Compte-rendu : tentative d'ascension du Mont Ventoux
Malaucène -> Sommet (1991m d'altitude)
Distance : 21km
Dénivelé positif : 1558m
Rappel de la situation :
Je pars une semaine en vacances chez des amis non loin du Mont Ventoux et j'arrive un peu en avance, du coup je vais y faire un petit tour par curiosité. Et là je tombe sur un panneau qui annonce la distance et le dénivelé, et c'est le drame. Je me suis tout de suite rentré dans la tête qu'il fallait que je tente de me le faire en courant. Alors que j'avais prévu de prendre une semaine de congé CAP pour reposer mes jambes, je me lance un gros défi avec le profil le plus dur que je n'ai jamais fait et de loin, avec aucun entrainement pour ce genre d'épreuve. Je n'ai en prime jamais couru plus de 2h, plus de 21km ou plus de 380 mètres de D+ (sur la même distance).
La semaine était chargée et est passée vite, le seul moment où c'était possible de le faire était donc vendredi matin, pas le meilleur moment étant donné que juste après je dois rentrer seul en Belgique (8h de route arrêts non compris). De plus, une amie devait me ravitailler tous les 5km en fruits et eau et me redescendre après mais elle s'est malheureusement prise une insolation mercredi : je me retrouve tout seul!
Finalement elle pourra venir me chercher quand j'ai fini (c'est déjà ça) mais je serai quand même seul pour monter car elle doit se reposer.
Avec tous ça cumulé et tout le monde qui me dit que c'est excessivement dur/impossible j'oublie un peu le défi de finir l'ascension du Ventoux en courant pour passer à essayer d'aller le plus loin possible.
Passage chez Décathlon la veille pour me trouver des vêtements adéquats, short + débardeur (rouge pour maximiser mes chances de victoire), ainsi qu'un brassard pour téléphone portable. Au passage j'ai été à Le Pontet, près d'Avignon, je n'ai jamais vu un magasin de sport aussi grand!
Avant course :
Réveil à 6h. Petit déjeuné avec une banane, une orange et une misérable poignée de raisins secs.
Je ne peux pas manger plus car je compte démarrer à 7h-7h15 pour éviter les grosses chaleurs.
Comme personne ne me ravitaillera, je compte partir avec une bouteille d'eau d'1/2L en main et monter une fois en voiture avant pour en cacher une deuxième vers le 11e kilomètres, ainsi que des raisins secs et des quartiers d'orange que j'ai soigneusement emballés aux 7e, 13et 18e km.
Malheureusement avec toutes ces conneries et le trajet qui a duré plus longtemps que prévu je n'arrive sur place qu'à 8h passé.
Il commence déjà à faire chaud...
Du coup je zappe la montée en voiture pour cacher les ravitos, pas le temps, je partirai avec une bouteille d'1/2L à la main et je bourrerai le plus de bouffe possible dans mes poches (j'ai su mettre deux quartiers d'oranges et deux poignées de raisins secs) et on verra ce qu'il se passe! Vive les poches à tirette sur ce coup
Je me gare juste à coté du départ pour 21km, puis je me prépare. Quelques étirements, photos, installation du brassard, ... C'est pas le plus confortable ce truc et assez lourd avec mon téléphone de quasi 180g. Mébon, j'en ai déjà plein les poches, 0,5kg à la main et près de 700g aux pieds on est plus à ça près!
8:14 Top Départ!
Ça monte pas trop fort les premiers mètres, mais je pars tranquille en mode EF, pas envie de me griller et de le regretter après!
Après 500m j'ai mal au bras à cause de la bouteille, je dois déjà alterner les mains pour les reposer
Mais ils n'étaient pas bien réveillés, après quelques minutes bien chaud plus de problèmes à ce niveau
Les premiers kilomètres ça va je gère l'effort, je suis à un rien plus que 6'/km. Je me retrouve en même temps que deux cyclistes hollandais, un père et son enfant de 12-13 ans, ils vont un rien plus vite que moi (même pas un 1/2 km/h) mais ils s'arrêtent assez souvent pour ravitailler du coup on va se voir tout le long de la montée!
4km - Je ne sais pas si c'est parce que je m'attendais à avoir les jambes qui piquent après 2 ou 3km et que ce n'est pas le cas, mais je me sens très bien et j'ai envie d'accélérer!
Je me retiens car sinon je le regretterai plus tard, l'objectif n'est pas d'aller chercher le chrono mais d'aller le plus loin possible. Je ferai quand même mon meilleur kilomètre en 5'44''
6km - Une femme touriste à l'arrêt avec sa voiture prend pleins de photos de moi quand je passe à coté d'elle
Ça motive, en plus je commence à croire à l'exploit car les jambes tiennent bien mieux que prévu mon état reste stable
7,5km - 49' Il est aux alentours de 9h, c'est l'heure du petit déjeuner et je commence à avoir faim l'estomac réclame
Du coup premier arrêt ravitaillement : une demi boulette d'alu de raisins secs, une gorgée d'eau pour faire passer le goût sucré et c'est reparti. Niveau jambes je gère, mais là en repartant c'était quand même assez raide! On y croit!
9km - on se prend une portion plus raide. Je me rends compte que j'irais aussi vite à pied tout en me fatiguant moins, sauf que le contrat c'est de faire l'ascension en courant, donc je marche pas!
11 km - Je dépasse une femme à vélo qui peine un peu, bien sympa :
- "Vous allez jusqu'au sommet en courant?"
- "On va essayer on y est pas encore!"
- " Mais si on a fait le plus gros, courage!"
- "Merci!"
Ça remotive! Du coup j'ai accéléré un peu haha
Il y a pas mal de cycliste qui mon encouragés c'est chouette comme ambiance, "très bien!", "félicitation!", "courage!", "tenez bon!" à la fin j'en avais presque marre de dire merci
J'ai refait un ravito 500m plus loin, je pensais la revoir mais non
13km - là ça commence à devenir très dur!
On se prend une montée à 12%, tous les cyclistes s'arrêtent et marchent à coté de leur vélo. Moi je m'en fou chui un warrior, je continue à courir
Je double pas mal de cyclistes du coup. Ils sont tous à coté du vélo, sauf un, qui me double à peine plus vite que moi en me montrant le pouce en dépassant
Les jambes commencent à piquer sévère
Je me refais un ravito quand ça remonte un peu moins pour soulager les jambes, mais jusqu'au bout ça va monter fort maintenant.
14km- J'ai le petit orteil droit oppressé, en feu
Comme si ma chaussure était en taille 40... Je m'arrête et j'enlève chaussure et chaussette, rien de spécial
Ça doit être mes chaussures qui commencent à avoir fait leur temps, je cours avec depuis avril 2012 quand même.
Ensuite j'y pense plus mais après la course j'ai remarqué que j'avais une ligne de corne en dessous des deux petits orteils, ça me faisait des orteils triangulaires
en remettant ma chaussure une allemande et son mari m'encouragent
15km - Je commence à souffrir et il commence à faire chaud! Je repasse l'allemande
C'est cool parce que les bornes annoncent "sommet à x km", et mentalement j'ai l'impression d'avoir beaucoup plus facile en me dire qu'il ne reste plus qu'un 6k à faire que de me dire qu'on est qu'au 15e
16km - Ligne droite interminable
Je mange mon deuxième quartier d'orange et je commence à me dire que je vais peut-être le faire!
17km - Je commence à sérieusement peiner! Je m'arrête et mange ce qu'il me reste comme raisin, et fini les quelques gouttes qu'il restait de la bouteille de 50cl. L'allemande me redépasse en me faisant un sourire l'air de dire "Allez!"
J'ai plus d'eau, j'ai plus à manger, j'ai plus de jambes, il fait super chaud, il reste 4km, je vais mourir
Les 4 derniers kilomètres sont ultra difficiles, faut débrancher le cerveau
J'ai cru que je n'irais pas au bout, mais à 3km to go on a une vue sur le sommet, je ne peux pas abandonner ici je suis obliger d'aller jusqu'au bout!
Je ne sais pas d'où il sortait (tour de France?), mais un panneau "Ravito 200m" en pleine galère m'a bien fait chier
Et là, c'est le drame. J'aurai été plus fort que Runtastic, il a décidé d'abandonner au 19e km. Je mettais en pause à chaque fois que je m'arrêtais pour ravitailler pour avoir les données et le temps de montée en courant et voir le temps total d'arrêt mais en appuyant sur pause il a freezé et pas moyen de le ravoir
A partir de là je fais 30s de pause à chaque épingle, j'en peux plus au bout de quelques centaines de mètres ça brûle. La fatigue est clairement musculaire car je n'ai pas de mur et quand je redémarre j'ai l'impression d'être frais les premiers mètres!
20km- Plus qu'un kilomètre et 100m de D+! Mais tout au soleil.
Et je crève de soif!
Je fais ce que je souhaite être ma dernière pause et on repart pour le final!

20,5km - Je suis dans mon monde, mais en passant à coté d'un photographe qui m'encourage après m'avoir pris je lance : "vous n'auriez pas de l'eau?"
"euh si j'ai pleins de bouteilles là en face. Vous êtes déshydraté? Vous avez l'air de souffrir ça va?"
"Ma bouteille est vide depuis 4km
"
"Attendez voilà pas mal de cyclistes, c'est l'heure de pointe haha. Je les prends et je vous donne ça"
"Oui j'imagine, pas de problème j'attends!"
"Je bois 5L d'eau par jour moi, les gens ne me croient jamais quand je leur dis. Et je pisse tout le temps par là du coup. C'est meilleur pour les reins que de ne pas boire assez." (Magne toi un peu le jonc j'ai soif!
)
Il m'a rempli mon demi-litre, que j'ai afonné, puis il me la reremplie pour la route.
Heureusement qu'il n'y a pas de poubelles et que j'avais toujours ma bouteille vide en main
"Merci beaucoup!"
"De rien, ce n'est que de l'eau. Si vous en avez besoin en redescendant..."
Pour le remercier je m'étais dit que j'allais prendre sa photo, mais je ne me trouve pas sur son site.
Bon après à 17€ la photo c'est pas plus mal
J'aurais quand même été curieux de voir la tête que je faisais dessus...
Plus que 500m, ça va beaucoup mieux depuis que j'ai bu! à un moment je lève les yeux, et je vois plein de monde, dès cyclistes partout! Putain je vais le faire!
Je continue de courir jusqu'au point culminant de la route, puis encore un peu dans les pierres pour aller jusqu'au sorte de phare pour aller le plus haut possible. And I AM A FINISHER yeahhh!
Un coup d’œil à l'heure, 11h09. J'aurai donc même fait le sub3h, ça nous donne 2h55
(tout compris : course, pauses, ravitos, ...)
Avec un peu plus d'eau il y a moyen de bien descendre le chrono je pense car je me sentirais beaucoup mieux sur la fin où j'ai fait pleins de pauses. Et encore plus si je fais un minimum d'entrainement en côte/le fais en course.
Je me suis assis sur un plot pour reprendre mes esprits, et je revois l'allemande et on se félicite
Ensuite j'essaye d'appeler mon amie pour voir où ils en sont. Bordel les appels ne passent pas, qu'est-ce que c'est que ces conneries? Comment je vais renter?
Heureusement que je leur avais dit de monter pour 10h30/11h si je ne donnais pas de nouvelles (en cas de batterie vide ou autre), ils me voient après 5 bonnes minutes
Pour aller à la voiture il faut redescendre 500m dans des pierres car c'est trop bondé pour monter jusqu'en haut. Quand je prenais appuis j'avais les jambes qui tremblaient
Par contre j'ai récupéré très vite, j'étais beaucoup moins mort qu'après un 10km nature! Fin d'après-midi je ne sentais déjà quasi plus rien, et le lendemain matin la seule trace de la course était de légers coups de soleil sur les épaules. C'est sans doute parce que le facteur limitant était musculaire, niveau énergie et souffle et il n'avait aucun problème j'avais pas mal de marge!
La dernière et seule autre fois je pense que j'en ai chié de la sorte c'était lors de mon premier semi-marathon où je m'étais pris un mur au 16e km. C'est aussi sans doute la dernière fois où j'ai autant kiffer!
Juste après avoir fini je me disais "Je l'ai fait! Je ne dois plus le faire!", mais maintenant après coup la seule envie que j'ai c'est de recommencer
Ça fait beaucoup de bien d'aller au bout de quelque chose qu'on est pas sur de pouvoir faire et d'aller au bout de soi-même!
D'ailleurs cette expérience va peut-être changer mon calendrier, mais j'en parlerai plus tard.
J'ai passé un super moment et je ne regrette pas du tout de m'avoir lancé ce défi un peu fou! J'en retiens de bons souvenir et je me suis bien amusé.