l'Antichrist | Larry_Golade a écrit :
Les animaux les plus évolués (dont l'homme) ont des sentiments, de la volonté, une conscience d'eux même.
Et pourquoi qu'il a tout fait à son image SAUF l'omnipotence?
D'ailleurs pourquoi donner à l'homme tout ce merdier d'intelligence si c'était pour lui interdire de "manger le fruit de la connaissance"?
Fallait faire que des animaux alors.
C'est comme laisser un chien devant un steack et lui ordonner de pas le bouffer.
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Proute2000 a écrit :
Le monde est donc créé uniquement pour l'Homme, lui seul a une âme... et tout le reste des animaux sont seulement des automates/robots uniquement créés pour servir l'Homme !
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Iryngael a écrit :
D'autant que bon, interdire de manger le fruit de l'arbre de la connaissance, bonjour l'obscurantisme originel ouais !
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Il est vraiment dommage que les participants à ce topic s'obstinent à ne pas vouloir comprendre que le récit biblique de la chute d’Adam et Eve n'a que le sens métaphorique d’une lutte pour la vie, rendue nécessaire par une nature marâtre qui, littéralement, nous plonge dans le besoin, une nature qui, n’assurant pas spontanément notre subsistance, nous force à la lui arracher par tous les moyens de l’artifice scientifique et technique : c’est du destin du travail dont il est question dans cet épisode de la bible, un destin non pas tragique comme il est dit souvent (le travail serait une malédiction, une punition, une contrainte contraire à la nature humaine), mais au contraire libérateur et moyen de l’accomplissement de l’humain en l'homme(être dual par excellence, naturel et surnaturel).
Comme activité de transformation de la nature, le travail n’est pas une activité contre-nature qui nous détournerait de nous-mêmes, mais au contraire une loi de la vie qui fait de l’homme ce qu’il est, le révèle à lui-même dans sa double dimension culturelle et spirituelle. C’est pourquoi, si tout travail est une activité, toute activité (animale) n’est pas un travail de dépassement de la nature (l’animal, même intelligent, n’en est pas capable). L’homme n’a pas de " nature " pré-déterminée, mais se produit lui-même par le travail. C’est par la transformation du donné naturel qu’il s’humanise, se forme lui-même, devient en acte ce qu’il était au départ seulement en puissance. Loin d’être l’obstacle à la réalisation de soi, le travail est au contraire un acte de liberté par lequel l’homme parvient à s’émanciper de la nature précisément en la contraignant, en s’imposant à elle, en la dominant, en lui imposant ses désirs.
Sur ce plan, le récit biblique nous rappelle qu’il existe un sens féminin au travail. Dans l’ordre de la reproduction humaine, le travail a le sens des douleurs qui précèdent l’expulsion de l’enfant. Cette rencontre du sens obstétrique du travail avec son sens commun n’a rien d’anodin. La bible nous suggère simplement l’existence d’une répartition des tâches dans l’ordre de cette défense de la vie qu’est le travail. A la femme la reproduction de la vie au niveau de l’espèce, à travers la loi des générations. A l’homme cette reproduction au jour le jour de la vie qu’est le pain quotidien qui permet aux forces de se reconstituer jusqu’au lendemain. Mais, travail féminin ou travail masculin, le travail apparaît fondamentalement comme une production vouée à assurer la reproduction. En produisant l’enfant, la femme reproduit l’espèce, en produisant des biens de subsistance, l’homme, au sens générique, se reproduit lui-même, c’est-à-dire survit et se recrée continuellement face à la menace de la mort.
Ainsi, qu’il s’agisse des douleurs de l’enfantement pour Eve, ou de la sueur promise à Adam, le propre du travail est d’être étranger au plaisir. L’étymologie même du terme l’indique : le tripalium, terme latin, désigne à l’origine un instrument de torture. Le travail reçoit à l’évidence sa pénibilité essentielle de sa nature même, qui est d’être une perpétuelle reconquête de la vie contre la mort. La logique est ici celle du mouvement contre l’inertie : la vie est un mouvement qui s’arrache à l’inertie de la matière, mais c’est la même matière qui, morte à l’origine, est devenue vivante. Le mouvement de la vie, parce qu’issu de la matière inerte, est donc sans cesse menacé d’être repris par l’inertie. Pour survivre, la vie humaine doit s’évertuer sans cesse à contrebattre la tendance naturelle de la matière à l’inertie. Cette lutte, pour forcer la matière à ce qu’elle ne veut pas, est par définition pénible, comme tout effort qui vise à contrarier une tendance opposée. Car ce n’est pas seulement l’inertie de la matière étrangère à moi qu’il s’agit de combattre, en tant que nature hostile et rebelle à mes entreprises, c’est encore ma propre inertie, l’aspiration de tout mon être au repos, qu’il faut surmonter. A chaque instant la nécessité du travail doit s’imposer contre la tentation de " baisser les bras ", tentation redoublée, au sein d’une nature qui ne veut pas se laisser faire, par la propension de ma propre nature à recherche le plaisir bien plus que la douleur de l’effort. On voit alors que ce qui fait la pénibilité essentielle de tout travail, c’est qu’il n’est pas de travail qui ne soit en même temps travail sur soi : l’homme doit donc apprendre à se vaincre lui-même, effort que l'animal ne connaît pas. Dans cette victoire sur soi-même, c’est l’aspect culturel du travail que l’on voit apparaître : le travail est oeuvre de transformation de la nature par laquelle l’homme se transforme lui-même. Humanisation de soi et de la nature, le travail porte en lui la même promesse d’avenir et de nouveauté que l’enfant à naître.
En reproduisant sa vie, l’homme qui travaille se produit donc lui-même comme être humain. Une fois encore, l’implicite de la sagesse biblique demande ici à être interrogé : il est remarquable, en effet, que Dieu ne condamne que l’homme au travail. Puni lui aussi, le serpent n’est pas pour autant condamné à travailler. C’est en laissant faire la nature, manifestement, que la vie animale peut se développer. Tout autre est la vie humaine qui, à la différence de la vie animale, ne peut s’épanouir qu’en s’opposant, par le travail, à la nature. La sagesse biblique a perçu que le travail était une activité spécifiquement humaine. Mais penser que le travail est ici attribué à la malédiction de Dieu simplement parce qu’il faut rendre compte de ce qui apparaît, en tant que pénible nécessité, comme une condition injuste, serait sous-évaluer la sagesse déposée dans le texte. Celui qui écrit ce passage de la Bible sait que des problèmes autrement plus graves sont à l’oeuvre derrière le phénomène du travail.
C’est pour cela, à l’évidence, que le récit met en avant l’épisode de la tentation. S’il y a malédiction du travail, c’est parce que l’homme a désobéi à Dieu en cédant à la tentation. Que signifie cela ? Si l’on part du présupposé selon lequel les animaux ne travaillent pas, et seul l’homme travaille, le récit de la tentation est là pour marquer l’origine de cette différence. La tentation n’est là que pour signifier la liberté. Seul un être libre peut, en tant que tel, être susceptible d’être tenté, en maintenant ouverte l’alternative propre à tout choix libre : céder à la tentation, ou au contraire y résister.
C’est donc par un fait de liberté que, paradoxalement, l’homme se retrouve condamné à la nécessité du travail : il a cédé à la tentation au lieu d’y résister. Or le fruit interdit est celui de l’arbre qui permet de connaître le Bien et le Mal. Ce qui est proposé à Adam et Eve à travers cette tentation, c’est de sortir de leur état d’ignorance, de la condition d’" imbéciles heureux " qui est la leur, au sens propre, au jardin d’Eden : c’est par un acte de liberté que l’homme s’asservit à la matière, un asservissement à la matière qui, cependant, est associé à la connaissance, y compris et peut-être d'abord scientifique, et qui délivre l’homme de cet asservissement dans l’ordre de l’esprit qu’était l’ignorance première où il se trouvait. L’ouverture d’une lutte contre une nature hostile qui témoigne de l’instauration d’une histoire, par opposition à un état premier d’ignorance et d’insouciance où l’idée même d’événement demeurait impensable : la Chute marque l’événement premier, instaurateur du malheur et donc de l’histoire. Désormais asservi à la loi du travail, l’homme, aux prises avec la matière, entre dans une histoire dont la succession événementielle pourrait bien être rythmée par les victoires de son esprit sur l’inertie de cette même matière. L’homme est tout entier dans cette histoire où, malgré la malédiction du travail, il a pris, dès l’origine, le parti de l’esprit. Car telle est, sans doute, l’ultime question que l’on pourrait renvoyer au texte biblique : qui, de l’homme ou de Dieu, est vraiment responsable de la Chute ? N’était-ce pas vouloir le péché que de mettre, au beau milieu du Jardin, un fruit si tentant ? Lorsque la tentation est ouverte pour l’éternité, qui est le plus coupable, celui qui finit par céder, ou celui qui a tenté ? L’histoire ne dit pas combien de temps Eve a su résister aux séductions du serpent. Mais on a de bonnes raisons de penser que Dieu voulait se donner un prétexte pour amener l’homme à se connaître lui-même, en le forçant à se mettre au travail ; par où l’on voit combien effectivement ce récit de tentation et de Chute devait trouver sa place dans une Genèse, puisque c’est réellement en se mettant au travail que l’homme, sorti des mains de Dieu, naît enfin à lui-même. |