H3L0 a écrit :
Tu as sans doute déjà vu les vidéos dont ils se servent pour illustrer ça :
on te demande de suivre le jeton dans le jeu du gobelet ( http://www.magix.fr/pub/baz-027/baz-027_1.jpg ), donc tu te concentres là dessus et à un moment un des gobelet est remplacé par un poivron de même couleur et gabarit.
Forcement tu vois rien, le mec te repasse la vidéo et te montre qu'en étant concentré tu as loupé ça (c'est qu'une vidéo parmi tant d'autre).
Et donc on te dit que tu es dans cet état là quand tu roules vite 
|
Mouais...
Quand tu roules vite, il se produit ce qu'on appelle un "effet tunnel", une restriction de l'angle du champ visuel : plus on va vite, plus l’angle de vue diminue.
À l'arrêt, un être humain adulte "normal" voit à 180 degrés environ.
À 40 km/h, cet angle de champ visuel est déjà réduit à 100 degrés.
Et à 130 km/h, il est de 30 degrés.
Mais ça, c'est si tu regardes fixement droit devant toi, sans bouger les yeux ni la tête.
Autre chose est la différence entre vision centrale et vision périphérique.
Illustration amusante :
http://www.wow-mage.com/?page=aren [...] ion_tunnel
Et pour l'application à la moto...
FLATFABPAVE !
Nous le savons tous, au moins en théorie : un bon placement du regard est le point-clef, fondamental, essentiel, d’un virage bien pris.
On dit souvent que la moto va là où l’on regarde. Ce n’est pas totalement vrai, dans la mesure où on peut très bien rouler en ligne droite et tourner la tête à gauche et à droite sans que la moto dévie de sa ligne droite. Mais il n’empêche que si on fixe durablement un point à gauche (par exemple), la moto aura tendance à dévier vers la gauche.
Et il est certain que focaliser son regard sur la sortie du virage en se disant mentalement « je veux aller là ! » aide immensément à y aller effectivement.
Il faut donc regarder non pas là où on est en train d’aller, mais là où on veut aller.
Mais une fois qu’on a dit ça, comment ça se traduit concrètement ?
Deux points importants sont à respecter :
- fixer en vision centrale ;
- mais garder un regard mobile, évolutif.
Parenthèse d’anatomie :
Si vous observez les animaux herbivores, vous verrez qu’ils ont presque tous les yeux sur le côté de la tête. Les animaux qui sont des proies ont évolué de façon à disposer d’une vision latérale, à 360 degrés, pour détecter les mouvements des prédateurs. A l’inverse, les prédateurs possèdent eux les yeux sur le devant de la tête, pour développer une vision centrale stéréoscopique qui va leur donner une parfait perception du relief, donc de la distance et de la vitesse de déplacement de leur proie.
Il y a bien longtemps, l’homme était à la fois une proie et un prédateur. Nos yeux sont situés sur le devant, nous avons une vision stéréoscopique, nous percevons avec précision ce que nous voyons en vision centrale, bien en face. Et dans le même temps, nous possédons également une vision latérale, périphérique, moins précise, mais qui nous permet de détecter avant tout les mouvements, ce qui se déplace autour de nous.
Pas convaincu ?
Regardez cette vidéo, suivez les instructions, faites le test. Etonnant, non ?
http://www.youtube.com/watch?v=vnEGIahaZZc
On voit bien l’importance de la vision centrale qui suit le ballon, et du coup occulte l’environnement. A l’inverse, si vous regardez « de loin », sans suivre le ballon des yeux, vous utilisez votre vision périphérique et percevez tout de suite ce qui se déplace dans l’image.
Les gendarmes motocyclistes parlent de « regard-laser » (au sens de viseur laser) pour la vision centrale et de « regard panoramique » pour la vision latérale.
C’est exactement ça : votre regard est un pointeur laser que vous placez exactement là où vous voulez aller, en sachant que ce point, cette visée laser va et doit évoluer, bouger.
Or dans une courbe ou un virage, le point de visée, là où nous voulons aller, ne se trouve pas en face de nous, mais sur le côté. Détecter puis viser d’abord le point haut du virage, puis le point de sortie, nous oblige à déporter notre regard, à le dissocier de l’axe de la moto.
Mais pas juste en bougeant les yeux : en bougeant la tête.
Il faut tourner le cou, tourner la tête toute entière, afin de fixer ce point en vision centrale, et non en vision périphérique.
C’est en tournant la tête que votre cerveau comprendra que vous voulez aller LA-BAS, et pas tout droit !
Votre vision n’est pas seulement déterminée par la portée visuelle (en mètres), mais aussi par le champ de vision (en degrés), qui varie selon la vitesse.
Quand vous vous déplacez à pied, il est de 160 degrés, vous voyez la quasi-totalité du champ panoramique, devant vous et sur les côtés. A moto, il se réduit à 100 degrés dès 40 km/h. A 70 km/h, il est de 75° et à 100 km/h de 45°, cela devient critique. A 130 km/h, le regard fixe ne capte plus que 30 degrés du panorama et à 200 km/h, 5 degrés…
Pour compenser la réduction du champ visuel, il va falloir déplacer les yeux (voire la tête) pour balayer l’ensemble du panorama en gardant le regard mobile. Vos yeux ne doivent pas rester plus d’une seconde sur le même point. Il faut effectuer de constants allers-retours entre l’horizon visible, la distance de sécurité, le revêtement devant votre roue, le véhicule qui vous précède, vos rétroviseurs, un peu sur les côtés…
Ensuite, il s’agit de ne pas rester fixé sur un point (qui sera souvent un obstacle).
Votre regard doit évoluer en même temps que la moto avance.
Ne gardez jamais le regard fixe en virage, toujours mobile, en évolution, en avance. Si vous fixez un endroit sur le bord de la route pendant plus d’une seconde, vous allez aller vers cet endroit. Le seul endroit à fixer intensément est l’issue, la sortie du virage, dès que vous la percevez.
Et là, je n’ai pas de conseil, de recette, de règle, de solution-miracle à proposer.
Seuls l’expérience, la pratique, l’entraînement permet d’acquérir et de conserver cette technique du regard, cette gymnastique nécessaire.
C’est ce que perdent en premier les motards qui arrêtent la moto, que ce soit pour quelques mois, le temps de la mauvaise saison, ou pour plusieurs années. Quand ils reprennent, il leur faut du temps, une période d’adaptation, d’apprentissage de cette vivacité du regard.
Certains ne le comprennent pas, pensent qu’ils n’ont rien perdu, que leur maîtrise est restée intacte. Bien souvent, ils le réalisent douloureusement…
Message édité par FlatFab le 30-08-2012 à 19:55:16
---------------
Retrouvez mes articles sur Passion Moto Sécurité et mes offres de stages sur Passion Moto Formation !!!