liste commune avec la L.C.R. , Laguiller tête de liste : 3,08%
1981 : Arlette Laguiller obtient 2,26% aux élections présidentielles
1981 : Lutte Ouvrière présente 159 candidats aux élections législatives : 99 185 voix obtenues soit 1,11% ; pas d'élus
1984 : Elections Européennes , Laguiller tête de liste : 2,09% (414 997 voix)
1986 : Lutte Ouvrière présente 33 listes aux élections législatives : 173 686 voix obtenues soit 1,21% ; pas d'élus
1986 : Elections Régionales : 226 126 voix (1,59%)
1988 : Arlette Laguiller obtient 1,99% aux élections présidentielles
1989 : Elections Européennes , Laguiller tête de liste : 1,44% (258 663 voix)
1992 : Elections Régionales : 215 162 voix (1,84%)
1993 : Lutte Ouvrière présente 247 candidats aux élections législatives : 227 900 voix obtenues soit 2,15% ; pas d'élus
1994 : Elections Européennes , Laguiller tête de liste : 2,27% (442 701 voix)
1995 : Arlette Laguiller obtient 5,3% aux élections présidentielles
1997 : Lutte Ouvrière présente candidats aux élections législatives : voix obtenues soit % ; pas d'élus
1998 : Elections Régionales : (3,66%) : 20 élus
1999 : Elections Européennes , Laguiller tête de liste : % ( voix)
2002 : Arlette Laguiller : 5,72% (1 630 243 voix) aux présidentielles
Leaders : ArletteLaguiller ; Jacques Morand
Publications : Lutte Ouvrière (hebdo) ; Lutte de classe (mensuel)
Leurs idées
Lutte Ouvrière se réclame du Trotskisme, "c'est à dire du communisme révolutionnaire et internationaliste, un communisme qui ne pourra être que démocratique, et qui , par conséquence, n'a rien à voir avec les régimes existants ou ayant existé en URSS, en Chine ou dans les pays de l'Est, qui n'en ont été qu'une sinistre caricature."
*Pouvoir aux "travailleurs" (notez au passage que les chefs d'entreprises, les artisans, commercants, professions liberales ne sont pas des "travailleurs", ce doit donc être des fainéants, ils font semblant de bosser 70 heures par semaine et sans congés !!)
*Expropriation des trusts capitalistes
*Socialisation des moyens de production et d'échange sous le contrôle de la population laborieuse
"on ne peut atteindre ces objectifs qu'en organisant les travailleurs conscients de cette nécessité au sein d'un parti ouvrier révolutionnaire"
Aussi
-légalisation de toutes les drogues
-supression des frontières
-laisser venir les etrangers librement
-supprimer les prisons
-installer une "dictature du prolétariat
-éradiquer la démocratie"
-fonctionnariser l'ensemble de la population
-étatisme forcené, abolition de la propriété privée
-fin de l'héritage, quand quelqu'un décède, tout doit être donné à l'état
-opposition farouche au mariage
-limiter le nombre des naissances (surtout d'origine européenne)
-ne militent pas pour un parti unique (contrairement au PCF d'antan) mais pour l'interdiction de nombreux partis(FN, MNR, DLC, MPF, RPF, DL etc...seraient à coup sûr evincés)
-plus aucune école libre
-contre le métissage des cultures
-lutte contre la religion catholique (il est à noter, sans faire d'antisémitisme primaire, qu'à l'instar de leur idôle, nombreux sont les trotskistes de confession israëlites et qui veulent , bien souvent , eradiquer les religions chrétiennes mais aussi musulmanes, malgrès le nombre accru de jeunes beurs dans leurs rangs !)
-lutte des classes tous azimuths
Arlette Laguiller
Née le 18 mars 1940, la passionaria de la IVeme internationale est le porte parole trés médiatisée de la secte L.O.
Elle est employée au Crédit Lyonnais ( gagne environ 13 700 par an (1800 d'impôts à peu près)) , elle est syndiquée a Force Ouvrière.
Elle s'est rendue célèbre par ses candidatures aux présidentielles (record absolu, 5 participations : 1974,1981,1988,1995 et 2002), où elle montre une personnalité assez sympathique mais farouchement hostile au patronat, ce qui plaît beaucoup aux ouvriers, prêts à suivre n'importe qui prétend les défendre, sans se soucier de ce qu'il y a derrière. Les médias aussi, cachent généralement l'autre face d'Arlette et de Lutte Ouvrière. Mais il n'y a pas que les plus modestes qui votent pour cette ultra-gauchiste et très dangereuse harpie, outre le folklorique ralliement de Geneviève Mullmann , plus connue sous le nom de Madame de Fontenay (bien qu'elle n'ait pas une goutte de sang noble), 6 % des personnes appartenant aux classes dites privilégiées , 3% des gens "aisés" et 4% des classes moyennes superieures lui ont apporté leurs suffrages en 1995 ! (les classes moyennes inferieures : 6%, populaires: 8% et les défavorisés 5%).
Mais Arlette n'est qu'une façade médiatique, derrière elle se cache un mouvement sectaire qui s'apparente plus a un mouvement para-militaire ou chaque dirigeant possède un nom de code et qui est dirigé avec une poigne de fer par un richissime personnage , Robert Barcia , alias Hardy, qui reste constamment dans l'ombre et dont on connait à peine le visage
Le DocteurBarcia alias Hardy
LE MONDE du 15 decembre 2001 ; Caroline Monnot
PAS FACILE de se débarrasser de soixante ans de réflexes de clandestinité. A Lutte ouvrière, les restes de cette culture "clando" mêlés à des efforts appuyés de transparence produisent des rébus inédits. Il y a quelques jours, la formation d'Arlette Laguiller décidait de rendre publique la composition de son comité central. "Elle est à la disposition des journalistes qui en feront la demande",indiquait obligeamment l'organisation trotskiste. Un simple coup de fil,et, effectivement, la liste nominative des cinquante-six membres composant l'instance de direction statutaire de LO arrivait sur les fax.
L'affaire, dès lors, consistait à repérer les noms plus ou moins connus des dirigeants de cette formation. Le pointage commençait : "Arlette" y figurait bien, tout comme Jean-Pierre Vial, qui assure généralement les relations avec les autres organisations, ou Michel Rodinson, le directeur de publication de l'hebdomadaire Lutte ouvrière. Ou encore les principales pièces maîtresses de l'organigramme trotskiste, comme Roland Szpirko, élu en Picardie,François Duburg ou Georges Kaldy, souvent présenté comme le futur patron de l'organisation. En revanche, pas de Robert Barcia en vue. Celui qui fut un des fondateurs de Lutte ouvrière, le mentor d'Arlette Laguiller et le véritable numéro un de cette formation, aurait-il été "oublié"? Aurait-il,d'une manière ou d'une autre, renoncé à un rôle dirigeant effectif ? Le mystères'épaississait d'autant plus que M. Barcia était également aux abonnés absents sous son pseudonyme, désormais connu, de "Hardy".
Ni Barcia ni "Hardy"... Il fallait en conclure, ce que nous fîmes dans notreédition datée du 12 décembre, qu'il ne figurait pas dans la liste communiquéedes membres du comité central. Manquait toutefois l'explication. "Hardy"aurait-il été, malgré tout, membre du comité exécutif, équivalent du bureaupolitique, mais dont LO n'a pas révélé la composition ? Pouvait-on, dès lors,participer au comité exécutif sans être élu au comité central, alors que,dans toutes les organisations de tradition léniniste, le premier est l'émanation du second ? Existe-t-il, alors, une instance de direction officieuse, non statutaire, au sein de laquelle "Hardy" siégerait ? Force est de reconnaître que toutes les hypothèses se bousculaient."
LE "NOM DE PLUME" DE "HARDY"
Pour en avoir le cur net, mieux valait faire valider ces interrogations par Lutte ouvrière. La réponse, mardi 11 décembre, est venue en deux temps.Sur les questions strictement statutaires, LO n'était pas en mesure de fournirdans l'immédiat l'éclaircissement demandé. Toutefois, quelques minutes plustard, le secrétariat de Mme Laguiller rappelait : "Robert Barcia est bien sur la liste", lâchait-il. Sur la liste ? Mais où donc ? Sur la ligne "Roger Girardot, Ile-de-France", finissait par consentir votre interlocuteur.
Robert Barcia, alias "Hardy", s'est donc fait enregistrer sous une troisième identité, "Roger Girardot", "son nom de plume", précisait Lutte ouvrière. Petite coquetterie d'un homme qui a tenu à rester dans l'ombre des dizaines d'années durant et qui s'est toujours refusé à avoir le moindre contact avec les journalistes ? Goût de son organisation pour le jeu de piste ? Ou encore difficulté de LO à assumer totalement une transparence à laquelle sa direction s'efforce depuis quelque temps ? Chacun s'essaiera à toutes les supputations. Toujours est-il que, pour la première fois, Lutte ouvrière a révélé publiquement que, derrière la signature de"Roger Girardot", qui apparaît de temps à autre dans son journal éponyme,se cache, en réalité, Robert Barcia, alias "Hardy". Et qu'ainsi, d'une erreur,naît parfois une information.
Caroline Monnot
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 15.12.01
POLEMIQUE du 29 avril 1999
Confirmant nos propos -puisés chez nos confrères de Lectures françaises (BP 1, 86190 Chiré-en-Montreuil}- sur le fonctionnement du parti d'extrême gauche Lutte Ouvrière, les éditions du Seuil publient un intéressant petit livre intitulé La vraie nature d'Arlette. Son auteur, François Koch, démontre comment ArIette Laguiller n'est qu'une façade. Le vrai patron du parti trotskyste, connu sous le pseudonyme de Hardy, n'est autre que Robert Barcia, patron de différentes sociétés pharmaceutiques. Un patron qui, dans les affaires, n'applique plus véritablement les théories marxistes. Au contraire, il représenterait même un management assez brutal. Qu'en penseraient les prolétariens qui constituent les électeurs de Lutte Ouvrière? Et l'auteur de mettre en avant ce double langage et de citer les nombreux dirigeants des sociétés de ce Robert Barcia qui sont régulièrement les candidats de Lutte Ouvrière!
(Polémique/29-04-99)
CONSCIENCE POLITIQUE (2002)
La fête annuelle de Lutte Ouvrière qui sest déroulée cette fin de semainedans le Val dOise a rassemblé bien plus de monde que la fête de lHuma.Les concurrents directs du Pc ont apporté la démonstration de leur incontestable montée en puissance. Comme à son habitude la porte-parole de LO, Arlette Laguiller, a dénoncé sur un mode incantatoire " le patronat ", un gouvernement Jospin "anti-ouvrier ", affirmant que la secte trotskiste nappellerait " pas plus à voter pour la gauche que pour la droite " aux élections présidentielle et législatives. Rêvant de " tuer " le parti communiste, la direction de LO abeaucoup insisté sur les " inacceptables " compromissions du parti de RobertHue avec la gauche bourgeoise au gouvernement et avait dailleurs invité en son château de Presles des représentants de la " gauche communiste ", regroupant les contestataires " orthodoxes " à la ligne défendue par la direction de laplace du Colonel Fabien. Pour autant, très forte pour agiter le drapeau (rouge) de la pureté révolutionnaire et affirmer sans relâche que " les vrais dirigeants de LOsont issus de la classe ouvrière ", Arlette Laguiller a soigneusement laissé danslombre le véritable patron de lUnion communiste (Lutte Ouvrière), le milliardaire Robert Barcia dit " Hardy "qui n'a rien d'un ouvrier. Selon lejournal LExpress (8/10/98), ce dernier " peut se vanter davoir réussi une brillante carrière de businessman aux côtés des patrons de la trèscapitaliste industrie pharmaceutique ", en tant que fondateur de lEpmed et lOPPM, " deux sociétés spécialisées dans la prestation de services et laformation de visiteurs médicaux, qui démarchent les médecins pour le compte dunindustriel ".
source: http://www.conscience-politique.or [...] breves.htm
L'Express du 08/10/1998
Dr Barcia et Mr Hardy
par François Koch
Patron de sociétés paramédicales d'un côté, dirigeant autocrate de Lutte ouvrière de l'autre, ce trotskiste fait-il de l'entrisme dans les labos ou chez les gauchistes?
L'incroyable histoire de Barcia-Hardy semble inspirée du récit de Robert Louis Stevenson, Docteur Jekyll et Mister Hyde. A 70 ans, Robert Barcia peut se vanter d'avoir réussi une brillante carrière de businessman aux côtés des patrons de la trèscapitaliste industrie pharmaceutique et de jouir d'une extraordinaire capacité de dissimulation. Car le même homme, sous le pseudonyme d'Hardy, est depuis 1956 leprincipal dirigeant de l'Union communiste (Lutte ouvrière), une organisation d'extrême gauche trotskiste, dont l'objectif est «la destruction de l'appareil d'Etat de la bourgeoisie». Hardy le bolchevique a formé et lancé la célèbre Arlette Laguiller,succès électoraux à l'appui: 5,3% à la présidentielle de 1995 (1 600 000 voix) et 20conseillers régionaux cette année. Pendant plus de quarante ans, le visage etl'identité d'Hardy ont constitué l'un des secrets les mieux gardés de la vie politique française. «Les vrais dirigeants de LO sont issus de la classe ouvrière», répète inlassablement Arlette. Son mentor Hardy est pourtant un très bourgeois chef d'entreprise. Il a fondé à Paris, en 1968 et en 1971, l'Epmed (Etudes et publicitémédico-pharmaceutiques) et l'OPPM (Organisation promotion prospection marketing), deux sociétés spécialisées dans la prestation de services et la formation de visiteurs médicaux, qui démarchent les médecins pour le compte d'un industriel. Lorsqu'il s'agitd'améliorer leur efficacité, Robert Barcia passe pour un professionnel très compétent.
En 1989, alors que la profession doit se doter d'un diplôme obligatoire, c'est à lui queles patrons de laboratoire achètent un programme de formation médicale, par l'intermédiaire du Syndicat national de l'industrie pharmaceutique (Snip). Les sociétés de Barcia ont aussi un lien commercial privilégié avec les laboratoires Elerté d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis): Marie-Josée Plotkine, leur PDG, ignorait tout du rôle politique de celui qu'elle considère toujours comme son directeur de la visite médicale. A ce titre, Barcia fut l'un des cofondateurs de l'Association des directeurs de réseaux de visite médicale (Adrev), en 1973. «Nous sommes abasourdis, confie Christian Garbarini, président de l'Adrev, qui vient de découvrir la double vie de Barcia. Je vaisfaire changer l'adresse de l'association.» L'Adrev est en effet toujours domiciliée rueRouvet, dans le XIXe parisien, siège de l'Epmed et de l'OPPM, dont les dirigeants actuels ont porté les couleurs de Lutte ouvrière aux législatives. La surprise est tout aussi intense chez Bernard Lefèvre, actuel directeur export des laboratoires Roche et cofondateur de l'Adrev: «Je fréquente Barcia depuis vingt-sept ans et il semblait totalement intégré à notre univers politiquement plutôt libéral, en s'exprimant de manière toujours très modérée; il y avait donc deux hommes en un.» «Je ne l'aurais certainement pas vu de ce bord-là», renchérit Françoise Jubin, directrice des affaires sociales du Snip, dont la première rencontre avec Barcia date de 1973. Pour ses amis chefs d'entreprise ou cadres supérieurs, qui ont le sentiment d'avoir été trompés par Barcia, certains souvenirs deviennent croustillants: «Au cours d'un dîner de l'Adrev, il y eut une discussion politique où nous laissions paraître nos opinions de droite et où nous nous moquions beaucoup d'Arlette Laguiller, raconte un membre de l'association.Barcia n'a pas réagi.» D'autres disent maintenant comprendre pourquoi il était si discret sur sa vie extraprofessionnelle. Quittant son masque quelques secondes, Barcia ajuste confié, un jour, à un ami PDG qu'il avait connu les geôles de Franco. A l'abri de ses entreprises perçaient sous Barcia les méthodes autoritaires d'Hardy. Deux visiteusesmédicales auraient été licenciées pour des motifs contestables: afin d'éviter les prud'hommes, les dirigeants d'Epmed ont d'ailleurs préféré verser à ces femmes des dommages et intérêts importants. Mères de deux enfants, elles ont été mises à la porte après une demande de temps partiel ou quelques mois après un retour de congéparental. Faut-il croire qu'à l'Epmed ou à l'OPPM, comme à Lutte ouvrière, on juge les enfants incompatibles avec un fort engagement professionnel? Contacté par L'Express,Robert Barcia n'a pas souhaité répondre.
source: http://www.lexpress.presse.fr/Expr [...] ?id=103444
L'Express du 27/08/1998
Arlette et ses gardes rouges
par François Koch
Des militants ascètes, une direction autocratique, une clandestinité maladive: le parti de la sympathique Arlette Laguiller est un réduit trotskiste au centralisme pas très démocratique
Elle signe des autographes aux enfants, Alain Souchon lui a consacré une chanson et les Guignols de l'info lui doivent une part de leur audience... C'est net, Arlette est devenue une starlette. La première femme candidate à l'élection présidentielle, en 1974, qui a plafonné à 2% pendant vingt ans, a bondi en 1995 au-dessus de la barre des 5% avec plus de 1,6 million de voix. Et rebelote cette année: les 3,66% des listes estampillées LO) ont provoqué l'entrée de 20 trotskistes dans les conseils régionaux.
Une structure politique aux pratiques démocratiques très contestées
Cinq mois plus tard, on se demande si cette irruption dans les palais de la République bourgeoise était vraiment désirée par LO. Car en sortant de la pure marginalité, avec son petit bataillon de notables, l'organisation d'extrême gauche doit aux citoyens une réelle transparence. Or elle fonctionne depuis près de soixante ans dans la clandestinité. La direction nationale, dont Arlette Laguiller n'est que la porte-parole, se camoufle avec obstination, surtout, depuis plus de quarante ans, son vrai leader, surnommé Hardy et dont L'Express dévoile le visage. Hardy, Arlette Laguiller, François Duburg, Georges Kaldy, Jean-Pierre Vial, Colette Bernard, Michel Rodinson, ils sont sept, en fait, à tirer les ficelles d'une double structure politique aux pratiques démocratiques très contestées. Contrairement à ce qu'ils affirment, le mouvement Lutte ouvrière, du nom de leur journal hebdomadaire, n'est pas «le parti d'Arlette Laguiller», mais le paravent derrière lequel se cache l'ultra secrète Union communiste (UC), elle-même membre d'une mystérieuse Union communiste internationaliste. Curieuse nébuleuse qui nécessite un décryptage.
Lorsque Arlette naît, en 1940, l'année où Trotski est assassiné au Mexique d'un coup de piolet dans le crâne, l'UC n'a pas plus de quelques mois d'existence. Ses fondateurs s'appellent David Korner, dit Barta, un jeune communiste d'origine roumaine né en 1914 dans une famille de petits commerçants juifs, et Louise, sa compagne âgée de 20 ans, fille d'un socialiste juif autrichien. Cinq ans plus tard, à la Libération, l'organisation trotskiste ne compte pas plus d'une vingtaine de membres, intellectuels pour la plupart. Mais cela n'empêche pas l'UC de provoquer et de diriger, en 1947, une foudroyante grève à Renault-Billancourt, qui accélère le départ des ministres communistes du gouvernement Ramadier. Barta, qui espère que ce mouvement social débouchera sur une grève générale, met en avant un ouvrier de 25 ans membre de l'UC, Pierre Bois, aujourd'hui toujours dans le premier cercle dirigeant du «parti d'Arlette». Depuis un demi-siècle, l'organisation trotskiste n'a pas d'autre fait d'armes de la même envergure à son actif. Pourtant, si l'on en croit ses publications, cette grande grève de 1947 est devenue un sujet tabou pour les dirigeants actuels de l'UC. Parce qu'Hardy et Barta se sont violemment querellés à ce propos, justement à partir de 1947. Hardy a même provisoirement quitté le groupe de Barta avant le déclenchement du conflit de Renault.
Hardy, le rouge
Hardy est un phénomène de la politique française. Il est parvenu à diriger une organisation trotskiste présente à toutes les élections depuis 1973 en restant dans la plus stricte clandestinité: il n'a jamais fait d'apparition publique. La photo que nous publions a été prise en septembre 1995 au cimetière parisien du Père-Lachaise, lors des obsèques du Belge Ernest Mandel, une grande figure de la IVe Internationale (trotskiste). Et, selon nos informations, sous le masque de son fameux pseudo, sa véritable identité serait Robert Barcia, né à Paris le 22 juillet 1928.
«Le culte de la personnalité autour d'Hardy est dans la tradition d'une organisation sectaire»
Une biographie d'Hardy? Introuvable. Selon un ancien de l'UC, il serait issu d'une famille populaire parisienne de militants communistes, aurait été, très jeune, victime de la tuberculose et aurait dû séjourner en sanatorium avant de prendre, en 1956, les rênes de l'organisation, en léthargie depuis cinq ans. Levant le voile sur la violente querelle d'héritage entre Barta et Hardy, le Groupe d'études trotskistes, animé par Louise et Richard Moyon, un ancien de LO, vient de publier un captivant recueil de correspondance de Barta de 1972 à 1976, année de sa mort.
On y apprend que le fondateur de l'UC reproche aux organisations trotskistes en général et à LO en particulier d'utiliser les mêmes recettes révolutionnaires depuis 1945, des simulacres, et prophétise amèrement qu'en l'an 2000 elles seront toujours en usage! Dans un texte interne attribué à Hardy, la réplique est cinglante: en osant écrire, pour expliquer le découragement des militants et la disparition de l'UC en 1951, que «l'arbre prolétarien rejetait en fin de compte la greffe révolutionnaire», Barta a commis un coupable renoncement, qualifié de «pessimisme réactionnaire». Ce qui justifie, aux yeux d'Hardy, que le nom de Barta soit gommé des livres d'histoire: «Un passé auquel on renonce ne nous appartient plus. Pour nous, maintenant, c'est l'organisation et non un homme retiré qui assumait la direction [de l'UC] et inspirait directement tous les actes de nos militants dans la grève de 1947»! Réaction immédiate de Louise Barta: elle accuse Hardy de falsifier l'Histoire avec des procédés staliniens. Insulte suprême, puisque les trotskistes n'ont pas eu de pires ennemis que les staliniens!
Vingt-cinq ans plus tard, cette guérilla entre révolutionnaires remonte à la surface alors que l'existence du leader de l'UC, camouflé derrière Arlette, est désormais connue. Et qu'il est publiquement critiqué. «Le culte de la personnalité autour d'Hardy est dans la tradition d'une organisation sectaire, stalinienne, qui manque de démocratie interne», assène aujourd'hui François Sabado, membre du bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), un autre mouvement trotskiste, qui négocie pourtant en ce moment avec la direction de l'UC une éventuelle liste commune pour les européennes de 1999.
Pour le protéger, et sans doute dissimuler son rôle réel dans l'organisation, Arlette Laguiller le décrit comme un homme sur le déclin: «Hardy est fatigué, comme Pierre Bois; cette génération de militants ne joue plus le même rôle qu'avant... bien qu'ils soient toujours membres de la direction et que leurs conseils comptent beaucoup», expose la célèbre porte-parole, très agacée par le soudain intérêt que suscite son maître.
«Depuis quelques mois, Hardy est malade et il vient moins souvent au comité exécutif, confie Georges Kvartskhava, 61 ans, ex-électromécanicien de Peugeot-Sochaux, aujourd'hui à la retraite. Et s'il ne venait pas au congrès de décembre prochain, ce serait une première.» Ce dirigeant provincial, à la moustache fine et au visage rond et paysan, est l'un des rares authentiques ouvriers de la direction de l'UC et use moins de la langue de bois que les autres. «Fatigué, Hardy est sur la touche depuis trois ou quatre ans, ose Jean-Pierre Vial, 60 ans, l'un des éléments du premier cercle, qui se dit journaliste. En raison de leur âge [70 et 76 ans], Hardy et Pierre Bois ne viennent plus au comité exécutif depuis plusieurs années.» Or, en 1997, l'exclusion de deux anciens membres de cette instance, Yvan Lemaître et José Chatroussat, a été imposée et menée par Hardy lui-même, manifestement toujours nº 1 de l'organisation. De surcroît, leur éviction s'est faite dans des conditions révélatrices des pratiques sectaires et intransigeantes de la direction du «parti d'Arlette». Un psychodrame d'une rare violence, dont nous avons pu lire un compte rendu confidentiel et très volumineux.
Il faut faire le boulot avec Arlette malgré Hardy, presque contre lui
Tout commence en 1996, lorsque Yvan, professeur de lycée âgé de 50 ans et responsable de la section bordelaise, refuse de se séparer d'un couple de militants inscrits dans la caravane d'été de la région Aquitaine, une activité de propagande itinérante. Le rappel au règlement ne tarde pas. Dominique Chablis, membre du comité exécutif, explique à Yvan qu'il faut apprendre aux camarades «à ne pas afficher leurs relations et même à ne pas les laisser percevoir, y compris entre minuit et 7 heures du matin», avant d'ajouter: «Je suis profondément d'accord avec ce qu'a dit Hardy au comité central: à choisir, il vaut mieux être des moines-soldats que des petits-bourgeois faisant de la politique.» Pourquoi faut-il empêcher les deux membres d'un couple d'avoir des activités militantes communes? «Parce que les filles ont tendance à aligner leurs opinions sur celles de leur copain», explique Hardy, qui se fait menaçant: «Les camarades qui ne sont pas d'accord se trompent d'organisation.»
Cette affaire de morale sexuelle n'est en fait qu'un prétexte: Hardy reproche à Yvan de l'avoir critiqué dans son dos. Un militant a en effet rédigé un rapport dénonçant les propos tenus par le responsable bordelais: «Hardy s'enferme sur lui-même et se sent attaqué par tous, devient parano... Il faut faire le boulot avec Arlette malgré Hardy, presque contre lui. Trop de choses reposent sur un seul camarade et cela finit par se traduire par des dérives.» Un complot, une révolution de palais? Pour le moins un crime de lèse-majesté. «Il s'agit, si tu le peux, de réparer le mal que tu as fait et, si tu le souhaites réellement, la perte de confiance que j'ai envers toi, assène Hardy à Yvan. Certains des comportements que tu as eus sont intolérables. Ou tu les regrettes, ou tu les justifies, à toi de choisir!»
Yvan est sommé de jouer le rôle de l'accusé dans un procès de Moscou purement stalinien. Il sait pertinemment que la machine infernale de l'exclusion est lancée. Et parce que, depuis trente ans, le militantisme à l'UC remplit toute sa vie, il panique et se repent auprès d'Hardy: «Je regrette d'avoir eu des discussions en formulant des problèmes sans avoir su te les soumettre ou les poser devant le comité exécutif.» Cela ne suffit pas. Yvan s'avilit devant tout le comité central: «Je regrette des conversations que j'ai eues. Je m'excuse auprès des camarades que j'aurais pu choquer par certains propos. J'ai toujours défendu la politique de l'organisation. Je ne reproche rien à personne si ce n'est à moi.» Impressionnante autocritique. Mais humiliation bien vaine.
Car quelques semaines plus tard, en novembre 1996, «le CE [comité exécutif] condamne néanmoins le comportement occulte du camarade Yvan au sein de l'organisation et son attitude hypocrite vis-à-vis du CE». Motif: «Il a contesté auprès de divers camarades non membres du CE notre politique, a tenu auprès d'eux des propos critiques ou diffamatoires envers certains camarades du CE.» La direction de l'UC ajoute que la morale de l'organisation, qui impose la transparence politique pour tous, donne raison aux militants qui lui rapportent les discussions entendues, encourageant donc l'espionnage à son profit. Avant d'ajouter: «Ceux qui ont besoin du silence sont des adversaires, ceux qui se taisent, des complices.» La sentence tombe.
Un mouvement de 800 militants
Que fait donc Arlette Laguiller, décidément bien silencieuse pendant qu'Hardy produit ses anathèmes? «Elle l'a vécu comme un drame, confie José Chatroussat, patron de la section de Rouen, solidaire d'Yvan. Mais elle s'est rangée, a fait allégeance à Hardy.» Arlette aurait effectivement écrit un petit mot à Yvan: «Voilà, je suis malheureuse, perturbée. Mais j'ai choisi, car j'ai besoin de quelque chose de solide pour tenir mon rôle de porte-parole.» Dans un bulletin intérieur à l'UC, Yvan et José croient pouvoir évoquer les «réticences» d'Arlette, balayées à l'aide d'un chantage d'Hardy: «Avec eux ou avec moi!» «Mensonge pur et simple», rétorque sèchement Arlette.
L'exclusion d'Yvan et de José, avec 70 de leurs camarades, a été définitivement ratifiée le 23 mars 1997 par une assemblée générale exceptionnelle de l'UC. Sur les quelque 800 militants que compte le mouvement trotskiste, seule une centaine a voté contre: les sections de Bordeaux et de Rouen ont reçu le soutien de la Fraction. Unique tendance oppositionnelle face à la direction, la Fraction ne pèse pas plus de 3 à 4% de l'organisation et est née, il y a deux ans, à la suite de divergences sur l'analyse de l'ex-URSS. Selon la majorité de l'UC, la Russie serait un «Etat ouvrier dégénéré», tandis que la Fraction y voit plutôt un «Etat bourgeois depuis les années 80». Pour le leader de la minorité, Jacques Maurand, un professeur de lettres et d'histoire de 60 ans, l'exclusion des Bordelais et des Rouennais est un mauvais coup porté à l'UC: «Lutte ouvrière doit viser à construire un parti révolutionnaire, pas une secte préoccupée seulement de prétendue morale et de comportements, plaide-t-il devant les membres de l'organisation. Le temps du phalanstère est dépassé.»
Il n'empêche. Au nom du comité exécutif de l'UC, Jean-Pierre Vial, petit bonhomme courroucé aux rares cheveux blancs, justifie l'éviction: «Ils ont commis des fautes de comportement - camoufler leurs divergences dans les instances de direction - et ont donc trahi notre confiance, explique-t-il. On ne les a pas envoyés au goulag, ce n'est pas un crime!»
Après leur bannissement, Yvan et José ont créé leur propre organisation trotskiste, intitulée Voix des travailleurs, et revendiquent 180 militants. Aujourd'hui, Yvan rêve à la fois d'une réunification des marxistes révolutionnaires dans un parti à la gauche du PCF... et de son retour à Lutte ouvrière, le mouvement où il s'était engagé, croyait-il, pour toute sa vie. A l'entendre, le seul obstacle, c'est Hardy, devant lequel il faut toujours s'aplatir. «Dès qu'un camarade ose exprimer un doute sur Hardy, cela devient une ``odieuse trahison'', soutient José. Un peu comme un gourou, il gratifie et a le pouvoir de dégrader les militants. Et il invoque la morale avec une phraséologie de cureton.» Ses colères sont réputées. Et ses fidèles leur trouvent des vertus pédagogiques: «Hardy explose quand il entend une ânerie? Certes, affirme François Duburg. Mais tous ceux qui ont été formés grâce à cette ``irritabilité'' ne le regrettent pas.» Est-ce si sûr?
Au-delà de la minuscule Fraction, des militants critiquent la fossilisation du fonctionnement de l'UC, comme son goût maladif du secret. Exemple: Arlette Laguiller affirme que Lutte ouvrière compte 7 000 militants cotisant. Mais combien sont «intégrés», c'est-à-dire ont le droit de voter aux congrès de l'UC? «Je ne vous répondrai pas», se cabre la révolutionnaire romantique, manifestement décidée à refuser le parler-vrai. Pourquoi cacher que l'UC compte environ 800 membres seulement? Pourrait-il d'ailleurs en être autrement, eu égard aux scissions, aux exclusions et aux conditions d'intégration draconiennes?
La discipline, toujours
Signe d'un centralisme poussé à l'excès, chaque incorporation doit être approuvée au plus haut niveau par le comité exécutif, après un parcours du combattant qui peut durer des années. La commission d'intégration juge à la fois le dévouement militant, la vente du journal LO, les distributions de tracts devant les usines et la bonne assimilation des ouvrages de Marx, d'Engels, de Lénine et de Trotski. Originalité de LO, on y cultive aussi une passion pour la culture scientifique et pour les romans. Pas tous. Celui de Thierry Jonquet Rouge, c'est la vie (Seuil) n'a pas été apprécié: l'auteur de romans noirs y décrit pourtant avec talent l'aventure de son intégration dans l'organisation «pro-lé-ta-rien-ne», au travers d'épreuves initiatiques.
Lorsqu'on interroge un dirigeant, il se dit invariablement «membre de la direction nationale». Est-il au comité central (100 membres) ou au comité exécutif (40 membres)? Réponse très réticente, égalitarisme (de façade) oblige. Quant au secrétariat central, instance suprême et qui n'est pas élue: top secret. Aux congrès annuels, la presse n'est pas admise: c'est le huis clos. Il y a dix ans, Gérard Filoche a été le dernier à représenter la LCR à un congrès de l'UC. «Le jour venu, on me donna un rendez-vous secondaire, car le lieu du congrès était clandestin», raconte dans 68-98, histoire sans fin (Flammarion) celui qui, depuis, a rejoint le Parti socialiste. Il se souvient précisément du discours fleuve d'Hardy, long de deux heures pleines, que les militants écoutaient totalement figés, dans un impressionnant silence religieux.
La discipline, toujours la discipline. Et un dévouement total. «Nous choisissons des règles de militantisme, des règles de comportement, y compris sur le mariage, sur les enfants de cadre [dirigeant], etc.», écrit Hardy dans un document interne. Arlette a reconnu publiquement que son organisation était contre le mariage, «l'un des derniers remparts de la morale bourgeoise», et conseillait aux militants de ne pas avoir d'enfant. Car à l'UC l'action politique occupe toutes les soirées, tous les week-ends et une grande partie des vacances, ce qui empêche de «pouvoir donner à des enfants tout ce qu'ils sont en droit d'attendre de leurs parents», explique Arlette. La même Arlette écrivait pourtant dans l'une des ses autobiographies (Moi, une militante, J'ai lu): «Le militant est une personne comme une autre, et qui vit la vie de tous les autres.» De fait, l'immense majorité des membres de l'UC suivent les conseils de la direction et n'ont pas d'enfant (plus de 9 sur 10 au comité exécutif). Y aurait-il d'autres règles étranges dans ce mouvement trotskiste? Il y a deux ans, Hardy déclarait en effet à ses militants: «Il n'y a pas de domaine qui soit réservé: on ne demande pas des rapports à chaque membre d'un couple pour savoir comment cela se passe chez lui, mais, malgré tout, il n'y a rien qui échappe à la discipline de l'organisation.»
Discipline et fidélité. Et immobilisme. L'activité militante à l'UC n'a pas varié depuis soixante ans: pour l'essentiel, distribuer des tracts devant les usines, les «feuilles de boîtes», dans le jargon. Elles sont toutes uniformisées: au recto un éditorial national, au verso des informations brèves, mélange d'analyses de la direction sur l'actualité, disponibles sur un répondeur (01-44-83-08-92), et d'échos sur l'entreprise, réputés irrévérencieux pour les chefs. Ces feuilles de boîtes d'un autre âge, seuls fers de lance de l'organisation, traduisent l'ouvriérisme de LO. Et expliquent son sectarisme vis-à-vis des mouvements radicaux en faveur des sans-emploi, des sans-logement ou des sans-papiers, autant que des associations anti-FN, tous accusés d'être trop pénétrés par les courants d'idées petites-bourgeoises.
Rien ne vaut une «diff» - diffusion de tracts - aux prolétaires de l'industrie lourde. Dans les années 60, à cause des «stals» - entendez les militants du PCF - ces diffs constituaient de véritables actes de bravoure. «En juin 1967, devant Berliet, ancêtre de RVI, à Vénissieux, nous avons ``tracté'' sous la protection d'une centaine de militants, mais 300 stals nous sont tombés dessus en nous balançant des pierres, raconte José Chatroussat. J'ai pris de violents coups de pied et j'ai été traîné à terre. Puis nous avons été embarqués par les flics... avec l'aide des stals!» Trente et un ans après, cela laisse des traces. Michel Rodinson, 53 ans, en a gardé une cicatrice à l'arcade sourcilière. Toutes ces bagarres, dont les années 60 ont été riches, ont aussi profondément soudé les trotskistes entre eux.
En comparaison, les diffs d'aujourd'hui sont des promenades de santé. Tout juste faut-il éviter de les faire exécuter par des ouvriers de l'usine: retraités ou enseignants sont plus appropriés. «Nous faisons aussi des collectes au drapeau devant l'usine, en recouvrant parfois la caméra de surveillance du tôlier, pour l'empêcher de fliquer», raconte Patrice Cunil, 44 ans. Selon ce fraiseur à la Snecma-Gennevilliers, membre du comité central de l'UC, on récupère quelquefois jusqu'à 4 000 francs dans le drapeau rouge de LO. «Je veux la révolution, martèle Patrice. La dictature du prolétariat sera indispensable pour se défendre contre la bourgeoisie, en n'hésitant pas à utiliser des milices armées. Nous ne sommes pas de doux rêveurs!»
En attendant la révolution, l'argent est pour LO le nerf de la guerre. Ses recettes annuelles sont de 14 millions de francs, avec pour principaux postes: les cotisations et dons (5,3 millions), la fête de LO (3,3), le financement public (2,6) et les ventes de l'hebdomadaire (2,3). Officiellement, l'organisation ne compte que trois permanents, dont Michel Rodinson, trésorier et patron du journal, et Henriette Mauthey, attachée de presse d'Arlette Laguiller, tous deux membres du comité exécutif. Mais il y en aurait d'autres. Selon Libération, plusieurs dirigeants seraient salariés de deux sociétés amies: l'OPPM Service (Organisation promotion prospective marketing) et l'Epmed (Etudes et publicités médico-pharmaceutiques). Hardy a lui-même été dirigeant de la première et administrateur de la seconde. Qui plus est, c'est dans les locaux de l'OPPM Service et de l'Epmed, rue Rouvet, dans le XIXe arrondissement de Paris, que se réunirait le comité exécutif de l'UC, tous les samedis matin. Un secret parmi les secrets. C'est qu'il faut, dès le premier grand soir de la révolution, pouvoir basculer dans une clandestinité encore plus totale. Ce n'est donc pas rue Rouvet que des journalistes sont parfois reçus, mais rue d'Hauteville, dans le Xe, c'est-à-dire au siège des éditions d'Avron, qui éditent Lutte ouvrière, dans un appartement de 180 mètres carrés cossu mais étonnamment vide.
Le joyau de l'organisation trotskiste est ailleurs. C'est le château de Bellevue, qui domine la très bourgeoise ville de Presles et la vallée de l'Oise, manoir bien connu du peuple d'extrême gauche pour abriter chaque week-end de Pentecôte la fête de Lutte ouvrière. L'UC en est de fait propriétaire depuis 1981: le superbe parc de 13,2 hectares et le château du XIXe où le général Jacquin organisait jadis des chasses à courre auraient été alors acquis pour la somme modique de 1,6 million de francs. Or l'ensemble vaudrait aujourd'hui entre 5 et 10 millions: dans une vision épouvantablement capitaliste, l'endroit serait la base idéale d'un hôtel de luxe ou d'un Relais-Château, à quelques centaines de mètres d'un golf de haut niveau...
Bizarrement, le trésorier de Lutte ouvrière n'a inclus le château de Presles dans le périmètre des comptes officiels de LO que depuis le 1er janvier 1996. Au cadastre, seul un nom figure: Théodore Topolanski. «Une dizaine de personnes physiques qui nous sont proches sont copropriétaires du château, explique cependant Michel Rodinson. Seuls deux ou trois sont membres du comité exécutif de l'organisation.» Il y a une dizaine d'années, les RG auraient réalisé une enquête sur le castel trotskiste: après avoir repéré les allées et venues de nombreux véhicules immatriculés en Allemagne et en Italie, les agents du renseignement auraient suspecté des connexions entre l'UC et les groupes terroristes de l'ultragauche européenne. Forcément romanesque. Car les amis d'Arlette ne représentent pas un danger pour l'ordre public. La révolution, ils se contentent d'en parler... entre eux, ou dans des publications à diffusion restreinte.
Il faut déchiffrer un texte en microcaractères dans Lutte ouvrière pour découvrir que, pour l'UC, «les travailleurs devront détruire l'appareil d'Etat de la bourgeoisie, c'est-à-dire son gouvernement, mais aussi ses tribunaux, sa police et son armée». On est obligé de lire les 200 pages de la dernière autobiographie d'Arlette (C'est toute ma vie, Plon) pour apprendre que, selon elle, «appeler les travailleurs à ne compter que sur la légalité, c'est les tromper» et qu'ils doivent se préparer aux agressions de la bourgeoisie: «Les classes possédantes n'hésitent pas à recourir aux méthodes les plus violentes et les plus barbares pour défendre leurs privilèges.» De tout cela Arlette évite de parler à la télévision ou dans ses interviews aux journaux qu'elle choisit, Gala ou Playboy tout récemment. Comme elle s'abstient de prôner devant les caméras «la disparition des Etats nationaux et des frontières et leur remplacement par une confédération universelle des nations». Comme elle se garde bien de dire publiquement: «Ce n'est pas en mettant un bulletin dans l'urne que l'on peut rompre avec le capitalisme.» Ces phrases-là, pendant les élections, mieux vaut les ranger au musée de l'histoire... de la révolution russe, «le plus grand événement de ce siècle», écrira aussi l'intarissable Arlette.
Hardy, le leader masqué, a eu il y a vingt-cinq ans une idée de génie, la seule sans doute, en propulsant Arlette sur la scène médiatique. L'employée de banque d'origine modeste est passée maître dans les formules démagogiques, inlassablement répétées: «Droite et gauche ont pris dans les poches des pauvres pour permettre aux riches de s'enrichir encore plus»; ou: «Le PS sert les intérêts de la grande bourgeoisie.» Les dirigeants de l'UC se plaisent à dire que les électeurs d'Arlette sont des ouvriers qui votaient communiste. Or, selon un sondage, ce serait marginal: seuls 1% des électeurs du PCF aux européennes de 1994 ont voté Laguiller en 1995, un taux qui monte à 4% auprès de l'électorat socialiste (enquête CSA à la sortie des urnes). «Un tiers des voix d'Arlette à la présidentielle appartiennent à un courant populiste et protestataire qui aurait pu se porter sur le FN, affirme Jean-Christophe Cambadélis, nº 2 du PS. Reste un tiers qui votent ``LO faute de mieux'', sensibles à la mode Arlette, et un tiers seulement d'électeurs d'extrême gauche.» Même analyse au siège du PCF, où Jean-Paul Magnon, membre du secrétariat national, se dit frappé par «la similitude entre le vote Laguiller et le vote Le Pen, surfant tous deux sur la crise du politique qui affecte tous les partis classiques».
De là à penser qu'il n'y a dans le discours d'Arlette rien d'autre qu'une tactique électorale... Pour faire mentir ses adversaires de gauche, elle devrait un jour se présenter, en démocrate sincère, avec son vrai programme révolutionnaire, sous sa véritable étiquette politique, l'Union communiste. Obtiendrait-elle alors beaucoup plus de 1% des suffrages?
source: http://www.lexpress.presse.fr/Expr [...] ?id=103445
Le leader de Lutte ouvrière serait-il le patron d'une société de services pour l'industrie pharmaceutique ?
(Le Quotidien du Médecin - lundi 12 octobre 98)
Le mystérieux Hardy, le dirigeant invisible de Lutte ouvrière, s'appelleraitRobert Barcia et serait le fondateur de l'Epmed (Etudes et publicité médico-pharmaceutiques)et de l'Oppm (Organisation, promotion et prospection marketing), 2 sociétésspécialisées "dans la prestation de services et la formation de visiteursmédicaux ". C'est du moins ce qu'affirme l'Express dans son dernier numéro qui ajoute qu'il aurait été aussi l'un des co-fondateurs de l'Adrev, l'Association des directeurs des réseaux de visite médicale.
source: http://www2.pharmaceutiques.com/ar [...] 2_rdp.html
E) Dépenses de campagne ; adhérants ; électeurs
Elections Présidentielles 1988 :
Recettes : 6.900.000 FF (1.050.000 environ) dont : dons reçuspar chèques : 6,20% ; avance Lutte Ouvrière :93,5%
Depenses : 6.900.000 FF
Elections Présidentielles1995 :
Recettes et Depenses : 11.350.000 FF (1.730.000 ) : remboursement frais de campagne (plus de 5%)
Profil des militants à Lutte Ouvrière :
Salariés : 87% , Lycéens, étudiants : 13% ; il y a 60 % d'hommes et 40% de femmes
Electeurs 1995
sondage BVA)
âge :
6% des 18/24 ans hommes et 7% des 18/24 femmes
6% des 25/34 ans hommes et 7% des 25/34 femmes
5% des 35/49 ans hommes et 7% des 35/49 femmes
4% des 50/64 ans hommes et 3% des 50/64 femmes
2% des + de 65 ans hommes et femmes
statut:
7% des salariés
6% des chômeurs
6% des étudiants
3% des femmes au foyer
3% des retraités
2% des personnes àleur compte
religion
9% des athées
4% des catholiques
niveau social:
8% des classes moyennes populaires
6% des privilégiés
6% des classes moyennes inferieures
5% des défavorisés
4% des classes moyennes superieures
3% des gens aisés
Message édité par freeman rennes1 le 02-07-2005 à 22:48:53