LE DEMI-TOUR !
C'est vraiment là que ça se joue : le départ et le demi-tour.
Le départ
Partir bien de tout au bout de la piste pour bien prendre de l’élan.
Pour gagner du temps tout au début, avant la ligne de chronométrage, il faut accélérer très fort au départ et monter rapidement les rapports.
Première étape, démarrer en se lançant : premier rapport enclenché, un peu d’accélérateur, on relâche rapidement l’embrayage, mais pas d’un coup pour ne pas caler.
Il est important de relâcher rapidement l’embrayage pour pouvoir ensuite accélérer fort sans risquer de cabrage, ni de “cirage” d’embrayage.
La maîtrise du levier d’embrayage est un point difficile mais fondamental dans l’apprentissage de la conduite moto.
Contrairement à la voiture où l’embrayage ne sert qu’à démarrer et changer de rapport, l’embrayage répond à plusieurs fonctions : en plus de faciliter le passage des rapports à la montée comme à la descente (et surtout quand on le souhaite car il est possible de changer de rapport sans débrayer), il sert aussi à moduler la rapidité de démarrage et à gérer l’arrivée de la puissance de façon bien plus fine qu’avec l’accélérateur. Beaucoup de débutants ont tendance à faire “ronfler” le moteur au démarrage en maintenant une forte accélération tout au long d’un lent lâcher d’embrayage, afin de rester certains de ne pas caler.
Problème : non seulement cela abîme à la longue le mécanisme d’embrayage, mais cela rend inefficace l’accélération puisque celle-ci se retrouve absorbée par l’embrayage au lieu d’être transmise à la roue arrière.
Il est très important de savoir démarrer fort sur une courte distance et cela ne peut se faire qu’en apprenant à lâcher rapidement l’embrayage sans caler.
Embrayage lâché, on accélère fort et longtemps en restant en première.
Il faut monter le régime moteur jusqu’aux deux tiers de la plage d’utilisation, c’est-à-dire aux deux tiers du régime de zone rouge.
Si la zone rouge est à 10.000 tours/minute, on tire jusque 7.000 tr/min.
Avec le pied gauche qui reste positionné sous le sélecteur, couper les gaz très vite et débrayer en même temps d’un coup, passer la 2e, relâcher l’embrayage rapidement.
Débrayer de nouveau très vite, passer la 3e, relâcher une dernière fois l’embrayage et garder un filet de gaz pour une vitesse stabilisée d’environ 45 km/h.
Il est possible de monter les deux rapports d'affilée, sans relâcher le levier.
Il faut passer la 3e avant la ligne de chronométrage, sans attendre d’être à la hauteur du premier plot de slalom.
Cela permet de commencer le slalom trois ou quatre mètres AVANT d’être à la hauteur du premier plot.
Il faut incliner la moto pour viser le premier plot, comme si vous vouliez lui passer dessus. En fait, vous allez passer juste derrière, ce qui permet de passer dans la première moitié des portes, sans jamais risquer de toucher un plot, en restant au plus près de l’axe médian, sans s’en éloigner de plus d’un mètre de part et d’autre.
Avec cette technique, on passe la montée du slalom sur le bon tempo (environ 45 km/h) pour un aller entre 8 et 9 secondes avant d’attaquer le demi-tour. Ce qui permet de faire le retour sur un rythme moins soutenu (35-40 km/h), à condition que le demi-tour soit correct.
Important : Regarder loin, au bout de la piste, ne pas regarder les cônes au sol !
* * *
Le demi-tour
Beaucoup d'élèves et de formateurs le négligent, alors que c'est une manoeuvre importante, fondamentale et surtout complexe !
Le demi-tour fait intervenir de multiples savoirs-faire qu'il faut maîtriser un par un avant de tous les combiner sur un laps de temps très court : placement du regard, freinage court et puissant, rétrogradage rapide, gestion du braquage de guidon, maîtrise des appuis, gestion du point de patinage et de l'accélérateur, dosage de l'accélération, remontée de rapports rapide...
Enchaîner tout cela proprement demande de l'entraînement.
1. Préparation du demi-tour, en trois points
Premier point, le regard
Tout au long du slalom aller, le regard doit rester constamment sur le plot central du demi-tour.
Deuxième point, l'allure.
A la sortie du slalom aller, coup de gaz pour aller vers le demi-tour.
N’hésitez pas à accélérer fort. Vous êtes en 3e, la moto ne va pas lever la roue avant…
Vous devez être presque en ligne droite à cet endroit, puisque vous allez tout droit en diagonale de l’avant-dernier plot vers l’extérieur du demi-tour.
Vous disposez d’environ 12 mètres entre la dernière porte du slalom aller et l’entrée du demi-tour, alors accélérez bien sur 5 à 6 mètres.
Troisième point, la trajectoire
Vous devez vous mettre sur une trajectoire bien à l’extérieur, en frôlant la ligne blanche extérieure, sans la mordre, sans rouler dessus.
2. Arrivée sur le demi-tour
A environ 5-10 mètres de l’entrée du demi-tour, freinage puissant.
Freinez fort des deux freins, mais brièvement. Il faut perdre beaucoup de vitesse en peu de distance, mais sans arriver trop lentement non plus.
Donc freinez fort de l’avant et de l’arrière pendant une seconde, puis relâchez l’arrière : le frein avant est plus facile à doser.
Débrayez pour vous placer en roue libre en continuant à freiner légèrement (seulement de l’avant) pour moduler votre vitesse et arriver sur le demi-tour à une allure correcte.
Il ne faut pas vouloir trop ralentir, ne pas perdre trop de vitesse : le virage doit se négocier entre 15 et 20 km/h, vitesse nécessaire pour pouvoir incliner la moto.
Exercice de préparation
Cela peut se travailler en effectuant des demi-tours sur le ralenti de 2e, à répétition et dans les deux sens. Pas d’accélération, pas de frein, juste débrayer à fond au moment où on déclenche le virage, donc au niveau du plot central. Relâcher lentement l’embrayage en sortie de virage. Pour tourner court, on tourne le guidon au maximum et ensuite, on incline la moto. Dans le demi-tour, s’attacher à incliner au maximum, en poussant le guidon vers le plot et en appuyant sur le pied intérieur. Cet exercice permet de se rendre compte que l’on peut incliner fortement la moto sans perdre l’équilibre et que cela permet de virer très court. A condition de conserver de la vitesse ! Tourner sur le ralenti de 2e permet de se rendre compte de la vitesse minimale à conserver.
Tout en continuant à freiner de l’avant, rétrogradage de deux rapports.
Vous pouvez choisir de négocier le demi-tour en première ou en deuxième. La souplesse d’emploi des moteurs quatre-cylindres permet de passer sur la 2e, alors que le frein-moteur des bicylindres inciterait plutôt à descendre en 1e.
Rétrograder jusqu’en 1e impose de descendre, puis monter 2 rapports, ce qui prend plus de temps.
Passer en 2e augmente le risque de calage en sortie.
Au total, il est préférable de négocier ce demi-tour serré en roue libre, mais avec le premier rapport engagé pour préparer l’accélération en sortie de demi-tour.
Cela impose de savoir rétrograder rapidement les deux rapports en relâchant très brièvement l’embrayage au point de patinage (pour profiter d’un peu de frein-moteur et surtout confirmer le verrouillage du rapport) entre chaque passage de rapport.
Ne pas dépasser le point de patinage pour limiter le frein-moteur et éviter de casser votre vitesse de façon incontrôlée.
Ensuite, on débraie à fond et on reste en roue libre pour doser le freinage sans être dépassé par le frein-moteur.
3. Déclenchement du demi-tour
Trajectoire :
Il faut déclencher le demi-tour quand votre corps est à la hauteur du plot central.
Surtout pas avant et pas trop longtemps après : l’épaule au niveau du plot. Plus tôt, la moto risque de toucher le plot et on aura tendance à la redresser pour éviter cela, ce qui va nous faire élargir la trajectoire en sortie. Plus tard, on parcourt plus de distance et on perd du temps.
Il est TRES important, fondamental, d’attendre que le plot de demi-tour soit à votre hauteur avant de commencer à tourner.
Si vous tournez trop tôt, vous allez risquer de toucher le plot, vous allez vouloir l’éviter, donc redresser la moto et perdre ainsi tout le bénéfice de l’inclinaison. Pour une trajectoire homogène et fluide, tournez autour du plot, derrière lui, et non dessus !
Allure :
Engager le demi-tour sans frein, mais débrayé.
Il est très important de ne plus être en train de freiner de l’avant pour attaquer le demi-tour. En relâchant le frein avant, la moto va se redresser, la détente de la fourche aidera à bien tourner.
Par contre, il faut entamer le demi-tour avec le levier d’embrayage tiré à fond, complètement débrayé. Cela libère la direction et permet de tourner plus serré, sans être entraîné par le moteur, en profitant de l’inertie pour garder l’équilibre et ne pas mettre de pied à terre.
Attention : je parle bien de “commencer” le demi-tour en étant débrayé, pas de faire tout le demi-tour en roue libre jusqu’en sortie !
Mais plus vous arriverez avec de la vitesse, plus longtemps vous pourrez rester en roue libre. Certes, me direz-vous, mais si on arrive trop vite ? Hé bien, on freine, mais seulement de l’arrière.
Le frein arrière sert précisément à se ralentir sans gêner la maniabilité, sans redresser la moto.
Dans la sortie, relâcher le levier d’embrayage au point de patinage pour le mettre en prise, puis le relâcher progressivement tout en accélérant là aussi très progressivement. J’ai bien dit : “progressivement” ! Une reprise brusque de vitesse ferait se redresser la moto et élargirait la trajectoire de sortie.
Regard :
Pendant tout le temps du freinage et rétrogradage, regardez le plot central du demi-tour.
Une fois que vous êtes arrivé à sa hauteur, au moment où il est au niveau de votre épaule, dites-vous que vous voulez aller le toucher. Fixez-le bien, mais brièvement.
Dès que vous commencez à tourner, lâchez le plot des yeux et reportez votre regard sur le premier plot du slalom retour.
Il ne suffit pas de juste lever les yeux : il faut tourner la tête et pivoter tout le haut du torse. Les épaules entraînent les bras qui font tourner le guidon. Cela suppose bien sûr de ne pas avoir les bras tendus, ni les épaules contractées.
Dès que l’on commence à tourner, le regard se lève, la tête se tourne par-dessus l’épaule pour aller chercher le premier plot du slalom retour. C’est lui l’objectif, il faut le fixer et ne pas le lâcher des yeux. Il faut pivoter tout le haut du corps, envoyer les épaules vers la sortie. Non seulement cela permet à la tête de bien tourner, mais surtout, cela entraîne les bras et aide à la rotation du guidon. Et pour cela, encore une fois, il faut détendre les épaules.
Dans tous les cas, ne pas regarder le bord de la piste, ne pas jeter un oeil sur les lignes blanches des limites, à aucun moment : ce serait le meilleur moyen d’aller droit dessus.
Position :
Il va falloir pousser sur le guidon intérieur pour faire s’incliner la moto et lui faire engager le demi-tour, avant de tourner le guidon pour tourner serré.
Deux positions sur la moto sont possibles.
Première possibilité : se déhancher vers l’extérieur, avec le corps droit, tendre le bras intérieur en poussant sur le guidon, appuyer sur le pied intérieur.
Deuxième possibilité : se déhancher vers l’intérieur, en se penchant vers l’avant et sur le côté, plier le coude en appuyant sur le pied intérieur et sur la main intérieure. Testez les deux pour voir ce qui vous convient le mieux.
4. Sortie de demi-tour
Regard :
Faire non pas seulement une moitié de tour (un “demi-tour”), mais bien deux tiers d’arc de cercle.
Il faut continuer à tourner un peu après avoir fait demi-tour, toujours sans lâcher des yeux le slalom retour.
Allure :
Ne pas réaccélérer trop tôt.
Repartir dès que la roue avant est alignée vers la sortie, mais sans accélérer de suite. Accélérer trop tôt vous ferait “élargir”.
Qu’est-ce qui va faire se redresser la moto ? La reprise de vitesse.
Nous avions freiné en entrée pour perdre de la vitesse (mais pas trop). Ne pas oublier de totalement lâcher le frein avant en entrant dans le virage.
Dès la moitié du demi-tour, commencer à donner des coups de gaz pour préparer la réaccélération. Celle-ci va se faire en relâchant progressivement le levier d’embrayage, d’abord au point de patinage, puis progressivement.
Quand la roue avant est orientée vers le plot de slalom retour, relâcher l’embrayage complètement, ce qui remettra la moto droite et la roue arrière dans l’axe.
Attention à ne pas vouloir redresser la moto vous-même ! C’est un défaut très répandu, qui vous fait élargir tout à la fin de votre sortie. C’est la reprise de vitesse qui redressera toute seule votre moto, pas besoin de l’aider en redressant le guidon.
Gardez le guidon tourné jusqu’à la toute fin du demi-tour, il se redressera de lui-même lors de l’accélération.
Accélérer fort, monter un ou deux rapports, puis stabiliser l’allure en 3e pour effectuer le slalom retour.
Exercice de préparation
Enchaînez les demi-tours (à droite et à gauche) sur une portion de ligne droite d’une largeur légèrement inférieure à celle du du parcours “officiel” (qui fait 6 mètres de large), aux abords bien dégagés pour ne pas être gêné visuellement.
Commencer sur le ralenti de 2e, afin de travailler le regard et la position sans avoir à se soucier de l’allure, jusqu’à ce que ça passe tout seul.
Puis ajouter d’abord le freinage et rétrogradage avant, puis la réaccélération avec montée de rapports après.
5. Préparation du slalom retour
Allure :
Adopter une allure de retour adaptée à l’exercice final
Le retour peut se faire moins rapide que l’aller pour avoir une vitesse qui rend la manoeuvre finale plus simple : entre 35 et 40 km/h (grand maximum) pour l’évitement, 45 km/h pour le rétrogradage, autour de 40 km/h pour le freinage sur le sec. Réduire de 5 km/h sur le mouillé.
* * *
Citation :
Maintenant, c'est pour l'arrêt final aussi que ça coince. Retrogradage, je finis trop loin.
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C'est souvent dû à trois choses :
- l'élève ne freine pas dès le passage de la ligne de chronométrage ;
- l'élève rétrograde trop tard, trop loin dans la zone d'arrêt ;
- l'élève ne regarde pas la ligne d'arrêt.
Il faut commencer à freiner dès que l'on passe la ligne de chronométrage.
Pas avant, pas de doigts sur les leviers !
Mais dès qu'on ne voit plus la ligne (ou les plots placés dessus, ou l'inspecteur / formateur), on coupe les gaz et on freine de l'avant.
Attention, c'est un freinage léger, dosé... Il s'agit d'un freinage d'accompagnement, on veut se ralentir, pas s'arrêter.
Il s'agit de tirer le levier jusqu'à ressentir une résistance, qui correspond au moment où le liquide de freins est comprimé et presse les plaquettes sur les disques. Cela suffit, pas besoin de plus...
Et dès qu'on a commencé à freiner, on rétrograde.
Il ne faut pas attendre, il ne s'agit pas de passer la 2e sur la première ligne blanche au sol, mais bien le plus tôt possible.
Il faut rétrograder vite et bien, en relâchant complètement le levier d'embrayage, deux fois.
Pendant tout le temps du rétrogradage, continuer à freiner légèrement.
Cela suppose de dissocier les deux mains : la gauche tire et lâche le levier d'embrayage, la droite garde tiré le levier de frein. Pas facile, cela demande un entraînement à part.
Une fois qu'on a bien lâché l'embrayage sur le premier rapport, qu'on a bien ressenti le frein moteur, là on freine pour s'arrêter.
Et pendant tout ce temps, tout le temps, depuis la sortie du slalom retour, le regard est posé sur la zone d'arrêt et ne la quitte pas des yeux !
FLATFABPAVE
Message édité par FlatFab le 24-07-2012 à 15:24:46
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