CR Kiroule Queyras J3
J3 est le jour où il faut fermer les chalets, tout ranger, nettoyer, remplir les voitures avant d'aller rouler. La veille au soir, entre deux tournées d'alcools tous plus douteux les uns que les autres et des """pâtisseries""" 300% pur beurre (demi-sel ?
), il a été décidé de viser un départ à 8h30 et donc lever à 6h30. Je me réveille vers 6 heures mais je tiens à respecter le sommeil des autres
Mon compagnon de chambrée, Dintr-un lemn (ce serait du roumain et dans Google translate ça signifie Alex le freerider d'un bois) commence vers 6h15 son réveil habituel par des flatulences un peu comme s'il sonnait le clairon. 6h30 je me lève et je commence à rassembler mes affaires. Tout le monde se lève tant bien que mal, tous ayant visiblement mal dormi
, ce qui n'est pas mon cas ayant freiné sur l'alcool et la nourriture assez tôt la veille
.
Bref, tout le monde se lève et s'affaire sauf un : logicsystem360 qui se lève bien plus tard. Il pensait qu'on partait à 10h30. Bien essayé
. Vu d'en haut, le hameau doit ressembler à une fourmilière avec 14 gus qui marchent dans tous les sens. Chacun semble savoir ce qu'il a à faire même si j'ai du mal à croire qu'on sera prêt pour 8h30... Mais c'est ma première kiroule et je serai très surpris de voir que vers 8h30, tout est quasi bouclé. En réalité, on quittera les chalets vers 8h50 (selon ma timeline Google
).
Avant le départ il y a débat sur la trace du jour : la trace initiale prévoit 1200m de D+ et certains ne se sentent pas capables de faire une telle sortie en J3. Il y a aussi des impératifs horaires comme pour homme des bois qui a un ferry à prendre à Marseille pour rejoindre sa Corse pas natale
. En urgence, on contacte JB84, qui a viré sa cuti pour se dénommer désormais cairn-ivore sur le forum, pour essayer de trouver une trace roulante qui satisfera tout le monde. Après moult discussions, on se met d'accord pour une trace d'une vingtaine de kilomètres avec un peu moins de 1000 mètres de D+. La trace part de St Crépin, pas trop loin de Ceillac mais du coup ce ne sera pas une sortie Queyras compliant, ni même Guigui compliant, on va y venir
On se regroupe à Ceillac et on prend du retard, la faute à bne ben
. Sa voiture Citroën a visiblement un souci d'huile et après vérification du niveau, il est nécessaire de faire rapidement l'appoint.
Un dimanche à Ceillac, autant dire que trouver de l'huile revient à chercher une longue et belle descente en Belgique...
C'est sans compter sur _Sylvain qui sort un bidon d'huile compatible de son coffre qui va pouvoir dépanner bne ben. Vu l'incident de chaine de J1, c'est bien la dernière personne à laquelle j'aurais pensé
On se met en convoi et je suis homme des bois et Hellzed à un rythme soutenu. On sent le corse habitué aux petites routes et l'amoureux des épingles n'est pas en reste, y compris en voiture. Dans mon rétro je vois bne ben mais pas longtemps. A la fin de la descente depuis Ceillac, une odeur d'huile brûlée s'échappe de sa voiture. Mais pourquoi paniquer ? 10 membres de l'élite HFR autour d'une voiture, y en a forcément un qui a lu un truc sur un TopikUnik qui va nous permettre de nous en sortir tels des MacGyver des temps modernes
.
En plus on a Logicystem360 avec nous, qui se la touche en mécanique... BMW. Je suis certain qu'une Citroën, il n'y touche même pas avec des gants et un scaphandre
Après moult discussions, bne ben finira par repartir pour nous rejoindre au point de rendez-vous à Saint-Crépin, là où arrive la dernière descente de la journée. Avant le départ, Petoulachi s'embrouille avec des locaux
Il s'est garé sur la voie publique mais les habitants d'une maison lui disent que leur fils va arriver pour se garer à la place où il a garé sa voiture... Je suis ça de loin mais il finit par bouger sa voiture, certainement par crainte de représailles à la clé sur son beau carrosse (logicystem360, je sais tu n'es pas de cet avis, au moins pour le moteur
)
Nous voilà enfin prêts, il est 10h40. On part un peu à l'aveuglette car le début de le trace part bien plus loin. On décide de la rejoindre par un sentier qui longe la nationale et ensuite la Durance (cours d'eau pour les incultes comme moi
). C'est clairement du gravel et pour une fois, on a droit à un échauffement avant d'attaquer le pentu, ce qui fut loin d'être le cas les deux premiers jours, les traces à Guigui nous piquant au vif dès les premiers mètres
. Bien que personne ne dise rien, on sent bien qu'une bonne partie du peloton ne peste pas contre ces kilomètres roulants, dignes du plat pays qui est le mien
. En J3, du portage, certains auraient empilé les vélos sur le dos de Guigui je crois
. On traverse la nationale et pour rejoindre la trace... et on monte sur la route. Si certains voient toujours ça d'un bon oeil, j'en vois un à qui ça ne semble pas trop plaire, hein Guigui
. La pente est bien raide par moment mais ça se calme ensuite. Je vois Kham qui prend le large et remporte haut la main le maillot à pois de cette kiroule
. J'essaie de le rattraper mais il est trop fort. facile quand on a le vélo le plus léger
. Je le rejoins... quand il s'arrête au pied de la DFCI. On va enfin monter sur du chemin ! Vicporc, Logicystem360 et Dintr-un lemn souffrent déjà et nous rejoignent tous après quelques minutes. Une fois qu'ils nous ont rejoint sortira la blague éculée "qu'on fera encore dans 20 ans" : allez on repart
.
S'en suit une longue montée sur une DFCI où de petits groupes se forment. Je roule avec Kham, h4rl0ck1978, Bastien, Hellzed. On fait une pause à l'ombre, faut dire qu'il fait très chaud et mon Garmin indiquera jusqu'à 30 degrés. On repart et on arrive enfin au point de départ de la première descente du jour, à plus de 1550 mètres d'altitude. C'est le moment de manger tandis que certains dont moi essaient de faire sécher au soleil leur maillot, trempé de sueur
. Parce que bon, descendre avec une tunique mouillée, autant dire que ça pique. C'est l'envers du décor d'une kiroule, il faut penser à emmener sa garde-robe dans le sac à dos
Durant la pause saucisson, fromage and co, j'entends que la descente qui nous attend est une noire
. La dernière noire dont j'ai entendu parlé est celle que homme des bois et bne ben ont pris J1, ce qui ne me rassure pas
.
On s'élance tous dans cette descente dans les bois. Ca se compose de pierres, de racines, d'épingles et de passages avec du gaz (entendez par là du vide, je le dis car je ne connaissais pas cette expression non-belge
). Je rattrape rapidement Vicporc qui avec son semi-rigide s'en sort très bien mais doit évidemment être plus délicat que moi en mode bourrin avec le Jeffsy. Il me laisse passer et je rattrape aussi Petoulachi qui visiblement s'est fait une grosse frayeur. Il est à l'arrêt et me dit que ses jambes flageolent face à tout ce gaz. J'apprendrai plus tard de la bouche de h4rl0ck1978 qu'il a mal négocié une épingle et qu'il a "rebondi" quelque fois avec le vélo avant de se récupérer. Je comprends mieux après coup son état fébrile
. Je rattrape aussi _Sylvain, assez logiquement vu qu'avec son semi-rigide, il doit être lui aussi deux fois plus attentif. La descente continue et c'est un régal. C'est là que je constate les progrès réalisés en 3 jours. De belge, je suis passé à beginner qui bourrinne. Les épingles passent mieux, je place mieux le vélo, je prends plus de vitesse mais je poserai néanmoins quelques fois le pied à terre par excès d'optimisme. C'est là qu'il faut aussi veiller à ne pas avoir d'excès de confiance sous peine de friser la correctionnelle
Mais mon niveau est encore très très très mais vraiment très loin de Cumstorm (change de pseudo sérieux
) qui descend hyper proprement mais vite, d'homme des bois dont l'explosivité est dingue, de Bastien qui a une technique d'un excellent niveau, d'Hellzed qui est un régal pour les yeux tant il descend avec style et enfin de bne ben qui va vite mais pas toujours dans la délicatesse
. Je les rejoins au bas de la descente où ils ont dû arriver depuis un moment. Arrive le reste de la troupe et il est déjà temps de dire au revoir à certains qui sont fatigués et ne se sentent pas de prendre dans les guiboles les 350 mètres de D+ qu'il reste à gravir. Probablement un traumatisme de J2 et les fameux petits coups de cul de Guigui
Petoulachi, logicsystem360 et Vicporc redescendent donc vers le village.
Les rescapés entament alors un début de montée dans un single dans les bois. Une fois de plus je suis bon dernier à re-démarrer, n'arrivant toujours pas à gérer correctement l'optimisation de mon sac trop petit
. On rattrape alors Kham qui décide de rebrousser chemin, il sent une douleur dans sa jambe et ne préfère pas insister. Ou alors la descente précédente lui a trop fait peur et il décide d'arrêter les frais, on ne le saura jamais
. Ca monte assez fort dans le single et je commence à être cramé. C'est le troisième jour, j'ai pas mal donné dans l'ascension précédente (attaque de Pierre Rolland
) et il fait trop chaud pour un nordiste
. Arrive alors le coup de grâce (merci JB), on sort du bois et on se retrouve sur une p***** de route recouverte d'un asphalte tout lisse tout neuf et tout chaud aussi. En arrivant dessus, je pense immédiatement à Guigui qui est derrière moi et qui état déjà en train de ronchonner sur cette sortie "gravel" sans portage ni poussage. Ca a du l'achever
Cette montée est de l'aveu unanime détestable. Ca monte fort, dans la chaleur sur de la route, et en plus avec des vélos pas adaptés. Comme dirait Hellzed, le pneu travaille pas, c'est une perte de temps et d'énergie
. Je souffre, au même titre que Dintr-un lemn et Guigui et nous avançons tel des escargots, bave incluse, semant notre transpiration tout le long de ce parcours hostile
. On arrive enfin au sommet avant la descente... qui commence sur de la route
On s'arrête à un "point de vue" qui donne accès à un beau panorama sur la vallée où certains, dont moi, font les paparazzi en culottes courtes.
On attaque enfin le vif du sujet, la dernière descente. Ce sera, à mon humble avis de nordiste, la descente la moins amusante du week-end. Une succession interminable d'épingles qui se ressemblent toutes sur un terrain constitué exclusivement de pierres fuyantes rendant l'adhérence très précaire. Les freins sont fortement mis à contribution et je termine la descente avec des crampes dans les bras, les doigts et les mollets. Je ne serai pas le seul à la trouver très monotone dans son tracé. Une fois en bas, je me retourne et je vois arriver Sylvain en mode
. Il court à côté de son vélo de manière énergique. Il a crevé, ce qui n'est guère étonnant sur pareil terrain. Faut dire aussi qu'il cherche un peu, étant le seul en chambre à air
Homme des bois est déjà en train de tout ranger tandis que les autres se dirigent vers la fontaine du village pour se rafraichir. C'est vrai que ça fait un bien fou cette eau fraîche. A côté de la fontaine se trouve une sorte de petit bassin qu'Hellzed identifie immédiatement comme une baignoire. Il retourne vers sa voiture chercher une serviette et oui, il se baigne dans cette eau fraîche, accompagnés d'onomatopées de bonheur. Cet homme n'est clairement pas comme nous, il vient d'ailleurs
On aurait bien été boire un godet dans le village mais tel un décor de cinéma, pas une âme qui vive et tout est fermé. On retourne vers les voitures et commence alors le casse-tête (ou le tetris) de faire re-rentrer le Jeffsy dans ma berline allemande où est déjà posé mon vélo de route. J'y arrive, je commence à avoir l'habitude à force de sortir les vélos durant mes deux semaines de villégiature dans le sud de ce beau pays qu'est la France. On se dit tous au revoir et je reprends la route en suivant Guigui, Vicporc et h4rl0ck1978. Guigui m'héberge en effet pour la nuit au même titre que Vicporc. h4rl0ck1978 reprend lui la route vers son domicile. Cette dernière soirée est très agréable, l'accueil de la famille de Guigui au top et les discussions avec junior intéressantes. On sent le gamin passionné de VTT, ce qui promet une belle relève pour les kiroule de nos gamins
Guigui et Vicporc se délassent dans le jacuzzi, je préfère m'abstenir, mon cul étant absolument en feu et le contact avec de l'eau chaude assez douloureux
Au petit matin, Guigui accompagne Vicporc à la gare (en vélo évidemment) tandis que je reprends la route vers mon plat pays
. 8 heures de route m'attendent mais je repars les yeux remplis de paysages incroyables et la tête pleine de souvenirs aussi grandioses les uns que les autres. Tout était parfait : la cordiale ambiance, la nourriture, les vins, la météo, les traces (un peu moins J3 on va pas se mentir
), les paysages, l'absence de chutes et de bobos... Bref un week-end inoubliable. Ce fut ma première kiroule et ce ne sera clairement pas ma dernière... Merci à tous pour l'accueil en tant que petit nouveau et un merci spécial à Guigui pour l'organisation, les traces, sa gentillesse et sa capacité à faire passer crème les montées les plus improbables