vandepj0 | limonaire a écrit :
1) Sur la croissance des Trente glorieuses, qui serait due à un "Etat planificateur limite socialisant", comme tu dis : c'est très contestable. Deux séries d'arguments :
- dans d'autres pays, il n'y a pas eu cette planification à la française, et la politique industrielle associée (en Allemagne par exemple), et pourtant la croissance a été similaire. Cela relativise beaucoup le rôle de cet Etat planificateur : il n'a fait que déplacer des ressources (en capital et en travail pour les orienter dans les secteurs voulus), il n'a pas forcément créé de richesses. Peut-être même, en soutenant des activités non rentables au-delà du raisonnable (charbonnage, sidérurgie, chantiers navals, plan calcul) a-t-il gaspillé des ressources qui ont manqué au développement d'autres secteurs.
- la croissance des Trente Glorieuses s'explique en fait par un effet de rattrapage après la guerre (lié au rendement décroissant du capital, je peux y revenir), à un Etat peu interventionniste contrairement à la légende (dépenses publiques égales à 35% du PIb, moins de 20% de fonctionnaires, marché du travail peu réglementé avec un faible salaire minimum, ouverture au libre-échange via le Marche commun) et enfin à une création monétaire responsable d'une croissance en partie artificielle qui débouchera sur la stagnation des années 70. Le rôle planificateur de l'Etat n'y est pour rien : la France est en croissance à cette période car elle s'ouvre au marché et que l'Etat intervient dans l'économie bien moins qu'aujourd'hui, contrairement à la légende.
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Je n'ai pas le sentiment que l'Etat intervienne plus dans l'économie aujourd'hui. Si tu regardes les postes de dépense de l'Etat, on trouve l'éducation, le service de la dette, et ça fait déjà presque la moitié du budget. Ensuite, tu as les services de protection sociales. Alors, oui, les dépenses de santé ont augmenté, et on a pris le parti en France de les mutualiser en les faisant porter sur le travail. On peut discuter du parti pris, mais au global, on est à un niveau de dépenses équivalent aux autres pays, pour un niveau de santé équivalent également (voire moins cher qu'aux USA pour un niveau de santé meilleur). Tu as également les assurances retraite: de la même façon, le parti pris de les prendre en charge par répartition, avec un système obligatoire et mutualisé, ou par capitalisation, ne change pas fondamentalement l'équilibre économique global de la chose: les actifs fournissent leur travail, les retraités le consomment, que ce soit intégré aux prélèvements obligatoires ou une gestion individuelle. La différence avec "avant", c'est la gueule de la pyramide des âges. Et il y a l'assurance chômage obligatoire, qui est par contre un véritable choix de société, et qui tend à augmenter le chômage, mais aussi la capacité des gens à réorienter leurs carrières plus sereinement vers des métiers en phase avec les besoins du moment. Le système correspond à un choix de société, répond à un besoin (celui de sécurité pour l'individu, qui n'est pas praïcé dans le coût du système, mais valorisé dans le vote dudit individu), il est certainement imparfait, et on peut sans doute l'améliorer. Et pour finir, tu as les entreprises publiques, qui le sont de moins en moins, ce qui à mon sens n'est pas gênant dans certains secteurs (automobile, aviation...), mais l'intervention publique a peut-être aidé à construire ces réussites, et ce qui l'est beaucoup plus dans d'autres où:
- la mutualisation d'infrastructure et de service peut générer un vrai gain, qu'une meilleure efficacité supposée d'un système privé peut atteindre (téléphonie mobile) ou pas (rail, téléphonie fixe, distribution d'électricité, routes...), sachant que la compétition augmente le coût de transaction pour le consommateur (ce qui n'est pas praïcé dans la libéralisation), et augmente les frais de commercialisation pour les opérateurs. - les enjeux du domaine du bien public ne se retrouvent pas dans les comptes des opérateurs privés (si le résultat croit de 10%, qu'est ce qu'on s'en fout d'être en légère sous-capacité de production électrique en hiver, yaka couper le courant de façon équitable, si on passe les tests de sécurité, qu'est ce qu'on s'en fout de savoir qu'on a une centrale nucléaire un peu dangereuse, si on accroit le bénéfice, qu'est ce qu'on s'en fout que les clients captifs des transports en commun soient en retard à leur travail car les défaillances de matériel roulant s'accroissent...).
Pour finir sur la croissance des Trentes Glorieuses, je ne dis pas qu'elle est le résultat d'une politique planificatrice forte, je dis que celle-ci ne l'a pas empêchée (contrairement à ton assertion initiale), et qu'elle a permis en plus:
- de paumer des ressources sur le plan Calcul, mais no risk, no reward. "There is no free lunch"
- de créer le numéro 1 mondial de l'aéronautique - d'être un des pays où l'électricité est la moins dépendante des prix du pétrole
- d'avoir jusqu'à récemment un des meilleurs systèmes de transports en commun (oui, les Suisses sont bons aussi)
...
Et si les USA sont le numéro 1 mondial dans certains secteurs, ce n'est aucunement grâces aux monstrueux budgets de R&D militaire alloués par l'Etat, qui évite ainsi d'accorder des subventions et d'avoir une politique interventionniste?
limonaire a écrit :
2) Sur ton diagnostic écologique (épuisement du pétrole notamment):
- on nous l'a déjà prédit en 1970 pour l'an 2000 : le fameux rapport du Club de Rome. Ces prédictions ont été démenties par les faits. Pourquoi en serait-il autrement aujourd'hui ? Ceux qui jouent les Cassandre devraient d'abord rendre des comptes : pourquoi leurs prévisions de 197à ne se sont pas avérées ?
- il n'y a jamais eu autant de réserves de pétrole qu'aujourd'hui (c'est aisé à vérifier) : les réserves prouvées ne diminuent donc pas à mesure de l'augmentation de la consommation (chinoise notamment), au contraire, elles ne cessent d'augmenter depuis 1970. Tout simplement parce qu'en économie l'offre (comme la demande) n'est pas rigide mais dépend du prix. La raréfaction du pétrole a entraîné une hausse de son prix qui incite à découvrir de nouveaux gisements (dans les fonds marins ou dans les glaces du Canada) ou à développer des énergies alternatives moins coûteuses.
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Le peak oil, ce n'est pas moi qui en parle le mieux. Je préfère laisser la parole à un écologiste illuminé, le patron de Total:
Total CEO Predicts Approach of Peak Oil
Ensuite, là où je te rejoins, c'est que nous allons aller vers un pétrole cher, voire très cher, et que nous allons nous adapter, notamment en utilisant les réserves de charbon, nettement plus importante. Par contre, ce qu'on ne prend pas en compte, c'est que le stock de ressources fossiles, est fini. (contrairement à la taille du gâteau dans les modèles économiques). Et que nous consommons ces ressources plus vite qu'elles ne se régénèrent. Ce qui implique que nous allons vers un mur, la seule discussion possible étant sur la vitesse à laquelle nous y allons. Et encore une fois, les comptes de résultats praïcent le coût du travail et des pots de vin nécéssaires pour extraire et distribuer le pétrole, praïcent éventuellement l'écart entre la demande et la capacité de l'offre (si on est limité à 85 MdB/an, ça va monter chérie), mais ne praïcent en aucun cas:
- le fait que nous consommions un stock fini.
- le fait que nous dégradions par cette consommation un deuxième élément, qui est le climat terrestre.
limonaire a écrit :
- au fur et à mesure que le pétrole se raréfiera et que son prix augmentera, la demande se modifiera également : c'est déjà le cas aujourd'hui, avec des moteurs de BMW qui consomment moins de 5 litres au 100, avec la voiture électrique, avec le recyclage des plastiques. D'ailleurs, la consommation énergétique de la France est stable depuis 1980, malgré un eforte augmentation du PIb (et des quantités produites) : http://alternatives-economiques.fr [...] graph9.jpg Peut-être à l'avenir, du fait du renchérissement du prix du pétrole y aura-t-il une relocalisation, une réduction des distances domicile-travail (ou un développement du télé-travail), ou d'autres solutions que je suis incapable encore d'imaginer maintenant, 6 milliards de cerveaux humains étant beaucoup plus imaginatifs que mon cerveau ou celui de 500 cerveaux d'experts : bref, les êtres humains, toi, moi, les autres, ont assez de ressources et d'intelligence pour s'adapter progressivement à un renchérissement du pétrole. C'est pourquoi il est absurde de prolonger les courbes de demande, comme on le fait dans les graphiques que tu nous présentes. Car la demande s'adapte au prix : si 1 milliard de chinois possèdent une voiture au lieu de 100 millions, il n'est pas vrai de dire que la consommation de pétrole chinoise sera multipliée par 10. L'augmentation sera moindre. C'est l'erreur du rapport Meadows que l'on recommence aujourd'hui.
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Oui, il y aura des évolutions. Faut-il attendre qu'elles soient imposées par les contraintes environnementales (tiens, le Havre est sous l'eau, déménageons le Havre), ou serait-il judicieux de les anticiper par une politique publique?
limonaire a écrit :
L'économie n'est pas de la physique : l'offre et la demande, de tomates, de travail ou de pétrole, dépendent toujours du prix, le prix dans une économie de marché véhiculant l'information quant à la rareté relative des biens.
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Je pense que là tu fais une erreur fondamentale. L'économie est une modélisation avec des euros l'univers réel. Cette modélisation peut être pertinente dans un certain cadre, encore faut il que les règles du modèle soient bien définies. Mais ce qui compte à la fin, ce n'est pas combien d'euros j'ai sur mon plan d'épargne retraite à 70 ans. Ce qui compte, c'est de savoir si j'ai des tomates et du pain à manger à 70 ans, et quelque part où habiter. Et quand on vit des périodes de forte transition (transition démographique, pression environnementale de l'homme, raréfaction des ressources, dégradation de l'environnement terrestre), il faut savoir remettre en question son modèle, et se dire que peut-être écouter 500 bonshommes qui étudient un sujet depuis trente ans est plus pertinent pour préparer l'avenir que faire confiance aux anticipations sur la rareté de marchés financiers. Comment expliquer une volatilité des cours de 500% en 5 ans, si les anticipations des marchés sont pertinentes? Elles sont pertinentes à un facteur 5 prêt?
Pour finir par un petit exemple, sans règlementation contraignante sur une ressource renouvelable, mais dont l'exploitation peut dépasser le taux de renouvellement, comme la ressource halieutique, comment expliquer que l'Etat (ou l'UE) soit obligé d'intervenir pour éviter l'extinction du thon rouge, alors que le marché devrait praïcer la surexploitation et permettre de reconstituer le stock?
Parce qu'il faut une gestion de la ressource, ce qui est embryonnaire pour la ressource halieutique, et quasi inexistant pour beaucoup d'autres, comme le climat.
limonaire a écrit :
3) Je laisse volontairement de côté le changement climatique et le rapport marché-entreprises en concurrence-coût de la pollution, pour qu'on ne se disperse pas. Mais on y revient si tu veux. Mais j'aimerais juste régler d'abord le problème de l'Etat interventionniste des Trente glorieuses et celui du pétrole. Sinon on n'avance pas...
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Du coup j'y reviens...
Et je ne dis pas que l'économie de marché est un mauvais outil d'affectation des ressources, contrairement au ressenti que tu pourrais avoir avec mon discours d'écolo-gauchisant, je dis juste que l'économie de marché est un outil et pas un dogme, et que tout outil à ses limites qu'il faut comprendre si on veut éviter de faire de trop grosses conneries. On peut presque tout faire avec une perceuse visseuse dévisseuse ponceuse scie circulaire meuleuse Bosch, et même du travail de pro, mais on ne peut pas planter un clou avec. |