ShinobiOfGaming a écrit :
Hello! Sujet qui revient de temps en temps ici et là, et je vais me faire un plaisir de te donner ma vision .
Motivation pour partir: C'était une envie tenace et persistante, qui devenait de plus en plus un très gros regret. En quelques mots sinon...
- L'amour pour le pays où je me trouve (les voyages ne suffisaient pas)
- Le bonheur quotidien d'être dans une société paisible et efficace (et donc, en négatif, le ras le bol de vivre dans une société française qui se déglingue très fort de mon point de vue, au point de me pourrir mon quotidien par un tas de petits trucs)
- L'ennui au travail (un truc où j'avais ni envie, ni avenir), l'envie de montrer que je "vaux mieux que cette routine de merde", de me mettre en danger peut être. - Ne pas continuer d'accumuler les regrets et le ressenti de n'avoir jamais osé le move, ou de n'avoir jamais trouvé la bonne solution.
- L'envie de changement, de prendre l'air, de reprendre du plaisir sur des petites choses quotidiennes. - A défaut d'avoir une carrière sensationnelle, une envie "d'essayer quelque chose pour lui donner un peu de piquant, et peut être stopper un peu la dévaluation, ou lente érosion, de mon CV"
- Et enfin, le résumé du résumé, cette idée que mon coeur croit plus dans le pays où je suis, et son avenir, qu'en France, où je me rends malade de voir l'évolution du quotidien, au travail... les villes qui deviennent infernales, la province qui tourne mal, les transports de l'horreur, l'ambiance politique, les polémiques incessantes, la grossièreté et l'individualisme des gens...
Choix de la destination: Je suis au Japon, et c'est totalement voulu et choisi. C'est mon pays de coeur. Je suis parti sans aucun plan pro, juste avec des dépenses importantes pour suivre des cours de japonais, et assez de rage au ventre pour me dire que je devais trouver un travail, ou crever. A défaut de Japon, je pourrais imaginer éventuellement quelques alternatives, mais il y aurait encore un investissement colossal probablement en termes de langues et à ce jour, l'attrait n'est pas le même.
Le poste pour être sur place? Alors comme je le disais, je suis parti avec juste un tas de dépenses à faire et absolument aucune garantie de réussite.
Au bout d'un moment, pour pouvoir prolonger ma vie ici, j'étais prêt à signer n'importe quoi. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait (et je n'ai jamais pu commencer ce taf à la con en plus, à cause du virus et d'une mentalité bien nase de la part de cette petite boîte tenue par des étrangers). J'avais accepté des conditions dégueulasses, un fixe lamentable (du genre pas loin d'être que la moitié de mon salaire en France qui était déjà bien bas pour mon profil), le minimum syndical sur tout le reste (les vacances, etc). Par chance, j'ai perdu ce taf et j'ai réussi, avec la rage au ventre, a trouvé un autre poste avant d'avoir trop de problème de visa. Est ce que c'est le taf de mes rêves? Non. Même si ça reste plus proche de ce que je faisais avant en France, plus cohérent, etc. Les conditions de départ sont loin d'être top (je suis en haken, une sorte d'intérim-cdd), c'est précaire, payé pas fou (mais avec les heures sups, en pratique j'ai découvert avec plaisir que ce que j'empochais à la fin du mois était loin d'être dégueux). Il y a des moments où j'en ai bien marre, d'autres où les journées sont longues, et en full remote work, il y a eu des moments de gros doute (quand techniquement tu travailles non stop et que tu refermes le PC pour te retrouver dans une toute petite chambre au bout du monde, oui, ça ébranle un peu... et puis tu débranches le laptop du boulot et tu ouvres des livres de japonais parce que ça va pas se faire tout seul, je ne te cache pas non plus que ce n'est pas le sommet du fun). Pour autant, je suis heureux d'avoir pu rebondir avec ça, et j'aborde le point suivant:
Même si ce n'était pas génial, ou le poste de mes rêves, pour rester ici, continuer l'aventure, continuer de vivre avec ma nana, continuer d'apprendre la langue, d'expérimenter... je me suis donné à fond. Bien plus qu'en France. J'ai littéralement abordé ce poste comme un ronin qui avait eu la chance de trouver un nouveau seigneur compréhensif, et je me suis promis de m'investir et de transpirer. Il me donnait une chance, il était donc évident que j'allais prouver que tout ceci n'était pas vain, quitte à sortir les poubelles, me taper des tâches en rab, des trucs pénibles à faire, tout en me battant avec mes limites en anglais et en japonais. J'ai avalé des couleuvres, j'ai encaissé des phrases bien sèches de la part de quelques types pour des broutilles parfois, j'ai mis 3 mois avant de réussir à comprendre à peu près les propos de mon chef. "Mais ça ne me tuera pas". Ca commence à payer d'ailleurs, bien plus qu'en France. Au bout d'un peu moins d'un an, mes responsables sont ultra positifs en ce qui me concerne, et si mon visa est prolongé, des perspectives d'avenir plus solides commencent à être évoquées ici et là. Est ce que j'arriverai à rattraper ma carrière qui n'a jamais vraiment fait d'étincelles en France? Je sais pas. Mais après une journée pourrie, malgré la fatigue, le découragement parfois, il me suffit de prendre un peu le vélo, mettre une playlist de pop japonaise des années 80, faire un tour en ville, prendre 3 photos, flâner dans les boutiques et je me dis "ce que je me sens bien ici". (Et pourtant, les villes japonaises sont moches, la langue est difficile, le virus casse l'ambiance, et je navigue à vue...). Je reste très prudent, mais ce que je veux dire, et je pense que beaucoup le confirmeront:
- Sauf profil particulier, si tu es un mec lambda comme moi, "le super plan pour aller dans le pays de tes rêves" risque de jamais arriver. A toi de voir si tu veux vraiment le golden ticket pour partir, ou si pour l'aventure, ton rêve, tu es prêt à te mettre en danger ou à faire des compromis. - Le premier travail quand on arrive dans un pays, sans surprise... est rarement merveilleux. Je ne connais pas Singapour, mais j'imagine bien qu'on ne te déroulerait pas le tapis rouge par défaut. Je pense qu'il faut être prêt à ravaler sa fierté, prendre le premier truc décent qui passe, cravacher dur, et s'appuyer sur la première expérience pour se lancer plus confortablement dans la suite. Soit en réussissant finalement à faire tes preuves et à progresser dans la première structure (si possible?), soit en construisant une expérience et des compétences qui te donneront un bien meilleur élan pour le 2eme poste. Et en conclusion, si tu as la possibilité de partir dans un pays qui te plaît, avec ta boite, je suis tenté de te dire "prends et fais pas le difficile". Peut être que c'est pas passionnant, peut être que tu seras dans une équipe de la déprime, je sais pas. Tu peux avoir une bonne surprise. Et si vraiment ça part en biais, au pire tu serres les dents, tu encaisses, tu cherches ailleurs... Allez, dernier résumé de ma pensée: si tu cherches juste le confort, la sécurité, ne pars pas. Partir, c'est accepter le danger, la précarité, l'improvisation, de perdre ses repères, de devoir jongler avec des visas, de faire un grand saut. Je pense que ça se passe bien dans beaucoup de cas si tu as le bon logiciel, la bonne approche, et de la patience. Partir c'est un très gros risque financier (impact sur la retraite, le salaire, un éventuel retour en France), c'est beaucoup d'énergie, d'angoisse, peut être des nuits blanches si tu es angoissé de nature comme moi. Mais si ça marche un minimum, c'est aussi une source de joie, de fierté, faire des expériences, vivre son rêve peut être, mieux se connaître.
Voilà pour mon expérience perso.
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