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Qui a écrit ?

n°7716797
Panurge
Posté le 20-02-2006 à 22:12:41  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
C'est vrai que dans la première moitié du vingtième siècle, certains écrivains archaïsaient volontiers.
 
Mais ce n'est pas du tout archaïsant. C'est autant dire contemporain d'un livre qui passe pour avoir "fondé la prose française".

mood
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Posté le 20-02-2006 à 22:12:41  profilanswer
 

n°7718045
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 00:12:45  profilanswer
 

Bon, je ne l'ai pas lu: "Le roman comique", de Scarron ?

n°7723199
Panurge
Posté le 21-02-2006 à 18:05:16  profilanswer
 

Juste.
 
(Désolé de répondre un peu tard. Je rentre du bureau.)
 
A vous, donc. Je crois que je vais un peu refréner mon goût de ce jeu, car il me prend du temps...

n°7724388
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 20:09:20  profilanswer
 

Je ne connais pas Scarron. C'est une écriture "moderne", vive et lucide...

n°7724394
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 20:10:29  profilanswer
 

Citation :

Si un voyageur venu d'Orient — disons l'un des persans de Montesquieu — nous demandait un exemple du génie littéraire de la France, il ne serait pas obligatoire d'avoir recours aux œuvres de Montesquieu, ou aux soixante-dix et quelques tomes de l'œuvre de Voltaire. Il nous suffirait de citer quelque mot heureux : "arc-en-ciel", qui jette un pont dans le ciel, ou le titre terrible de l'histoire de la première croisade : "Gesta Dei per Francos", qui veut dire "Prouesses de Dieu exécutées par l'intermédiaire des Français". "Gesta Dei per Francos" ; ces mots surprennent, mais plus surprenantes encore furent ces cruelles prouesses. Les historiens perplexes ont tenté en vain d'y trouver une explication de type rationnel, de type social, économique ou ethnique ; le fait est que pendant deux longs siècles la passion mise à vouloir délivrer le saint sépulcre a marqué les nations de l'Occident, à l'étonnement sans doute de leur propre raison.
A la fin du onzième siècle, la voix d'un ermite d'Amiens — homme de petite taile, d'aspect insignifiant ("personna contemptibilis" ) et au regard singulièrement vif — prêche la première croisade ; les cimeterres et les machines de guerre de Jalil, à la fin du treizième siècle, viennent à bout de la huitième croisade devant Saint-Jean-d'Acre. L'Europe n'en entreprend plus d'autre ; la mystérieuse et durable passion, qui provoqua tant d'inutiles cruautés et que Voltaire devait plus tard condamner, a atteint son terme ; l'Europe ne pense plus à récupérer le sépulcre du Christ.
Les croisades n'échouèrent pas, dit Ernst Barker, simplement elles cessèrent. De la frénésie qui avait rassemblé de si vastes armées et dressé le plan de tant d'invasions, il ne resta que quelques images, qui se refléteront des siècles plus tard dans les tristes et limpides miroirs de la "Jérusalem délivrée" ; hauts cavaliers bardés de fer, nuits hantées par des lions, terres de sorcellerie et de solitude. Il reste une autre image, celle d'innombrables enfants disparus.
Au début du douxième siècle, deux expéditions d'enfants partirent d'Allemagne et de France. Ils croyaient pouvoir traverser les mers à pied sec. N'étaient-ils pas encouragés et fortifiés par les paroles de l'Evangile : "Laissez les enfants venir vers moi et ne les empêchez pas" (Luc 18 : 16) ; le seigneur n'avait-il pas déclaré que la foi suffit à transporter une montagne (Matthieu 17 : 20)?  Pleins d'espoir, heureux, ignorants, ils s'acheminèrent vers les ports du Midi. Le miracle escompté ne se produisit pas. Dieu permit que la colonne française fut capturée par des trafiquants d'esclaves et vendue en Egypte ; la colonne allemande se perdit, disparut on ne sait où, engloutie dans une contrée hostile et victime, pense-t-on, de la peste. "Quo devenirent ignoratur".  On dit qu'il subsiste un écho de ce drame dans la légende du Joueur de flûte de Hamelin.


Message édité par Lampedusa le 21-02-2006 à 20:22:40
n°7724751
Mine anti-​personnel
Posté le 21-02-2006 à 20:49:07  profilanswer
 

Duby?


---------------
Jouez à un jeu intelligent
n°7724935
Panurge
Posté le 21-02-2006 à 21:04:56  profilanswer
 

Paul Rousset, Les origines et les caracteres de la premiere croisade, Genève, 1945 ? (Je tape dans le Google.)
 

Citation :

Je ne connais pas Scarron. C'est une écriture "moderne", vive et lucide...


 
Très juste, mais j'ai tout de même fait quelques coupures.
En tout cas, Nerval et Gautier l'aimaient beaucoup, si ma mémoire ne me trompe pas.
 

n°7724947
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 21:05:42  profilanswer
 

Non, pas Duby... Non plus que Rousset.
 
Ce n'est pas un ouvrage d'histoire.  
Il y a un petit piège, parce qu'il faut trouver deux choses avant de remonter au titre du livre... Une sorte de méta-devinette, quoi...


Message édité par Lampedusa le 21-02-2006 à 21:07:32
n°7724988
Mine anti-​personnel
Posté le 21-02-2006 à 21:08:48  profilanswer
 

C'est quand même pas Schwob (à cause de Ernst Barker)


---------------
Jouez à un jeu intelligent
n°7725043
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 21:13:20  profilanswer
 

Bien vu, Mine A.-T., Il s'agit en effet, dans le livre à trouver, de l'un des livres de Marcel Schwob (pour lequel j'ai une grande admiration).
 
Je précise que l'auteur à trouver est considéré comme un grand écrivain, qu'il est très connu, et qu'il n'est pas français.


Message édité par Lampedusa le 21-02-2006 à 21:15:14
mood
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Posté le 21-02-2006 à 21:13:20  profilanswer
 

n°7725235
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 21:30:05  profilanswer
 

Pas européen non plus, mais si européen...

n°7725613
Panurge
Posté le 21-02-2006 à 21:59:11  profilanswer
 

Borges, Histoire universelle de l'infamie ?

n°7725679
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 22:04:44  profilanswer
 

C'est Borges, mais pas ce livre.
Dans ce livre il est donc question au moins d'un autre livre, celui de Schwob dans la citation...

n°7725773
Panurge
Posté le 21-02-2006 à 22:11:01  profilanswer
 

Borges : "Marcel Schwob, Vies imaginaires, prologue, Bibliothèque personnelle" ?
 
(Google)

n°7725952
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 22:28:09  profilanswer
 

Vous vous approchez, mais ce n'est pas encore ça.
Le livre dont il est question est, du reste, "La croisade des enfants"; mais pensez à ceci: ce ("ce" étant donc le livre de Schwob) n'est, dans le livre à trouver, qu'un livre parmi d'autres...

n°7726106
Lampedusa
Posté le 21-02-2006 à 22:39:46  profilanswer
 

Pensez aussi à ce mot, "prologue".
Bon, je dois m'absenter deux heures.

n°7726281
Panurge
Posté le 21-02-2006 à 22:52:57  profilanswer
 

Borges : Prologue ?
 
A demain.

n°7733042
Lampedusa
Posté le 22-02-2006 à 19:18:56  profilanswer
 

"Prologue" n'est pas dans le titre.
Il faut penser à des synonymes de prologue.

n°7733154
Panurge
Posté le 22-02-2006 à 19:34:01  profilanswer
 

Livre de préfaces ? (Titre originel : Prologos, et il me semble qu'on l'a aussi traduit sous le titre "Prologue(s)", à moins que je comprenne mal ce que Google me montre ?)


Message édité par Panurge le 22-02-2006 à 19:49:50
n°7733183
Lampedusa
Posté le 22-02-2006 à 19:38:53  profilanswer
 
n°7733216
Lampedusa
Posté le 22-02-2006 à 19:44:18  profilanswer
 

(J'aime bien ce genre de livres parce qu'il vous mâche le travail qui consiste à prendre connaissance d'un auteur, et tout ce qui va dans le sens de ma paresse est le bienvenu.)

n°7733307
Panurge
Posté le 22-02-2006 à 19:55:43  profilanswer
 

J'avoue que, pour ma part, j'ai toujours préféré la critique à tous les autres genres littéraires, peut-être moi aussi par paresse.
 
Comme je l'ai dit, ce jeu me prend un peu trop de temps (même avec l'ADSL, googler au hasard ne va pas si vite), donc je ne propose pas de texte et laisse la place à qui veut la prendre.

n°7734084
Lampedusa
Posté le 22-02-2006 à 21:24:30  profilanswer
 

Dans ce "Livre de préfaces", Borges en est resté finalement a mi-chemin de ce qu'il aurait réellement souhaité écrire: constituer un recueil de préfaces, ou de commentaires, de livres qui n'existeraient que par ce truchement paratextuel.
Dans la préface du Livre de préfaces, il écrit:

Citation :

La relecture de ces pages oubliées m'a amené à imaginer le plan d'un autre livre, plus original et meilleur, que je propose à qui voudra l'écrire. Je pense qu'il exige une plume plus habile que la mienne, et une ténacité qui m'a quitté. Carlyle, vers 1830, imagina dans son "Sartor Resartus" qu'un certain professeur allemand avait fait imprimer un savant ouvrage sur la philosophie du vêtement et il en traduisit des extraits et les commenta, non sans formuler quelques réserves. Le livre auquel je pense aujourd'hui relève du même genre. Il consisterait en une série de prologues de livres qui n'existent pas. Il abonderait en citations caractéristiques de ces œuvres possibles.


Ce qui, évidemment, nous conduit à imaginer une extension possible à ce jeu du "qui a écrit"...
 
La place est donc libre.
 

n°7735608
Panurge
Posté le 22-02-2006 à 23:15:17  profilanswer
 

(Pastiche, effacé.)


Message édité par Panurge le 23-02-2006 à 18:47:27
n°7742140
Panurge
Posté le 23-02-2006 à 18:47:47  profilanswer
 

(Effacé)


Message édité par Panurge le 28-11-2008 à 19:12:38
n°7742442
Lampedusa
Posté le 23-02-2006 à 19:28:06  profilanswer
 

Vous avez apparemment effacé quelque chose que je n'ai pas eu le temps de lire...?
 
Oui, ce poème fait indéniablement penser au Dormeur du val... Mais Rimbe, que voulez-vous, c'est dans le sang.
 
A moins que...


Message édité par Lampedusa le 23-02-2006 à 19:36:55
n°7742504
Panurge
Posté le 23-02-2006 à 19:36:37  profilanswer
 

(Effacé)


Message édité par Panurge le 28-11-2008 à 19:13:08
n°7751552
Panurge
Posté le 24-02-2006 à 20:18:18  profilanswer
 

(Effacé)


Message édité par Panurge le 28-11-2008 à 18:31:42
n°7759286
Panurge
Posté le 25-02-2006 à 19:15:33  profilanswer
 

(Effacé)


Message édité par Panurge le 28-11-2008 à 18:32:25
n°7759602
Lampedusa
Posté le 25-02-2006 à 19:56:39  profilanswer
 

Mon cher panurge, il y a bien un air de famile entre ce que vous citez de Fernand gregh et du second (qui est-ce? Jacottet a traduit Hölderlin aussi, non?), mais enfin, ce n'est tout de même pas du plagiat.
 
Quant à Saint léger Léger, j'ai toujours trouvé qu'on peut très bien s'en servir comme viatique dans les situations moroses; il requinque et peut, presque par excés de souffle, vous remettre à flot.

Citation :

J'ai fondé sur l'abîme et l'embrun et la fumée des sables.
Je me coucherai dans les citernes et dans les vaissaux creux
en tous lieux vains et fades où gît le goût de la grandeur.


(Mais il se peut que je me trompe là parce que je cite de mémoire, ne retrouvant pas mon exemplaire d"'exil", qui est d'ailleurs dédié au très intriguant archibald Mcleish, je crois...)
 
P.S.
Votre Gregh, plus encore que Saint John Perse semble carrément annoncer "Le cimetière marin", dans ces vers que vous citez.


Message édité par Lampedusa le 25-02-2006 à 20:03:35
n°7759892
Panurge
Posté le 25-02-2006 à 20:38:02  profilanswer
 

(Effacé)


Message édité par Panurge le 28-11-2008 à 18:33:19
n°7760488
Lampedusa
Posté le 25-02-2006 à 21:44:13  profilanswer
 

Eh bien, ceci est réuni ici sans autre raison que vous me demandez de proposer quelque chose, et donc d'être à portée de main, mais chacun de ces poèmes est tout de même lié, d'une façon ou une autre, à ce qui précède... :
 
 

Citation :

Nous autres, sur nos chevaux, n'entendons rien aux semailles. mais toute terre labourable au trot qui se peut courir dans l'herbe,
 
    Nous l'avons courue.
 
Nous ne daignons point bâtir murailles ni temples, mais toute ville qui se peut brûler avec ses murs et ses temples,
 
    Nous l'avons brûlée.
 
Nous honorons précieusement nos femmes qui sont toutes d'un très haut rang. Mais les autres qui se peuvent renverser, écarter et prendre,
 
    Nous les avons prises.
 
Notre sceau est un fer de lance : notre habit de fête une cuirasse où la rosée cristallise : notre soie est tissée de crins. L'autre, plus douce, qui se peut vendre,
 
    Nous l'avons vendue.
 
Sans frontières, parfois sans nom, nous ne régnons pas, nous allons. Mais tout ce que l'on taille et fend, ce que l'on cloue et qu'on divise...
 
Tout ce qui peut se faire, enfin, du bout du sabre,
 
    Nous l'avons fait.


 
(Qu'on selle mon cheval.)
 
 
 

Citation :

Que morte étendue nue elle devait être plus belle que vive.
Cadavérique jeunesse.
Et s'il est vrai que le désir est vie, et la vie mensonge, alors, en ce lieu de l'aube, la désirant
 
Je pourrai la dépouiller de sa mort.


 
 

Citation :

Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. — O rumeurs et visions!
Départ dans l'affection et le bruit neufs!


 
(Cela, vous connaissez certainement, mais bon, je projette un voyage, je tente d'habituer un peu mon corps sédentaire à l'idée du mouvement.)


Message édité par Lampedusa le 25-02-2006 à 21:46:10
n°7760597
Panurge
Posté le 25-02-2006 à 21:53:12  profilanswer
 

Le troisième poème est de Rimbaud, pour les autres (le premier me plaît beaucoup), je vais googler.

n°7760616
Panurge
Posté le 25-02-2006 à 21:54:42  profilanswer
 

Le premier est de Segalen.

n°7760709
Lampedusa
Posté le 25-02-2006 à 22:08:04  profilanswer
 

Oui, de cet étonnant recueil, "Stèles". Et celle-là figure parmi les "Stèles occidentées"...:

Citation :

On lèvera vers l'ouest ensanglanté, palais du rouge, les Stèles guérrières et héroïques.

n°7760923
Panurge
Posté le 25-02-2006 à 22:46:11  profilanswer
 

Pour le second, je tape dans le tas, question de vous faire parler : Gilbert Lely ?

n°7760951
Lampedusa
Posté le 25-02-2006 à 22:52:08  profilanswer
 

Non, et inutile de perdre votre temps à chercher dans Google.
Vous n'en avez pas besoin. L'auteur, parfaitement inconnue, a déjà été cité ici...

n°7761038
Panurge
Posté le 25-02-2006 à 23:05:02  profilanswer
 

C'est celle qui vous faisait penser à Bonnefoy ?
 
Figurez-vous que je suis tombé sur Lely en googlant sur "Yves Bonnefoy" et "nécrophile ou nécrophilie"...

n°7761583
Lampedusa
Posté le 26-02-2006 à 00:47:20  profilanswer
 

Oui c'est elle. D'ailleurs, comparez:

Citation :

Que morte étendue nue elle devait être plus belle que vive


à

Citation :

Et je t'ai vue te rompre et jouir d'être morte ô plus belle

(dans le poème ouvrant "Du mouvement et de l'immobilité de douve" ).
 
C'est également la même mesure à peu près, un quinze-syllabes.
 
Je me demande si ce n'est pas un carabin (une carabine?) qui aurait accusé le coup d'avoir passé tant de temps dans les salles de dissection.

n°7763240
Panurge
Posté le 26-02-2006 à 09:46:23  profilanswer
 

Votre rapprochement est convaincant.
 
Comme je vous l'ai dit, j'avais pensé à Bonnefoy, mais "nue" ne me semblait pas coller.
 
Alors, ai-je trouvé ou n'ai-je pas trouvé ? Ce n'est pas du jeu de proposer des textes qui ne sont trouvables nulle part !
 
Comme je l'ai déjà dit, ce jeu me prend un peu trop de temps.
 
Je vais laisser passer les vingt-quatre heures et si personne n'a rien soumis, je taperai peut-être un extrait de ma dernière lecture.

n°7767904
Lampedusa
Posté le 26-02-2006 à 21:40:18  profilanswer
 

Oui, vous avez trouvé.
Les possibilités du Jeu excèdent largement les limites de Google.
 
J'ai remarqué qu'un certain Alterthon avait posté un extrait des Vies imaginaires, de Marcel schwob ; cet extrait a mystérieusement disparu, aussi, comme je possède moi-même le livre, et que ces phrases sombres et glorieuses méritent de figurer ici en toutes lettres, je me suis mis en peine de copier le début de la biographie consacrée à Cyril Tourneur, poète tragique (si notre hôte veut replacer le texte où il figurait originalement, qu'il ne se gêne pas) :
 
 

Citation :

   Cyril Tourneur naquit de l'union d'un dieu inconnu avec une prostituée. On trouve la preuve de son origine divine dans l'athéisme héroïque sous lequel il succomba. Sa mère lui transmit l'instinct de la révolution et de la luxure, La peur de la mort, le frémissement de la volupté et la haine des rois ; il tint de son père l'amour de se couronner, l'orgueil de régner, et la joie de créer ; tous deux lui donnèrent le goût de la nuit, de la lumière rouge et du sang.
    La date de sa naissance est ignorée ; mais il parut dans une journée noire, sous une année pestilentielle.
    Aucune protection céleste ne veilla sur la fille amoureuse qui fut grosse d'un dieu, car elle eut le corps taché de la peste quelques jours avant d'accoucher, et la porte de sa petite maison fut marquée de la croix rouge. Cyril Tourneur vint au monde au son de la cloche de l'enterreur des morts ; et comme son père avait disparu dans le ciel commun des dieux, une charrette verte traîna sa mère à la fosse commune des hommes. On rapporte que les ténèbres étaient si profondes que l'enterreur dut éclairer l'ouverture de la maison pestiférée avec une torche de résine ; un autre chroniqueur assure que le brouillard sur la Tamise (où trempait le pied de la maison) se raya d'écarlate, et que de la gueule de la cloche d'appel s'échappa la voix des cynocéphales ; enfin, il paraît hors de doute qu'une étoile flambante et furieuse se manifesta au-dessus du triangle du toit, faite de rayons fuligineux, tordus, mal noués, et que l'enfant nouveau-né lui montra le poing par une lucarne, tandis qu'elle secouait sur lui ses boucles informes de feu. Ainsi entra Cyril Tourneur dans la vaste concavité de la nuit cimmérienne.
    Il est impossible de découvrir ce qu'il pensa ou ce qu'il fit jusqu'à l'âge de trente ans, quels furent les symptômes de sa divinité latente, comment il se persuada de sa propre royauté. Une note obscure et effrayée contient la liste de ses blasphèmes. Il déclarait que Moïse n'avait été qu'un jongleur, et qu'un nommé Heriots était plus habile que lui. Que le premier commencement de la religion n'était que de maintenir les hommes dans la terreur. Que le Christ méritait plutôt la mort que Barrabas, bien que Barrabas fût voleur et assassin. Que s'il entreprenait d'écrire une nouvelle religion, il l'établirait sur une méthode plus excellente et plus admirable, et que le Nouveau Testament était d'un style répugnant. Qu'il avait autant de droit à battre monnaie que la Reine d'Angleterre, et qu'il connaissait un certain Poole, prisonnier à Newgate, fort expert au mélange des metaux, avec l'aide duquel il prétendait un jour frapper l'or à sa propre image. Une âme pieuse a barré sur le parchemin d'autres affirmations plus terribles.

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