CR Ultra – 560Km/6400m
https://www.strava.com/activities/14593434171
L’idée est de faire le tour du département au plus près de ses frontières, cut-off 34h. Le parcours est découpé en 8 segments avec un CP tous les 70km environ et 2 bases de vie, une au CP4 (Pk280) et une au CP5 (Pk360).
Ca va être assez clinique comme CR parce que ça reflète la manière dont ça s’est passé, donc ne vous attendez pas à de la croustillance
et j’avais pas prévu de faire long, c’est ratal
Jour 1, 8h : retrait de la plaque, café. Il fait froid, je me couvre pas mal, vu l’heure ça ne durera pas mais aucun intérêt de partir refroidi. Par contre je panique un peu. Côté participants, de tout : quelques jeunes pleins d’assurance en CLM ou S-Works, quelques quarantenaire manifestement aguerris à la longue distance (Rapha ça ment pas), l’essentiel étant des quinquas en maillot de club probablement anciens coursiers amateurs. Je suis probablement celui qui a la grosse capacité d’emport (el famoso camping-car) mais tout n’est pas plein vu qu’il faudra se découvrir, embarquer de la bouffe aux ravitos etc
Départ 9h, le premier tronçon est une ligne droite de 10km et ça part pleine balle. J’ai jamais vu ça sur un truc d'endurance, aucune idée d'à combien ça roule devant, 40, 45 ? Là dans la tête il y a Henri Pescarolo commentant les 24h du Mans qui dès le 1er virage où les mecs allument les pneus balance « attention à ne pas partir trop fort, c’est long 24h ». Tu m’étonnes Henri. Je laisse partir et me cale à mon rythme d’autant que j’ai pas les jambes de ma vie. Bonne explosion les mecs
J’ai ensuite peu de souvenirs de la première journée, concentré sur mes metrics (no offense Gatt, ça a été exactement ça). Le plan c'est une barre/gel/compote tous les 25-30km, les côtes sont gérées au capteur, hydratation à chaque fois que j’y pense, que quelqu’un d’autre boit autour de moi ou qu'il y a de l’eau dans le paysage (rivière, cascade, lac…). Chaque CP est calibré : virer les déchets, pipi, bidons, manger, prendre un peu de bouffe dans le maillot et ça repart. Après le CP1 je me retrouve à rouler avec un gars sympa avec qui ça matche côté tempérament, il est un peu plus fort mais clairement c’est un super compagnon de route. On roulera ensemble toute la journée. Côté relief on alterne les fonds de vallée tout plats et les taquets à 10-12% quand on tape droit dans la pente, c’est moyennement cyclist-friendly à mon goût. J’ai eu un pépin méca sérieux : trouver le bon spot pour s’installer, la tête froide, ne pas se précipiter, analyser, solutionner, repartir. 10’ perdues, impact mental : zéro. Le poto me dira après que lui aurait tout arraché à ma place, il pige pas comment j’ai gardé mon calme
Après le CP2 (vers 14h) ça s’aplanit peu à peu mais on a un vent de face régulier et consistant qui va nous poncer toute le reste de la journée. Le creux poplité gauche commence à donner des signes d’alertes, je gère la puissance pour que ça tienne. CP3 : Doliprane, téléphone en charge sur la batterie externe pour arriver plein au CP4 pour la nuit. Le poto fait le gros du boulot, je passe des relais du mon mieux, on roule à 3 mais je commence à me sentir franchement usé. Le CP4 est atteint vers 22h avec 2h d’avance. Le plan de marche était très prudent et donc mon drop-bag était prévu au CP4, le poto repart vers le CP5 comme la majorité pour y dormir plus tard. 3h30 d’arrêt prévu, je décide de rallonger pour bien récupérer et bien préparer la 2ème journée vu que je me sens déjà entamé physiquement : dans les objectifs il y a celui de finir dans un état correct c’est à dire pas ruiné, pas détruit mentalement, pas d’hallucinations, pas de coup de chaud, de système digestif verrouillé ou d’effondrement physique.
Côté mental, RAS, c’est « égal » et sans la moindre émotion, je déroule froidement un plan
. Un peu de regret d’avoir passé autant de temps à rouler en fixant d’un regard vide un dérailleur arrière, c’est pas trop ce que je viens chercher mais ça a permis de gagner du temps et d’économiser de l'énergie. Douche, repas copieux, massage à la crème anti-inflammatoire sur tout le genou gauche et l’intérieur, préparation du vélo, GPS et powerbank en charge, préparation des fringues du lendemain etc, tout ça en suivant la check-list préparée dans dans le drop bag. Extinction 23h45 avec bouchons d’oreilles et bonnet sur les yeux pour 2 cycles de sommeil soit 3h avec le téléphone précédemment rechargé (héhé) en vibreur à l’intérieur du maillot (héhé, merci à Guez pour l’astuce).
Bilan jour 1 : 280km à 75% en groupe, 2900m, 24km/h de moyenne roulante, 1h d’arrêt + 5h40 de « nuit », 5400kcal
Jour 2 : ça sonne vibre à 3h. Je me réveille avec l’impression d’avoir fait une excellente nuit. Les jambes un peu lasses mais aucune douleur nulle part. Petit dèj perso prévu dans le drop-bag, rangement et ça décolle seul à 3h40, très couvert (buff, couvre-orteils, manchettes sous le maillot ML, gilet…) alors qu’il doit faire 8-10°C mais là aussi j’ai aucune envie d’y laisser de l’énergie. Je sais que je repars en fond de classement mais rien à battre, j’applique mon plan
. Contrairement à la veille je me sens en jambes, la fatigue est là mais les sensations sont bonnes, je me sens bien reposé, lucide, « en forme ». Ca roule bien jusqu’au CP5 ou je trouve 2 gars partis plus tôt du CP4. Je repars après eux, les rattrape sur un arrêt puis les dépose aussitôt à la faveur d’une descente (les prolongateurs, vrais savent). Il fait jour, les jambes tournent bien, le relief est raisonnable, ça souffle arrière léger. J’en profite pour bien rouler sans m’emballer tout en profitant du paysage. Ce sera la seule partie du week-end où je vais vraiment trouver les sensations que j’aime à vélo
Et puis à 15 bornes du CP6, ça devient infernal avec des taquets infects sans interruption , le ClimbPro affiche que du bordeaux dès que ça monte
J’étais frais sur 140 bornes, j’arrive au CP6 frais comme la bouteille de rosé de la veille. Repas très copieux pâtes+patates et ça repart, reste 130km donc ça va le faire : j’allume le livetrack pour la famille, il était coupé depuis le départ pour économiser la batterie. Normalement on aurait dû avoir un tracking via une appli fournie par l’orga mais ça n’a pas fonctionné pour la majorité des participants.
La fin de parcours est éprouvante avec 1700m de D+ sur 130km. J’essaie de maintenir en haut de Z2 en côte, ça passe souplement en danseuse mais peu à peu le cerveau refuse la brûlure aux cuisses en étant sur la selle et je me retrouve souvent à mouliner en bas de Z2. Arrivé au CP7 il n’y a plus rien qui passe côté bouffe, j’ai dû trop manger au précédent. Rien à battre vu ce qu’il reste : pit-stop de 2’ grand max, reste 65km, je veux en finir. La fin est traîtée comme un exercice de patience et de résilience tout en restant positif, les pires taquets (9-10%) sont passés en danseuse souplement en évitant d’aller taper plus de 200W et le reste en gérant tranquillement pour rester sur une ETA raisonnable aux alentours de 17h : le cut-off est à 19h, il y a 3 gars derrière moi qui ne reviendront pas, y’a juste à gérer, froidement, une bosse après l'autre, un kilomètre après l'autre, sans s'arrêter, sans le moindre doute sur l'issue inéluctable
A une quinzaine de km de la ligne c’est la dernière longue descente bien sinueuse vers la vallée, la récompense : j’envoie donc fort intelligemment 300W dans du 8%
, il n’y a qu’un groupe de motards qui me doublera. Seulement 53km/h, j’ai rigolé en pensant à Pulpipi vu qu’avec un 52 j’aurais tapé 60+ sans problème (on pense à des trucs débiles à des moments idiots des fois
). Les 4 derniers km en fond de vallée auraient été une formalité sans le vent de face et le trafic routier qui frôle en continu mais dans la tête, ça fait longtemps que « c’est fait ».
Arrivée au PGO : Applaudissements du staff, médaille, quelques rondelles de saucisson en récompense vu que jusqu’ici je n’ai mangé que des trucs qui matchaient avec ma « stratégie nutrition » et ce sera le retour à la maison. Et pas de bière parce que la récup’ fait partie de l’épreuve et qu’elle sera gérée rigoureusement jusqu’au bout
Bilan 2ème journée : 282km 100% solo, 3400m, 22.3 de moyenne, environ 45’ d’arrêt, 5600kcal
L’analyse : Les féloches pour « l’avoir fait » au sens sportif de la part des amis, collègues, sur Strava ou ici, ça fait toujours très plaisir et ça flatte l’égo parce qu’on a l’impression d’être quelqu'un d'exceptionnel, un athlète hors-norme ou je sais pas quoi. Ne me définissant pas vraiment comme « sportif » et étant objectivement un cycliste lambda (mes datas sont publiques pour ceux qui en doutent), la véritable et profonde satisfaction c’est de récolter le résultat de plusieurs mois de boulot (le régime, la préparation mentale, la trace, la logistique, la préparation au sommeil, la régularité et la rigueur sur l‘entrainement, les grosses sorties de préparation y compris le BRM "nawak" dont les erreurs faisaient évidemment partie du plan
) et de dérouler à la lettre pour aller au bout alors qu'il y a eu 8 ou 10 abandons sur 36, la majorité devant moi. Ca a commencé à péter devant dès la moitié du premier jour en fait
La copie :
Sommeil (durée, conditionnement) : conforme au plan, très content du résultat, pas un coup de fatigue le 2ème jour (sauf un peu dans la voiture au retour
)
Nutrition (quantité, qualité) : conforme au plan, sauf au CP6, j'ai eu peur de manquer de carburant pour finir
Hydratation : conforme au plan, ravitos « perso » entre 2 CP les après-midi sur des POI intégrés à la trace
Physique : perte de perf petit à petit sur la fin du jour 1 et la fin du jour 2, mais de manière progressive, pas d’effondrement.
Logistique et vêtements : très content. J’ai jamais eu trop chaud ou trop froid, ni manqué d’un matériel. Il y a quelques trucs qui ne m’ont pas servi (écouteurs, support téléphone, gants longs, batteries en trop pour l’éclairage…) mais ça me parait pas plus déconnant que de ne pas avoir eu besoin de la couverture de survie ou du coupe-pluie.
Mental : stable, égal, très peu d’émotions. C’est le point le plus paradoxal : d’un côté c’est super satisfaisant d’avoir fait un sans-faute sur cette partie-là, de l’autre c’est dommage de ne pas s’être un peu plus émerveillé des paysages à couper le souffle, des changements de végétation, de la partie « nuit » le 2ème matin qui est toujours un moment particulier et de la ribambelle de châteaux, églises romanes, rivières, villages perchés, etc. Le peu de photos parle de lui-même.
La suite : c’est un format un peu trop « assisté » à mon goût et du coup j’en ai fait un truc trop millimétré. J’aime bien la logistique, bosser la trace, calculer les PdM mais là ça a trop pris le pas sur le plaisir de rouler et j’ai trop roulé pour rouler. J’ai des souvenirs bien plus nets et plaisants de randos solo ou de BRM qui ont eu lieu il y a 2-3 ans, là c’est assez « neutre » et flou comme impression alors que c’était hier et avant-hier. Je n’irai pas plus loin dans la difficulté, même sur des formats BM ou RAF 500 c’est hors de portée. Donc a priori je vais poursuivre sur les BRM, voir l’an prochain pour le tour du 47 dont on m’a parlé (490/5500), j’aimerais essayer l’itinérance mais c’est compliqué de partir sans ma famille plusieurs jours
Bref, j'ai fait du vélo 
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Pain is temporary. Quitting lasts forever.