SUITE de J1
Après cette belle descente flowy, certains veulent donc rentrer au chalet, soi-disant pour cause de mauvais temps mais surtout pour se préserver, ce qui est compréhensible. Guigui a prévenu, "demain ça porte"
. En bon belge que je suis, la météo je m'en tamponne
. C'est ma première Kiroule, je veux savourer le plus possible. Notre hôte nous annonce donc les deux possibilités : enduro noire ou 54 épingles. Bref pour un gars comme moi, ça revient à choisir entre la peste et le choléra
. Bneben et Homme des bois prennent logiquement l'enduro noire. Je les vois partir à fond comme au départ d'une DH World Series. Cette engagement, c'est beau à voir
Je choisis le moins suicidaire, les épingles. _Sylvain, h4rl0ck1978 (bordel ce pseudo que tu peux que copié-collé
) , Guigui et Hellzed font le même choix. A l'annonce des 54 épingles, ce dernier ne peut cacher un sourire qui lui remonte jusqu'aux oreilles. On dirait un enfant à qui on vient de promettre une énorme glace au chocolat
. Comme il dit, il va pouvoir travailler ses nose-turn !
Guigui nous annonce qu'il faut monter "un peu" d'abord, un "coup de cul" de 50m de D+. Dans les faits il a raison, sauf qu'il n'a pas précisé que les 50m de D+ se prennent en quelques décamètres
. Selon Strava, on est sur du 35% de moyenne et selon mon impression, on est sur de l'alpinisme hostile
. Je découvre à mes dépens la façon de voir un terrain par un montagnard. Mais quelque part, c'est un peu la façon pédagogique de Guigui de nous motiver. Il le dit avec ce calme et cette bonhomie qui font qu'on n'a qu'une envie, le croire et le suivre
. Si le début du sentier est "roulable", on arrive vite dans des sections avec du gaz, du raide composé de petits cailloux fuyants, le tout sur un chemin sentier demi-single très étroit. De l'hostile on vous dit
J'avance tant bien que mal avec mes chaussures insuffisamment serrées (merci mon border collie qui a bouffé le système de serrage des Northwave), je déchausse même mais visiblement derrière, ça gamberge encore plus. h4rl0ck1978 a des soucis avec le vide et avance d'un pas pour reculer de deux sans oublier qu'il est grand et qu'il a le vertige. Ze combo que tu veux pas face à ce terrain
. Heureusement Sylvain l'aide en retenant son pied avec la roue avant de son Meta quand il monte pour lui éviter de glisser en arrière. Cette solidarité et cette entraide c'est beau
Finalement tout le monde se retrouve face à cette descente qui promet du lourd
.
Voici la fameuse descente aux 54 épingles, si si je les ai comptées
Je laisse passer Hellzed et _Sylvain car je n'ai pas envie de faire le bouchon (de bière) belge et gâcher le dessert qu'on leur a promis. De mon côté, je ne sais pas à quoi m'attendre car j'ai dû passer avant la kiroule au maximum 3 épingles à la suite dans le bois dont je ne prononcerai plus jamais le nom tant il n'est rien face à ce que j'ai vécu lors de cette kiroule
. Tout au plus m'aura-t-il appris à connaître le Jeffsy, à accumuler du D+, à emmagasiner un minimum de technique, un minimum j'insiste quand je vois le niveau d'homme des bois, de Hellzed, de bneben, de cumstorm et de son pote Bastien qui envoient du bois dès que ça descend un peu
. Je ne me sentirai pas forcément ridicule non plus dans des descentes flowy ou cassantes en ligne droite où il faut juste de l'engagement, le bon vélo et lâcher les freins mais dès que ça demande un peu de technique avec beaucoup d'épingles, je sens que j'ai encore beaucoup à apprendre. S'il y a bien une chose que cette kiroule m'aura appris c'est l'humilité
Bref, la descente démarre et tient ses promesses. Du pentu (20 à 40% selon Strava), des obstacles, des pierres, du fuyant, des racines et évidemment 54, oui cinquante quatre épingles, le tout dans un bois de rêve (
), le bois d'Enguysson. J'ai beau ne pas avoir la technique, j'adore et je prends un pied intégral
. Si les épingles qui tournent à droite ne me posent pas de problème et que j'arrive à les passer (lentement) surtout en jouant du frein arrière, celles tournant à gauche et trop serrées me font souvent poser le pied quand je ne dois pas carrément descendre du vélo pour le replacer. J'utiliserai même un buisson pour ralentir une entame trop ambitieuse et je ferai un bisou à un épineux qui n'a pas eu l'air d'apprécier. Mais c'est en bûcheronnant qu'on devient bûcheron et à la fin de la kiroule, je passerai quasi toutes les épingles à gauche aussi sur le vélo (toujours à un rythme indigne de la Deceuninck Quickstep évidemment
)
Devant moi, j'entends des cris de bonheur et de jouissance de _Sylvain et Hellzed que j'apercevrai faire des nose-turn avant de vite le voir disparaître tant lui et _Sylvain descendent à un bon rythme. Derrière moi, j'entends h4rl0ck1978 (celui-là j'ai réussi à l'écrire sans le copié-collé
) et Guigui qui comme moi descendent à leur rythme. La descente est certes géniale mais longue, jouissive mais longue, belle mais longue... Cette longueur, un ressortissant du plat pays n'y est pas habitué, son corps non plus
. Au bout d'un moment les crampes aux mollets font leur apparition à force d'être debout sur les pédales, de même que dans les avant-bras et les doigts à force de freiner. Au passage, les SRAM Guide RSC ne me poseront aucun problème durant les 3 jours, spéciale dédicace à turtounet
La fin de la descente nous mène sur les hauteurs de Ceillac. Le temps devient menaçant et il faut vite se débarrasser du coupe-vent, des protections, du casque intégral, etc. et tout remettre dans le sac pour entamer la remontée vers les chalets. Tout au long de la kiroule, je serai souvent bon dernier pour cette opération devant lutter avec un sac de 10 litres trop petit pour ce genre d'aventure et trop petit pour les genouillères ION que je pense remplacer par des plus compactes. Bref, je dis aux autres de ne pas m'attendre, vu la météo menaçante et de toute façon j'ai la trace sur le Garmin. Au moment où j'ai enfin fini de torturer les tirettes fermetures éclair de mon Camelbak arrivent deux randonneuses qui semblent découvrir la montagne. Probablement des parisiennes vu l'accent pédant qui sort de leur bouche. Elles veulent entamer une conversation
. Elles me demandent d'où je viens avec le vélo, me disent que c'est beau, etc., veulent remonter au col de Bramousse mais je coupe court car les autres sont partis depuis au moins 5 minutes maintenant. J'aurais du leur dire que le col Bramousse à cette heure (il doit être 14h) et avec leur accoutrement, elles le verront de nuit
Le temps est menaçant mais le paysage n'en reste pas moins beau pour autant
Le début se fait en descente sur du tarmac au point où je me demande si je ne me suis pas trompé... Arrive enfin un chemin large type DFCI qui monte bien avec des passages au-dessus des 10%. Mais tout passe sur le vélo. Je ne vois pas les autres au loin, je commence à me demander si je suis sur le bon chemin. Le Garmin me rassure mais bon. Je pédale pas mal pour essayer de les rattraper tout en essayant de ne pas me mettre dans le rouge. Je croise à un moment deux marcheuses plutôt âgées qui me trollent : "mais vous êtes en retard, il y en a quatre devant vous, il faut les rattraper"
. Sans blague
. Je les aperçois enfin au loin et une section plate et ensuite une moins raide me permettent de les rattraper. On arrive à une intersection où Guigui nous dit qu'on peut soit remonter par le GR58 jusqu'aux châlets mais qu'il y a un "peu" de portage (© Guigui, 2021, all right reserved) ou alors on poursuit la DFCI pour rejoindre la route. Ce sera la route pour _Sylvain, h4rl0ck1978 et moi et le GR58 pour Guigui et Hellzed. La fin sera un calvaire, cramé par les montées du jour et l'énergie déployée pour rattraper mes compagnons sur la fin. _Sylvain est parti en avance et je laisse filer h4rl0ck1978 qui semble frais comme un gardon et s'arrête même pour faire des photos de petites statues
h4rl0ck1978 qui fait du tourisme pendant qu'un belge cramé remonte péniblement le chemin vers les chalets
Je bénis le plateau de 28 conseillé par le topic qui n'est pas de trop pour emmener les 46 dents de la cassette à un rythme d'escargot. Arrivent enfin les chalets avec la surprise agréable que pour arriver à nos chalets après avoir passé les premiers du hameau, ça descend un peu alors que dans ma mémoire, ça remontait. Le roulage se finit avec une sortie de 27,5 km, 1525m de D+ à une moyenne honorable de 7,2 km/h, le tout au sec alors que nous avions des craintes à ce niveau.
Arrivée de Guigui et Hellzed, sourire aux lèvres après un portage et du "pédalage énervé"

Il est environ 15 heures quand tout le monde est de retour et l'apéro peut commencer
Bières, vin, saucisson, fromage, ça n'en finit pas. On passe successivement à la douche et on finit par rentrer se réchauffer grâce au poêle de Guigui. Dehors il commence à pleuvoir et il pleuvra comme ça de longues heures, on l'a échappé belle. La soirée sera à la hauteur de ce que j'en avais lu. Un plateau de fromage gigantesque, des bouteilles de vin excellentes et je fais honneur à cette orgie en mangeant un nombre inavouable de pommes de terre recouverte de fromage fondu
. Vers 22h30, nous filons dans nos duvets, la journée a été longue et la fatigue est bien là. Par contre, je n'ai vu personne prendre du doliprane
Le fromage lors d'une kiroule, c'est du serious business

La nuit sera facile jusque 3 heures du matin, moment où je me réveille avec une forte envie de pisser et la gorge sèche. Je sors pieds nus et en caleçon pour uriner dans l'herbe. Je lève la tête et me voilà face à un ciel féérique parsemé de milliards d'étoiles. L'absence de pollution lumineuse terrestre leur permet de toutes briller de leur plus bel éclat. Je vois passer une étoile filante et fais un voeu... Que la journée du lendemain soit belle et magique... Ce voeu sera largement exaucé
La suite plus tard...