Humwawa | Citation :
Tout le monde est passé bien vite sur ces trois messages (que je découvre comme par "miracle" aujourd'hui seulement), vraiment intéressants pour nous mettre sur la voie d'une compréhension de l'expérience phénoménologique du religieux. Bien sûr, il n'est pas question d'en rester là : il faut aller jusqu'au bout de la démarche pour trouver Dieu lui-même, comme l'a fait Spinoza à travers l'idée de "causalité immanente".
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Pour tout te dire, j'ai urgement envie d'en rester là, m'en empeche simplement le fait qu'on ne sache passer de la matière organisée en neurone au sentiment élémentaire (en supposant qu'il n'y en a qu'un, ce qui m'étonnerais assez logiquement il y en a autant que d'émotion et de cause mais c'est pour poser le débat). Le sentiment élémentaire c'est le sentiment le plus confus, le plus gris qu'on puisse imaginer, naissant du sein par exemple des ganglions nerveux d'un invertébré.
J'ai comme idée que ce "sentiment élémentaire" qui n'est pas conscience de soi mais qui vit déjà en "soi", tel que je l'imagine se developper au sein d'une fourmis qui palpe sa voisine ou d'un escargot qui retracte ses cornes n'a pas grand chose à voir avec la divinité
Or c'est le seul point de contact avec le Réel dont j'ai besoin.
Mais voyons...
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Car à la phénoménologie intentionnelle ou transcendantale d'un Husserl, qui au fond ne nous livre que du constitué (et c'est pourquoi elle relève d'une "connaissance du second genre" dont l'immense mérite est certes de nous arracher à la "connaissance du premier genre", ce savoir naturel qui est celui de la vie "naïve", savoir pratique, utile, à la fois imaginaire et passionnel, obtenu par ouï-dire, par la tradition et surtout par les sens, et en même temps de nous faire désirer un "troisième genre de connaissance" qu'elle est elle-même incapable de nous donner - juste nous le faire "penser" comme finalité métaphysique dans un jugement "réfléchissant" de type kantien), puisqu'elle dépend encore de l'effort du phénoménologue (le vôtre en l'occurence !), de son initiative et de la méthode mise en place, il faut substituer une phénoménologie matérielle vraiment respectueuse de la réalité vécue : pour trouver Dieu lui-même, il faut "réduire" toute médiation (réduction radicalisée par rapport à la réduction phénoménologique husserlienne), toute méthode "ad hominem", pour partir directement du Commencement lui-même, c'est-à-dire de cela qui se manifeste par soi, sans dépendre de nous, bref il faut échapper à des "démonstrations" a-posteriori qui, par définition, ne peuvent donner en personne une révélation originaire.
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Je tire un peu la langue mais le message me semble clair. Tu perçois le fait même de se mettre à décrire logiquement ce qui se passe, processus qui se réduit lui même à de la psychologie ou plus exactement, plus en profondeur, à un mécanisme cognitif corps-emotion-sentiment et qui donne naissance au sentiment d'une transcendance comme devant être lui même être réduit en objet et cet objet se le réapproprier comme un objet "pur", un pur donné comme le siège que j'ai sous les fesse ou le clavier sous ma main. Mais l'objet du message auquel tu réponds était justement de dire que c'était bien ce que nous faisions. Quand je parle de "sentiment de sentiment" j'imagine bel et bien une mise en abime sans limite du vécu. J'ai dit que c'était un sentiment "au carré". Mais on peut bien le mettre au cube, et ce cube le mettre encore au carré ou tout ce qu'on veut. Une fois que l'esprit maitrise la recette pour transformer un sentiment en objet, et cet objet le traiter comme font tous les sentiments de leurs objets, alors roule.
Dieu ou disons plus eucuméniquement le "numineux" ce qui semble flotter au dela de la pensée, pourtant irreductiblement (et pour cause....) interne à la pensée est un sentiment complexe, et ceci est une nécessité de l'esprit quand il se prend lui même pour objet dans le processus sentimental. Il est a la fois completement resolvable dans le processus cognitif qui lui donne naissance (je n'hésite pas à le dire) et logiquement impossible a atteindre vu que la mise en abyme est un processus virtuellement sans limite.
C'est a la fois vertigineux envisagé de loin, sous forme logique, sous la forme d'une récurrence (où cela nous mene t'il ?) et parfaitement maitrisable pour l'esprit qui habitué progressivement à saisir puis dissoudre son objet dans un sentiment de degré supérieur s'élève par étape en un cursus ordonné ou disons entraîné. La mystique est un genre de sport.
N'étant pas très sportif... (j'avoue !) je laisse les courageux partir devant.
Citation :
Il existe, il faut sans cesse le réaffirmer avec force, une connaissance absolue sans progrès qui est, en réalité, une épreuve absolue et se laisse "connaître" a-priori. Le principe phénoménologique qui consiste à prendre l'objet pour guide ("Retour aux choses mêmes", voila LA méthode !), doit conduire à rejeter toute démarche qui prend la Raison, les catégories, l'évidence de l'idée claire et distincte, pour guide, puisqu'en définitive tout objet est objet de la pensée : l'illusion fatale, à laquelle succombe toute pensée et donc la pensée phénoménologique elle-même, consiste à prendre le procès de son développement pour celui de la réalité elle-même. Or il ne s'agit plus de remonter vers le fondement à partir du phénomène !
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Clairement (oui, oui !) en ce qui concerne la seconde partie. Mais quand tu parles "d'une connaissance absolue sans progrès qui est, en réalité, une épreuve absolue" eh bien je pense que tu manques seulement d'entraînement. Prend cette connaissance que tu penses absolue comme objet de tes sentiments et bâti dessus. Nouveau vertige, nouvelle vanité. Il se trouve que le "sentiment de réalité" est bien plus solide -mais solide dans le sens d'obtus - que notre logique si légère et si facile a dévier par de simples mots. Ce qui du reste nous révele tout naturellement le moyen que tout mystique emploie pour dépasser cette lourdeur de l'absolu vécu. Le mystique se sert adroitement des mots pour dépasser, mettre a distance et créer en un objet, pouvant dès lors être à son tour investi de sentiments, ce que ces mots parviennent à désigner, si ce n'est à décrire. C'est une dialectique.
Citation :
Si l'Etre doit nécessairement se manifester pour exister réellement et permettre l'effectivité de la réception d'un "horizon", la remontée de l'effet à la cause (le "je sais que je sais", ce qui correspond à votre "Sentiment du sentiment" ou "sentiment au carré", présuppose un "je sais originaire" ), consiste à le viser de l'extérieur, c'est-à-dire à en faire le thème d'un discours, d'une pensée obéissant au télos de l'évidence et de la cohérence, bref un objet de réflexion philosophique, un "je sais originaire-que-je-sais". Au terme d'une telle remontée, il n'y a qu'un principe finaliste régulateur de type kantien qui n'est qu'une hypothèse métaphysique, c'est-à-dire tout juste bonne à satisfaire les exigences de la pensée, mais rigoureusement incapable de ressaisir ce "je sais" originaire tel qu'il se donne, c'est-à-dire tel que je suis. Il faut passer d'une phénoménalité a-posteriori à une phénoménalité a-priori, car il n'y a pas de preuve rationnelle du fondement.
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Totalement d'accord, donc...
...sauf -évidemment- que tu parles d'une chose "l'Etre" qui n'est rien d'autre qu'un but qui s'impose par ailleurs comme existant de façon évidente. Et que tu le cherche. Que tu cherches parce qu'il est en toi or s'il est en toi sous la forme minimale d'un concept, c'est que tu l'as fabriqué. A partir bien sur de quelque chose d'existant, de l'Être lui même donc, ce qui décrit bien la mise en abyme qui se fait par le langage...
Comprend bien que je suis moi même au départ un "adorateur de l'Être". Le concept s'impose à moi mais je n'ignore pas, par ailleurs, que ce puissant concept possède mille déterminations historiques. Je prefère le Réel à l'Être, après réflexion, comme base de réflexion. Car le Réel s'impose alors que l'Être se compose, dans le procès de la Raison. L'Être n'entre pas dans le sentiment raisonnable, il le tire, comme un lévrier courre derrière son lièvre. Le Réel, ce sont les pattes du lévrier.
Citation :
Affirmer le contraire, c'est ériger la pensée en tribunal du fondement : c'est présupposer que le fondement ne se fonde pas lui-même mais seulement au terme d'un processus, d'un jugement ou même d'une intuition dont il dépendrait. L'épreuve absolue n'a pas à être déduite, mais simplement à être lue : au lieu de nous installer dans un voir (réflexif) rigoureusement circonscrit et qui dépendrait encore de nous, le renversement de la méthode phénoménologique consiste à nous abandonner à l'épreuve de nous-mêmes - qui n'est pas de notre fait - à revenir à ce qui se tient en dehors de tout regard, en dehors de toute initiative du sujet, hors de tout progrès de la pensée : au lieu de se "diriger vers", il s'agit de "se détourner de" pour "laisser être" ce qui se manifeste par soi.
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Et totalement pas d'accord de ce fait avec ce paragraphe s'il prétend décrire ul'aboutissement de ce qui ne représente jamais qu'un moment de la pensée, fût-il indicible et dû-t'il nous donner le sentiment que nous dépassons la notion même de temps.
Si, a tout moment cela nous appartiens. Mais il est vrai que cela passe aussi par de l'abandon, parce que nos sentiments doivent être aperçu avec une acuité que brouille le langage pour être apréhendés nettement et vécus sans artifice.
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C'est donc la Vie qui doit être placée au commencement d'une recherche de Dieu, car la Vie n'est rien d'autre que ce qui s'auto-révèle, y compris le savoir de la Vie : la preuve de l'existence de Dieu est en dehors de la philosophie, dans l'épreuve du sentiment immédiat de l'existence, dans cette auto-affectivité a-priori, qui n'est plus passion (joie, tristesse...), mais l'ipsum intelligere de Spinoza : rien n'y conduit puisque tout en procède ! L'affectivité est l'immanence elle-même, elle est donc un pouvoir de manifestation qui se révèle par lui-même immédiatement, sans mise à distance ni, par conséquent, sous la forme d'un objet, fut-il intentionnel. Dèslors, pensée ou sentiment sont des mots différents pour désigner une même réalité, non des actes intellectuels, non des contenus sensibles, mais le fait de se sentir soi-même immédiatement, et cela vaut pour la sensation comme pour l'idée, pour l'imagination comme pour toutes les déterminations de la vie. La phénoménalité est un pathos comme subjectivité : non un pathos subjectif, c'est-à-dire qui aurait la propriété de se rapporter à un sujet existant par ailleurs, mais un pathos comme sujet, et plus exactement comme Soi.
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Tout cela est bien vu et j'y souscris, avec l'éclairage qui précède. a+ Message édité par Humwawa le 02-11-2005 à 23:10:14
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