CR Semi de Vénissieux 2021
La prépa
C'est mon 3ème semi de l'année en l'espace de 2 mois.
Après mes explosions en plein vol au semi de Colmar (2h13) et Lyon (2h02), je décide de refaire appel au Boucher car j'ai besoin d'un plan structuré sinon je fais n'importe quoi en séance. Et je sais qu'il va me botter le cul pour que je borne donc ce sera pas plus mal. En gros débile que je suis, j'ai absolument pas levé le pied après le semi de Lyon et j'ai refait un semi le dimanche d'après pour me "venger". Du coup quand il arrive le dimanche soir en me disant "Ca va t'es reposé ?" et qu'il me pose son plan à 4 séances/semaine sans me demander mon avis, je fais pas trop le malin
Ca va borner sec sur 5 semaines mais on n'est pas là pour enfiler des perles.
A ma grande surprise, la prépa se passe merveilleusement bien, mes SL 1h50 sont un bonheur, les sorties AS10 me défoncent la gueule mais je les encaisse comme un grand, la routine quoi. Je claque 260 bornes en 5 semaines avec le LUT by Night 12K dans la semaine 4 (2 semaines avant le semi, c'était pas l'idée de l'année
) et je suis franchement frais la semaine avant. J'ai jamais autant borné sur si peu de temps en kiffant autant
J'en ai profité pour corriger le tir sur deux problèmes que j'ai identifiés suite au semi de Lyon, à savoir l'heure de mes entraînements qui étaient exclusivement le soir et la bouffe du matin qui était clairement pas suffisante. Chaque sortie longue était donc en conditions de course, à savoir réveil à 6-7h du mat, petit déj' et départ à 10h pétantes. Le troisième problème est mon énorme stress pré-course qui fait que mon cardio s'envole le jour J mais je me dis qu'on va prendre les choses dans l'ordre (et ça avait l'air d'aller au LUT mais... c'était le soir donc dur de vérifier et j'avais quand même passé une nuit de merde la veille
). Je décide aussi d'arrêter d'afficher le cardio pendant mes entraînements et de me concentrer sur les allures. Et effectivement le résultat est sans appel, mes sorties matinales sont bien meilleures que celle d'il y a 2 ans où mon cardio s'envolait à chaque fois sur ces créneaux horaires et comme dit, j'ai encaissé la charge sans problème (le fait que j'ai aussi soigné mon apnée du sommeil doit beaucoup aider dans la récup'), mon cardio est super stable en EF, mes allures semi sont bonnes. Je me fais une frayeur la deuxième semaine où je cours plus d'une heure en SL avec un adducteur qui me fait un mal de chien mais Boucher me botte le cul pour que j'arrête de chouiner, je soigne tout avec avec du TENS/anti inflammatoires/beaucoup d'eau et de repos et ça repart comme en 40. Je fais une dernière SL de rêve où j'ai une allure de 4'55 à 166bpm (~85%) sur 15' et sans dérive et je finis sur un bloc de 15' toujours à 4'43 vraiment facile de chez facile. Je sais pas trop à quelle allure partir, ce salaud de Boucher me donne pas la réponse toute faite (
) donc je cogite un peu là dessus et je pense que je peux viser 4'50 après une montée en régime sur 4/5 km.
Car cogiter, je vais beaucoup le fait sur la semaine avant la course, comme à mon habitude... je passe un début de semaine épouvantable à cause de mon grand qui est imbuvable, mais genre vraiment, je suis hyper stressé à cause de ça, la course se rajoute dessus, mercredi matin je suis déjà vidé et épuisé. La sortie 4*1000 AS21 se passe relativement bien, je rentre les 4'50 sans broncher et le cardio semble donc même si je suis complètement éclaté. Bon signe. Mon fils continue de faire des siennes, je suis tellement au bout du rouleau que jeudi je m'envoie un anxiolytique (léger) dans le gosier, chose que je n'avais jamais fait de ma vie. Je plane pendant 2 jours, je dors super bien mais le samedi mon réveil musculaire se passe mal, le cardio est haut, c'est parti pour la tempête mentale que tu veux pas la veille de course
Je réussis par finir à me calmer avec sieste, méditation et relecture d'anciens CR du topic (c'est con mais ça m'aide
) et le soir je me sens zen. Je commence à me faire des scénarios lunaires à base de 4'45 au kilo, un 1h42 voire un sub 1h40 puis je me dis que je suis complètement con à rêver comme ça, si déjà je tiens le 4'50 sur une bonne partie de la course ce sera bien et 1h45 c'est déjà bien alors faut que j'arrête de cogiter
A 23h30 je vais me coucher à mon heure habituelle car je sens la fatigue me gagner mais je ne ferme pas l'oeil de la nuit (ou alors par petits morceaux mais impossible de savoir, à 3h du mat je dormais pas en tout cas)
La pré-course
Je me "réveille" à 6h30 avec le réveil, me lève, m'enfile mon traditionnel gâteau sport + bol de café qui a si bien marché pendant la prépa. Je me sens pas trop fatigué malgré la nuit mais je panique pas, j'ai lu un papier là dessus qui disait que de toute façon, une nuit de merde la veille de compétition ça change strictement rien aux perfs. Je passe ensuite 1h sur le trône comme d'hab' pour bien vider tout ça et je pars avec les encouragements de toute la famille à 8h30. J'arrive à 8h45 sur place et je fonce me mettre au chaud au gymnase parce que ça meule dehors
Ils avaient prévu 6°C toute la semaine, finalement ce sera 3°C. Dans le gymnase, quand tu rentres, tu passes devant les toilettes et ça sent bon le stress pré-course
Je me change (tshirt près du corps D4, pull D4, short D4, ceci n'est pas une pub
- pas de gants car je sais qu'au bout de 2 kilos je vais avoir les mains moites et chaudes et que ça va me saouler et je vais les virer, j'ai les extrémités qui chauffent vite
). Il est 9h, je suis arrivé bien trop tôt, j'ai un pote que j'ai pas vu depuis 12 ans qui doit arriver mais au final il arrivera à l'arrache donc on se verra pas ni au départ ni à l'arrivée car il finit en 1h27 et il a pas eu le courage de m'attendre le froid, tant pis... Je ressens une envie khakha qui arrive alors je profite du temps en rab pour aller me vider une dernière fois et participer au fumet collectif du gymnase. A 9h20 je pars m'échauffer, je suis tendu comme un string, j'essaye de me relâcher mais c'est compliqué. A la fin de l'échauffement, petite envie pipi. Je regarde l'heure : 9h42. Bordel de merde, le départ est dans 3 minutes, pourquoi y a plein de gens qui s'échauffent encore ? Puis je me souviens que y a le 5K qui part après
Je rentre le matos au chaud et je fonce à la ligne de départ. A peine le temps de foutre mes écouteurs et de lancer la playlist que c'est le départ.
La course
C'est une course très roulante labellisée FFA qui vient clôturer la saison pour pas mal de gens. Y a du gros gros niveau et pas mal de gens qui viennent PR ici car le tracé s'y prête bien. On se balade d'abord dans Vénissieux (c'est moche) puis on rentre dans le Parc de Parilly au 4ème kilo dans lequel se trouve l'unique difficulté, une toute petite côte de rien du tout sur 100m. On ressort ensuite du parc au 8eme kilo pour rejoindre l'arrivée du 10K et on refait une boucle. J'ai pas tout à fait identifié comment ils ajoutent le kilo supplémentaire mais je crois qu'on part de plus loin que le 10K si j'en crois le décalage des bornes kilométriques.
0-5K : la montée en régime
Ma stratégie c'était de partir à 5'30/km puis de monter tranquillement en puissance à 5'/km sur ce premier bloc. Je pars donc très tranquillement à une allure douce et en fait je suis déjà à 5'20. J'ai beau savoir que ça part vite ici, je me fais avoir mais bon, ça aurait pu être bien pire. Je suis bien, on va pas non plus tortiller du cul, on garde la stratégie de monter progressivement en vitesse. Je vois la flamme 1h45 juste devant moi qui est partie un poil avant moi donc je me dis qu'il faut que je la garde dans le viseur pour plus tard
Au final dès le 3ème kilo je suis à cinqaukilo mais je me sens bien, le souffle est OK donc ça va. J'ai quand même un doute sur l'allure du meneur que je finis par rejoindre au 4ème dans le parc alors que je suis en dessous de la dite allure, doute qui sera confirmé quand je passe le 5 à 25'30 à la montre.
5'19 5'05 5'00 4'59 4'59
5-10K : jusqu'ici tout va bien
Comme le meneur est trop lent pour un 1h45, je décide de pas m'en soucier et je continuer d'augmenter légèrement l'allure en essayant de m'approcher du 4'55. Je largue donc le petit groupe de 5 collé au meneur qui tape la discute et je trace ma route. Ca se passe bien, j'enquille le 6 et le 7 à 4'54-4'49. Au 8ème j'ai un petit coup de pompe et je sais que la colline arrive, je décide alors de lever le pied et de me laisser rejoindre par la flamme pour courir avec eux, ce qui ne tardera pas trop. Je me recolle au groupe, ça me fait du bien, le coup de pompe est passé on repart. Mais comme un connard je relance de nouveau l'allure une fois la colline passée en me laissant emporter par la descente et je reste comme ça sur les kilos 9 et 10. Quand je vois passer le panneau "20K SEMI", je lui fais un petit check mental en lui disant "à tout à l'heure gros, quand je te vois je tartine pour aller PR".
Quand sonne le 10K je suis en sub 50, le 1h45 il est là pour l'instant, je m'encourage mentalement en me disant que j'ai fait la première boucle et que maintenant faut continuer. Je me dis donc que maintenant, j'essaye d'envoyer du 4'50 au moins jusqu'au 15K et qu'ensuite on voit ce qu'on fera mais je sais que ça va plutôt être serrer les dents que s'envoler en god mode car je sens que je suis pas non plus frais de chez frais.
4'54 4'49 4'57 4'55 4'48
10K-15K : l'avarie moteur
C'est là que les soucis commencent (et que mes souvenirs commencent à être un peu flous). Le 11ème kilo me fait mal, je tiens encore (4'53) mais je sens que je commence à avoir du mal à tenir l'allure et le souffle c'est plus trop ça. Je sais pas si c'est la tête qui lâche parce que je sais qu'il reste encore 10 kilos, le fatigue accumulée de la semaine qui commence à se faire sentir ou si c'est le manque de foncier qui se fait sentir (je pense pas quand même vu la prépa ?) mais au 12ème je décide de mettre le clignotant, de laisser la flamme 1h45 me rattraper et de courir avec le groupe. Ils arrivent assez vite sur moi mais je vois que j'arrive pas à les suivre, au 13ème je comprends que si la machine repart pas, ça va être dur de suivre le meneur et ça finit par lâcher dans la tête. Au moment où je me dis "bon tant pis je finis moins vite mais au moins je marche pas", devinez ce qui se passe ? Je m'arrête pour marcher
Je repars 10s après et j'arrive à limiter la casse. Je décide de prendre mon gel coup de fouet que j'avais gardé pour plus tard. Par contre au 15ème je sens qu'il y a vraiment un loup, j'ai le bide en vrac et j'ai des sortes de tâches noires devant les yeux, j'ai froid, je me demande si je vais arriver à finir ou si je vais tomber dans les pommes avant la fin ?
4'53 5'10 5'11 5'09 5'38
15K-fin : la traversée du désert de glace
Le problème en m'étant fait lâcher par la flamme et vu la faible densité de la course, c'est que je me retrouve tout seul. 6 km comme ça, ça va être long...
Je décide alors de prendre la course kilomètre par kilomètre et de donner tout ce que je peux sans regarder le chrono. Juste finir, limiter la casse et ne pas tomber dans les pommes
Je visualise mentalement la colline et le panneau 20K qui seront des points de repères pour m'aider à tenir. Mais c'est long, très long, très trèèèès long. L'allure fluctue, j'en chie, mais je continuer à donner tout ce que je peux. Je m'arrête de nouveau pour marcher 10s dans le 17ème et réprimer une galette puis je repars. Quand la colline arrive, j'ai l'impression de grimper Fourvière
J'arrive même pas à relancer dans la descente tellement ma foulée est chaotique
J'ai alors une idée de génie : je vais prendre un deuxième gel d'effort et prendre un grand coup de flotte à la fin du 18ème. Résultat immédiat : ça me scie les jambes
Le 19ème sera très dur et je le passe en 5'47. On est sorti du parc, je sais que c'est la fin, je décide de tout donner sur les 2 derniers kilos. Un virage, un autre... on approche de la fin. Je vois mon copain le panneau 20K qui se fout de ma gueule, je lui dis d'aller se faire mettre mentalement
A un moment on arrive dans un virage, je suis tellement plus lucide que je sais même pas si faut tourner, je regarde un bénévole genre "wtf je vais où ???" il me fait signe de tourner. Y a un gars qui prend des photos, j'imagine déjà ma tronche sur les photos, je rigole jaune quand je lui passe devant et il m'encourage. Arrive enfin la dernière ligne droite, je la vois, la ligne d'arrivée, l'arche qui signe la fin de mon calvaire. Et là à ma droite y a un gars qui doit avoir la cinquantaine qui tape un sprint pour le finish. Je me prends au jeu et je me dis que c'est mort je vais pas me faire griller par le mec que j'ai jamais vu de la course
Au bout de 100m il me met la misère et je le vois partir au loin.
Tant pis je finis comme je peux sur les 300 derniers mètres, je suis au bout de ma vie, c'est le sprint le plus long de toute ma vie, je passe la ligne d'arrivée : 1h48m40s. PR tout pourri mais PR quand même
5'17 5'31 5'21 5'47 5'04 5'11 et un magnifique 100m à 4'49 au kilo !
Bilan
Bon vu la prépa et ce que je suis "théoriquement" capable de faire, c'est clairement un échec. Je rentre des semis en 1h51 finger in the nose aux entraînements et en finissant frais, c'est pas avec un 1h49 que je vais être satisfait ! Même 1h45 c'est un objectif petit sexe et je dois pouvoir aller chercher mieux. Maintenant je suis quand même satisfait de la façon dont je me suis battu sur la fin, notamment les 6 derniers kilos où je suis seul de chez seul dans le froid avec la tête qui vacille à moitié, c'était dur mais moins que mes précédents semis et j'arrivais quand même à maintenir une allure un peu moins dégueulasse qu'avant. Les 3°C ont pas du aider cela dit.
Les gels ou la boisson en course, c'pas le problème non plus, j'ai couru toutes mes SL avec ça, c'est testé, approuvé, validé. Pareil pour la bouffe. Donc il reste bien le dernier volet à traiter : mon stress et mon anxiété. Les problèmes de famille n'ont pas aidé certes, mais y a pas que ça, c'est pas possible de cogiter autant avant une course au point que ça m'empêche de dormir. La veille de Lyon et Colmar j'avais réussi à dormir raisonnablement bien cela dit donc là je pense que je me suis encore trop monté la tête avec des objectifs super compliqués au lieu de partir vraiment cool sur 5 kilos et de rentrer ensuite en mode fusée sur la dernière partie de la course. Quand je vois ce que je suis capable de tartiner en fin de SL après 15 bornes et en étant frais quand je finis la sortie, y a pas de raison que j'y arrive pas en course. Encore faut-il laisser au cardio le temps de chauffer. Mais bon, si ça s'envole à 180bpm dès le début de la course, y a rien à faire chauffer en fait...
Après avec le recul, j'ai quand même pas été très bon dans ma gestion de course, j'aurais dû rester dans le groupe du meneur d'allure quand il m'a rattrapé au 8-9ème et que j'ai vu que ça me faisait du bien et accélérer un peu plus tard vers le 13-15, voire juste rester avec le meneur et finir comme ça quand j'ai vu que j'étais pas en forme olympique. Mais y a du mieux, je progresse en course, on va continuer à empiler les dossards en 2022 pour désacraliser tout ça et un jour je ferai un CR où je rentrerai en god mode en ramassant plein de gens sur la deuxième moitié.
Ah oui et au moins cette fois je me suis pas fait rouler dessus par 1000 personnes pendant la course, au final y a pas grand monde qui m'aura dépassé donc c'est déjà une victoire en soi
Le strava : https://www.strava.com/activities/6286931882
Maintenant on va rien foutre pendant une semaine, boire des bonnes bières
et ensuite on repart au charbon avec Boucher. J'ai le 10K de Villeurbanne en ligne de mire, on va voir ce qu'on peut aller chercher ![[:roger21:1] [:roger21:1]](https://forum-images.hardware.fr/images/perso/1/roger21.gif)