CR 47. Berlin Marathon - 3h04'06 - PR
Le strava: https://www.strava.com/activities/6021889531/overview
Objectif de début de prépa: Sub 3h10
Attention
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Préambule/préparation
Sans revenir dans le détail, déjà évoqué sur le CR du semi de Paris il y a 15 jours, les bases ont été travaillées depuis juin de manière plus spécifique, avec 4 sorties hebdo, une montée en charge progressive sur les séances AS 21 à coup de 4000/5000 enchainés et des sorties longues qui se sont globalement bien passées, notamment la dernière (2h45, 36km) 7 jours après le semi de Paris, après lequel j'ai très vite récupéré. Je m'envole avec Madame pour Berlin confiant, motivé, et presque serein, en dépit de cette foutue inflammation de la jonction du tendon d'Achille et le soléaire droit, que j'ai essayé de traiter au mieux pendant les 15 jours de relâchement de fin de plan et l'aide précieuse de ma kiné.
J-1
Si je met de coté la péripétie de changement de sas du départ qui m'a juste pris 1h15 sur cette marathon expo à la con (heureusement que c'était au Berlin Tempelhof, ca compensait quelque peu l'attente debout), orga impeccable avec l'hotel placée à 20' du départ (après, sur l'orga France Marathon, ca manquait clairement d'animation de groupe - un apéro eau pétillante aurait pu etre organisé le premier soir, par exemple ? mais j'étais pas venu pour me faire des amis, préférant découvrir la ville à ma manière et avec mon épouse). Dossard et goodies en main (oui, je suis un connard consumériste), à savoir la Celebration Jacket et le t shirt finisher (je ne comprends pas le concept de l'avoir avant la course... J'ai pris le truc sans le regarder et planqué au fond du sac), on peut manger un morceau, se poser à l'hôtel, et pasta party à 19.30. Entre temps, 3 litres de flotte, en regardant madame descendre des bières: il n'y a plus de respect. 22h, dodo, la tenue de combat prête, et je m'endors super vite.
D-Day, préparatifs
Réveil 5h50, 5' avant le réveil, parfait. Petit dej, je remonte dans la chambre pour le point le plus important: la digestion et la pause technique matinale, qui fait flipper toutes les générations de runners (enfin, je crois ?). Premier lâché à 6h36, un second à 7h25: impeccable.
Départ de l'hôtel prêt à en découdre, il fait 16°, pas un nuage: on va se régaler, mais on aura chaud aussi... Tenue adaptée en conséquence (mon plus beau débardeur jaune fluo pour etre visible pour mon fan club élargi), je me projette visuellement sur tout le parcours, avec les points de passages et repères kilométriques. Grosse émotion en passant à coté de la porte de Brandebourg, je refuse de regarder du coté de la ligne d'arrivée. L'accès à la zone départ est très fluide, devant le Reichstag. Traversée des sous bois, 150 chiottes au m2 (j'exagère, mais y'en a carrément beaucoup et aucune attente, donc aucun stress). J'en profite pour faire un 3ème allégement (pas prévu dans ma routine, mais le stress du départ, j'imagine), et je rentre dans mon bloc (le D, 3h-3h15) et je me place devant, à 2m du cordon. Le coach dirait que le placement dans le sas, c'est important ! Il est 8h40, le départ à 9h15. Je me sens léger et frais, heureux comme jamais de faire partie de ce truc.
H-1 minute, puis 0/5km
https://www.youtube.com/watch?v=Zn6kiimEsYc
Les frissons sur la musique D'Alan Parsons Project. Décompte... ET FEU !! 1'15 pour passer la ligne, mais ca part pleine balle sur cette Strasse des 17. Juin ! Le temps de trouver le rythme et se frayer un chemin, le premier km en 4'18. Je suis surpris par la densité: bordel y'a du monde ! Moins que d'habitude (qu'est ce que ce doit etre en temps normal !!!), mais ca surprend. Je m'efforce de courir à MON rythme, sans me contenter de rester derrière des groupes de runners ou de doubler en faisant des efforts idiots, notamment quand tout le monde veut suivre la ligne bleue au premier gros virage. Autre point agréable: tout le monde court en 4'15 autour. En 10', j'ai du croiser 2 personnes qui se faisaient rouler dessus et s'était visiblement trompé de sas, ce qui est très peu par rapport à mes expériences parisiennes. Après le passage de la colonne, j'ai l'impression que ca "descend", c'est hyper roulant, bonheur !
Débardeur jaune fluo, manchons rouge: c'est bibi !
Les premiers km passent vite, et j’ai l’impression de faire mon footing : impeccable. Sauf que je passe les KM autour de 4’10, et bip le premier 5000 en 21’16 ! C’est la que je peux l’avouer : après le semi en 1h23’55, 3h10 ca me semblait petit joueur… Et du coup, mon plan de course était devenu : « Mec, si t’as les jambes, joue un peu, quitte à te raviser au semi ». Du coup je pars sur Sub 3h… Et content de voir en ce début de course très/trop rapide que c’est une hypothèse envisageable. Chaud, mais pourquoi pas. Toutefois, en dépit de la sagesse exprimée par ZendB il y a qq pages (oui, je fais tout l’inverse : partir trop vite comme un newbie qui se laisse griser par l’event et les autres), je me pensais être capable de le faire. Lucide, toutefois, je me dis de rester cool, ca ne fait que commencer, donc ralenti un peu.
Km 5/10 : l’euphorie continue
Je déroule le plan, je m’efforce de rester dans le tempo en checkant de temps en temps le cardio (ZendB, si tu me lis…. Pardon.). On repasse vers le Reichstag (ok on a fait 6 bornes pour revenir au depart), les rues sont plus étroites alors je passe plus de temps à faire gaffe à l’environnement (les autres concurrents, les aspérités de la chaussée, les gobelets au sol, etc…). 40’ écoulées : je dégaine le 1er gel, sachant que j’ai fait le choix de boire un peu à chaque pont d’eau (cf la chaleur et l’humidité). Je bippe en 42’28 au 10km et le second 5000 en 21’12. Je me rend compte que je n’ai pas ralenti du tout, je me surprend à m’engueuler.
Km 10/15 : Alles ist gut
Partie sympa, qui nous fait passer par la Karl-Marx Allee (avenue longue de plusieurs km, hyper large, en mode URSS), puis redescendre plein sud vers Kreuzberg. Pas mal de monde , très roulant, je me laisse porter par la foule et mes sensations. On s’hydrate toujours. Le 5000 en 21’27, 4’18 donc, je suis donc redevenu raisonnable.
Km 15/20 : Le réveil de l’inflammation
Le bloc se passe bien, en 21’39, pour passer le 20e en 1h25. Hop, l’heure de la pâte de fruit, que j’apprécie bien à ce moment de la course… D’autant que ca commence à tirer dans le bas du mollet. Je sentais le truc arriver, mais je reste calme, concentré sur ma foulée, en m’efforçant de bien « sentir » le sol en posant le pied, en restant le plus détendu possible. Je m’étais fait une raison la veille de toutes façons, pendant le petit WE d’éveil musculaire pré-course : je savais que la douleur se réveillerai, et que je devrais composer avec.
Km 20/25 : jusqu’ici tout va bien…
Pas mal de monde au passage du semi, dont ma femme ! Ca me fait un bien fou, mais petite accélération cardio, qui me fait sortir de mon range 152/155 que je tenais depuis le km 5. Du coup je regarde un peu plus la montre pendant qq hectomètres, afin de voir que ca redescend un peu en maintenant mon allure : c’est tout bon ! Je passe le semi en 1h30’14, frais musculairement (le mollet mis à part, mais j’en fait mon affaire). On arrive au 23e, virage à gauche, pour commencer la boucle que je redoutais avant le départ. Au sud du parcours, et surtout cette montée qui ne dit pas son nom entre les km 23 et 28 (quartiers Schöneberg puis Friedenau). Déjà, les km 21/23 me semble interminables, et la vue de cette grande ligne droite en légère montée me mine le moral : on passe en mode je regarde à 2m devant moi, et on écoute les encouragements du public, étonnamment nombreux dans cette partie. Le 5000 en 21’44 : l’allure est maintenue, tout va bien. Je me dis de rester calme, d’oublier le sub 3, et que qq minutes de plus ne changeront rien à mon bonheur à l’arrivé si je maintiens l’effort.
Km 25/30 : le course commence
La, ca commence à tirer. Le mollet, mais aussi l’état de fatigue général : pas de dérive cardiaque, le 5000 en 2’09 soit 4’26 (rappelons à ce stade que je partais sur un projet à 4’28). Pile dans l’allure cible, tout en sachant que j’ai mon petit matelas d’avance pour le « vrai » objectif – voir à la fin ;o) – Je passe sous l’arche du 30e fatigué, mais toujours concentré. Je passe le 30 en 2h09’27, aucune raison de paniquer sur l’objectif. D’autant que cette borne se fait en descente – rappelez vous, la montée du 23 au 25e – du coup j’en profite pour allonger un peu la foulée, ca détend les muscles. Le plan à ce stade : garder l’allure, et penser à bien boire à chaque point d’eau : je préfère perdre 4 secondes pour m’arrêter et boire le gobelet, le finir sur ma tronche, et relancer dans la foulée. Surtout, je sais qu’on à commencer le « retour » vers le centre, et l’arrivée. C’est con, mais ca aide.
Km 30/35 : l’esprit et le corps
Comme pour 25/30 : 22’09 !! Un métronome, trop facile !!
Nan, j’déconne. 4’24, 4’16,4’23, 4’13,4’30 : c’est la bagarre. Les cuisses sont raides, prémices de crampes au mollet (l’autre, l’inflammation on oublie ;o). Je décide de découper le reste de la course par petite portion entre chaque point d’eau. Je n’ai pas oublié de prendre mon gel des 2h de course entre le 29e et le 30e, donc je ne me cherche pas d’excuse : c’est maintenant qu’on va voir de quel bois je suis fait.
Km 35/40 : THE PAIN CAVE
Je refait le yoyo entre les points d’eau : la pause hydratation dure 10 secondes : un gobelet dans le gosier, le 2e pour calmer les muscles en les aspergeant (je sais ca sert à rien, mais psychologiquement j’ai le sentiment de faire une cryothérapie). On repart sur l’alternance 4’30/4’20 selon, mais l’allure tient, la FC ne dérive pas (162/163) : j’ai mal, mais moins que ceux qui commencent à marcher, sont aidé par les secours, ou assis sur le côté, le regard vide. Je me fixe des repères devant, en mode : « putain, lui tu le lâches pas ». 37e en 4’39, 38e en 4’27 : j’essaie de ne pas trop paniquer. Je réalise que j’ai raté ma femme (elle devait être au 36), mais j’étais dans ma bulle. J’ai du mal à visualiser où nous en sommes dans le parcours, quand survient ce virage à gauche, Potsdamer Strasse. La, je réalise que c’est la grande avenue qui m’amène à la Platz du même nom, et qu’après c’est le final dans l’hypercentre. Je vois le point d’eau comme une bénédiction. Mon cerveau me dit d’arrêter, de marcher un peu, que ça va me faire du bien… JE ferme les yeux pendant 10/15 secondes, je lui dit de bien fermer sa putain de gueule. Je ralentis 10 secondes pour bien boire et m’asperger les muscles, passer sous la lance à incendie – ce bonheur !!) et on arrive sur la place.
Et déjà j’aperçois au loin l’arche du 40è. Je fixe une runneuse et un runner qui semblent avoir une foulée encore propre, et je m’efforce de suivre l’allure. Le 5000 en 22’56, le plus lent de la course, vous l’aurez compris.
Mes 2 lièvres, juste devant.
Km 40/42 : ZIEL !!!!!!
Le second souffle : le 40e km en 4’13 grâce à mes lièvres… Mes cuisses donnent l’impression d’exploser, les mollets tirent comme rarement, mais je suis en transe : je n’entends plus les gens, le passage devant le Bundesrat me rappelle juste qu’on est si proche de la fin, mais si loin… C’est MAINTENANT que tout se joue. Je n’ai pas fait tout ça pour rien. Après cette interminable ligne droite dans Leipziger Strasse, virage à gauche, dernier point d’eau, même rituel, et on relance. 4’34 le 41e, je trouve quand même la force de lever les bras pour la photo:
S’en suivent les 2/3 relances autour de Französicher Strasse – je sais précisément où on est, ça commence à sentir bon. Quand je vois l’intersection avec Unter den Linden, le DERNIER virage de la course.
Je n’ai plus mal. Je regarde les gens m’encourager, j’ai l’impression que mes pieds ne touchent plus le sol. Virage à gauche. ET elle est là. Majestueuse. Je ne peux plus la quitter des yeux. J’accélère. On arrangue la foule. Je passe sous cette fameuse porte, que j’ai quitté il y a quelques heures. Je vois 42,5km à la montre…
Aucune idée de la FC ni du chrono, mes yeux sont déjà embués. Puis je vois cette ligne d’arrivée. Je relance (je termine à 4’13 mon dernier 1000). Le tapis bleu, le speaker qui annonce le nom des candidats qui vont finir…. « Annnnd Yann OLIVIER, from France, congratulations !"
Je vois le chrono officiel sur la ligne d’arrivée. ET là, je réalise enfin : Je suis en train de me qualifier pour Boston (rappel : 3h10 pour les 40/45 ans, cut à 3h08 cette année). Je hurle à m’en décrocher la mâchoire.
3h04’10 à la montre, j’ai pas appuyé sur le bouton tout de suite. Temps officiel 3h04’06. Ich bin ein Berliner.
Epilogue
La récupération de la médaille et du poncho, le retour à l’hotel… Tout n’est que moment de béatitude. Je réalise que j’ai été au bout de ce que je pouvais faire, à la limite de l’explosion. Le 2eme semi en 1h33’52, qui m’a semblé évidemment atrocement difficile… Mais sur lequel je suis le plus fier. Cela aurait pu tellement finir en 3h20 ou pire… J’ai joué à quitte ou double, j’ai gagné !
C’est ma plus belle expérience de course à pied. Avant la prochaine ? ;o)
Coach, t'es le meilleur. Cette médaille, c'est aussi un peu la tienne ! #teamBoucher
Ravito: 3 gels et une pate de fruit, toutes les 40'
Eau: difficile de quantifier avec ces foutus gobelets, mais suffisamment je pense
Matos: full Nike, largement rodé sur sorties longues et course par les Vaporfly (Aucune ampoule, rien, nada !).
J'éditerai avec 2/3 photos officiel pour voir ma déchéance physique, mais j'en ai plus de 250 à trier, merci les camera HD sur le parcours ! Done ;o)