Après un mois de lecture
, j'ai achevé le Déluge de Stephen Markley, pavay de 1000 pages décrivant le réchauffement climatique et ses conséquences environnementales, économiques et sociales sur la société américaine
C'est lourd, forcément. Markley n'est pas venue tout de suite à l'anticipation et cela se sent, par rapport à des auteurs classiques de SF : les personnages sont bien charpentés, l'intrigue n'a pas grand chose à voir avec ce qu'on attend d'un roman sur ce sujet et sa plume est parfois très belle.
Pour faire simple, je dirai qu'il s'agit d'un roman choral, s'inspirant fortement de l'actualité américaine et imaginant, à partir d'un solide travail de recherche scientifique, ce qui risque d'advenir dans les années qui arrivent.
On ressent l'important travail et les nombreuses années qui ont été nécessaires à Markley pour parvenir à achever son livre, et qu'il peine parfois à garder un cap clair, incorporant clairement des éléments de l'actualité qui devaient le rattraper à mesure qu'il écrivait.
Le bouquin s'organise autour de 7 personnages donc, ce qui permet de multiplier les points de vue mais qui dilue aussi le récit, et je dois dire qu'une courte description ne permet vraiment pas de révéler leur profondeur et leur humanité : l'océanographe colérique et visionnaire
, la militante éco au charisme quasi mystique et pacifique
, le génie des maths
, ou encore l'écolo davantage porté sur l'action . Celui qui m'a le plus marqué : le redneck lambda américain, tox' et plutôt violent (Keeper), espèce d'américain moyen - éloigné justement de tous ces cols blancs relativement privilégiés qui ont la parole dans son livre, qui se prend en pleine gueule les tempêtes de neige, les températures caniculaires et les crises alimentaires. Sans lui, j'aurais nettement moins apprécié le bouquin je pense.
Pas de camp du bien, on sent de quel côté le coeur de Markley penche mais il donne une vraie complexité à ses personnages et dépasse largement la vision binaire que l'on trouve notamment sur les réseaux sociaux de la société américaine. J'aurais lâché autrement.
Ce qui peut être considéré comme rebutant, en même temps qu'une des forces du bouquin est son aspect un peu bâtard : entre roman social, d'anticipation, lorgnant aussi parfois de l'essai avec des discussions entre spécialistes débattant sur des pages et des pages autour des politiques à mener, le tout enrichi de sigles par dizaines, et de précisions scientifiques révélant le travail de recherche de Markley. Il y a clairement un ventre mou au milieu du bouquin, qui aurait pu être élagué. J'ai failli abandonner après une énième discussion de bureau.
Enfin, concernant le côté SF, Markley pu se planter sur les casques VR, espèce de lubie de la fin des années 2010, mais décrit avec forces détails un mégafeu emportant une partie de LA. La comparaison avec l'incendie de 2025, qui a lourdement touché les quartiers cités par Markley est frappante (le livre est sorti en 2023) et sa vision semble de manière générale assez clairvoyante sur ce à quoi pourrait ressembler les années 2030.
Clairement pas un livre à lire si on a pas le moral. Ce n'est pas non plus un page turner mais il se lit vraiment bien et est prenant si on accepte les très nombreuses dissensions qui pourraient être tirées de revues scientifiques.
Reste un roman d'une grande puissance, avec des moments mémorables et extrêmement visuels, des personnages qui finissent par être très attachants (mais qui ne sont pas aisés à identifier au début) et un propos coup de poing
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Message édité par Kede le 14-03-2026 à 16:22:33
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On est tous en cellule mon petit pote, toi, moi, tout le monde. La vie est une prison. Et la plus terrible de toutes parce que pour s'en évader faut passer l'arme à gauche. Plaisante jamais avec ces choses là. Je vais t'enculer.