khaali75 a écrit :
Je pense qu'une fois qu'un auteur publie son premier roman, il sacrifie une partie de sa vie privée qu'il ne récupérera jamais.
Regarde tous ces grands auteurs desquels on publie n'importe quoi après leur mort: essais non terminés, correspondance privée, notes... Si tu deviens célèbre, peut-être que dans 30 ans ton éditeur fera des recueils de tes posts sur hfr.
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je vais faire une réponse tartine, mais ça semble aussi intéresser pas mal, alors voilà.
évidement, je réponds sur cet échange un peu bizarre entre lecteur/écrivain, je ne râle pas sur le métier en lui-même, je ne fais que rebondir sur ce point précis.
on ne sacrifie aucunement un bout de vie privée. par définition elle nous appartient. écrire un livre ne donne le droit à personne de connaitre le nom de nos enfants, ni la tête de notre conjoint. là-dessus on peut me faire passer la question, je ne changerai pas d'avis.
pour les grands auteurs pillés après leur mort, j'ai rencontré un des vautours qui pratique et effectivement j'ai refusé de lui serrer la main. ça reste un bon souvenir pour moi. pour lui, je pense être honnête en me disant qu'il s'en est battu les burnes et qu'il a totalement oublié après avoir été pisser. pour moi, publier des choses qui n'étaient pas faites pour cela, surtout sous une couverture de livre finie (et pas "notes de tiroir en souvenir de mon grand-père/père/mère/chien/foetus", par exemple), pour moi² c'est du vol et un manque de respect affligeant. si un enfant lambda publiait sur paris match des photos de ses parents en train de baiser ça semblerait choquant, c'est la même chose. s'appuyer sur un parent qui a bossé pour se faire de l'argent facile, en vendant des choses qui n'appartiennent pas à la personne.
je ne sais plus qui avait fait sur la toile un article dont le titre était à peu près "georges martin is not your bitch", pour répondre à toutes les insultes et les exigences de sortir ses livres plus vite. elle ne parlait pas des gens pressés, elle parlait des gens qui font un paragraphe pour cracher à la gueule de Martin et s'adressant directement à lui. parfois ça n'est plus un métier mais un dû.
il y a vraiment un truc étrange dans le rapport écrivain/lecteur, on en parle assez souvent sur les salons. un rapport d'appartenance, comme je disais plus haut, difficile à gérer et à équilibrer. encore une fois la plupart des gens qu'on rencontre sont vraiment adorables, respectueux de plein choses (je ne demande pas à être traitée comme une petite statuette, je ne fais rien de spécial. quand je dis respectueux c'est par rapport à certains qui te disent direct "alors ma poule, tu bosses sur quoi? ça fatigue pas trop d'écrire, hein?" ou encore, never forget "mais vous avez déjà ouvert un livre sur le moyen-âge?", en public, pour jouer au malin devant ses potes retraités comme lui. ça c'est pas très bien passé pour lui.
pour donner un exemple bien raclos, j'ai déjà eu des amis qui ont reçu un coup de fil dans leur chambre d'hotel, disant "ouais, ta femme est là, je le sais, mais si tu veux je suis au bar, les toilettes sont confortables". des effractions chez eux ou dans l'hotel lors de leur déplacement, dont un magnifique baiser au rouge à lèvres sur genre un velux au quatrième étage, à l'extérieur de la vitre. et je veux dire, sans dire de mal de personne, même s'ils vendent et son plus connus que moi, on est personne, clairement. y'a pas de Johnny Hallyday dans nos rangs, à notre niveau. toutes les conjointes, toutes celles avec qui j'en ai parlé, on déjà été poussées physiquement et durement, voire alors qu'elles tenaient la main de leur mari. wtf? même quand t'es le meilleur boulanger du quartier personne ne vient faire tomber ta femme dans les baguettes.
c'est peut-être aussi pour ça qu'on devient, en tous cas certains, un peu parano et qu'on surveille ce que font les gens. parce que si on ne fait rien, on nous en vole des bouts.
quand je reçois des messages de lecteurs, je réponds toujours, au moins une fois. après, la discu s'engage ou pas, mais je le fais toujours. je ne sais pas, je trouve ça correct et poli, et cool pour le lecteur qui a lui, fait l'effort de m'envoyer un mot. ça se passe bien comme ça, une de ces personnes est devenu un ami et un bêta-lecteur, j'ai eu des échanges cools et très pertinents avec d'autres. mais concernant ce... cette... je ne sais pas, que certains pensent qu'on leur doit, je reçois depuis une petite année des messages d'une nana (?) qui pense qu'elle est ma meilleure amie. son premier message était déjà à chier, à me dire qu'elle écrivait mieux que moi et que je faisais perdre mon temps à mes lecteurs, qu'elle méritait d'être à ma place. j'ai répondu, en lui disant de continuer à écrire, qu'elle serait publiée un jour ou l'autre, et que oui, c'état dur à supporter, ce moment entre "je commence à écrire" et "je suis publiée quelque part". ça fait un an, donc, qu'elle m'envoie des trucs, auxquels je ne réponds plus, toujours aussi rageux, avec de magnifiques "alors, t'es crevée?"
y'a elle, y'a le malade dont je parlais hier, y'a d'autres trucs désagréables. j'ai déjà du fermer mon pauvre site débile qui me plaisait, moi. parce que des lecteurs pensaient que je leur parlais à eux en particulier, parce que certains sont arrivés en dédicace en me traitant comme de la merde, limite à me taper dans le dos en disant "alors j'ai vu les tofs, elle est belle ta chatte, lolrofl". j'ai quoi comme possibilités, à part tout couper et ne répondre à personne, et passer pour une connasse qui a choppé le melon, et continuer à être polie et encaisser tranquille les diverses pathologies des uns et des autres? ce serait quoi, vous, votre réaction, si on prenait la personne que vous aimez pour la pousser contre une table pour qu'elle dégage? pourquoi quelqu'un d'autre devrait garder le sourire et entendre "mais c'est comme ça mon pauvre, t'avais qu'à faire un autre boulot." encore une fois on fait que parler de petits francos qui vendent de quoi caler des tables bancales, pas de stephen king.
je ne râle pas, je tente juste de dire que dans cette ambiance-là, non, je ne dois rien à personne, à part mes textes. encore une fois, c'est un métier, pas un dû de ma personne. y'a juste un moment où en fait, ça va, ça suffit. un de mes livres, avant même sa sortie, était sur le net. la moitié, toute belle, telle quelle. à un moment, c'est juste "non", en fait. je pense vraiment être quelqu'un de gentil, de patient, de compréhensif. mais dans ce rapport-là, autant c'est à nous de comprendre que les gens sont parfois maladroits, autant des fois les lecteurs peuvent aussi comprendre que trop souvent ça dérape pour qu'on soit partants pour qu'on décide à notre place et qu'on nous dise en plus comment tendre le cul.
(quant à mon éditeur et son recueil dans trente ans, je lui souhaite bien du courage avec le procès de dingue que je lui collerais au cul.
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