CR Marathon de Cheverny
Contexte : 2016 marque le 10e anniversaire du premier dossard de ma vie. Après 18 mois réussis entre 2023 et 2024 (PR sur toutes les distances : 5km 18’22 ; 10km 39’11 ; 20km 1h21:51), la naissance d’une petite fille en mai 2024 signe la fin de mes ambitions de progrès. C’est con qu’il manquait 200m au Marathon de Cheverny en 2024, je pense que j'aurais validé le sub 3h10 (3h08 sur 41,9km
).
En 2025, j’essaie de limiter la casse autant que possible mais les participations sont anecdotiques même si mémorables.
En 2026, je l’ai annoncé à ma femme, je recommence à courir, c’est nécessaire pour mon équilibre mental ainsi que pour éviter de reprendre trop de poids.
J’avais tanné sans succès ma sœur pour qu’elle m’obtienne gratuitement un dossard pour le marathon de Cheverny (elle y travaille) en 2023 et 2024. Elle m’avait annoncé que ce n’était pas possible. Et en 2025, alors que je suis hors de forme, elle m’indique que c’est possible avec leur nouvel organisateur, et que ça l’a toujours été ! Une des personnes de la précédente organisation devait s’arrondir les fins de mois…
Elle peut donc m’avoir un dossard et bien sûr pour une reprise toute en douceur, j’hésite un moment entre le trail de 63km et le marathon.
Les distances en dessous, je pense que je risque de reprendre en dilettante.
Préparation : après mon trail habituel de fin janvier), c’est reparti pour une préparation en suivant le plan qui m’avait réussi en 2024.
Je commence donc une préparation progressive à 4 puis 5 séances par semaines.
Je vais courir de nuit, sous la pluie et le froid. J’aime me retrouver avec moi-même et prendre du temps pour moi.
La montée en charge se fait de façon hachée selon les problèmes d’enfants malades, de randonnée vélo imprévue, de grosse ampoule et déplacement professionnel… mais globalement je maintiens les 60 / 65 bornes par semaines, je vois le cardio qui diminue, l’allure qui augmente.
Je passe les séances à allure spécifique en 4’20 en me disant que c’est pour m’habituer à l’effort, que ça va descendre et que le jour j, je partirais en 4’25 : avec l’effet course, le repos avant, les carbones, ça va le faire.
Je m’achète les nouvelles chaussures à la mode (Evo SL, Adios Pro4), je soigne la partie nutrition en testant gels et barres sur les sorties. Et je m’alimente également lors des simples sorties histoire de soigner la récupération. Malgré ça, la nuit je me réveille en ayant fin, et je dors mal.
C’est la première fois en 4 préparations marathon que je ne perds pas 3 ou 4kg et je me dis que ce n’est pas plus mal. Après, c’est bête mais je me dis qu’ayant passé les 40 ans, c’est peut-être vrai ce que l’on dit sur la forme et prise de poids. Je commence néanmoins à ressentir une lassitude à faire 5 séances par semaine, ce qui me prive de ma soirée jeux video hebdomadaire et qui commence à irriter ma femme ; quand je ne suis pas au boulot, je cours. J’hésite à utiliser la bourse d’échange pour basculer sur le semi. Spoiler ; j’aurais dû.
La dernière grosse SL me met en confiance mais les séances venteuses bien chiantes me font craindre que le jour J, ça soit galère. Je décide donc que je partirais sur 4’30 et qu’on verra bien, pourquoi pas si je me sens bien que j’arriverais à faire un negative split.
Je dors étonnement bien les 2 semaines qui précédent la course, j’apprécie d’avoir des séances plus courtes, et la dernière semaine d’en avoir moins tout court, ça me permet de faire une sortie avec ma fille.
Par contre je me sens tendu, et j’ai peur de me bloquer le dos en soulevant la petite dernière, de me faire un claquage en jouant avec le fiston ou l’aînée dans la piscine. Je ressens des douleurs musculaires mais je me dis que je psychote, que c’est dans la tête.
Le samedi je récupère mon dossard après la course du fiston. Elle a lieu a 10h45, et je suis en tee shirt et le soleil tape fort. Je regarde la météo : ils annoncent entre 13 et 23°C durant les heures de la course, mais pas de vent. Je commence à me dire que ça va être tendu de battre le PR s’il fait chaud.
Le jour J :
Levé à 6h, petit déjeuner comme d’habitude et passage aux toilettes qui est une première délivrance. J’ai préparé mes affaires la veille en rayant scrupuleusement ma liste des choses à emporter. Mon père et ma sœur me récupèrent à 6h50, on arrive à Cheverny à 7h25 avant qu’ils ne bouclent les rues qui arrivent à l’extérieur du village. Mais ils ont déjà bloqué les rues à l’intérieur. Que cela ne tienne, ma sœur dégaine son laisser-passer, on franchit les barrières et on se gare sur le parking du personnel. A 200 m du départ, c’est royal.
Un petit pipi, je vois que les personnes du semi se préparent. Car le semi démarre à 8h30, le marathon à 9h15. Nous sommes plusieurs sur facebook à avoir signalé qu’il serait mieux pour les coureurs que ça soit l’inverse, réponse « on ne peut pas faire plaisir à tout le monde » !
Bref, j’assiste au départ du semi, et je commence un échauffement tranquillement. Enfin pas trop tranquillement ; dans la voiture je me suis aperçu que j’ai oublié de charger ma montre qui n’a que 35 % de batterie. J’oublie l’idée de courir en musique, et réduit la qualité du GPS : car je sais que la batterie ne tient pas trop bien (elle passe de 15 % à 2 % en quelques secondes). J’ai également oublié mes manchons pour aller avec le débardeur. Mais, il fait tellement chaud déjà qu’ils sont inutiles !
Je trottine tranquillement et ce qui me fait halluciner c’est voir le nombre de personnes qui commencent la course avec 3 ou 5 minutes de retard !
Après 25 minutes d’échauffement, je décide de me placer dès 9h dans le sas car je me dis que vu quand c’est sans justificatif, ça risque de vouloir se bousculer devant...et j’avais tort ! Après m’être frayé un chemin parmi la foule de 4h / 4h30, il y en a moins à 3h30 et quasiment personne en 3h15 / 3h. J’y retrouve un ancien camarade de foot (c’était il y a déjà plus de 15 ans
) qui m’annonce vouloir faire sub 3h, On discute, on zappe l’échauffement dynamique sur place proposé et on se met dans notre bulle.
Avant de partir, on fait une haie d’honneur aux personnes qui vont pousser les handicapés, je salue deux potes qui sont relayeurs dessus ; je n’aurais pas eu le dossard, je les aurais accompagnés pour la bonne cause. Après, on nous fait faire une ola, mais en restant accroupi, je sens que ça me tire déjà derrière les cuisses : ces foutus douleurs qui m’accompagnent depuis un moment.
C’est enfin le départ… et je décide de partir tranquillement pour ne pas me griller, quitte à accélérer durant le second semi et je bascule sur race-screen
Je pars vraiment tranquillement car je me fais doubler par le meneur d’allure 3h15, je regarde ma montre je suis à 4’10 au kilo
Je le laisse s’échapper, je croise mon père au bout de 1500m qui me dit « mais tu ne devais pas être plus devant ? » je lui réponds que les meneurs d’allures sont partis trop vites… un gars se tourne vers moi et me confirme « je me suis entrainé pour 4’37 pas 4’25 »
Tant qu’on est dans la première boucle dans le village à l’abri du vent, je préfère rester derrière à 15 / 30m du meneur d’allure et du troupeau. Les kilomètres défilent entre 4’27 et 4’32, je me sens et bien et profite de la foule. Il y a bien plus de monde que lors de ma précédente participation et j’imagine en frissonnant ce que ça doit être sur une grosse course avec du monde comme ça tout le long. Il y a aussi des gens avec des pancartes rigolotes.
A l’endroit du relais 5km, je croise mon pote Cédric qui pareil me chambre car je lui avais dis que je serai devant le meneur d’allure 3h15, Je lâche un « Ils sont fous les meneurs d’allures ! ». Le cardio est sous contrôle, on sort du village, je fais un effort pour rattraper le groupe d’une trentaine de personne et je me mets au chaud. On passe les 10km en 45’.
Le silence s’installe, je profite un peu des paysages et suis sérieux dans la nutrition. En gros, le protocole nutrition et hydratation est le suivant : flotte toutes les 15 minutes avec 500ml d’eau par heure, gel à 30’, 1h30, 2h30 et du solide à travers des petites barres toutes les 30 minutes. Ca fait dans les 65/70g de glucide par heure et c’est bien passé à l’entrainement.
On passe les 15km en 1h08, le rythme est enfin calé sur 23 minutes pour 5km, on rattrape les derniers du semi. Je me dis que ça va être très long pour eux et j’hésite entre le respect et l’envie de les insulter de se lancer dans une course aussi longue quand on n’a clairement pas le physique ni la préparation adéquate. C’est un peu chiant, car l’on doit slalomer par moment avec une différence de vitesse relativement conséquente.
Il fait grand soleil, et il commence à faire chaud : il était annoncé 25°C pour l’après midi, mais il est presque 11h et j’ai l’impression qu’ils sont déjà là.
Je décide de demander à un point d’eau de me mouiller la casquette pour me rafraîchir… sauf que lors des deux premiers points d’eau, impossible de m’approcher d’un bénévole car il y a une masse de zombies du semi qui squattent les stands.
Peu avant le 20e le meneur nous indique que c’est le moment de faire le plein et qu’il va ralentir pour ce ravitaillement… c’est un bordel sans nom, je vois un bénévole avec une bouteille : je lui demande de m’en verser dans ma casquette… ce qu’il fait. Et ensuite, sans que je lui demande, il m’asperge littéralement de toute sa bouteille.
Ça me coupe le souffle, mais il faut repartir. Le groupe a explosé et d’une vingtaine de personne, on doit être plus que douze.
On entre dans l’allée du château, c’est blindé de monde : accompagnateurs, personne qui finissent leurs semi, gendarmes qui bloquent les routes, il y a une bonne ambiance. Une nana du semi nous lançe « et dire qu’ils vont faire 3h45, alors qu’on en peut plus ! »
Je regarde ma montre et Racescreen qui m’annonce 3h10. Dans le parc, il y a des tulipes, des touristes, le château et un malheureux pris en charge par les secouristes sous une bâche. N’ayant rien lu à ce sujet au cours des jours suivants, je me dis qu’il s’en est tiré mais ça flingue un peu le moral.
On passe le semi en 1h36, je vois mon père et ma sœur sur le bord de la route comme prévu. Je leur file mes deux flasques vides, et récupère celles que me tend ma sœur que je maudis instantanément : croyant bien faire, elle les a mis dans son sac isotherme contre les pains de glace. Alors qu’il fait très chaud, je me retrouve avec un glaçon à la main et un autre dans le short. Du coup, j’attends que l’eau se réchauffe pour boire et choppe un gobelet à un point d’eau. Je suis content car normalement, il ne devait pas y avoir mais l’organisation a visiblement changé son fusil d’épaule.
Le cardio se met à fleurter avec les 85 %, les jambes semblent répondre mais je transpire plus que d’habitude, je bois plus mais les sensations se dégradent. Je sens que je dois faire plus d’effort pour maintenir le rythme, mais surtout je commence à frissonner, avoir un début de vertige en tournant trop vite la tête pour regarder autour de moi.
Je sais que le PR est mort, et je commence à avoir mal au ventre. Autour de moi, ça commence également à exploser avec d’autres personnes qui se mettent à matcher. On est au 27e, je commence à chercher un arbre derrière lequel me soulager et souffler.
Coup de bol, une famille a sorti une table devant chez eux et offrent un point de ravitaillement sauvage apprécié de nombreux coureurs. Je m’arrête les regarde et je me leur dis « Heu… ma course ne se passe pas comme prévu, je peux utiliser vos toilettes ? »
La mère de famille me regarde avec des yeux ronds, puis me dis « pas de problèmes, suivez-moi ! » . Elle part en courant, je la suis pendant que j’entends un de ses fils s’exclamer « Mais c’est énorme ». Je jette un coup d’œil à 100m : autour des deux flammes des meneurs d’allures 3h15, il ne reste que 4 coureurs.
Les toilettes sont une délivrance mais en me relevant, j’ai encore la tête qui tourne.
Je repars en me disant que je vais abandonner au prochain ravitaillement vers le 30e… mais je me demande comment prévenir mon père et retourner à l’arrivée. 27’14 pour le bloc 25e – 30e.
Dès que j’essaie de relancer, j’ai le cardio qui monte en flèche vers les 90 %, j’ai trop chaud et les zones d’ombres sont une bénédiction. Je me force à ne pas marcher mais passées les 3 heures de course, ce n’est plus possible, je ne me sens vraiment pas bien.
Je décide d’alterner 200m de marche, 800 de course, les kilomètres n’avancent plus, le meneur 3h30 me rattrape et me dis « aller accroche toi ! » Je le fais sur 400m, le cœur se met à battre à la chamade, je laisse tomber l’affaire. J’ai l’impression d’être dans Marche ou Crève de Stephen King avec un mélange de personnes qui trottent, d’autres qui marchent, et certains assis sur les bas-côtés.
27’30 entre le 30e et le 35e. Je sais que mon père ou ma sœur sera au 40e, je me fixe cet objectif. Je reprends mon dernier gel pour la forme, je bois et repars.
Normalement si tout c’était bien passé, j’aurais déjà du être arrivé. Au 40e mon père me filme, je lui dis d’arrêter, que ça ne va pas. Il me répond qu’il avait compris quand il a vu le temps passer et pas vu avec le meneur d’allure 3h15… comment ça le meneur ? Bah oui, visiblement, il y en a un qui a explosé aussi. On part en marchant, mon père me dis qu’il va prendre un raccourci pour aller à l’arrivée. J’hésite à faire une Obélix mais, non je continue sur le tracé au 41e, il y a un gars qui convulse sur le bas-côté, c’est impressionnant. Race Screen m’annonce qu’il est possible de faire moins de 3h40, je repars tranquillement et finis en 3h39:55. 169e sur 1060
La bénévole me file ma médaille et me félicite en me disant que c’est bien… mouais vu la préparation, ça me dégoutte d’exploser mais c’est la dure réalité du marathon : on ne peut pas maîtriser tous les éléments !
Je croise mon pote qui visait le sub 3h ; pas de PR non plus pour lui qui fini en 3h10.
Je file me faire masser pour la forme car je n’ai pas de crampes ni l’impression d’avoir trop tapé dans les jambes. En attendant mon tour, un gars qui me dit quelque chose arrive ; il était dans le groupe 3h15 et à fait 3h45 en maudissant aussi les meneurs d’allures.
Je regarde les résultats sur protiming et globalement tout le monde à bien souffert sur le second semi.
Sur les 100 premiers, ils sont 7 à avoir fait un negative split, 26 à avoir fait un 2e semi plus lent de 5’ max, 40 entre 5’ et 15’ et 27 à avoir fait entre 15 et 40’…
Quel bilan tirer de tout ça ?
D’un côté je suis content car j’ai bien borné en ce début d’année et je pense avoir bien retrouvé mon niveau… mais d’un autre côté avec les moments de lassitude, les aléas qui peuvent rapidement trop faire basculer une course aussi longue, je n’ai pas envie de refaire l’expérience de suite.
Je vais basculer pour l’instant sur des trails et chercher à 100 % le plaisir et être moins dans la gestion.
J’ai un trail urbain de 7km prévu en juin, puis je me suis inscrit à un 55km en novembre que je vais faire sans me fixer de temps ou d’objectif.
TLRD : Marathon trop chaud, pop corn, le Strava : https://www.strava.com/activities/18265791051
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