CR BRM 300 "Nawak"
J'avais décidé à l'issue des 4 premiers BRM de l'an dernier réalisés dans des conditions météo parfois atroces et souvent dans des coins pas franchement sexy qu'on arrêtait les frais avec les trucs à zéro plaisir. Bilan du début de saison 2025 : 5 ou 6 DNS météo
Une bonne fenêtre se présente pour aller rouler dans le Lot, hop, inscrit. Et c'est l'occasion de mettre en application tout ce qui a été appris cet hiver sur le sommeil, la nutrition, l'hydratation, la gestion de l'effort, la gestion du mental, etc.
Spoiler alert : ça va partir complètement en sucette
Vendredi soir, c'est avec délectation que je retrouve les coutumes pré-BRM : une chambre à 50 balles donnant sur les poubelles dans un hôtel de seconde zone et une pasta-party seul mais entouré de cassos' dans un restau de zone commerciale. La terrasse donnant sur un gros rond-point permet de jouir du spectacle assuré par des motards dont le QI est manifestement inférieur à la pointure et des Mattéo en Golf TDI crachant des infra-basses. Tout cela la donne au festin à 19.90€ un arrière-goût d'huile imbrûlée qui provoque une explosion de saveurs en bouche
Les nuits précédentes, j'ai tenté d'appliquer le "sleep-banking" : dormir au max en prévision d'un déficit. Sauf que les nuits pourries à 5-6h s'enchaînent jusqu'à jeudi. La nuit de vendredi à l'hôtel, elle, est excellente et permet de prendre 6h ce qui est un joli score quand le réveil sonne à 3h15. 3 chocolatines sous vide, 2 briques de jus d'orange et en voiture Simone.
"Sleep-banking" : raté (mais pas mal rattrapé
)
Je rejoins le départ vers 4h30, café, cake, carte de route et on décolle avec un groupe d'une dizaine à 5h. Ca meule sa mère la tepu il fait un froid de gueux. La météo annonçait 8-9°C entre 5h et 8h, en fait on est plus près de 5°C et ça descendra jusqu'à 3°C. Le truc c'est qu'avec 25 prévu l'après-midi, pas possible de partir en fringues hiver mais juste un gilet coupe-vent sans manches et gants longs +couvre-orteils c'est bien trop juste. Côté manchettes, j'ai des anti-UV fraîchement reçues pensant que ça suffirait, ben pas du tout, c'est absolument ni chaud ni coupe-vent. Bonus : le vent s'engouffre par les manches de mon maillot devenu trop lâche et ventile tout l'intérieur du maillot pour optimiser la congélation. J'aurais au moins pu prévoir un coupe-vent "intégral" et un buff, abruti va.
Gestion météo/fringues : raté
Tester le matériel avant : raté
L'aube point, la route est absolument magnifique : falaise à gauche, rivière à droite, villages perchés, châteaux, la pierre blafarde sous la Lune blondit enfin sous les premiers assauts de l'astre du jour
Non en vrai le Lot c'est du caviar pour les yeux. Côté jambes, premier taquet, je limite à 170W comme prévu, le groupe me décroche. Ca recolle dans la descente, re-taquet, rebelote. A partir de là il y a 2 options : suivre le plan et passer la journée seul, ou tenter de m'accrocher à un rythme que je sais trop élevé par rapport à ce qui est prévu. En temps normal la question est vite répondue, on décroche. Là, je fais sauter le "limiteur" et prends les roues.
"Pacing strategy" : raté
CP1 à 50 bornes vers 7h : vu l'avance qu'on a sur mon plan de marche, la boulange que j'avais repérée est encore fermée. Du coup, bar. Un café, 2 croissants et ça repart.
CP2 85km vers 8h40 : ça a bien roulé, on est calé à 32 sur le plat et je décide de passer toutes les bosses avec les plus rapides histoire de griller des cartouches avec application d'autant que je grimpe plutôt bien par rapport au groupe, sachant qu'on s'attend en haut des bosses donc ça sert absolument à rien mais c'est l'occasion de se tester. Sur le plat, je ramène systématiquement tout le monde quand on est pris dans une cassure à l'arrière. La température commence à monter, les cuisses dégèlent. Re-bar, j'aurais préféré une boulange. Un café, un croissant, une chocolatine.
Economiser ses forces en début d'épreuve : raté
CP3 à 150km vers 11h : On continue à enchainer les paysages à couper le souffle et les bastides, j'en prends plein les yeux. 26,3 de moyenne avec un plan de marche à 19 arrêts compris, inutile de dire qu'il y a un peu d'avance. On s'arrête dans un troquet, pas moyen d'avoir un sandwich ou une crêpe. Il reste une chocolatine, je prends. Donc côté bouffe, aucun vrai repas depuis 19h la veille et tout ce que j'ai ingurgité depuis le matin c'est des viennoiseries avec score solide de 5 chocolatines et 3 croissants. Et des graines dont j'ai rempli ma poche à bouffe. Ca c'est top, je picore en roulant, il manque juste un verre de rosé. Attention : si on en mange trop d'un coup et qu'on tombe sur une côte, on se retrouve avec la bouche plein d'une pâte collante et impossible de respirer, je m'étouffe 2-3 fois en roulant
Au moment d'aller aux toilettes parce que ça presse depuis un moment, un participant reçoit l'info qu'il y a un pépin et qu'il doit rejoindre Montauban (30km plus loin) au plus vite. Pas le temps pour les toilettes, on repart direct et ça roule encore plus fort
Manger varié, éviter le gras, alterner salé/sucré, prioriser les glucides lents : raté
Respecter ses besoins fondamentaux : raté
15 bornes plus loin je ne tiens plus, je préviens que je les rattrape plus loin, cligno et vu le volume à vidanger l'arrêt est long. Point de situation : je dois reprendre seul en 15km un groupe d'une dizaine qui roule à 32 en relais avec un vent de face. Chances de réussite : zéro. Je repars comme une LMP1, descends dans les prolongateurs et me mets à FTP. Les champs du GPS virent à l'orange foncé et la jauge de Stamina commence à se vider à la même allure que le réservoir d'un Tomcat en post-combustion
Je rattrape l'arrière du groupe en train de ralentir à l'entrée de Montauban, le compteur affiche 27 de moyenne avec 180km au compteur
Prendre des décisions réfléchies et raisonnables : raté (mais chance insolente)
Le paysage devient ensuite plus insipide dans le Tarn-et-Garonne, c'est plat, assez morne, exposé au vent de face et ça tape. Pas la meilleure partie.
CP4 à 225km à 15h : on tourne longuement dans le bled, la 1ère boulangerie n'a que des pâtisseries du coup re-bar mais pas de sandwichs. Ras-le bol, je pars braquer une boulange plus loin et m'envoie enfin un sandwiche, le truc qui aurait du être consommé avant même qu'on ait fait 100 bornes. Certains ne tournent qu'avec des barres depuis le matin, je pige pas. D'ailleurs ce sera pas sans conséquence, il y aura 2 explosions en vol.
La partie suivante est top-relou, plein de toboggans, vent de face, usant. Je m'épuise à assurer des gros relais et à passer les bosses trop fort pour le fnu alors que le réservoir est quasi-vide. C'est interminable, le mal à la voute plantaire commence à se manifester. Bon, il y a toujours une partie comme ça où on a l'impression de plus avancer et où les douleurs apparaissent. De toutes façons j'ai cramé plus de cartouches que dans un Tarantino, évidemment qu'à un moment il faut payer l'addition, c'était prévu et anticipé et il reste moins de 50 bornes. Un problème c'est une serrure, il suffit de sortir la bonne clé du trousseau (Eric Leblacher).
Gérer les difficultés la tête froide : pas raté héhé.
PK5 à 280km vers 18h, activation des clés : boire un bon coup, s'envoyer un gel, s'assoir à l'ombre, desserrer complètement les chaussures pendant que le reste du groupe braque une boulange. Je repars requinqué, les watts reviennent, plus de mal aux pieds. Les 20 derniers kilomètres sont à nouveau très plaisants, beaux paysages, vent arrière, belles descentes, puissance à nouveau suffisante, parfait.
Pointage à l'arrivée à 19h soit 14h tout rond arrêts inclus, c'est pas mal mais au vu de la moyenne roulante (26.4 au final) on a passé beaucoup de temps à l'arrêt. En groupe on roule plus vite mais on n'est pas maître des temps d'arrêts, c'est comme ça
Bilan : certaines erreurs étaient imprévisibles (sommeil les jours précédents malgré un couchage tôt), d'autres involontaires. Sur le reste, pourquoi avoir foncé dans les mauvaises décision de façon consciente et délibérée ? Parce qu'après plus de 20 sorties de 200+, on sait ce qui passe sans forcer même en solo donc il y avait zéro prise de risque : c'était donc l'occasion parfaite de voir jusqu'où aller trop loin.
Sinon point de vue "cyclotourisme" j'ai vécu ma meilleure vie, journée géniale
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Pain is temporary. Quitting lasts forever.