Aujourd'hui c'était déflorage du Ventoux.
Moi qui n'ai jamais fait de cyclo sérieuse en dehors de tourner 6h sur un circuit à côté de chez moi et des rando VTT des associations du secteur, je me suis fait embrigader dans l'idée de faire le Gran Fondo du Mont Ventoux. Et tant qu'à traverser la France de ma Meusie profonde jusqu'au Vaucluse, autant cramer du gasoil pour faire la grande boucle : les 135 bornes / 3200m D+ (selon les syndicats hein, moi j'aurai finalement un peu moins). Si j'ai déjà enquillé 6h de vélo à bon rythme sur un circuit, mes sorties de montagne se sont toujours limitées à 2500-2700m de D+ (une paille pour certains membres ici) donc le challenge était double : bouffer le Ventoux et repousser ses limites de dénivelé.
Histoire de ne pas trop passer pour un nullos le jour J, je me suis donc concentré ces derniers mois sur un entrainement un peu plus structuré, à savoir ne pas rouler comme un débilos à bloc à chaque que je sors le vélo pour bosser mon endurance fondamentale, avec succès puisque j'ai progressivement amélioré mes sensations à basse intensité sans vraiment perdre en vitesse, mais au détriment de l'explosivité et la puissance brute qui restent assez modestes. Et j'ai essayé de bosser la nutrition, en me mettant depuis 2-3 mois à siffler des gels ou des bananes en roulant alors qu'avant je mettais simplement vite-fait de la poudre pour mes sorties habituelles (puisque 90% de mes sorties à l'année font 2h30 / 3h max).
Tout ça, c'est pour le contexte.
J'ai donc embarqué mon vaillant vélo-de-montagne© (un Trek Madone de 2012 un peu retapé), j'ai pris mon short et mes gels, zou ! Coup de bol, météo impeccab', ciel bleu et quasi pas de vent.
Après une nuit un peu chahutée par la ligue-tutut-des-tutut-champions-tutut, lever 5h30, petit déj' café, nutella et cake à la banane, pipi caca, tout s'aligne parfaitement. Mise en grille à 7h assez loin (je dirais au 2/3 voire 3/4 arrière, ça ouvrait à 6h30 mais flemme de faire le planton, 30 min c'était déjà trop pour moi) pour un départ 7h30 mais vu l'inertie de l'effectif (environ 3'700 gugusses au départ pour les 3 distances), j'ai passé le portique 9 minutes après !
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Ensuite je n'avais qu'un seul objectif : ne pas exploser en vol pour attaquer le Ventoux le plus sereinement, et pour ce faire mes nouvelles armes fraichement aiguisées : les metrics (puissance et cardio), la boustifalle et les sensations. Donc dans ma tête, full zone 2 quoiqu'il, respiration nasale comme baromètre, boire et manger régulièrement. Bien calibré ces derniers mois, j'ai pu gérer tout aux sensations sans avoir le nez sur le compteur et j'ai pu profiter du paysage et mater les beaux vélos qui brillent tout autour de moi.
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Rapidement ça s'étire, je contiens mon enthousiasme sur les parties roulantes, je ne prend aucune roue pour ne pas me faire embarquer dans un projet douteux. J'en suce 2-3 (roues) ici et là parce que hein, ça fait pareil derrière, tout va bien. Je craignais que ça frotte et que ça tombe mais je dois être parti trop loin des ambitieux donc tout se passe de façon fluide.
Arrive la première bosse : le col de Fontaube. 4,6km, 4,3% de moyenne. Je maintiens mon cap et, si je me fais toujours dépasser par quelques mecs bien chauds, je me surprends à rattraper pas mal de monde sans vraiment forcer. Ça me rassure mais je m'enflamme pas, il reste 100 bornes.
Petite descente courte, des mecs descendent comme des déglingos, 1er ravito est un beau chaos et je m'y arrête vite fait pour remplir une gourde.
On perd une partie de l'effectif à une intersection qui partira sur le piccolo fondo de gros bébé cadum et on continue sur le parcours de bonhomme.
Ça enchaine par une courte plaine et la 2e difficulté : le col de l'Homme mort.
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Pas bien difficile mais un peu plus long que le premier : 13,6km pour 4,7% de moyenne (avec 2 petites portions à 10-12% mais rien de méchant). Idem : j'ai passé l'ascension à rattraper des gens.
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J'ai mangé ma banane stratégiquement conservée dans l'astucieuse poche dorsale du maillot réglementaire depuis le début de la course et ça cale mon tout début de faim. Bien joué ! Je suis décidément une machine imperturbable et ma zone 2 - 2 et demi est une arme de destruction massive. Ou alors après réflexion je me dis que tous les forts sont loin devant et je surnage dans le menu fretin.
Ensuite ça redescend, nouveau ravito où c'est de nouveau quasiment la foire d'empoigne où il faut jouer des coudes pour avoir de l'eau et j'arrive (sans éborgner personne) à choper 2 carrés de pizza qui font du bien au moral. Y'a jamais de mauvais moment pour manger de la pizza mais il y en a qui comptent plus.
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À partir de là, je savais (après étude minutieuse du parcours) que c'était un gros cinquante bornes de profil descendant à travers quelques bleds et surtout les gorges de la Nesques (magnifiques) jusqu'au quasi pied du Ventoux. La seconde bifurcation vers le medio-fondo arrive avant de se diriger vers la plus belle partie du parcours (cheh les nullos !) et on reste à s'expliquer entre vrais rouleurs !
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Je me retiens de tout donner dans ces profondes gorges afin de garder du jus pour le final. À la fin des gorges il reste 25 bornes, mais jusqu'au pied du Ventoux il y a 7 bornes d'un sale faux-plat (entre Flassan et Sainte-Colombe) qui va commencer mettre en lumière mes limites, et ça va se voir par la dérive cardiaque. Dans le faux plat vicelard, je constate rapidement qu'à la zone de puissance où j'étais confortable tout du long je commence à taper un peu haut en cardio ça commence à cogiter.
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Saint Colombe, je suis large sur la barrière horaire, avant dernier ravito où l'écrémage précédent rend l'accès à l'eau / bouffe bien plus calme.
Et là, le gros morceau commence : 17 bornes et 1300 de D+
J'avais lu les chiffres avant et je m'étais mis dans le crâne : "ok, tout à 9 ou 10% pendant 17 km, je vais en chier c'est prévu tkt". Je suis dur au mal mais comème, j'étais pas prêt.
Rapidement, dès les premiers hectomètres, le cardio décide sans concertation de se régler à 170bpm en valeur plancher, ce qui me laisse assez peu de confort et de sérénité. Autour de moi c'est l'hecatombe, les gens s'arrêtent, crampent, doutent. Il est tout juste midi, il fait 32-33° dans les sous bois suffocants, j'ai le cardio en roue libre et ça commence à chatouiller dans les adducteurs. Il m'en faut pas plus pour commencer à douter "mais putain, je vais jamais y arriver bordel, il me reste 15 bornes et 1200 de D+ !". Je suis sur le 34-34 que je tire comme un sourd alors qu'il me faudrait au moins 2 dents de plus. Les mètres avancent aussi lentement qu'un jour sans pain, je me dis que si je m'arrête c'est foutu. Donc je m'arrête. Quelques secondes salvatrices et ça repart. Je rattrape le fameux collègue qui m'a embrigadé là dedans mais qui était parti dans les premiers sas de départ. Il en chie, moi aussi. "Si tu t'arrêtes bientôt je m'arrête aussi." Donc on s'arrête. Ça tourne un peu, il me dira en haut que j'étais un peu palot, mais je sens que ça tient et on repart. Sur les 5-6 premiers kilomètres (avant le chalet Reynard) j'ai dû m'arrêter 4 ou 5 fois. Je pense que j'ai eu un bon gros coup de chaud et que ça m'a pris un peu de temps pour m'acclimater.
Je passe le chalet, je sens que ça va un peu mieux. Ça reste le chaos autour de moi (des gens allongés dans les bois, des gens qui poussent le vélo, des gens qui s'étirent) mais ça tient pour moi.
Dernier ravito, grande lampée de coca décisive, l'objectif est en vue, y'a un peu plus d'air et un léger vent, ça me redonne des points de vie.
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C'est décidé, on redémarre la machine et je ne m'arrête plus. Je me remets à doubler des gugusses, ça fait du bien au moral et les 5 derniers km se passent étonnamment bien. Durs, mais bien.
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Finito. Pas si mécontent de ma perf pour un déflorage. Je pensais / espérais arriver plus frais au pied du Ventoux mais je pense que je manque de caisse pour de telles épreuves. En tous cas, je ne m'attendais pas à une telle violence pour le début de l'ascension, même si le coup de chaud ne m'a pas aidé (ni les autres).
À part le dawa dans les ravitos, c'était bien chouette.
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Bonne nuit !