Citation :
:PRO MEMORIA (formule employée en diplomatie, pour rappeler des droits périmés depuis longtemps).
Le néo-libéralisme est le paradigme économique et social de notre époque. Il définit les politiques et les processus grâce auxquels une poignée d'intérêts privés (qui n'ont de compte a rendre à personnes ou presque) acquièrent le droit de contrôler tout ce qui est possible dans la vie sociale, et depuis peu vitale, afin de maximiser leurs profits personnels. Ce courant économico-politique " à la mode depuis vingt ans mais omniprésent depuis longtemps ", repris par tous les partis politique, de droite, du centre et souvent de la gauche traditionnelle est rendu dominant dans le monde. (La CIA, par des techniques de subversion dans plusieurs pays du monde, a influencé cette prise de position et ce, au détriment des populations concernées). Ces partis politique représentent ainsi les intérêts immédiats d'investisseurs extrêmement riches et moins de un millier de très grandes sociétés.
Pourtant, en dehors de certains cercles universitaires et bien sur des milieux d'affaires, ce terme demeure largement inconnu du grand public, surtout au Etats-Unis. (Comme bien d'autres sujets d'ailleurs qui devraient être au sommet des priorités) Les initiatives néo-libérales; OMC, ALENA, GATT, ZLEA, FMI, Banque Mondial, AMI etc? y sont présentées comme une politique de liberté des marchés qui encourage l'entreprise privée, permet aux consommateurs de choisir librement, récompense la responsabilité individuelle et l'esprit d entreprise, tout en sapant l'action de gouvernement incompétent qui ne pourront jamais bien faire même s'ils ont de bonnes intentions, ce qui est rarement le cas. Des efforts de relations publiques menés pendant des générations, financés par les grandes sociétés, sont parvenus à donner à ces termes et a ces idées une aura presque sacrée. Il en résulte que de telles affirmations ont rarement besoin d être défendue et sont invoquées pour justifier tout et n importe quoi, de la baisse d impôt pour les riches à l'abandon des mesures de protection de l'environnement et au démantèlement au programme d éducation et d'assistance sociale. À vrai dire, toute activité qui pourrait gêner la domination des grandes entreprises sur la société est automatiquement suspecte, car elle perturbe le fonctionnement des marchés libres, dont on fait les seules instances à même de répartir équitablement, rationnellement et démocratiquement les biens et services. À entendre les partisans les plus éloquents du néo-libéralisme, on pourrait croire qu'ils rendent d'énormes services aux pauvres, et a tout le monde, quand ils appliquent leurs politiques en faveur d'une minorité de privilégiés.
Ces politiques ont eu à peu près partout les mêmes conséquences économiques, qui n'avaient rien d'inattendu : aggravations massives des inégalités sociales et économiques, privations accrues pour les plus pauvres des nations et des peuples du monde, désastre pour l'environnement de la planète, instabilité de l'économie mondiale, mais aussi une véritable aubaine sans précédent pour les plus riches. Confrontés à ces réalités, les défendeurs de l'ordre néo-libéral affirment que la majorité de la population finira par bénéficier de ses bienfaits, du moins tant que rien n'entravera les politiques même qui ont exacerbé ces problèmes!!
En dernière analyse, les néo-libéraux ne peuvent défendre le monde qu'ils sont en train d'édifier en se fondant sur des faits. (si on commence à s'intéresser aux faits , aux évidences, nul ne pourrait accepter un tel constat.) Ils demandent ou plutôt, exigent, que l'on ait une foi religieuse dans le caractère infaillible d'un marché dérégulé, faisant appel a des théories qui remontent au XIX e siècle et ont peu de rapport avec la réalité du monde d'aujourd'hui. Mais leur ultime argument est qu'il n y a pas d'alternative. Tout le reste a échoué, communisme, social-démocratie et même un modeste État-providence comme celui des Etats-Unis. Les citoyens de ces nations ont accepté, parfois sans consentement le néo-libéralisme comme seule voie réalisable. Imparfaite peut-être, mais il n'existe pas d'autres systèmes économiques concevables. (selon ce raisonnement, la masse humaine en général ne peut entrevoir des améliorations de leurs conditions de vie en continuant dans cette doctrine)
Au cours du XXème siècle, certains ont dit que le fascisme était " le capitalisme sans prendre de gants ", signifiant par là, sans droit ni organisations démocratiques. En fait, nous savons aujourd'hui que le fascisme était infiniment plus complexe. En revanche, cette définition s'applique parfaitement au néo-libéralisme. Il incarne une époque ou les forces de l'argent sont plus puissantes et plus agressives que jamais et affrontent une organisation moins structurée. Dans ces conditions politiques, elles tentent de codifier leur pouvoir sur tous les fronts possibles, si bien qu'il est de plus en plus difficile de leurs résister, et qu'il devient pratiquement impossible pour les forces démocratiques extérieures au marché d'exister.
C'est précisément leur élimination qui nous permet de voir comment le néo-libéralisme fonctionne en tant que système, non seulement économique, mais aussi politique et culturel. En ce domaine, les différences sont frappantes avec le fascisme, son mépris de la démocratie formelle, ses organisations de masse toujours sur le pied de guerre, son racisme et son nationalisme. Là ou le néo-libéralisme fonctionne le mieux, c'est ou existe une démocratie électorale formelle, mais ou la population se voit privée de l'accès a l'information (par conséquent la concentration des pouvoirs des gouvernements peut se diriger tranquillement, a l'insu des citoyens, vers le totalitarisme ou État-policier) et aux forums publics nécessaire a sa participation sérieuse à la prise de décisions. Comme l'explique Milton Friedman, le célèbre gourou néo-libéral, dans son livre Capitalisme et Liberté, faire des profits est l'essence même de la démocratie: tout gouvernement qui poursuit une politique contraire aux intérêts du marché est donc antidémocratique, quand bien même il jouirait d'un large soutient populaire (Constatez ici que cette idée est contraire a ce qui est généralement admis du concept de la démocratie) Mieux vaut donc le cantonner dans les tâches de protections de la propriété privée et d'exécution des contrats, tout en limitant les débats politiques à des problèmes mineurs, les vraies questions; Production et distribution des richesses, organisation sociale? devant être déterminées par les forces du marché.
Armés d'une compréhension aussi perverse de la démocratie, les néo-libéraux comme Friedman n'eurent rien à objecter, en 1973, au renversement par les militaires chiliens du gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende, qui perturbait le contrôle de la société par le milieu des affaires. Après quinze ans d'une dictature brutale et féroce (au nom, bien attendue de la liberté des marchés) la démocratie fut formellement restaurée en 1989, avec une constitution qui rendait beaucoup plus difficile, voire impossible, pour les citoyens chiliens la remise en question de la domination militaro-industrielle sur le pays. Voila un exemple parmi tant d'autres de ce qu'est la démocratie néo-libérale : des débats triviaux sur des questions minimes entre partis politique qui, fondamentalement, poursuivent la même politique favorable aux milieux d'affaires, quelles que soient les différences formelles et les mots d'ordres de campagne. La démocratie est permise tant et aussi longtemps que le contrôle exercé par le grand capital échappe aux délibérations et aux changements voulus par le peuple, c'est-à-dire aussi longtemps qu'elle n'est pas la démocratie.
Le système néo-libéral a donc un sous-produit important et nécessaire : des citoyens dépolitisés, marqués par l'apathie et le cynisme. (Il suffit seulement de regarder le taux de participation qui ont chuté de façon dramatique depuis une quinzaine d'années dans plusieurs pays autant occidentaux que ceux qui ont entrepris de se conformer à la doctrine libérale pour s'en rendre compte.). Or, si la démocratie électorale affecte si peu la vie sociale, il est irrationnel de lui prêter beaucoup d'attention. Par exemple, aux États-Unis, en 1998, lors des élections au Congrès, on atteignit des records d'abstentions : un tiers seulement des inscrits se rendit aux urnes. Bien que suscitant parfois quelques inquiétudes au sein des partis qui, comme les démocrates, attirent les votes des dépossédés, ce phénomène tend à être accepté voir encouragé, par les pouvoirs en place, lesquels y voient une très bonne chose, ceux qui ne votent pas étant surtout, on s'en doute, les pauvres et les ouvriers. Les mesures susceptibles de ranimer l'intérêt des électeurs et d'accroître leur participation aux scrutins sont étouffées avant même d'avoir été discutés publiquement. Toujours aux Etats-Unis, les deux grands partis, dominés et soutenus par les grandes sociétés, refusent de réformer des lois qui rendent pratiquement impossible de créer de nouveaux partis politiques (lesquels pourraient représenter des intérêts contraires au marché) et de les laisser faire la preuve de leur efficacité. Ainsi, bien qu'il existe un mécontentement, largement partagé et observé, a l'égard des démocrates et républicains (on pourrait souligner la même tendance au Canada et au Québec), la politique électorale est un domaine ou les notions de compétition n'ont pas grand sens. À certains égards, la médiocrité du débat et du choix lors des élections évoque plutôt les États communistes à parti unique qu'une authentique démocratie.
Mais ces considérations rendent à peine compte des conséquences pernicieuses du néo-libéralisme pour une politique culturelle d'inspiration civique. D'un coté, les disparités sociales engendrées par les politiques néo-libérales sapent tout effort visant à parvenir à l'égalité devant la loi nécessaire pour que soit crédible la démocratie. Les grandes sociétés ont les moyens d'influencer les médias ( ils en sont propriétaires !!) Et de supplanter le débat politique : elles ne se privent pas de les utiliser. Lors des élections américaines, pour ne citer qu'un exemple, le quart le plus riche de 1 % de la population est responsable de 80% des contributions politiques individuelles, et les grandes sociétés dépensent 10 fois plus que les syndicats. Sous un régime néo-libéral, tout cela est parfaitement logique : les scrutins ne font que refléter les principes du marché, les contributions financières sont autant d'investissement. On voit donc se renforcer dans la majorité de la population le sentiment que les élections ne servent a rien, ce qui assure le maintien de la domination, jamais remise en question, des grandes sociétés.
D'un autre coté, pour que la démocratie soit efficace, il faut que les gens se sentent liés à leurs concitoyens, et que ce lien se manifeste par diverses organisations et institutions qui NE SOIENT PAS soumises au marché. Une politique culturelle vivante a besoin de groupes communautaires, de bibliothèques, de lieux de rencontre publics, d'associations, de syndicats, qui fourniront aux citoyens des occasions de se retrouver, de communiquer, bref de côtoyer les autres. La démocratie néo-libérale, fondée sur l'idée du marché uber alles, s'en prend directement a cet objectif. Elle produit non pas des citoyens mais des consommateurs; non pas des communautés mais des centres commerciaux; ce qui débouche sur une société atomisée, peuplée d'individus désengagés, à la fois démoralisée, socialement impuissante et perdue dans un univers matérialisé. En bref, le néo-libéralisme est, et restera le principal ennemi d'une authentique démocratie participative, non seulement aux Etats-Unis mais sur toute la planète. (cela signifie ici aussi)
Il est normal que Noam Chomsky soit au premier rang dans la bataille menée aujourd'hui POUR la démocratie et CONTRE le néo-libéralisme. Dans les années 1960, il fut l'un des plus vifs dénonciateurs de la guerre du Vietnam et, plus largement, l'analyste le plus féroce de la manière dont la politique étrangère américaine ébranle la démocratie, foule aux pieds les droits de l'homme et défend les intérêts d'une minorité de privilégiés. Dans les années 1970, il entama, avec Edward S. Herman, des recherches sur la façon dont les médias américains servent l'intérêt de l'élite et sapent la capacité des citoyens à mener leur vie de manière réellement démocratique. Leur livre paru en 1988, Manufacturing Consent, (une version cinématographique est maintenant disponible ) demeure un point de départ obligé pour quiconque veut étudier sérieusement cette question.
Tout au long de ces années, Chomsky, en qui on peut voir un anarchiste ou, plus exactement, un socialiste libertaire, est apparu comme l'opposant résolu et conséquent des régimes et des partis communistes et léninistes. Il a appris à d innombrables personnes, (en passant par des intellectuels reconnus jusqu'au plus simple des citoyens!) que la démocratie est la pierre angulaire non négociable de toute société post-capitaliste valant la peine qu'on lutte pour elle. Dans le même temps, il a démontré à quel point il est absurde de confondre capitalisme et démocratie, ou de croire que les sociétés capitalistes, même dans le meilleur des cas, permettront d'accéder à l'information ou de participer aux prises de décisions autrement que dans les conditions les plus étroites et les plus contrôlées. Certaines personnes dont moi-même, doute que quiconque, hormis peut entre Georges Orwell (1984), ne l'ait jamais égalé dans cette capacité a percer à jour l'hypocrisie des dirigeants et des idéologues des sociétés aussi bien communiste que capitaliste, chacun affirmant que la sienne est la seule véritable forme de démocratie a laquelle puissent prétendre l'humanité. (Pour constater l'effritement de la liberté et de la démocratie aux Etats-Unis, se rendent à l'adresse Internet suivante : www.thedossier.ukonline.co.uk section vidéo 9-11 the Road to Tyranny p.s. c?ur sensible s abstenir!
Dans les années 1990, les recherches politiques de Chomsky, (voir édition eco-société.) jusque-la menés sur plusieurs fronts : De l'anti-impérialisme et de l'analyse critique des médias, aux écrits sur la démocratie et le mouvement syndical, se sont unifiées, culminant dans des ?uvres qui évoquent les menaces que fait peser le néo-libéralisme sur les sociétés démocratiques. Chomsky a beaucoup fait pour renouveler la compréhension des exigences sociales de la démocratie, s'inspirant des Grecs de l'Antiquité mais aussi des grands penseurs des révolutions démocratiques du XVII e et du XVIII e siècle. Comme il le montre bien, il est impossible d'être à la fois l'avocat d'une démocratie participative et le champion du capitalisme ou de toute autre société divisée en classe. En déterminant la portée des luttes historiques réelles pour la démocratie, il révèle également a quel point le néo-libéralisme n'a rien de nouveau; Il ne présente que la version actuelle de la bataille des riches et des privilégiés pour circonscrire les droits politiques et les pouvoirs civiques de la majorité.
On peut aussi voir en Chomsky le principal critique de la mythologie qui fait des marchés " libres " quelque chose de naturel. Ce joyeux refrain qui nous est martelé sans cesse : l'économie est concurrentielle, rationnelle, efficace, équitable. Comme il le fait remarquer, les marchés ne sont pratiquement jamais compétitifs. L'économie est, pour sa plus grande part, dominée par de vastes sociétés qui disposent d'un pouvoir de contrôle énorme sur leurs marchés et, par conséquent n'ont guerre a affronter cette concurrence qu'évoquent les manuels et les discours des politiciens. De surcroît, elles sont en réalité des organisations totalitaires, opérant selon des règles antidémocratiques. Que l'économie soit à ce point structurée autour d'elles compromet sévèrement notre capacité a construire une société démocratique.
La mythologie de la liberté des marchés prétend également que les appareils d État sont des institutions inefficaces dont on devrait limiter les pouvoirs de manière a ne pas porter tort à la magie d'un laisser-faire naturel. En fait, comme le souligne Chomsky, ils jouent ont rôle essentiel dans le capitalisme moderne. Ils subventionnent massivement les grandes sociétés et s'emploient à défendre leurs intérêts sur de nombreux fronts. Si celles-ci exaltent l'idéologie néo-libérale, c'est souvent pure hypocrisie : elles comptent bien que les États leur transmettront l'argent des impôts et protégeront leurs marchés de la concurrence. Mais elles soutiennent à s'assurer qu'ils ne les taxeront pas, ni ne soutiendront des intérêts étrangers aux leurs, en particulier ceux des pauvres et des classes ouvrières. Ainsi, les États sont plus puissants que jamais, mais dans l'optique du néo-libéralisme, ils n'ont plus a faire semblant de se préoccuper du sort des autres.
Le rôle déterminant des États et de leur politique n'est nulle part plus apparent que dans l'émergence d'une économie de marché mondialisée. Ce que les idéologues des milieux d'affaires nous présentent comme l'expansion naturelle, au-delà des frontières, des marchés libres est en réalité tout le contraire. La mondialisation est le résultat de la puissance des Etats, notamment des Etats-Unis, qui imposent des accords commerciaux aux peuples du monde pour permettre plus facilement a leurs grandes sociétés, et au riches, de dominer les économies des nations de toute la planète sans avoir aucune obligation envers leurs peuples. Ce processus est parfaitement clair dans la création de l'OMC (organisation mondiale du commerce) au début des années 1990, comme dans les délibérations secrètes sur l'AMI (accord multilatéral sur l'investissement.)
A vrai dire, l'incapacité a discuter honnêtement et franchement de lui-même est l'une des caractéristiques les plus frappantes du néo-libéralisme. La critique faite par Chomsky de l'ordre qu'il impose ne peut, dans les faits, atteindre le grand public en dépit de sa puissance empirique, et en raison même de son engagement démocratique. Ici, l'examen de Chomsky du système doctrinal des démocraties capitalistes est des plus utiles. Les médias, l'industrie des relations publiques, les idéologues universitaires, la culture intellectuelle en général, jouent un rôle essentiel dans la fabrication des " illusions nécessaires ", celles qui font apparaître comme rationnelle, bienveillante et nécessaire ( à défaut d'être nécessairement désirable) une situation déplaisante. Comme Chomsky s'empresse de la faire remarquer, il ne s'agit pas d'une conspiration des puissants : Elle est inutile. Une grande diversité des mécanismes institutionnels permet d'envoyer des signaux aux intellectuels, aux experts et aux journalistes, les poussant à considérer le statu quo comme le meilleur des mondes possibles, et a ne pas défier ceux qui en bénéficient. Tout le travail de Chomsky consiste à faire appel aux activistes démocrates afin qu'ils refondent entièrement notre système médiatique, de telle sorte qu'ils puissent s'ouvrir à des perspectives et à des enquêtes opposées aux grandes sociétés et au néo-libéralisme. C'est également un défi lancé aux intellectuels, ou du moins à ceux qui se disent attachés à la démocratie. , Pour qu'ils se regardent sans complaisance dans le miroir et se demandent en faveur de quelles valeurs, de quels intérêts, ils agissent.
La description que donne Chomsky de la mainmise des grandes sociétés sur l économie, la politique, le journalisme et la culture est si accablante que chez certains lecteurs elles peut susciter un sentiment de résignation. Dans cette époque marquée par la démoralisation, certains pourraient être tentés d'aller plus loin et de conclure que, si nous sommes pris dans ce système régressif, c'est parce que hélas, l'humanité est tout simplement incapable de créer un ordre social plus humain, plus égalitaire et plus démocratique.
En fait, la principale contribution de Chomsky pourrait bien être de toujours souligner les tendances fondamentalement démocratiques des peuples du monde et le potentiel révolutionnaire qu'elles expriment implicitement. Que les grandes sociétés se donnent autant de mal pour empêcher la mise en place de toute démocratie politique authentique est la meilleure preuve de l'existence de ces tendances. Les maîtres du monde se rendent bien compte que leur système a été créé pour satisfaire les besoins d'une infime minorité, non ceux de la majorité laquelle, par conséquent, ne doit jamais se voir permettre de contester ou de modifier les règles du jeu. Même dans les démocraties actuelles, si boiteuses qu'elles soient, les milieux d'affaires veillent sans cesse a ce que les questions importantes (comme les négociations sur l'AMI) ne soient jamais débattues publiquement. Et ils dépensent des fortunes a financer une industrie des relations publique chargée de convaincre les Américains, et les autres, qu'ils vivent dans le meilleur des mondes possibles. Selon cette logique, le temps de se préoccuper d'éventuelles améliorations sociales viendra quand ces milieux, renonçant à la propagande et à l'achat des élus, permettront l'existence de médias représentatifs et contribueront à la mise en place d'une démocratie participative réellement égalitaire parce qu'ils ne redouteront plus du pouvoir du plus grand nombre. Cependant, il n'y a aucune raison de croire que ce temps ne viendra jamais. Le grand message du néo-libéralisme, c'est qu il n'y a pas d'alternative au statu quo et que l'humanité a dores et déjà atteint son niveau le plus élevé. Chomsky fait remarquer que plusieurs périodes ont déjà été considérées comme la " fin de l'histoire ". Dans les années 1920, puis dans les années 1950, les élites américaines affirmaient que le système fonctionnait parfaitement et que la passivité des masses témoignait de leur satisfaction. Dans les deux cas, les évènements survenus peu après ont montré l'absurdité de cette conviction. Il n'est pas illogique d'affirmer qu'à compter du jour ou les forces démocratique remporteront quelques victoires tangibles, elles retrouveront des couleurs ; Alors, les discours niant toute possibilité de changement véritable connaîtront le même sort que les fantasmes d'autrefois sur le règne glorieux des élites, destiné à durer mille ans.
L'idée d'une absence d'alternative au statu quo est plus incongrue que jamais une époque comme la notre, ou existe des technologies extraordinaires pour améliorer la condition humaine. Il est vrai que la marche a suivre pour créer un ordre post-capitaliste fiable, libre et humain est encore floue , et que cette notion même a quelque chose d'utopique. Mais a chaque progrès historique, de l'abolition de l'esclavage a la décolonisation, il a bien fallu surmonter l'idée que c était " impossible " puisque cela n'avait encore jamais été fait. Et comme le souligne Chomsky, c est à l'activisme politique organisé que nous devons les droits démocratiques et les libertés dont noue jouissons aujourd'hui (suffrage universel, droits civiques, droits des femmes, droits des syndicats etc). Même si une société post-capitaliste parait encore inaccessible, nous savons que l'activité politique peut rendre plus humain le monde dans lequel nous vivons. En nous rapprochant petit a petit de cet objectif, peut-être redeviendront-nous capables de penser l édification d'une économie politique reposant sur la coopération, l'égalité, l'autonomie et la liberté individuelle.
En attendant, la lutte pour les changements sociaux n'a rien d'un problème hypothétique. L'ordre néo-libéral a engendré des crises économiques et politiques de très grande ampleur, de l Extrême -Orient a l'Europe de l'Est et à l'Amérique latine. Dans les nations développées d'Europe, d'Amérique du nord et du Japon, la qualité de la vie demeure fragile et la société est le théâtre d'une agitation considérable. Il faut s'attendre à d'énormes bouleversements dans les années et les décennies a venir. Toutefois, on ne sait guerre sur quoi ils déboucheront, et il y a peu de raisons de croire qu'ils trouveront automatiquement une solution démocratique et humaine. L'issue en sera déterminée par la manière dont nous, le peuple, saurons nous organiser, réagir, agir. Comme l'a dit Chomsky, si l'on fait comme s'il n existait aucunes possibilités de changement favorable, il n'y en aura pas. A vous, a nous de choisir.
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